‹ Études sur les évangiles apocryphesChapitre 115 sur 222 · Matth , 2 et i · texte numérisé non relu

Matth , 2 et i

ÉVANGILES APOCRYPHES ORTHODOXES 2J7 se hâtèrent d’en instruire les prêtres de Jérusalem.

11 accourut aussitôt une foule immense de la ville sainte à Bethléhem pour assister à ce spectacle extraordinaire. En même temps, les malades affluaient de tous côtés auprès de la Vierge et s’en retournaient guéris de leurs maux. Il venait des femmes de tous les pays, de Rome, d’Alexandrie, des lieux les plus éloignés. Les filles des grands, des princes, des rois arrivaient, apportantde riches présents. Celle du roi d’Alexandrie était couverte d’ulcères; elle en fut débarrassée. Le fils de Sophron, roi d’Egypte, fut guéri d’une blessure qu’un lion lui avait faite â la tête. Bien d’autres guérisons eurent lieu. Environ deux mille huit cents malades furent rendus à la santé

Cependant une foule de Juifs partirent de Jérusalem pour chasser Marie de Bethléhem et se saisir des disciples du Christ. Mais à peine avaient-ils fait un millier de pas qu’il se produisit un miracle étrange. Leurs pieds furent arrêtés, et ne pouvant aller à Bethléhem, ils retournèrent à Jérusalem. Les prêtres, de plus en plus troublés, implorèrent l'aide du préfet de l’empereur, et comme celui-ci ne voulait pas se rendre à leurs désirs, ils le menacèrent de le dénoncer â Tibère. Il céda alors et fit

I. Tous ces faits sont présentés de telle sorte qu’ils semblent se passer dans la journée du vendredi. L’auteur de cet écrit ne lient pas le moindre compte du temps ni des distances. Ses récits sont ceux d’un enfint qui n’a pas encore une idée de la réalité des choses.

partir pour Bethléhem une armée de trente mille hommes. Mais tandis qu’elle y entrait, les apôtres, portant la sainte Vierge, étaient transportés sur les nuées à Jérusalem. « Ils passèrent au-dessus de la » têtedeleursennemisquinelesvirentmémepas. » Ces prodiges répétés ne peuvent convaincre les • prêtres de la vanité de leurs coupables complots.

Ils veulent brûler la maison dans laquelle la sainte Vierge avait été déposée à Jérusalem '. « Ayant pris du feu et du bois, ils se rendirent, suivis d’une grande multitude, à l’endroit où était la bienheureuse Marie. Le préfet et ses compagnons regardaient de loin ce qu’ils faisaient. Et lorsqu’ils furent venus aux portes de la maison, un grand feu sortit de la porte et quiconque s’approchait était brûlé. Beaucoup de Juifs périrent à cette heure et les autres furent frappés de frayeur. » Saisi de terreur, le gouverneur reconnaît que Jésus est le fils de Dieu, et ayant réuni les habitants de Jérusalem , il fait ranger d’un côté ceux qui croyaient eft Jésus et de l’autre ceux qui niaient qu’il fût le Christ. Là-dessus, il s’engage sur la messianité de Jésus une controverse qui ne se termine pas à l’avantage des Juifs. Cependant le fils du sultan, qui avait été miraculeusement guéri d’une maladie, monte à cheval, et court à Rome raconter ces merveilleux événements

1 . Gel écrit nous apprend que celle maison appartenait à .Marie cl était située sur la monlasnc de Sion.

EVANGILES APOCRYPHES ORTHODOXES 239 aux disciples que Pierre et Paul avaient laissés dans cette ville.

Le matin du vendredi suivant, l'Esprit saint ordonna aux apôtres de porter Marie à Gethsémané. Un Juif nommé Japhia, ayant voulu saisir le lit sur lequel elle était couchée, un ange lui coupa les mains avec un glaive de feu. Les mains du Juif restèrent attachées au lit. « Alors, Japhia se mit à » implorer les disciples et à pleurer, et, la face » contre terre, il dit : Ayez pitié de moi, ô disciples » de Jésus-Christ rédempteur. Et ils eurent com- » passion de lui, et ils lui dirent : Implore la vierge » Marie dont tu as voulu briser la litière et la pré* » cipiter dans la vallée. Et il se mit à crier et à » dire : O ma Souveraine ! ô Mère du salut, aie » pitié de moi. Et elle dit à Pierre : Rendez-lui ses » poignets, et Pierre les prit et les remit en place, » .en disant : Au nom de Jésus le Nazaréen, et par » les prières de sa mère, que ces mains reviennent » à leur place sans douleur, et elles furent réta- » blies dans l’état où elles étaient, et il n’éprouva » aucun mal*. »

Voici cependant venir Eve, la mère des humains, Anne, la mère de la Vierge, et Élisabeth, la mère de Jean-Baptiste. Chacune d’elles salue à son tour Marie. Puis vient la foule des patriarches, Adam,

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Setli, Noé, Abraham, Isaac, Jacob, David, et tous les prophètes et tous les saints, portés sur les nuées. Ils la saluent également. Ilénoch, Élie, Moïse et les prophètes arrivent aussi sur des chars de feu, précédant le Christ qui apparaît enfin, accompagné de douze chars pleins d’une multitude infinie d’anges et entouré des Séraphins et des Vertus.

