C. FASCIOLES
Bandes à clavules vibratiles, posées au-dessus de la couche à mamelons radiolaires, constituant peut-
être les bords d'une membrane couvrant en partie la face dorsale du test, et laissant libres certaines régions
occupées par les organes externes les plus puissants.
La fasciole n'existe que chez les Ananchytides et les Spatanguides, et ne manque pas entiérement dans aucun des genres vivants de ces derniers. Elle constitue un
1) PL XXXVI, fig. 208, 209, 210. ?) PI. XXXVIL, fig. 213, 214, 215. %) PI. XXXIX, fig. 222, 223, 224.
62 S. LOVEN, ETUDES SUR LES ÉCHINOÏDÉES.
trait de structure indépendant des autres parties du squelette, et n'appartient ni aux ambulacres ni aux aires interradiales; au contraire, on peut dire qu'elle les domine en quelque sorte. Elle est limitée à la face dorsale, latérale et postérieure du test. On n'en aperçoit rien à la surface intérieure des plaques, et elle n'occupe pas non plus d'intervalles entre elles. Parfaitement superficielle, et formant à elle seule un stratum superposé à celui des radioles, elle traverse les ambulacres comme les aires interradiales, au milieu des radioles, des pédicellaires et des pores tentaculaires, qu’elle efface tous, le plus souvent complètement, en déposant à leur place sa bande unie incrustée de petits tubercules, et en en désignant très-rarement les traces. Aïnsi l'on voit quelquefois, par exemple chez l'Agassizia ‘), comment la fasciole, entière et intacte, recouvre comme une gaze des mamelons parfaitement reconnaissables et correspondant, quant à leur forme et leur disposition, aux autres mamelons situés immédiatement au dehors de son bord, lequel même en tapisse partiellement l’un ou l’autre; soit que la fasciole, ayant fait tomber les radioles, se soit glissée dessus, ou que, malgré son influence ailleurs décisive, la couche profonde ait continué, dans cet endroit, à se former en mamelons. Ou bien, comme cela a été observé chez le Plagionotus pectoralis et le Brissus Scillæ *), lorsque la fasciole a reçu des fentes, on voit percer des mamelons avec leurs radioles ou des pores tentaculaires complètement développés, la couche profonde y ayant repris le travail vital arrêté au-dessous de la fasciole intacte.
Il est facile de se convaincre, dans la Brissopsis lyrifera (Fors.) ”), que la fasciole péripétale traverse la méme plaque interradiale chez l'adulte que chez le jeune, c’est-à-dire les plaques 4 et 9 des aires frontales, les 6 et 7 des latérales, et la dixième de l'aire impaire. Elle se tient, chez l’un et l’autre, sur la méme plaque ambulacraire du bivium, la 14 et la 15, et dans les ambulacres pairs du trivium sur la 9 ou la 10. Mais dans l'ambulacre II, l'impair, elle change de place en s’avançant des plaques 4 et 5 aux plaques 5 et 6. Ainsi encore la fasciole infra-anale traverse, chez le jeune comme chez l'adulte, de son arceau inférieur les plaques épisternales, #, de l'interradium impair, et, de son arceau supérieur, ses plaques 4 et 3, de même que les plaques prolongées 6, 7, 8, 9, des rangées internes du bivium. Par conséquent, l'extension successive de l'anneau fasciolaire est presque proportionnée au mouvement d’accroissement des plaques, à cela près qu'elle change un peu de place sur la plaque même dans les limites de laquelle elle reste. C’est par ces mouvements qu'il faut expliquer les crevasses transversales, ou peut-être les plis, qu’elle présente assez souvent, et des deux côtés desquels ses rangées de petits tubercules changent de direction *).
