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nité, et alors que les choses de choix exercent,
naturellement, une si grande attraction—est-il
croyable que toute cette excellente semence
produise si peu de résultats, que ces groupes
demeurent si impuissants, si isolés, que ceux
qui les entourent, dans un pays où la pauvreté
est inconnue, constituent un monde ou ‘ pas un individu sur cent mille n’a les manières ou la culture d’un gentleman, ne change de chemise plus d’une fois la semaine, ou ne mange avec une fourchette ?”* Ce n’est pas croyable ; pour moi au moins, ce n’est pas croyable. Et je suis de plus en plus convaincu que notre ami de Boston a parlé de groupes, lorsqu'il aurait dû parler d'individus, et que plusieurs de ces individus, même, ont traversé et retraversé en Europe, ou, comme il le dit spirituellement, ‘ chevauché sur l'Atlantique.”
M. Lovwell, lui-même, décrit ses compatriotes comme ‘! Ze peuple le plus limité à l'éducation de l'école primaire et le moins cultivé qui soit au monde.” C'est aussi l'impression qu’ils font sur les étrangers. Renan dit que “les Etats-Unis ont créé une instruction populaire considérable,sans haute éducation sérieuse, et qu’ils expieront longtemps cette faute, par leur médiocrité intellectuelle, leur vulgarité de manières, leur esprit superficiel, leur man-
que d'intelligence générale.” Un autre critique français très fin, parle d’une «dire, intelligence ” comme la caractéristique du peuple des Etats-Unis—/a dure inintelligence des Américains du Nord. (1) Ils sont vifs et adroits, tout le monde le sait; mais, malheureusement,
l’adresse et la “nié sont tout-à-fait compatibles avec “ la dure inintelligence.”’ Dans l’#4mour quinionesque de M. Mark Twain, si attrayante au Philistin du type gai et léger, tant en Angleterre qu’en Amériqué, un troisième critique français voit la littérature qui interprète exactement l'intelligence d’un peuple de ce type et non d’un type supérieur. ‘“ En dépit de toute son éducation primaire, dit-il, l'Amérique est encore, au point de vue intellectuel, ua sol très dur et très primitif, qui ne peut être cultivé que par des méthodes violentes. Ces intelligences primitives et à demi. sauvages ne sont remuées que par des récits très élémentaires, composés sans art, dans lesquels le burlesque et le mélodrame, la vulgarité’ et l’excentricité sont combinés à fortes doses.” On peut dire des Français, des Français de la génération actuelle, dans tous les cas, qu’euxmêmes considèrent sérieusement comme appar-
(1) En français dans le texte.
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tenant à la famille de Goethe, de Molière et de Shakespeare, un auteur moitié génie, moitié charlatan, comme Victor Hugo. (1) Cela est
(1) Victor Hugo n’a pas besoin d’être défendu, Cette boutade de M. Arnold ne fait que confirmer la proposition souvent émise, qu'on nc peut goûter et apprécier intégralement, dans les œuvres poétiques, que celles qui nous parlent en notre langue maternelle. Ce qui nous charme dans les vers, ce ne sont pas toujours, ce ne sont p: . seulement, les pensées qu’ils nous communiquent ou les rêves qu’ils nous confient ; ce n° -t pas tant, a-t-on dit, le sens des paroles que 1 zurmure qu’elles roulent : c'est ce chant obscur, cette incantation mystérieuse qui semble venir de derrière les mots, qui évoque de vieux souvenirs, fait vibrer en nous des fibres secrètes, et nous berce délicieusement comme des accords mineurs d’une musique entendue dans le lointain. Cette musique, nécessairement, ne frappe pas, ou frappe peu l'oreille de celui qui n’a pas appris, dès son enfance, la langue dans laquelle elle est modulée, :
La poésie, qui a toujours été le premier interprète de l’âme collective d’un peuple, en est aussi la possession la plus intime, la plus intangible, la plus fermée à l'étranger. La gloire célébrée par le monde civilisé tout entier, de quelques grands génies poétiques, n’est jamais, tout d’abord, que l'écho des acclamations qui ont accueilli ceux-ci, dans leur propre patrie.
