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CHAPITRE IX

Bassin de Marseille

GÉOLOGIE. — Nous abordons ici une région qui n’est plus simple au point de vue géologique et par cela même hydrologique. Le bassin de Marseille comprend du trias, du lias, du crétacé et des formations tertiaires et même des alluvions. Mais par suite de certains phénomènes sismiques, les divers étages, au lieu de se superposer normalement, sont, en certains points, dans l’ordre inverse, par exemple au Garlaban.

M. Marcer BERTRAND à bien étudié la grande nappe de recouvrement de la Basse Provence, nous lui emprunterons certains détails pour expliquer l’origine des sources minérales. M. DEPÉRET nous fournira aussi les éléments du terrain tertiaire à Marseille. Et au lieu de donner un aperçu géologique de la région ccmme nous l'avons fait pour les autres bassins, nous aborderons immédiatement les

sources minérales, discutant ensuite leur origine avec les observations des géologues.

EAUX MINÉRALES. — Le bassin de Marseille n'est pas riche en eaux minérales, mais enfin leur nature n'est pas uniforme ; nous devons citer tout d'abord la source sulfureuse des Camoins, puis les sources chlorurées sodiques du Roucas-Blanc et du Rouët-de-Carry.

LES CAMOINS. — La source des Camoins sort d'un terrain tertiaire, composé de craie et de gypse, qui forme les derniers revêtements des ramifications de la chaîne du Garlaban, entre la Treille, les Camoins et les collines d’Allauch. En examinant cette eau dans un vase transparent on voit flotter quelques filaments et du soufre en suspension. Voici. sa composition, d'après une analyse faite en 1862, par M. Dussaup : en grammes par litre :

CAMIONS NE SUEUT ÉTAPE eee ner see 0.030 CAS ITeACATDONIQUE LE 2 2 nereD se don guie s lolD tale dual te 0.098 PDT CE el one ere Miontaeleiaue mere A aies oc (dede 0.005 . URSS OSDITÉRIQUE. eee de Lie suis » deal se Nue le dt ce ee 0.016 Sulfate de chaux... A LL Es ET, dl 1.010 Chiosure de reslctn ee ENNr ERRER e n 0.486 Mans en ttes PE ol Eee Et ER NUE 0.030 RER D De De ohete à ete à inota à sd ADR e 0.050 SHices.:... A NEA ee DNS De 2e Snehe ire SOU SAR ee 0.005

Sa température est de 15°.

Une analyse en 1859, par MM. Roussez et Mex- NIER avait donné à peu près les mêmes résultats.

La source des Camoins aussi appelée « La Cambrette » est donc une eau sulfureuse carbo-gazeuse et sulfatée calcique. MM. Jacquor et Wica l’appellent tout simplement sulfatée calcique, c’est ignorer une partie essentielle de ses éléments. Max Durann Farpez était plus près de la vérité en l’étiquettant sulfurée calcique froide.

Pour expliquer la minéralisation, notre tâche sera, très difficile. L'origine triasique n’est pas à dédaigner ; le trias du bassin de Saint-Zacharie envoie, en effet, un prolongement étroit entre Garlaban et la Treille ;: dans les environs même des Camoins, certains affleurements ont été reconnus. Il n’y aurait donc pas impossibilité d'y rapporter la minéralisation de « la Cambrette », bien que la présence du carbonate de chaux (o g. 486) trouvée par MM. Roussez et MEynier indique plutôt une origine tertiaire. De plus, l'absence de chlorure de sodium nous ferait aussi pencher pour rejeter l'attribution triasique.

La décomposition des sulfates (en supposant leur origine keupérienne) peut être le fait du lias à Gryphœa arcuata dont on vient de reconnaître un affleurement tout près ; d’ailleurs, sur la coupe du Garlaban, on avait déjà mis en évidence la présence du trias, de l’infra-lias et du lias.

Le caractère triasico-liasique de l’eau de « la Cambrette » est donc admissible ; mais peut-on en dire autant du caractère tertiaire gypso-ligniteux ?

La région des Camoins est, en grande partie, formée par du terrain tertiaire, on y trouve en abondance le calcaire blanc lacustre avec faune rupélienne (Potamides) passant dans la vallée de l'Huveaune à des poudingues et grès rougeâtres d’origine torrentielle.

Souvent ce calcaire se présente en minces lamelles entre lesquelles on constate du gypse, en plus ou moins grande quantité, mélangé à du soufre. Ce soufre provient de la décomposition de la source « La Cambrette » ; et il est assez abondant pour avoir donné lieu à diverses exploitations. En y creusant à 5o mètres de profondeur on a constaté la présence d'une eau vraiment sulfureuse et très abondante.

