‹ Études sur les États-Unis [microforme]Chapitre 9 sur 14 · head done se da · texte numérisé non relu

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le niveau ? Je ne me prononce pas, moi-même, sur la question, je n'ai pas les connaissances requises, Mais tout ce que nous entendons dire sur l’Amérique—ce que nou: entendons dire par les Américains eux-mêtmes—indique, autant que j'en puis juger, la présence en grand nombre et la puissance de ces végétations aunormales de la classe moyenne, chez eux comme chez nous. Nous n'avons pas réussi à contrecarrer leur influence, ici, et tant que nos hommes d'Etat et nos chefs politiques continueront à agir, comme ils le font actuellement, que Lord Frederick Cavendish félicitera la classe moyenne de l'énergie et de la confiance en soi-même dont elle fait preuve, en se passant d'écoles publiques, et que Lord Salisbury l’invitera à prendre part fortement et définitivement, en faveur du sxraturel, nous ne réussi. rons pas.

On nous parle, cependant, de groupes d’enfants de la lumière exîstant dans chaque ville des Etats-Unis, d’un ordre social élégant qui y prévaut et, cela nous rend tout d'abord for:

jaloux. Mais, on se met bientôt à penser que sûrement, les optimistes qui nous renseignent font erreur. Les plaintes qui ont cours sur l'état de la vie publique aux Etats-Unis, sur l'impossibilité croissante où se trouvent les gens

qui se respectent d'y prendre part ; sur la corruption et la vénalité ; sur l'extrême violence du langage et l'abus de l'invective ; sur l'ex. travagance des attrape-nigauds; les plaintes qui nous viennent d'Amérique, au sujet de tous ces maux, si nous y ajoutons un spectacle Comme celui que nous a offert tout récemment le procès de Guiteau, nous portent à croire que Murdstone et Quinion, ces excroissances de l'esprit des classes moyennes anglaises, doivent xercer encore plus de ravages aux Etats-Unis que chez nous. M. Lowell, lui-même, précisément dans ce même essai où il se montre un peu aïigre pour les Etrangers, parle de la triste expérience que fait l'Amérique du “ gouvérnement par la déclamation.” Et cette se.

maine, comme pour confirmer ses paroles, nous voyous les journeaux américains protestant ‘d'une manière violente et comminatoire ” contre le “brutal outrage infligé aux Etats. Unis qu’on a insultés dans la personne de citoyens américains, emprisonnés dans des donjons anglais.” Nous les entendons crier :

“Le peuple demande leur mise en liberté :!

faut qu’ils soient libérés ; malheur aux hommes publics ou au parti qui mettront obstacle à cet acte de justice ! ” Nous les voyons se ea contre M. Lowell, lui-même, et

l’apostropher dans le style suivant : ‘“ Ce Lowell est un coquin et une disgrâce pour la nation américaine, le ministre Low:!l s'est moqué de son propre pays et a ruié tout ci qui dans son histoire et ses institu.io::s, le fai: grand et libre.”

11 me semble—bien que je ne sois pas, el le confesse, en état de juger la question implicitement—que tout cela indique un développement en Amérique, de la personnalité de notre Murdstone et de notre Quinion, le Philistin bilieux et le Philistin tapageur, tous deux s’exhibant de compagnie avec une désinvolture parfaite et rencontrant peu d'obstacles. Comme j'écris de la rue Grub (1), j'ajouterai que, dans mon opinion, le sort que l’on a fait à la question des droits d'auteur entre nous et les Etats- Unis, nous mène exactement aux mêmes conclusions. Lerefus par les Américains, de nous garantir nos droits d'auteurs, à nous pauvres diables d’Anglais, est un procédé qui devait nécessairement plaire à Murdstone et à Quinion ; la manière dont M. Conant justifie le

(1) Rue de Londres où vivaient autrefois, beaucoup d'écrivains s’occupant, surtout, de la confection des almanachs et des dictionnaires, de recherches historiques. et de compilations. On s’est habitué à dire, en parlant de certains rn: C'est un monsieur de la rue Grub.—(N. d. T.)