* O Marie, célébrée dans l’univers entier, dit-il, » me voici. — Seigneur, répond celle-ci. Et Jésus » reprend : « Lève-toi et vois les dons que j’ai » reçus de mon Père. » Et se levant, elle vit la » gloire et la lumière que les veux ne pouvaient » supporter et qu’il est impossible de décrire. — 0 » Seigneur, dit Marie, prends-moi avec toi. » Et » le Seigneur lui dit : « Tu seras en ton corps » dans le paradis jusqu’au jour de la résurrection;

» les anges te serviront, et ton esprit pur brillera » dans le royaume du Père des béatitudes. » *

Les disciples lui demandent alors de prier pour eux et pour le monde, et, se rendant à leurs vœux, elle prie Jésus d’accorder sa grâce aux justes et aux pécheurs, et de veiller d’une manière plus spéciale sur ceux qui se sont réunis sous l’invocation de son nom. Le Seigneur lui répondit qu’il sera lait selon ses désirs.

Le moment suprême était cependant arrivé. Le visage de la Vierge brilla d’une nouvelle splendeur, et b> Seigneur, étendant la main, prit son âme pure

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qui fut portée aussitôt dans les trésors du Père.

Jésus étant remonté à son royaume éternel, escorté *

par les anges, le corps de Marie fut placé dans une caverne, à l’entrée de laquelle les apôtres posèrent une pierre. Mais pendant qu’ils étaient en prières, la Vierge sans tache fut portée en triomphe au Paradis sur des chars de feu. « Alors une nuée souleva tous les assistants et chacun revint à l’endroit d’où il était parti. Il ne resta que les disciples qui restèrent trois jours en prières, entendant toujours le chant des cantiques célestes. »

Cependant, l’auteur qui a oublié qu’il a fait déjà arriver Thomas de l’Inde à Bethléhem, le fait apparaître en ce moment pour avoir occasion d’imiter la scène racontée dans l’Évangile de Jean, xx, 24-29, mais non sans l’embellir de nombreuses contradictions. Thomas en effet, qui, dans son voyage, porté sur une nuée a rencontré au milieu des airs lecorps de la bienheureuse Mariesur les épaules des anges, et leur a même crié de s’arrêter pour quelle le bénît, ne laisse pas en arrivant au milieu des autres apôtres, de vouloir à tout prix s’assurer que le corps est dans la caverne, afin, ajoute-t-il, de pouvoir affirmer la vérité de ce qu’on lui raconte. « Tu te défies toujours de ce que nous te disons, lui » font remarquer les autres apôtres, de même que » tu n’as pas eu confiance en nos paroles au temps » 'de la résurrection du Seigneur, jusqu’à ce qu’il

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» t’eût montré lui-même les traces des clous dans » ses mains et de la lance dans son côté. » Et Thomas répond : « Vous savez que je suis Thomas; je » n’aurai pas de repos jusqu’à ce que j’aie vue le » sépulcre où a été enseveli le corps de Marie, sinon » je ne croirai pas. » On ouvrit alors la caverne, et grand fut l’étonnement des apôtres qui crurent que les Juifs avaient enlevé le corps. Heureusement qu’en ce moment, Thomas se ressouvient qu’il a vu la Vierge portée au ciel par les anges, qu’elle l'a béni, et qu’elle lui a même donné sa ceinture *.

Marie arrivée dans le Paradis et après qu’elle eut reçu les hommages d’Hénoch, d’Éiie, de Moïse, des prophètes, des patriarches et des élus, le Seigneur lui montra les biens qu’il a préparés pour les saints, c’est-à-dire des demeures belles et éclatantes,

1. De transilu bealæ Maritr, chap. 2. Cette scène a depuis été un peu mieux arrangée. « Thomas, incrédule à la résurrection do Jésus-Christ, refusa également de croire à la résurrection et à l’assomption du corps de Marie. Lorsqu'il vint au tombeau de Marie avec les autres apôtres et qu’il le trouva vide, du corps qu'on y avait déposé trois jours auparavant, il ne voulut pas croire à la résurrection delà Vierge; mais il porta ses yeux au ciel, et il y vit Marie qui montait lentement au milieu des acclamations des anges et des saints. Au même moment, la ceinture de Marie lui tomba du ciel, comme autrefois tomba sur Élisée le manteau d'Élie. Saint Thomas crut alors plus fermement que les autres. On voit cette jolie scène dans un vitrail qui orne la chapelle latérale de l'église de Brou. • Didron, Manuel d’ iconographie chrétienne, p. 287. Dictionnaire des apocryphes, t. II, col. 525 et suiv., note 505.