Revétant de cette manière la couche à mamelons et douée envers elle d'un mouvement propre quoique très-restreint, la fasciole paraît déterminer jusqu'a un certain point la forme des plaques, et plus particulièrement celle des ambulacres. On s'en aperçoit dés que l’on compare entre eux les divers groupes génériques par rapport à la fasciole péripétale. Dans les genres adètes des Spatanguides, ceux dépourvus de toute fasciole, comme l’'Echinospatagus D'Ors., l'Enallaster D'Onrs., l'Isaster D'Or8., l'E-
LD PLOX III fs 1212422) PL XII ie. 122,123. 8) PIX XX VIT ir. 1218 M6) PI EXT Er ET
KONGL. SVENSKA VETENSKAPS-AKADEMIENS HANDLINGAR. BAND. Î. x:0 7. 63
piaster D'Or8., l'Hémipatagus Des., et dans les genres prymnodesmiens qui manquent de fasciole péripétale, le Spatangus '), le Micraster *), la Maretia *), le Paléotropus ‘), l'Echinocardium *), la Lovenia‘), les pétales pairs sont plus au moins ouverts, à la maniere des Cassidulides, des Collyritides et des Ananchytides, c’est-à-dire que le passage des plaques des flancs à tentacules simples digitiformes aux plaques dorsales à tentacules branchiaux, se fait d’une manière insensible, et comme d’un seul trait, ou, s'il y a un léger rétrécissement, que du moins les plaques se suivent d’une manière égale et continue, Au contraire, lorsqu'il y a une fasciole péripétale, ce passage se trouve marqué d'un rétrécissement plus où moins considérable ou même par une dilatation plus ou moins grande des plaques infra-pétales. Dans quelques-uns, ce rétrécissement n'est pas très-fort, et les plaques, toutes entières, se succedent sans interruption quelconque, comme chez l'Hémiaster Fourneli, la Faorina ‘), la Desoria *), l'Abatus *), le Schizaster !°). Dans d’autres, la fasciole péripétale semble augmenter la résistance, offerte par la paire de plaques qu'elle traverse, à la pression lente et continue des plaques pétalaires causée par l'addition successive de plaques nouvelles auprès de la pièce ocellaire; par suite de cette addition un certain nombre des plus anciennes réduites en demi-plaques, à la manière des plaques péristomiennes des Echinides, sont refoulées, en forme de coin, vers la ligne suturale des plaques à fascioles, lesquelles, en y cédant, changent de forme ou s'écartent même en partie l’une de l’autre, pendant que la fasciole se retire en se repliant en anse plus ou moins profonde. C’est ce qu'on appelle pétales fermés, et ce qu'on voit dans tous les ambulacres pairs de la Méoma ‘’), de la Breynia ‘*), du Plagionotus *) du Brissus ‘*), de la Brissopsis ), ou dans le bivium seulement, comme dans l'Eupatagus, l'Agassizia *), la Kleinia ). Mais partout l’'ambulacre IT est exempt de toute influence de la fasciole péripétale, laquelle s’amincit même quelquefois en passant par dessus. L’'Hémiaster expergitus ?*) seul y fait exception, mais il est à noter que l'exemplaire observé n'est pas adulte. Lorsqu'il y a une fasciole interne, traversant les pétales pairs, comme dans la Breynia ”), l'Echinocardium *), la Lovenia *), la série des pores tentaculaires voisins se trouble, et plusieurs d'entre eux tendent à s’effacer. L'Echinocardium seul présente, dans l'ambulacre III traversé d’une forte fasciole interne, une alternance de plaques entières et de plaques réduites. — Enfin, quant à la fasciole infra-anale, il a été démontré déja comment son existence est accompagnée d'une conformation toute particulière des plaques ambulacraires du bivium, non moins que des plaques interradiales mêmes qu'elle traverse.