procédé et y applaudit, et continue à le justifier et à y applaudir, en dépit de tout ce qu’on peut lui dire, et retourne effrontément nos arguments contre nous, est exactement la manière dont Murdstone et Quinion voudraient être soutenus et s’attendraient à être soutenus, après avoir réglé la question des droits d'auteur, à l’Amé. ricaine, En M. Conant, ils possèdent un homme précieux : 2/2 robur etes triplex, en effet Et sans doute quelques Américains, individus hautement civilisés, qui chevauchent d’un côté à l’autre de l'Atlantique ” désapprouvent fortement les paroles et les actes de M. Conant et de ses constituants. Mais, se peut-il qu’il existe des groupes persistants d'enfants de la lumière, réunis en un ordre social élégant, d’un bout à l’autre de l’Union? S'ils existaient,

est-ce que leur sens de l'équité, leur sens de la délicatesse, ou encore leur sens du ridicule, n’aurait pas prévalu, même dans cette question

des droits d'auteur, contre lopinion de M.

Conant et de ses constituants ?

La vie civilisée de l'Amérique dépend, pour l'avenir, de la création et de la propagation de pareils groupes, comme en dépend aussi, pour l’avenir, la vie civilisée de l'Angleterre ; cela au moins, est certain. Si l'Amérique réussit à créer et à installer ces groupes chez elle, avant

que nous n’ayons réussi à créer et à installer les nôtres, elle enverra du secours de l’autre côté de l’Atlantique.. Considérons, à l’heure qu’il est, nos positions respectives, et voyons que’« sont les avantages que l’une possède et qui manquent à l’autre :

Nous avons, en Angleterre, la liberté, l’industrie, l’esprit de conduite, une splendide aristocratie qui sent la nécessité de la beauté et des bonnes manières ; nous avons, surtout, comme l'a signalé M. Charles Sumner, une classe unique de gentlemen, n'appartenant ni à la grande propriété foncière, ni à la noblesse, mais cultivés et raffinés. L'Amérique n’a pas notre splendide aristocratie ; il est vrai que cette splendide aristoératie est matérialisée, et, que dans la masse de la nation,:. ‘+ fait rien, ou presque rien, pour aider au. : .oppement du sens de la beauté et à celui de la vie sociale et des bonnes manières. Nous ne devons donc pas nous hâter de déclarer, avec M. Hussey Vivian, que la civilisation américaine souffre de son absence. D'ailleurs, il se créé très rapidement chez les Américains, nous dit-on, une classe de gens très riches et tout à fait suffsamment matérialisés. L'Amérique n’a pas notre classe considérable et unique de geutdemen ; elle en a quelques-uns, nécessairement,

mais en nombre absolument inférieur à ce que nous possédons ici. Notre classe anglaise de £entlemen, laissée à sa propre initiative et non entravée, a des qualités éminentes ; notre gouvernement de l’Inde, dont nous avons le droit d'être fiers, est en grande partie son œuvre ; mais, en présence de la grande puissance de barbarie qui prévaut ici, ou en présence d'une grande force de philistinisme, son activité est quelque peu limitée et inefficace ; notre classe de gentlemen, nous le savons, manque de foi et d’ardeur et ne constitue guère une force civilisatrice, pour la nation en général. Son influence ne se fait pas beaucoup plus sentir peut-être que celle des ‘quelques individus plutôt civilisés” qui, d’après notre ami de Boston, chevauchent d’un côté à l’autre de l'Atlantique, ne se fait sentir en Amérique.

Peut-être que l'Amérique, avec ses besoins actuels, ne souffre pas beaucoup de la privation de notre classe spéciale de gentlemen.