Avant d'émerger, la ‘source « La Cambrtlte »

passe donc sur des couches de soufre (les gens du pays expliquent ainsi son caractère sulfureux) à travers tout ce terrain, appelé « la Soufrière », qui part de la colline Ruissatel et des Roches de Passe-Temps pour continuer par le cimetière et la campagne Timon-David (la Rémusado).

Nous trouvons bien le gypse aux Camoins, mais au lieu de minéraliser l’eau, nous le voyons, au contraire, servir de cristallisoir, il faut donc en conclure qu'avant d'arriver aux couches gypseuses, l’eau des Camoins était déjà sulfatée et déjà réduite en sulfurée. Son trajet souterrain doit être assez long, car le soufre ne se déposerait pas ainsi en terre si son point d'émergence était dans le voisinage de sa zone de sulfuration.

Pour expliquer la réduction des sulfates en sulfures, les formations tertiaires de la région nous présentent l'argile noire lignitifère de Gémenos avec oogones de chara nystia Duchasteli.

Ces lignites n’ont pas encore été reconnues aux Camoins, toutefois des sondages ont permis d'établir leur présence sur le versant sud de la colline d’Allauch (les résultats ont été insuffisants pour rémunérer une exploitation minière).

= De toutes les observations faites à ce jour, on ne peut rejeter l’origine triasico-liasique avec reminéralisation par le gypse tertiaire, on ne peut pas non ‘plus soutenir l’origine exclusivement tertiaire sans supposer une réduction très lointaine, les lignites étant assez loin, près d’Allauch. En dissociant les deux caractères de l’eau, on pourrait attribuer le caractère sulfureux soit aux trias et lias, soit aux gypse et lignite et le caractère sulfaté calcique à une seconde minéralisation par le passage de l’eau déjà sulfureuse à travers la formation tertiaire du gypse. Dans l’un et l’autre cas, la réduction doit être très éloignée du point d'émergence : la découverte de lignite, sur le trajet souterrain de l’eau, résoudrait la question, car l’instabilité de la sulfuration de « ta Cambrette » la rapproche beaucoup plus des eaux d'Enghien et de Saint-Martin-de-Renacas que des eaux de Montbrun ou de Gréoulx.

La connaissance plus approfondie et plus détaillée de cette partie du bassin de Marseille, que la complexité de structure et d'orientation a fait sur-

nommer « le cancer géologique de Marseille », permettra seule de déterminer exactement l'origine &1 caractère sulfureux de cette source « La Cambrette. »

Nous avons vu ce qu'il fallait penser des thermes romains (?) des Camoins ; ces terrains ne formant qu'une succession de marécages. M. le marquis ForBin »'OPPÈDE nous apprend que le xrr° siècle vit les premières cultures, et que les plâtrières et fabriques de tuiles furent exploitées aux xiIv° et xv° siècles.

Au début du xix° siècle on avait remarqué le suintement d'une eau à odeur sulfurée dans la propriété des d** de Cambrai (d’où le nom Aqua Cambresine et en français « La Cambrette ») M. d'HEUREUX, n$ritier des de Cambrai, fit capter la source sulfureuse et édifia le premier Etablissement Thermal en 1805.

La source est captée en vase clos, d’où elle est. conduite par deux canaux à l'Etablissement thermal. Un canal alimente la fontaine sulfureuse, destinée à la cure par boisson. Le second canal va aboutir à deux bassins : l’un pour les bains froids, l’autre pour les bains tièdes après avoir thermalisé Veau par certains procédés sans altérer ses propriétés thérapeutiques.

Le Pavillon des Bains comprend 16 cabines de bains, 1 fontaine sulfureuse et une salle de douches : il serait bon qu'on y-utilisât tous les modes modernes de l’hydrothérapie.

Après avoir obtenu un grand succès pendant les

trois premiers quarts du x1x° siècle, la station de Camoins a été un peu délaissée, non au point de vue médical, mais surtout à cause des moyens de trans-

port. La construction des chemins de fer permit aux

Marseillais d'aller aux stations plus lointaines, d’autant plus que pour se rendre aux Camoins, jusqu'en ces dernières années, il n'existait même pas un ser-

vice en voitures. Aujourd'hui, Les Camoïns sont re-

liés à la Cannebière par une ligne de tramways électriques, aussi la station sulfureuse reprend un peu son essor. Il est si facile maintenant de faire une cure sans quitter ses occupations ; entre deux tramways, on prend son bain ou sa douche et on peut retourner en ville. En une heure et demie ou deux heures par jour, les Phocéens, commerçants ou employés, peuvent se soigner et diriger leurs affaires. C'est là un avantage inappréciable, d'autant plus que les eaux des Camoins sont très efficaces dans les dermatoses, les rhumatismes, les catarrhes et ont toujours été tenues en grande estime par les médecins à la suite de Max DuranD FARDEL.