Selon les régions du test qu'elles entourent, les fascioles enferment des groupes de tentacules différents de formes et de fonctions, et n'en franchissent point les limites. Ainsi, la péripétale embrasse, dans la Brissopsis lyrifera (Forg.) *), les tentacules puissants, à disque terminal circulaire, de l’ambulacre impair, et les tentacules
1) PL XXXVL fig. 208. 2?) PL XXXIIL, fig. 201. #) PL XLII, fig. 229. 4) PL XXXIL fig. 200. 5) PL XXXIX, fig. 222. 6) PL XLUI, fig. 232. 7) PL XXVII, fig. 186. 5) PL XXVIIL, fig. 187. °) PL XXIX, fig. 188. 10) PI XXXI, fig. 194 !!) PL XXXV, fig. 205. 1?) PI. XLI, fig. 228. 15) PL. XI, fig. 227. M) PL XXXIV, fig. 202. 15) PL XXXVII, fig. 213. 16) PL XXX, fig. 191. 17) PL XXXVIIL, fig. 219. 18) PL XXVL fig. 185. 1) PL XLI, fig. 228. 2%) PL XXXIX, fig. 222. 21) PI XLIIL, fig. 232. 2) PL IL fig. 1.
branchiaux des ambulacres pairs; l'infra-anale constitue la limite entre les grands tentacules couronnés de cirres, appartenant aux plaques prolongées des rangées internes du bivium, et les simples tentacules digitiformes qui partent des plaques ambulacraires des flancs. Quand on considère la position toute superficielle des fascioles et la manière dont elles passent par-dessus les mamelons radiolaires; comment les organes externes les plus puissants ne se produisent qu'en dedans des enceintes formées par elles; comment, chez certains genres, le Plagionotus, l'Eupatagus, la Breynia, et d’une manière moins marquée chez tous, les mamelons du test, petits et peu développés d'un côté de la limite indiquée par la fasciole, apparaissent de l’autre tout d’un coup grands et fortement prononcés; quand on réfléchit au contraste que présente le test des Spatanguides ainsi divisé en régions disparates avec l’uniformité de celui des Clypéastrides, des Cassidulides et des Echinonéides, qui n’ont point de fascioles, on est amené à se demander sil n'existe pas là une membrane, commençant peut-être à la plus grande périphérie du test, couvrant les côtés de la face dorsale en lame excessivement mince, mais dont la présence suffit cependant à modérer jusqu'à un certain point, dans plus d'un genre, le plein développement des mamelons et de leurs appartenances, et laissant, en dehors de son bord, qui est la fasciole, deux espaces du test entiérement libres et ouverts pour le développement de certains organes extérieurs importants, l'un autour du sommet, l’autre infra-anal. Mais c'est peu dire: la faseiole reste une énigme inexpliquée. Est elle, comme le dit Jonanxes Müzzer ‘), une ligne de bordure (’Saumlinie”), comparable au bord vibratile des larves par cela même qu'elle se forme en lacs fermés, et qu'elle présente un mouvement vibratile très-vif? Ses clavules, serrées et d’une hauteur uniforme comme les brins d’un velours, à tiges couvertes de cils vibratiles, à têtes arrondies et molles mais non vibratiles, comme la déjà observé JOHANNES MÜLLER, sont sensibles au dernier point, et si l’on en touche quelquesunes, plusieurs autres se mettent aussitôt avec elles dans un mouvement commun et ondulant. Quant à la question importante de savoir si la fasciole a été transmise au Spatangue par sa larve avec la membrane dont elle parait constituer le bord, il conviendra de rappeler que la fasciole infra-anale et la fasciole latérale s'exeluent mutuellement, En voyant la fasciole infra-anale de la Méoma *), compléte seulement dans son arceau inférieur, celles du Plagionotus *) et de l'Echinocardium ‘) envoyant en haut des branches courtes, et celle de la Kleinia *), laquelle parvient à se joindre à Ja péripétale au moyen de deux branches longeant le bivium, on pourrait même soupçonner que les trois fascioles, l’infra-anale, la latérale et la marginale, ne doivent être considérées que comme des formes différentes, des replis, d’une seule et même fasciole.
1) Ueber den allgemeinen Plan in der Entwickelung der Echinodermen. Abhandl. Berlin. Akad., 1859, p- 33. — Ueber den Bau der Echinodermen. Abhandl. Berlin. Akad., 1853, p. 27. ?) PL XXXV, fig. 205. SPL XD, fig 227.) MPI XXXIX, fig 2225) PIX XXII fie 2119!
KONGL. SVENSKA VETENSKAPS-AKADEMIENS HANDLINGAR. BAND. Î. N:0 7. 65