Ayant cette classe de moins que nous, mais aussi dégagés de l'influence et du faux-idéal de nos Barbares, les Américains ont, comme les Anglais, l'esprit de conduite, le sens religieux ; ils ont l’activité, et ils ont la liberté ; mais ils possèdent aussi, mieux que tout ce que nous possédons : cette excellente chose, l'égalité, Toute-

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fois, nous avons probablement raison de croire que, de même que nous, en Angleterre, avec notre aristocratie, nos gentlemen, notre liberté, notre activité, notre religion et notre esprit de conduite, nous voyons la civilisation de la plus grande partie de notre peuple,de notre immense classe moyenne, entravée par un type défectueux de religion, un horizon étroit d’intelligence et de savoir, un sens faussé de la beauté, des manières communes et rudes ; de même, en Amérique, où cette classe est encore plus importante et plus puissante qu’elle n’est ici, la civilisation doit souffrir des mêmes maux. Avec un peuple de notre race, il ne pourrait guère en être autrement, aussi longtemps qu’il sera possible de le désigner, en toute sincérité, comme ‘‘ le plus limité à l’éducation de l’école primaire et le moins cultivé qui existe. ”

La culture réelle du peuple des Etats-Unis, comme celle de la classe moyenne en Angleterre, lui a été donnée dans sa religion et par sa religion, ‘ la seule chose dont elle ait besoin.” Mais l'insuffisance de cette religion devient, de jour en jour, plus manifeste ; elle s'occupe, il est vrai, d’entités et de paroles qui sont d'une vérité indestructible et inépuisable, en même temps qu'éternellement salutaires ; mais, elle a ses fondations et ses racines dans le.surna-

turel ; elle ne peut s'approcher de ces êtres, où recevoir ces paroles que dans des conditions surnaturelles. Or, une religion basée sur le surnaturel, est condamnée à la dissolution inévitable (1)}—que ce soit avec ou sans la bataille d'Armageddon (2), pour laquelle Lord Salisbury se prépare. Fidélité à la conscience ! crie en Angleterre et aux Etats-Unis, le protestantisme populaire, qui, lorsqu'il a dit cela, croit en avoir dit assez. Mais l'analyse moderne Scrute sans relâche cette conscience et lui demande de rendre compte d’elle-même. Quelle espèce de conscience, une vraie ou une fausse conscience ? “ La conscience est la plus changeante des règles ; la conscience est présomptueu‘e chez les forts, timide chez les faibles et les maïheureux, inquiète chez les indécis ; organe obéissant du sentiment qui nous domine et des opinions qui nous gouvernent ; plus trompeuse que la raison et la nature.” Ainsi

(1) La religion qui n’est pas basée sur le surnaturel, 1’est pas une religion, c’est un système philo- Sophique. La religion, ainsi que son étymologie l'indique (re/igare, relier) est le lien qui nous unit à PEtre surnaturel dont dépend notre vie, au créateur de toutes choses, Les conceptions de l’homme mortel Sont éphémères comme lui-même. (N. d. T.)

(2) Célèbre champ de bataille sur lequel se sont plusieurs fois rencontrés, les Juifs et les Philistins. €N. d. T.) ; Hi

s'est exprimé un des plus nobles et des plus purs moralistes, Vauvenargues ; et quelque terrible que cela soit à entendre au protestantisme populaire d'Angleterre et d'Amérique, Vauvenargues a ainsi décrit avec une vérité parfaite, cette conscience à laquelle le protestantisme populaire fait appel, comme à un terrain d'appui qu’il suppose inébranlable.