Dans une des lus jolies pages de ses ‘ Contemporains ’’, M. Jules Lemaître, après avoir énuméré les défectuosités qui l’ont frappé, dans le génie de Victor Hugo, s’écrie : ‘‘ Oui, mais avec tout cela, ‘ Victor Hugo est unique, il est dieu. On peut ‘‘ affirmer, je crois, que nul poète, ni dans les temps ‘anciens, ni dans les temps modernes, n’a eu à ce ‘‘ degré, avec cette abondance, cette force, cette pré-
vrai, cependant ilspeuvent juger d’une manière suffisamment sûre et exacte, la fausse littérature d’une autre nation qui ne fait pas appel à leurs côtés faibles. Je ne blâme pas l'Amérique d’être la victime de Quinion, ou aussi de Murdstone. (x) Nous sommes les victimes de Murdstone et de Quinion, nous-mêmes, je le sais très-bien, et les Américains sont absolument le même peuple que nous sommes. Mais je veux délivrer l'Angleterre de ces deux types et je regarde
‘‘cision, cet éclat, cette grandeur, l'imagination de ‘la forme.... Aucun homme n’a jamais su déve- ‘“ lopper une seule idée par un si grand nombre de ‘ métaphores et de comparaisons, ni si justes, ni si ‘‘ brillantes, ni si rares, ni, en général, si claires, et ‘‘ n’a su enchaîner ces images dans des périodes qui ‘‘eussent tant de mouvement, ni un mouvement si ‘large, si emporté, si continu—ni qui emplissent ‘ l'oreille de rythmes plus sensibles, d’une musique ‘* plus drue et plus sonore. ”’ Or, ainsi que le reconnaît un écrivain du Daily News, de Londres, dont quelques phrases sont citées dans la préface de ce volume, ‘‘le sens du rythme était défectueux chez Matthew Arnold,” et, ajoute le même critique, ‘‘il ‘n’a pas apprécié Keats, le plus grand maître an- ‘‘ glais, en la sorcellerie des mots, depuis Shakes- ‘peare, il a été injuste pour Tennyson, il n’a pas ‘reconnu la maîtrise de la forme chez Shelley.
On croit généralement qu’il serait possible d’extraire de l’œuvre de Victor Hugo, quinze volumes de prose et de vers d’une beauté parfaite, De quel auteur ancien ou moderne pourrait-on en dire autant ? (N. d. T.).
- (1) Personnage d’un roman de Dickens. (N. d.T.)
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autour de moi, afin de trouver des auxiliaires dans l’accomplissement de la bonne œuvre que. j'ai entreprise. Donc, lorsque le journal de Boston m’a parlé de l’ordre social simple et élégant, du groupe de gens de goûts cultivés et de bonnes manières, lisant les meilleurs:
livres, et interprétant la meilleure musique, : que l’on peut admirer dans toutes les villes de l'Union, j'ai cru, tout d’abord, que j'avais trouvé ce que je cherchais et que je pourrais envahir le royaume anglais de Murdstone et de Quinion, avec l’aide d’un corps formidable d’alliés des Etats-Unis. Hélas ! je me demande maintenant si l'Amérique ne souffre pas ellemême de la prédominence de Murdstone et de Quinion—de Quinion dans tous les cas.
Oui, et de Murdstone aussi. Miss Bird, la meilleure des voyageuses, et qui raconte ses voyages d’une manière délicieuse, » rencontré ie type américain rudimentaire de Murdstone, pas loin de Denver (Colorado) et nous l’a décrit. Denver—J'entends quelqu'un qui me dit ironi-
quement— : Denver! Un territoire nouveau,
les confins de la civilisation, les Montagnes Rocheuses ! Je préfère suivre une méthode qui pourrait faire de moi, je le sais, la p: cie des Américains, si je soutenais réellement une controverse contre eux et ” ‘attaquais leur
civilisation. Je ne soutiens pas une controverse contre eux. Je n’attaque pas leur civilisation. Je suis très inquiet de l'état de la nôtre, et je cause amicalement avec des Américains.
