CHAPITRE VII
Bassin de Riez
GÉOLOGIE. — Le bassin de Riez est connu en géologie sous le nom de bassin tertiaire miocène su. périeur de Riez et en géographie physique sous l'appellation de plateau de Valensole. Cette région s’étend sur la rive gauche de la Durance qui la limite a l’ouest, sur la rive droite du Verdon depuis son confluent avec la Durance jusqu'à Moustiers au sud ; à l'est une ligne de Moustiers à Digne et à la source du Viançon la sépare du bassin de Digne, enfin le cours complet du Viançon est sa limite septentrionale.
C'est un cône de déjection grandiose formé à l'époque pontienne, par une sorte de Durance, Asse et Bléone miocènes qui charriaient dès cette époque les cailloux et les terrains arrachés aux reliefs déjà ébauchés des Alpes Centrales. De nos jours les cours d’eau alpins n’ont pas perdu leur manie destructrice, ils ravinent le flanc des montagnes, obs-
truent les estuaires (Crau, Camargue, golfe de Fréjus) ensevelissent les vallées au point de causer des calamités (obstruction du confluent de la Roudoule dans le Var et inondation consécutive de Puget-Théniers à deux reprises dans le xix° siècle) où d’ensevelir des sources (la source des Plâtrières à Montbrun enfouie sous une couche de 6 mètres de graviers par le Toulourenc à la suite d'un orage), bien que M. Hauc a pu dire: « Géologiquement parlant, le temps n’est plus éloigné, où les Alpes seront aplanies ».
Les torrents de l’époque miocène . donc charrié les éléments de la montagne et enseveli la région sous une épaisseur presque uniforme de 4oo mètres d'alluvions : cailloux et marnes formant un conglomérat avec de l'argile.
Dans ces conditions il est assez difficile de bien connaître toutes les couches géologiques du terrain, d'autant plus que les travaux de chemins de fer qui, par leurs tranchées et leurs tunnels, sont souvent les meilleurs chantiers du géologue ont jusqu’à nos jours. scrupuleusement respecté la région, trop scrupuleusement même au dire de tous.
Par des sondages isolés et surtout par lexamen des environs, on est arrivé à cette conclusion en partie vérifiée, en partie hypothétique ; au dessous des alluvions se trouvent les étages crétacés, surtout le néo-comien serait assez développpé, puis l’étag® jurassique avec du lias néritique et enfin la couche triasique.
EAU MINÉRALE. — Sous cette forte nappe d’ailuvions on comprend sans peine la rareté des sources minérales que nous avons vues si nombreuses dans le bassin de Digne ou celui du Mont Ventoux et encore faut-il une fracture de l'écorce terrestre pour faire jaïllir les eaux thermales de Gréoulx. Une étude de cette faille et de ses rapports avec les autres sources thermales toutes situées sur les bords de la Durance (Serre-Ponçon, Sorine, Digne, Gréoulx) serait intéressante à faire mais dépasserait le programme de notre travail.
"GRÉOULX. — Gréoulx est situé à 50 kilomètres au sud-ouest de Digne, sur la Rive Droite du Verdon non loin de son confluent avec la Durance à l'altitude moyenne de 350 mètres. Il y a deux sources : la Source Gravier ou Ancienne et la Source Nouvelle, On n'utilise guère que la source Gravier dont labondance, une des plus fortes de France ei même de l'Europe, permet un emploi libéral sous toutes les formes. Sa température est de 37° au griffon, 36°5 aux baignoires, enfin l’eau de la piscine marque encore 36°.