ROUCAS BLANC. — La source chlorurée sodique du Roucas-Blanc nous présentera moins de difficultés pour localiser son origine. Elle émerge en effet de la colline de Notre-Dame de la Garde. Cette colline est un bombement jura-crétacé : l'axe anticlinal de ce bombement marqué par l’affleurement d'une bande de jurassique supérieur décrit dans le petit

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massif isolé de Notre-Dame de la Garde une courbe fortement accentuée dont les deux extrémités vont se plonger dans les eaux du golfe de Marseille. Ce bombement jura-crétacé forme la côte depuis le Roucas-Blanc jusqu'aux Catalans et se distingue très aisément des autres parties du rivage soit du côté de la Madrague de Montredon, soit du côté de Saint Henri, L'Estaque. Notre-Dame de la Garde est

une formation secondaire (mais sans trias) enchâs-

sée dans les terrains tertiaires de Marseille.

Le long de cette côte jura-crétacée est appelé « la Corniche » ; on y jouit en effet, du climat exceptionnel de la Côte d'Azur pour permettre des cures héliomarines aussi parfaites qu'à Hyères ou à Cannes.

La source du Roueas Blanc émerge de ce terrain el il est fort difficile d'expliquer sa minéralisation en l’absence de trias et de tout autre terrain salifère dans les couches géologiques.

Voici sa composiion d’après l'analyse de M. Ossian Henry en 1852 : par litre.

Bicarbonater dé Chaux RTL seen Re APR age 0470 Picarbonate: de magnésie., 2 ie einer eee 2 Sullate dé Soudan RE Es NS ere à SU TM 0 LE FT E EE AO DE ARE Te TES NEC A SIA 2100

SUITE ATeNMNOTAESEN SERRE Ces Rs

SON Re BE (0 LEON 8 ER D Ge (NE NE HIS RE I ER ER

Chlorure de SO0dIUM:1 Lee ed PM ee eee .... 208530 Chlorure de potassium....,.0t.....0.nr-hete. 7 -0:00Ù Chlorure de magnésium............. RAT Re ee 2.000 Bromures ALORS RE Re EN OR REX RMS PR EL 0.025 Iodures .:...... AU TA Et INR LE ER Late 0.005 A CIAE ES SIICIQUE ME ARS ART Pen NE SM ele ee ATEN NE MARNE CN AA ER REP, Phosphates alumineux OU CAÏCAITES RL Lune 0.200 thin er Re RTS vs ae Dre ra ele RAUr Oxydes de fer et de manganèse.............,,.. DE Matière ‘organique.s:2.,.1.".. #20 aneeuses

Minéralisation . totale. ....,.,.......1. 252920

Cette « source du Roucas-Blanc » ne peut pas être considérée comme une résurgence de l’eau de la nier située à quelques mètres ; nous avons recherché avec soin une analyse de l’eau de mer puisée à Marseille (car les proportions varient pour une même mer suivant le point de prélèvement ; la Méditerranée à Cette, à Marseille et à Nice dont nous avons pu avoir l'analyse, présente des proportions variables dans la teneur des éléments).

Le Journal de Pharmacie (tome XXI, p. 93) nous donne l'analyse de la Méditerranée à Marseille par LAURENT ; voici la teneur par litre :

Sodium ; JE SAN Re A RS .. 102688 Chlore: ‘Res PRET RES SES : 21.099 Masgnésitun 20l Ets Tres D de ee a 68-0087 (GES 3 PE 00 RE An SA UPS NE RTL pa 0.0480 POS SSDN LE S ON ST MES RME en e Le IRD TS NUA 0.0041 AGCIde SUHUTIQqRES NUL MR UNE TA AMENER EURE EE 5.716

DO MORPDÔTIMAR SES A AE ue «te se men doute DANSK D 0.1420 PAL EI o00 D € TOO AENRONPE EN RP ORNE EEE GE LI ES AA : 408700

La comparaison des résidus 25 gr. 920 et 40 g. 700 différencie hautement la « source du Roucas Blanc » de l’eau de mer.

Il est plus sage de considérer cette source en rapport avec les efflorescences salines de la Camargue.

