SI
dante. Qu'on me permette de citer les profondes et impressionnantes paroles qu’il prononçÇa sur la reconnaissance de l'indépendance américaine, en 1782 :
“ Une grande révolution vient d'avoir lieu —une révolution qui ne s'est pas faite par la destruction ou le changement du Pouvoir dans aucur des Etats existants, mais par | ’appartition d'un Etat nouveau, d'une espèce nouvelle, dans une nouvelle partie du monde. Elle à accompli un changement aussi grand dans les relations, l'équilibre, la gravitation des Puis. sances, que celui qu'accomplirait l'apparition d’une nouvelle planète, dans le système solaire. ”
Quant à l'opinion que ce serait une cruelle destinée que celle qui me forcerait à visiser les Etats-Unis, j'emprunterai les paroles de Gæthe, et je dirai : “ Ce n’est pas l'esprit qui est attaché au sol, ce sont les pieds ; ” avec la meilleure volonté du monde, je n'ai encore jamais pu aller en Amérique et probablement que je ne le pourrai jamais.
Il me vient souvent de ce pays des communications bienveillantes. Lorsqu'un homme qui a beaucoup écrit sur l'égalité et la civilisation, s'entend dire qu’en Amérique, un amateur de ces entités morales trouvera tout ce qu'il :
faut pour le satisfaire ; lorsqu'on l'invite, que, même, on le met au défi de s'enquérir de l'état de choses qui y est en honneur et d’en rendre témoignage, il semble qu’il soit impoli et lâche de ne pas tenir compte de ces invitations, et, de continuer à parler de l'égalité et de la civilisation, comme si l'Amérique n'avait jataais existé. D'un autre côté, il y a l'avertissement de M. Lowell, Les Anglais peuvent facilement tomber dans l'absurdité en critiquant l’Amé.
rique, et le plus facilement du monde surtout, s'ils ne peuvent Pas voir ce continent de leurs propres yeux et ne le jugent que d’après leurs lectures. Ajoutons encore que certaines gens Sont susceptibles ; il serait certainement plus sage et plus agréable de ne rien dire. Et, de même que le prophète Jonas qui, chargé d’un message pour Ninive, se hâta, plein d’alarmes, de descendre à Joppa et là, de se rembarquer immédiatement pour une direction absolument opposée, on pourrait trouver:un grand nombre de raisons pour se dérober à la tâche, lorsqu'on nous demande de donner rotre opinion sur la civilisation aux Etats-Unis. Toutefois, Ewald prétend que ce fut uu regrettable et indigne calcul, une subtilité de raisonnement humain mesquine — menschliche vernunfielei — qui porta Jonas à tourner le dos à sa tâche, de cette
manière, Nous ne tournerons pas le dos à la nôtre, si difficile qu’elle scit.
D'ailleurs, il y a des considérations qui en diminuent les difficultés. Lorsqu'un écrivain a exprimé l'opinion que le système social en Fonneur dans son propre pays, est si loin de la perfection, qu’il présente le specta :le d’une haute classe matérialisée, d’une classe moyenne vulgarisée et d’une basse classe brutalisée, il a peut-être conquis le droit de parler avec candeur des systèmes sociaux des autres pays. M. Lowell se plaint de ce que nous autres, Anglais, nous faisons de notre saxonnisme étroit, comme il l’appelle, le criterium de tout. “ Mais nous ne valons quelque chose, dit M. Lowell de luimême et de ses compatriotes, nous ne valons quelque chose qu'en autant que nous nous désinfectons du saxonnisme.”
M. Hussey Vivian, membre de la chambre des Communes, pour Glamorganshire, fait un voyage en Amérique et, à son retour, enchanté du pays et de ses habi‘ants, il donne publicité à cette opinion que, deux choses seulement manquent à leur bonheur :—Un souverain du type britannique et une chambre des Lords.—
“ST les Américains pouvaient franchir le Premier pas, et élire un roi du vieux stock, avec les mêmes conditions de Pouvoir limité par
a ititn di estate Mort nee. PES à
la constitution qui sont faites à nos rois, s'ils untssatent ainsi leurs Etats séparés en une nation compacte et cohérente, un grand nombre d'entre eux n'en seratent que trop reconnais- Sanis. Je ne puis, non Êlus, m'empêcher de Penser qu'ils ne seraient Pas fachés de transformer leur sénat en chambre des Lords. ya chez eux des fortunes amplement sufisantes Pour supporter le système héréditaire des Mmaÿovais ; et l'on verrait des hommes qui, à l'heure qu'ilest, ne voudraient our aucune considéralon, entrer dans la vie Politique, faire leur devoir, san“ doute avec autant de patriotisme que noS pairs, alors qu'ils ne seraient Pas obl:gés d'affronter la boue d ‘une candidature.
Quant à cette prétention que les idées aristo-
craiiques sont étrangères aux Américains, je
n'y crois aucunement. Je crois, au contraire,
que les Américains sont un Peuple très aristo-
cratiqne.
Je suppose que ces quelques lignes peuvent être considérées comme un échantillon de cet anglo-saxonnisme qui exaspère tellement M.