La Source Gravier émane d’une fissure du terrain néocomien et doit sans doute son origine aux lias et trias sous-jacents, elle se fait jour par une fracture à travers la masse compacte d’alluvions miocènes. Afin de l’isoler de toute souillure secondaire, un puits en maçonnerie la saisit à son point d'émergence et l'élève jusqu'au niveau du sol, d'où elle se
distribue dans les canalisations de l'Etablissement . Thermal. Malgré ces précautions, on aurait observé, d'après Max Duran Farpez, qu'à la suite de grandes pluies, leur température diminuerait en même temps que leur débit deviendrait plus considérable, 6e qui prouverait qu'il s'y mêle alors des filets d'eau froide. Il n’y a pas lieu de s’en étonner, si l'on connaît un peu la région et le régime de la orande source potable de Fontaine-l'Evêque située dans les environs sur la rive Gauche du Verdon. Cette source, en effet, tout en terrain fissuré absorbe les pluies Lombées sur le plateau de Canjuers. et on observe après la saison pluvieuse Fontaine-l'Evêque émerger non seulement à son point habituel et continu mais encore en différents déversoirs ou Garrubys, dont quelques-uns sont même sur l’autre rive du Verdon et à une certaine’ distance, Malgré lés nombreux travaux pour connaître et le périmètre d'absorption et le mode de régulation de Fontainel'Evêque, on n'a pas encore abouti à un résultat po- Silif ; aussi n’y aurait-il rien d’impossible que lors des grandes eaux une paraclase- fit communiquer Fontaine-l'Evêque et Gréoulx (?).
Mais sans faire d'hypothèse, la chute de température s'explique par ce fait qu'en Provence il pleut rarement, on ne compte que deux saisons de pluies, souvent même une seule à l'automne. Mais alors il pleut une ou deux semaines, l’atmosphère se refroidit brusquement sans transition et l’eau thermale cède une partie de sa chaleur à l'air environnant.
Dans üun cas comme dans l’autre, il est difficile de parer à Cet inconvénient sans aucune gravité d’ailleurs, les éaux de la région étant très pures (1) ainsi que l’a montré M. MarreL dans son travail sur Fontaine-l'Evèque.
L'eau de Gréoulx est d'une limpidité parfaite, sa saveur est fade et légèrement salée, son odeur est celle de l'hydrogène sulfuré. Elle laisse à la peau une sensation de douce chaleur et de souplesse qui persiste longtemps après l'immersion.
Les ciassiques ont souvent l’habitude de classer Gréoulx parmi les eaux sulfurées calciques, c’est méconnaitre une partie de ses éléments principaux. Déjà en 1774, RAULIN, dans son Traité analytique des Eaux minérales, en faisait la description suivante :
« Les eaux thermales de Gréoulx, situées en Pro- « vence, sont imprégnées d’un acide sulfureux vo- « latil, d'une huile très légère, bitumineuse, de « beaucoup de sel gemme, de nitre et d’une subs-
« tance séléniteuse ».
L'eau de Gréoulx est en effet une eau chlorurée sodique et bromurée, MM. Wizm et JAcQUOT vont jusqu’à ajouter légèrement sulfureuse ; c’est aller
(1) La pureté de la Fontaine l’Evêque est si grande que l'on se propose d’en conduire l’eau à Marseille, et dans une grande: partie du département du Var (arrondissements de Toulon et de Brignoles et une partie de l'arrondissement de Draguignan) pour l'usage domestique. I1 y a à Fontaine-l'Evêque qualité et quantité d’où on comprend la querelle des deux départements (B. du Rh. et Var) pour s'approprier la totalité de la source.
peut-être un peu dans la voie contraire. Sans doute, les eaux de Berthemont, de Montbrun ou de Montmirail sont plus chargées en éléments sulfureux, mais enfin Gréoulx en contient bien assez pour pouvoir être étiquetées sulfureuses sans restriction. D'ailleurs voici sa composition d’après une analyse
toute récente (juillet rg11) exécutée au laboratoire
de l’Université de Lyon par MM. JAUBERT DE BEAU- JEU et CnaspouL : Résuültaits en grammes par litre.