ROUËT-DE-CARRY. — On pourait en dire autant des sources salées du Rouët de Carry, situées sur la côte du massif de la Nerthe en face du port de Marseille. Toute cette côte est formée de conglomérats et argiles rougeâtres dont l’aspect et la couleur rappellent les couches de Saint-Henri et l'Estaque. Ces couches plastiques rougeâtres sont elles-mêmes surmontées entre Le Rouët et Carry par des sables et marnes à faune saumâtre, que MM. Marron et DE- PÉRET Ont considérés comme les dépôts d’estuaires d’un cours d’eau oligocène venant de l'est, c'est-àdire du Vieux Port de Marseille.

Entre le cap de Faves à l’est et la pointe du Rouët, on a l'étroit « Ravin des Eaux salées », dont le nom provient de la présence, au débouché de ce ravin dans la mer, d’une source salée volumineuse, jaillissant des fissures des rochers urgoniens. Le principal déversoir de cette source est situé à quelques mètres du rivage et son altitude atteint environ 2 mètres au-dessus du niveau de la mer. Mais il existe en outre quelques petits suintements d’eau salée :

L Là 4 A a , se un niveau un peu plus élevé du même ravin. L'ori-

gine de ces sources, comme de celle du Roucas

Blanc, est difficile à comprendre en labsence de Lrias et de tout autre terrain salifère dans la région. La seule explication plausible est de les considérer comme en rapport avec les efflorescences salines de la Camargue.

Dans le delta du Rhône, les agriculteurs ne sèment jamais leurs terres avant de les avoir « dessalées », et ce, chaque année, à tous les renouvellements de récoltes. À cet effet, ils divisent leurs champs en carrés, dont les bords très relevés forment réservoir. L'eau, puisée dans les canaux de dérivation du Rhône, submerge ces champs plusieurs jours ; elle est ensuite rejetée à la mer par des ca-

näauüix spéciaux appelées canaux salés ou roubines.

L'opération, faite trop hâtivement ou avec une quantité d'eau trop faible, compromet la récolte ; il en est de mème si l'eau, ayant « dessalé » un champ envahit par maladresse un autre champ déjà semé : nous en avons vu un exemple frappant dans une luzernière du Mas Borel.

La Camargue, toute composée d'alluvions du Rhône, esi un terrain conquis sur la mer. Son sous-

sol ne contient pas de sources d’eau douce, mais

seulement une nappe souterraine d’eau de mer qui, per l’évaporalion, gagne les couches supérieures et laisse cristalliser ses sels. Dans les endroits incultes on perçoit nettement la saveur salée en portant à la bouche un peu de sable ou de graviers.

Ces observations ne s'appliquent pas à la Basse Camargue, submergée en partie par des étangs en communication avec la mer ; mais à la Haute Camargue qui, à une altitude de 2 mètres et au-dessus, présente des terrains très fertiles, s’ils sont « lavés » ou improductifs s'ils ne sont pas débarrassés du sel d'imprégnation (x). |

La coexistence d’une source d’eau douce traversant ces efflorescences salines nous donnerait les sources chlorurées sodiques du Roucas Blanc et du Rouët-de-Carry.

CONCLUSIONS. — Marseille, on le voit, présente des ressources précieuses en crénothérapie ; l’Académie de Médecine elle-même l’a reconnu à maintes reprises en émettant un vœu favorable à l’exploitation de la « source du Roucas Blanc » en 1852 et de la « source la Cambrette » en 1859. Le « ravin des Eaux Salées » n’a jamais été l’objet d’une exploitation, tant ses abords sont pénibles à l'heure actuelle, seuls les géologues et hydrologues y ont attaché de l'intérêt. Peut-être la nouvelle voie ferrée de l’Estaque à Miramas par Martigues fera-t-elle du Rouet-de-Carry une station rivale de Balaruc !

A ces richesses hydro-minérales, dont peuvent bénéficier les habitants, sans avoir besoïin de quitter leurs occupations, fait très important pour certai-

- (1) Nous avons parcouru le Mas Borel, le Mas de la Furrale, le

Mas du Séminaîre et le Mas Gris, situés dans les environs de la station « la Camargue » sur la ligne d'Arles à Lunel.

nes catégories de malades, il faut encore ajouter la Corniche, qui, par ses cures de soleil et ses bains de mer, unit les avantages de la Cote d'Azur à la résidence nécessaire et forcée dans une cité commerçante. Enfin, pour les classes aisées, on trouve encore, aux environs de la ville, une magnifique station estivale, à 900 mètres d'altitude, au milieu des splendeurs d’une forêt séculaire, à l'atmosphère pure et vivifiante : la Sainte Baume. ;

Marseille a donc plus que son Enghien aux Camoins, elle est, au point de vue médical, une station hydro-minérale et climatique d'hiver et d’étà

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