‹ Études sur les États-UnisChapitre 4 sur 8 · BIBLIOTHECA · texte numérisé non relu

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Des gens dont les esprits, relativement à la question la plus importante de la vie, sont constamment fixés sur un esprit de troisième ordre, forment le gros de la population des Etats-Unis, dans les petites villes et les districts ruraux surtout. Et cependant, notre ami de Boston nous demande de croire, qu'une population dont c'est là le niveau, peut produire ce que nous ne pouvons certainement pas produire, en Angleterre, et ce qu'aucun pays que je connaisse ne peut fournir, à l'heure qu'il est — un groupe dans chaque petite ville, et cela d'un bout à l'autre du pays, de gens de goûts cultivés, de bonnes manières, de bonne éducation, les égaux de qui que ce soit au monde, lisant les meilleurs livres, interprétant la meilleure musique et discutant les questions d'ordre général qui intéressent l'humanité. — Des individus de cette catégorie, les égaux de qui que ce soit au monde, l'Amérique peut certainement en fournir, et, avec cela, dans toutes les villes, des groupes de gens ayant d'excellentes qualités, semblables aux représentants de la classe moyenne et de la vertu bourgeoise parmi nous. Un pays capable de fournir de tels groupes, sera fort et prospère et possède beaucoup de choses dont il peut être reconnaissant ; mais il ne faut pas qu'il prenne ces groupes

loi

pour ce qu'ils ne sont pas ; il ne faut pas qu'il s'imagine que, les ayant produits, il possède ce qu'il ne possède pas, ou qu'il a pourvu à des besoins pour lesquels il n'a pas encore pourvu.

" Les arts n'ont pas de chance dans les pays pauvres, dit M. Lowell. De père robuste à fils robuste, nous avons rendu ce continent habitable pour les races plus faibles du Vieux- Monde qui l'ont inondé, au cours du dernier demi-siècle." Cela peut être très vrai, et les choses accomplies en Amérique par l'industrie bourgeoise, l'énergie et le courage bourgeois, la religion bourgeoise de notre race anglaise, sont peut-être tout-à-fait autant que nous avons €U droit d'en attendre, jusqu'à l'époque actuelle ; et seul, un peuple doué de grandes qualités était en état de les accomplir.

Mais là n'est pas la question. Il s'agit ici, de l'établissement en Amérique, sur une échelle quelque peu considérable, d'un type de civilisation combinant toutes les puissances qui contribuent à faire de la vie humaine ce qu'elle doit être, la puissance de l'intelligence et du savoir, la puissance de la beauté, la puissance de la vie sociale et des bonnes manières, de même que cette autre grande puissance, celle de la religion et de la conduite et la puissance indispensable de l'expansion. " N'est-ce pas

l'acte le plus digne d'une république, demande M. Lowell, que de faire des hommes de chair et de sang, au lieu de mouler en marbre les formes idéales de ces hommes ? " Accordonsle, " Peut-être, continue ]\I. Lowell, notre lot est-il de donner un plus complet développement à l'humanité collective au lieu de le donner à l'humanité individuelle. " Il est certain que le bien-être des masses, et non pas seulement celui des individus et des classes, s'impose de plus en plus à chacun de nous, comme étant le but qui doit être poursuivi. Un grand nombre devra avoir part au bien-être, à la civilisation et à la culture ; nous ne devons pas l'oublier, et l'Amérique, heureusement, ne nous le laissera probablement pas oublier. Mais pour cela, il ne faut pas que l'idéal du bien-être, de la civilisation ou de la haute culture soit abaissé ou dégradé.

Voici maintenant que la Neiv- York Nation — un journal que je lis régulièrement avec profit, un journal qui est, autant que mon expérience me permet d'en juger, le meilleur de tous les journaux américains et l'un des meilleurs journaux du globe — publiait, l'autre jour, sur la haute éducation en Amérique et sur son utilité, quelques observations très curieuses :

" E>i Amèriqtie (dit la Nation) presque au-

cun citoyen dont la fortime permettra cette dépense^ 7ie refusera à son fils ^ un cours dans un collège classique^ si son fils le désire^ mais probablement que pas tm jeune hotnme sur mille, ne pourra dire, cinq ans après avoir terminé ses études, que son éducation classique lui a été du moindre secours, pour faire ses débuts dans la vie. Elle aura pu lui être fort utile comme moyen de cnlture intellectuelle et morale, m,ais n'aura servi en rien à P adapter au milieu dans lequel il est destiné à vivre et à travailler ; ou, en d'' attires termes, à un monde où pas un ijtdividu, sur cent mille, n'a les manières ou la culture d''un gentleman, ne change de chemise plus d'aune fois la semaine et ne mange avec tme fourchette?^

On pourrait commenter très longuemen cette remarquable déclaration, je me contenterai d'une seule observation. Est-il croyable: que, s'il se trouvait établi dans presque chaque, ville de la grande majorité des Etats, un type- " d'ordre social simple et élégant," un " groupe de gens de goûts cultivés, de bonnes manières, lisant les meilleurs livres, interprétant: la meilleure musique, s'occupant de questions d'un intérêt universel, les égaux de qui que ce soit au monde ; " est-il croyable, qu'avec l'instinct de conservation qui est propre à l'huma-

nité, et alors que les choses de choix exercent, naturellement, une si grande attraction — est-il croyable que toute cette excellente semence produise si peu de résultats, que ces groupes demeurent si impuissants, si isolés, que ceux qui les entourent, dans un pays où la pauvreté est inconnue, constituent un monde ou " pas un individu sur cent mille n'a les manières ou la culture d'un gentleman^ ne change de chemise plus d'une fois la semaine, ou ne mange avec une fourchette ?" Ce n'est pas croyable ; pour moi au moins, ce n'est pas croyable. Et je suis de plus en plus convaincu que notre ami de Boston a parlé de groupes, lorsqu'il aurait dû parler d'individus, et que plusieurs de ces individus, même, ont traversé et retraversé en Europe, ou, comme il le dit spirituellement, " chevauché sur l'Atlantique."

M. Lowell, lui-même, décrit ses compatriotes comme " le peuple le plus limité à P éducation de V école primaire et le moins cultivé qui soit au monde.'''' C'est aussi l'impression qu'ils font sur les étrangers. Renan dit que *' les Etats-Unis ont créé une instruction populaire considérable,sans haute éducation sérieuse, et qu'ils expieront longtemps cette faute, par leur médiocrité intellectuelle, leur vulgarité de manières, leur esprit superficiel, leur man-

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