épris d’une vie supérieure qui -m’apportent l'espoir d'améliorer la civilisation britannique, par l'exemple d'une grande force de véritable civilisation, d’un ordre social simple et élégant développé dans les Etats du nord, du centre et du sud-ouest de l’Union. Je n'ai pas envie de chercher des trous dans la civilisation des Etats bien établis. Mais dans un nouveau territoire, sur les c … de l’Union, je prends un échantillon d’un esprit que nous connaissons assez bien dans notre vieux pays, et qui a fait beaucoup de mal à notre civilisation £ et je demande à mes amis américains quel chemin cet esprit—puisqu’ils semblent au moins, le posséder sur leurs frontières— a fait et fait encore parmi eux. Se croient-ils sûrs de le maîtriser, croient-ils que “ l’ordre social simple et élégant ” sera trop fort contre lui ; ou craignent-ils, peut-être, qu’il ne soit trop fort contre “ l'ordre social simple et élégant”?
Miss Bird nous décrit la famille Chalmers, chez laquelle elle a logé quelque temps, lors de son voyage de Denver aux Montagnes Rocheuses. Miss Bird, comme tous ceux qui
ont lu ses livres le savent bien, n’est pas une bouche pincée, ni en aucune manière, une “belle dame ” ; elle peut aller chercher un cheval au parc, le seller et le monter, ‘ se rendre généralement utile, ” laver la vaisselle, improviser des lampes, enseigner à tricoter.
Mais — je lui laisse la parole:
‘© Oh, dit-elle, quelle vie dure et mesquine que celle avec laquelle je me trouve actuellement en contait ! Une religion étroite et sans attrait que, cependant, je crois sincère, et un patriotisme intense, mais également étroit, sont les seules influences supérieures
qui la dominent. Chalmers est venu de PUinors, il y a neuf ans. Il est peu intellrgent, très opiniâtre, et tient à ce qu’on le crote bien informé, ce qu'il n'est pas. Il appartient à la secte la plus sévère des pres- Gytériens réformés, et son grand orgueil, c'est que ses ancêtres étaient des covenanlaires écossais. Il se croit un profond théologien, et, le soir, près des billots de pin, 1l me tient des discours sur les mystères des conseils éternels et des décrets divins. Le Colorado, ses progrès et son avenir, lui sert aussi de thème constant.. Il hait l'An.
gleterre d'une haine personnelle ardente.
l'espère vivre assez longtemps Dour voir la chute de la monarchie britannique et le démembrement de l'Empire. Il aime beaucoup la causerie et me questionne longuement Sur Mes VOYAges ; Mas, Si je parle favorablement du climat ou des ressources d'aucun autre pays, il considère cela comme une tniure faite au Coloredo.
Mistress Chalmers ressemble à la géné.
ralité des pauvres femmes an, ‘aises que nous avons connues, dans notre enfance— maigre, propre, édentée et,comme quelquesunes d'entre elles, parlant d'une voix criarde et aigre qui vous ferait crorre qu'elle en a contre vous.—Elle n'est jamais un seul instant inoccupée, est dure, sevère, et méprise
-lout ce qui n'est pas le travail. Elle me désigne toujours comme .“ cette femme.” La famille se compose d'un grand garçon dégingandé, d'air mélancolique, sans ressorts, qui probablement soupire après une vie plus large ; d'une fille de seize ans, créature rechignée, d’une aspect repoussant, qui a les manières d'un cochon, et de trois enfants plusjeunes, êtres rugueux qui n'ont
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rien de l'enfance. Toute la famille semble considérer que la courtoisie et la gentillesse en paroles ou en actions, sont “ des œuvres de la chair” sinon “ des œuvres du démon. ” {ls renversent et jettent par terre des objets: qut vous appartientent, sans vous présenter leurs excuses, ou même sans songer à ramasser ces objets ; quand je les remercie pour quelque chose, ils me regardent avec une grimace étonnée. Je voudrais pouvoir leur enseigner de meilleures manières. L'âpre avidité, la poursuite exclusive du gain, avec une complète indifférence pour tout ce qui n'aide pas à s'enrichir, sont en lrain de détruire l'affection et la vie de famille, dans: tout l'Ouest américain. C'est après une expérience totale de près de deux années aux Etats-Unis, que j'écris ces choses, et bien à contre-cœur. Mistress Chalmers est Propre dans sa personne et ses habits, et la nourriture qu’elle nous sert, bien que pauvre, est propre aussi. Travail, travail, travail, en ce mot se résument ious leurs jours et toute leur vie. Ils sont absolument tnsoctables. Ils ont une fille marike qui demeure de l'autre côté de la rivière, elle