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des couronnes splendides et des arbres superbes et parfumés. Il lui fit ensuite visiter les différents cieux, et à mesure qu’elle s’élevait dans les espaces célestes, elle était saluée et louée par les anges, les chérubins, les séraphins, la foudre et le tonnerre, la lumière, la pluie et la rosée, le soleil, la lune et les étoiles, les âmes des disciples, des prophètes et des justes. Alors, « le Seigneur lui fit voir beaucoup de choses telles que l’œil ne peut les apercevoir, ni l’oreille les entendre, ni la langue en parler, ni l’esprit des hommes les comprendre; et ces choses seront données aux fidèles qui viendront au dernier jour et qui en jouiront dans tous les siècles1 2. »

Marie levant ensuite les yeux, vit des tabernacles innombrables, d’où s’élevaient à la fois une odeur d’encens et le chant des cantiques. « Mon » maître et mon Seigneur, dit-elle à Jésus, qui sont » ces hommes qui se tiennent là? — Ce sont les » justes, répond le Seigneur, et cette lumière indi- » que en quel honneur ils sont auprès de moi*. »

1. De transita beatœ Mariœ , cbap. 5. Celte ascension de Jlarie à travers les différents cieux pourrait bien être une imitation de divers passages du Livre d'Hénoch. L’archange Michel montre aussi au patriarche « toutes les choses cachées des limi- » tes du ciel, les réceptacles des étoiles, des rayons lumineux,

» qui venaient éclairer les visages des saints », et le saint ange Uriel lui explique • le cours des luminaires célestes, selon leurs » ordres, leurs époques, leurs noms *, etc Livre cC Hènoch, lxx, i et suiv.; lxxi, i et suiv.

2. Ce qu’il y a ici de plus singulier, c’est qu'il est dit de ces

« Et voici que la bienheureuse Marie vit une » autre région, très-obscure , d’où sortait une * épaisse fumée, ainsi qu’une odeur fétide comme » celle du soufre; un grand feu y brûlait, et un » grand nombre d’hommes y étaient et poussaient » des cris en pleurant. Et la bienheureuse Marie » dit : mon Seigneur et mon Dieu, quels sont ces » gens qui sont dans les ténèbres et qui souffrent » de l’ardeur du feu? » Jésus lui répond que c’est la géhenne, ouverte aux pécheurs et préparée pour leur punition Marie, qui avait ressenti une grande joie en apprenant le bonheur des justes, « fut saisie » de tristesse lorsqu’elle vit ce qui était préparé » pour les pécheurs, et elle pria le Seigneur d’en » avoir pitié et de les traiter plus doucement, car la » nature de l’homme est débile, et il le promit.

« Alors, la prenant par la main, Jésus la con- » duisit dans le paradis saint et splendide, accom-

hontmes qu'ils ne sont pas encore ressuscités; ce sont leurs âmes qui se tromenl au ciel, en attendant le jour de la résurrection qui leur rendra leurs corps, et alors, dit Jésus-Christ à Marie, « ils seront en possession d’une joie plus grande encore » que celle qu'ils goûtent en ce moment. > llénoch eut aussi le bonheur de contempler les demeures des saints. Livre d'Hènoch, xxxtx, 4 et suiv.

1. llénoch vit aussi • le séjour destiné aux âmes des hommes » injustes et pécheurs, aux âmes de ceux qui ont commis l’ini- » quilé et qui se sont mélés à la société des impies, auxquels » ils ressemblent. Leurs âmes ne seront point anéanties au jour b du jugement ; mais, enfermées dans ce lieu, elles n'en sortib ront jamais. • Livre d’Hènoch, xxii, 14; lui, 1 et suiv.

» pagnée de tous les saints et de tous les justes *. » Il est raconté ensuite quelques-uns des nombreux miracles opérés par l’intercession de lasainte Vierge. Pais l’auteur de cet écrit fait remarquer que Marie vécut cinquante-neuf ans sur la terre , savoir trois ans avant d’entrer au Temple, douze ans et trois mois dans le Temple, neuf mois enceinte de Jésus, trente-trois ans avec le Seigneur, et enfin onze ans après qu’il fut monté au ciel i, et il termine par ces paroles qui portent l’empreinte descroyances de son temps : « Nous espérons en son intercession auprès » de son tils bien-airné pour le salut de nos âmes au » siècle des siècles. Amen. »

L’histoire de la passion ne pouvait manquer de

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