SURULPE AE NCA ÏCHAMAS RE RAR DR, Re traces Hydrogène sulfuré...... sn et M A PE DRE 00025 Hypostlfite de sand: ne MILLE ere. nie ee ONE 0.0021 Bicarbonate de /Soude.. NN 20.00 ur PR 0.2852 Bicarbonate |dermapgnéster.. sin CRE A, eu 0.0279 SCENE se er et D ATOS RE PA ENT EEE 0.0400 OXVAE MAC FER. RAT Rats RAR SET De TE 0,0023 D AD ESS RU A UE EE ER traces Clilorureé”de/Soditnn sise RE RAA RES 2.1045 Chlorure de MasnéSUmne Res te enr 0.0376 Chiorure sde thin. ER CRUE ne net 0.0017 Bromure” de SOU CERN INSEE enr 0.0219 Toqurer dé DOTASSIUTE EE ANNE EU Un CEE LE PS 0.0015 SuHate de Cale ee 0 OR AU RER A 2 AE 0.1297 Sulfate de magnésium........ M APR VAI A DEN D MIE 0.0091 Sulfate de potassium......... RME ER EAN RER ES 0.1125 Ammoniaque et sels ammoniacaux................ traces Acide borique…. ARR LS DR AOL Ps PR GER de APN Présence
Matière organique évaluée en oxygène :
Solution acide, PURÉE Sens NERO 0.0026
SOIUtLONE BIC Aline ES ARE Sn here An RE AR 0.0032
Acide carbonique des bicarbonates................. 0.1781 Acide carbonique libre,.......... En Me e AU Ve nee) Le 0.0320 RO AR en ETC) CI ENTRANTS EM TRE LR CeRE RE 2.7060
L'analyse de M. Wizu en 1889 a donné les mêmes résultats avec une minéralisation totale de » g. 6510 et 0,0024 d'hydrogène sulfuré. La recherche de l’arsenic avait conduit à un résultat négatif. MM. Jau- BERT DE BEAUJEU et CHAsPouL orit eu à reconnaître la présence du lithium et ont pu caractériser l'acide carbonique, l'azote et les gaz rares : argon et hélium, dans l'analyse qualitative et spectroscopique des gaz spontanés.
Enfin la recherche de la radioactivité leur a donné : pour les eaux 1.156 mifligrammes-minute en 24 heures et pour l'air des piscines une quantité permanente de 118,08 milligrammes-minutes.
En résumé Gréoulx est une eau sulfureuse chloro-bromo-iodurée, légèrement carbo-gazeuse et lithinée.
Par comparaison avec les sources de Digne, l’eau de Gréoulx contient moins de sulfates maïs plus de biomures et iodures. Somme toute, Digne el Gréoulx peuvent être mis dans le même bassin d'origine. À Digne le keuper et le lias provençal ont été reconnus à l'émergence des eaux. À Gréoulx, nous devons aussi rapporter la qualité des eaux à la présence du keuper et du lias néritique. La température 37° de la source Gravier place son réservoir à
‘Soo mètres environ de profondeur, en enlevant les
hoo mètres d’alluvions, il reste encore assez pour traverser les couches crétacées el arriver au lias et au trias, qui ont été reconnus dans les alentour$ en maints endroits, à Moustiers, à Barjols, à Rians, etc.
Il existe à Gréoulx un Etablissement Thermal, vaste, commode ; bains, étuves, douches, piscine, hôtel tout est réuni sous le même toit. On y trouve des baignoires de marbre blanc, pourvues d’une manière continue par la source. La piscine est assez vaste pour permettre la natation. Les bains de vapeurs sont établis dans des cabinets voütés où les vapeurs sont concentrées. Ces cabinets sont précédés d’autres pièces chauffées et ressemblent assez aux thermes romains découverts à Aix sous la rue des Etuves. Le malade se tient assis dans un fauteuil et de là il est reporté dans son lit pour achever la sudation.
Les eaux de Gréoulx, nous l’avons déjà dit, ont été très en vogue chez les Romains, les Templiers en les réhabilitant au moyen âge ont fait œuvre durable et on peut dire que de toutes les stations minérales de la Provence, Gréoulx seul peut se flatter de n'avoir jamais connu l'abandon absolu des baigneurs. Max Durann FARDEL en prisait fort les vertus thérapeutiques, et de nos jours encore de grands, maîtres, tels que M. Hucxarp, en conseillent volontiers une cure.
Il faut ajouter que Gréoulx avec son ciel toujours bleu et radieux, avec son climat doux et uniforme sans brouillard, est, de l’avis du thérapeute anglais
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