Ayant jusqu’à présent négligé tous les artifices de la polémique, et m'étant contenté de poser à mes amis américains, des questions sur l'état réel de leur civilisation, questions auxquelles ils peuvent répondre à leur avantage, si cela leur plaît, je veux leur laisser le dernier mot. Ils m'ont gracieusement offert le secours de leur civilisation, pour corriger la nôtre, et moi, sans vain anglo-saxonnisme, car je reconnais que notre civilisation insulaire est très peu satisfaisante, mais dans le but d'arriver à la vérité et de ne pas être déçu dans l’espoir que je concevrais de recevoir des secours d’un endroit d’où il ne peut venir, je demande si les Américains, en y regardant de près, croient sincèrement leur civilisation plus satisfaisante que la nôtre. Et, au cas où ils viendraient à la conclusion, après y avoir mûrement pensé, que, ni notre civilisation ni la leur ne sont dans un état satisfaisant, je veux terminer en

proposant un remède qu’il est réellement héroïque à moi de proposer, car j'ai mortelle.

ment ennuyé les gens à son sujet, et chaque fois que j’en fais mention, je me crée de nouveaux ennemis et je diminue le petit nombre d'amis qui me restent. Je ne puis m'empêcher, cependant, de demander si les défauts de la civilisation américaine—si tant est qu’elle soit défectueuse—n’aurait aucun rapport avec ce fait allégué par M. Lowell que ‘les Américains sont le peuple le plus limité à l'éducation des écoles primaires et le moins cultivé du monde.” Une culture plus large, plus haute, une perception plus délicate, voilà ce qui manque, Les amis de la civilisation, au lieu de chevaucher d’un côté à l’autre de l'Atlantique, devraient passer quelque temps chez eux et travailler énergiquement à faire, de l’administration, des tribunaux, du théâtre, des arts, dans chaque Etat, des facteurs idéaux pour corriger et ennoblir le sentiment public. Les amis de la civilisation, quelque nombreux qu’ils puissent être, trouveront probablement qu’au moyen d’un apostolat sérienx de ce genre, ils peuvent accomplir beaucoup. Mais la réforme qui, réellement, sera la plus fructueuse et qu’il faut surtout désirer pour les Etats- Unis, en autant que j’en puis juger, c’est abso-

lument la même réforme que nous requérons avec urgence, en Angleterre—la réforme de l’éducati n secondaire, Les écoles primaires <t communales aux Etats-Unis, sont bien connues et tout le monde en fait l'éloge. Relativement à l'éducation supérieure ou universi.

taire, elle suscite de si hauic: ambitions, est tellement en évidence et n’est requise que par un nombre d'individus comparativement si restreint, que nous n'avons pas d’inquiétudes à Concevoir. Une institution comme l’université de Harvard est probablement tout ce que l’on peut désirer. Mais des établissements d'éducation secondaire, réellement dignes de ce nom, pour former, en une proportion convenable, de l’âge de douze ans à celui de dix-huit ans, des membres de la jeunesse, dont un certain nombre seraient, chaque année, répartis dans la vie sociale : voilà ce dont l'Amérique à besoin, je crois, comme nous en avons besoin nous-mêmes et ce qu’elle ne possède pas plus que nous ne le possédons. Je sais qu’elle a des ITigh Schools ; je connais leurs programmes : Latin, grec, français, allemand, arpentage, chi. mie, astronomie, histoire naturelle, philosophie, constitution des Etats-Unis, tenue des livres, trigonomètrie, etc. Hélas !. pour citer encore Vauvenargues : “ On ne corrigera jamais les

hommes d'apprendre des choses inutiles, ” (1) Mais de bonnes écoles Commerciales, pas avec le programme de nos académies classiques et commerciales, mais avec un programme sérieux, adéquat :.x besoins et aux capacités de ceux qu’on veut former, sont, dans mon opinion, je le répète, ce dont la civilisation américaine a actuellement le plus besoin, de même qu’ils sont ce dont notre civilisation, à nous, a également le plus besoin, C'est le remède naturel aux défauts dont sont enta.

chés, à l'heure qu’il : st, nos deux civilisations. Je le recommande à l'attention de mon critique de Boston, et, dans quelques mois, peut-être, quand Barnum e-:igera moins d'espace, pour les chroniques de Jumbo (2), il me dira ce qu’il en pense,

(1) En français dans le texte.

(2) Fameux éléphant du cirque de Barnum.

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