Lowell. Je ne partage pas les idées qui y sont exprimées. M. Hussey Vivian a apprécié comme il convient, les faits géologiques et bien évalué les richesses minières de l'Amérique ; mais quant aux conditions politiques du pays,
aux tendances réelles de sa vie et quant à son avenir, il ne me paraît pas s'être placé du tout, au centre de la situation. Loin de ‘ ne vouloir aucun bien à la démocratie, ” loin de croire qu’un roi et une chambre des Lords sur le modèle anglais, soient une panacée pour les Maux sociaux, jai dit sans ambages, que notre système social anglais a, d’après moi, trop renfermé sur elles-mêmes nos classes moyennes, trop rejeté sur elles-mêmes, également, :0s basses classes et que nous souffrons du manque d'égalité. Rien ne me serait plus agréable que de voir la difficulté résolue en Amérique, que d’y voir la démocratie triomphante, avec un type d'égalité produisant de si bons résultats
que, lorsqu'on prêcherait cette vertu, on n’en
démontrerait pas les avantages par l'exemple des Français, mais comme M. Higginson le recommande, par l'exemple du peuple des Etats-Unis. Je retourne à mon journal de Boston :—
Dans des villes dont M. Arnold n'a jamais entendu et n'entendra Probablement jamais Les #OMS, On {rouvera presque tnvariablement, un Sroupe de gens de g ts cultivés, de bonnes manières, de bonne éducation, ayant le respect d'eux-mêmes, Les égaux de n'importe quelle sr ee d'individus au monde. Ces gens-là lisent
les meilleurs livres, interprétent la meilleure musique ; ts s'intéressent aux questions générales qui occupent l'humanité et ils apportent à leurs relations mutuelles, cetts courtoisie, ce res- Dect de soi-même, qui sont le propre d'hommes et de femmes dont la situation sociale n'est pas contestée.
Hé bien, c’est là ce que nous demandons, et, si la démocratie américaine nous donne cela, M. Lowell peut être sûr qu’ancun anglo-saxonnisme étroit ne m’empêchera de rendre justice à la démocratie américaine.
Seulement, il faut bien nous entendre sur un point spécial. Nous sommes, ici, en présence d’un état de choses où la question du nombre a une importance capitale. Même, dans notre pauvre vieux pays, avec si classe aristocratique matérialisée, sa classe moyenne vulgarisée, sa ba. se classe brutalisée, on trouve, et cela à tous les étages de la société, je l’ai déjà dit très souvent, des individus épris d’une vie supérieure, épris de perfection et qui, s'ils se trouvent plus ou moins en conflit avec l’époque actuelle, nous font espérer un meilleur avenir. Des individus de cette catégorie, il y en a dans la société américaine, tout comme ici, € n’en doute aucunement. L'écrivain de l’Afant Monthly lui-même, si défavorable que soit le
jugement qu’il porte sur la civilisation de son pays, en général, admet qu’il y peut trouver un certain nomore ‘ d'individus enthousiastes, ayant conscience de posséder des goûts cultivés et d'être remplis de désirs généreux. ” ‘ De ces individus d’une civilisation Llutôt supérieure, il yen a quelques-uns, dit-il, dans chacune de nos grandes villes et leurs environs, Son contradicteur du journal de Boston, prétend, lui, que ces centres de lumière et de douceur se rencontrent plutôt dans les petites villes que dans les grandes ; mais la chose n’a pas Pour nous une grande importance. La question importante est celle-ci : En quel nombre se trouvent-ils ? Hé bien, dit le journal de Boston, ‘“ dans presque toutes les petites villes des Etats du nord, du centre et du sud-ouest, ”? Incontestablement c'est 1à de la civilisation. Un groupe d’individu: épris d’une vie sapéricure, ‘un orüre social simple et élégsat, ” ainsi que s'exprime notre panégyriste, existant das presque toutes les petites villes des Æiats du nord, du centre et du sud-ouest amé et cela, sans compter certains cercles de +- York et d’autres grandes villes ‘ où la vie sociale est aussi distinguée, aussi élégen:
aussi noble qu’en aucun endroit du monde ; tout cela doit néce:ssirement élever le niveau
te
dc la société américaine, et devra sûrement, si nous suivons l'exemple qu’on nous offre, nous donner les moyens de transformer la nôtre ct d’en élever le niveau.
Déjà ce bon effet se produit sur la société américaine, car on nous dit :
KCe sont ces personnes qui maintiennent l'esprit général de la nation à un diapason élevé. Pendant que les “quelques individus d'une civilisation plutôt supérieure” traversirt et retraversent l'Atlantique pour aller apprerdre la dernière décision prise par un blanc-bec d'empereur, ou le dernier costume décrété par «un homrie-modiste, ces messieurs et ces dames américaines, dans la dignité de leur “ home ” font l'Amérique. Ce sont eux qui maintiennent le crédit nationa/, ce sont eux qui améliorent sans cesse notre système d'éducation nationale.
St M. Arnold les rencontre jamais dans leurs propres résidences, ce sont eux qui lut apprendront quel est le type normal des manières américaines. ”
Notre critique de Boston écrit d’une manière si vive et si alerte, qu’on éprouve du regret à le quitter. J’affirme sincèrement que j’aimerais beaucoup mieux le lire et le citer qu’entrer en discussion avec lui. Il a vu l'Amérique et je ne l’ai pas vue. Peut-être les choses sont-
ere qe sense ren s none anne en ce ennemie. ssnnsrenimnielingsiésin Et . mg mener op
Domi mms Er
} nn se lens
En Es ones