‹ Études sur les évangiles apocryphesChapitre 10 sur 222 · PREMIÈRE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE

ÉVANGILES APOCRYPHES JUDAISANTS

Quand, à la suite du mouvement national qui éclata dans la Palestine, Jérusalem fut assiégée par les légions romaines, ceux des Juifs de cette ville qui avaient embrassé le christianisme et qui étaient désignés sous le nom de' Nazaréens 1 se retirèrent à Pella, dans la Décapole *, soit qu’ils ne voulussent pas prendre parti pour leurs anciens coreligionnaires qui les persécutaient, soit plutôt pour se préparer en paix au second avènement du Christ, dont les troubles qui agitaient leur patrie leur semblaient le prélude et l’annonce certaine. Cette communauté s’étendit rapidement ; mais comme ce ne fut guère que parmi les Juifs qui formaient le gros de la population de cette con-

I . Actes, xxiv, 5. Le nom de Chrétien fut pris, au contraire, par ceux des partisans de la doctrine nouvelle qui rompirent entièrement avec le judaïsme. Actes, xi, Î6.

1 Épiphane, Hœres ^ xxx, § î.

22 K Tl; I! K S SI H I.KS K VA Ntl ILES

trée, le caractère judaïsant qui la distinguait ne subit pas la moindre modification. Les nouveaux fidèles n’entendaient pas plus que ceux qui étaient venus de Jérusalem, perdre leur titre d’enfants d’ Abraham, en embrassant la foi chrétienne*. La Syrie se peupla ainsi de Nazaréens.

Repoussés à la fois par les Juifs qui les regardaient comme des traîtres et des apostats * et par les chrétiens d’origine païenne qui avaient peine à reconnaître des frères dans ces hommes qui, tout en se réclamant du nom du Christ, pratiquaient la plupart des cérémonies mosaïques3, les judéo-chrétiens ne laissèrent pas, malgré cette fausse position, de se diviser en plusieurs sectes. Chacune eut son Évangile, mais tous ces Evangiles ont un air de parenté bien marqué;. on dirait qu’ils ne sont

I . Il se lit aussi des conversions parmi les Samaritains. Mais ceux-ci no tenaient pas moins que les Israélites à l’observation îles prescriptions mosaïques. AViner, llibl. Realworterb, au mot Samaritaneo.

i. Le sanhédrin, qui, après la ruine de Jérusalem, s'était retiré à Jafné, lança l’excommunication contre les Minims (Q'jiE); c’est sous ce nom que les chrétiens sont désignés dans le Talmud. On lo traduit par hérétiques. Gicseler, Lehrbuch der Kirchengeschichte, t. I, p. IM, note a; Buxlorf, Lésion chai, lalmnd. col. I I99-IÎ0Î.

3. Il est probable que de bonne heure les chrétiens leur reprochèrent, comme le fit Jérôme au iv« sièclo, do n’élre ni juifs ni chrétiens, en voulant être à la fois l’un et l'autre. « Dum voient et Judæi esse et r.hristiani, nec Judæi sunl nec chrisliani. » Jérôme, Epist. 89, ad Augustin.

EVANGILES A l'OCH t l’ Il ES JUDAISANTS 23

que des recensions diverses d’un même ouvrage. En définitive ils trahissent tous une origine commune, comme le fait remarquer M. Uhlhorn *. C’est ce que nous montrera l’examen auquel nous allons soumettre les fragments qui nous en restent, Selon toutes les vraisemblances, chacune des sectes judaïsantes, en se séparant du tronc commun, emporta avec elle l’Évangile en usage parmi les judéo-chrétiens primitifs, et le modifia dans le sens de ses principes particuliers.

Le plus connu, le plus considérable, comme aussi le plus ancien des Évangiles apocryphes judaïsants, celui qu’on peut regarder avec quelque vraisemblance, sinon comme la source première de presque tous les autres, du moins comme celui qui en est le plus près, était écrit en syro-chaldéen 1 2 et était répandu parmi les chrétiens judaïsantsde la Syrie 3 qui s’en servaient comme d’un

Page 1