est tout comme sa mère, rude, sans affection, morale, et dure au travail. Tous les matins, 4n peu après sept heures, quand j'ai balayé la case, la famille y vient faire ses dévotions. Chalmers ênonne un psaume sur un ton dolent et lugubre ; ils lisent un chapitre de la Bible et, lui, ensuite, récite les Prières. Le dimanche est un jour affreux. La famille observe le commandement à la lettre et ne travaille pas. On récite l'office deux fots, et plus longuement que les Jours de semaine. L'homme s'essaye à lire un vieil exemplaire usé du “ Boston Fourfold State,” mars 1l s'endort bientôt et tous ne s'éveillent que pour les repas. Ce jour est affreux ; 21 semble qu'on n'en verra jamais la fin. Vous avez maintenant une idée de mon entourage. C'est une existence morale, Mudss dure, sans affections, sans rien qu? charme, sans rien qui console, sans rien que embellit, mme, Cyielenc Srinçante. Ces gens vivent dans un manque de confort, d'’aisance et de rafinement qui ne semble possible que chez tes
gens de race britannique.”
Mais qu'est tout cela, si ce n’est la hideur, d’'immense ennui de la vie dont nousavons parlé
| | | 4 1 | | Fr 4 | LE lat .
cum mme sas aoamnngges amener
si souvent, la vie de notre philistin britannique sérieux, de notre Murdstone ; la même vie avec son type défectueux de religion, son horizon étroit d'intelligence et de savoir, son sens faussé de la beauté, ses manières rudes et vulgaires, seulement, c’est cette vie à sa phase initiale, rudimentaire,
J'en ai de propos délibéré pris le tableau dans une région qui se trouve en dehors des Etats établis de l'Union, afin qu’il fut bien évident que je ne voulais pas décrire la civilisation américaine, ct que les Américains puissent dire avec une vérité parfaite, que la civilisation américaine est quelque chose de totalement différent. Et si, pour faire pendant à ce portrait de notre Murdstone, en d’autres pays et en d’autres circonstances, nous vous présentions aussi—et nous y sommes tenus afin de bien dégager la clarté de nos impressions—un portrait de notre Quinion dans des conditions semblables,nous ne le prendrions pas du tout en Amérique,mais dans nos colonies australiennes. Le correspondant spécial de la Bathurst Senti. nel, critique un chanteur italien qui, au théâtre de Sydney, joue le rôle du comte, dans la Sownambule, voici ce qu’il en dit : “ Son ventre à pait, c’est le plus bel artiste que j'aie vu au théâtre depuis des années, et, s’il ne s’insinue
pas dans les affections et ne brise pas les gésiers de la moitié des jeunes filles de Sydney, ce sera un signe certain qu’il y a rareté de baume en Galaad.”” Ceci n’est pas de Mark Twain, ni d’un humoriste américain, c’est de la Semsinelle de Bathurst,
Ainsi, je svis alléaux Montagnes Rocheuses pour vous présenter le Murdstone du Nouveau- Monde, et en Australie pour vous offrir le Quinion du Nouveau-Monde. Je n'ai nullement attaqué la civilisation américaine dans ces Etats du nord, du centre et du sud-ouest auxquels les Américains ont droit de nous référer, lorsque nous cherchons à connaître leur civili. sation, et auxquels, de fait, ils nous refèrent. Ce que je veux dire, et je ne donne pas à ma proposition la forme d’une assertion—c’est une simple question que je pose, une question à mes amis d'Amérique, qui, comme moi, croyant en l'égalité et épris d’une vie supérieure, me demandent pourquoi, lorsque je fais l'éloge de l'égalité, je n’emprunte pas mes exemples à la société américaine.—Ce que je veux dire, c’est ceci: Jusqu'à quel point l'influence de ces deux éléments, produits naturels de notre race, Murdstone et Quinion, l’un le Philistin amer et grave, et l’autre le Philistin tapageur, agit-elle sur la vie aux Etats-Unis, et en abaisse-t-elle