‹ Études sur les évangiles apocryphesChapitre 116 sur 222 · I. Liber rie transita Marier, chap · texte numérisé non relu

I. Liber rie transita Marier, chap

2 Ces nombres sont entièrement arbitraires. La tradition n'avait pas conservé la moindre donnée historique sur la mère de Jésus. C’est ce que prouve le silence que gardent sur elle et les écrits canoniques et les pères apostoliques qui, la naissance miraculeuse de Jésus exceptée, ne disent pas un mol de la sainte Vierge. Ce qui le prouve encore mieux, ce sont les supputations différentes qu’on trouve dans les autres apocryphes sur la mort et l'assomption de Marte. L'écrit attribué à Méliton la lait mourir vingt-deux ans après Jésus-Christ (Méliton, Livre itu passage de la très-sainte Vierge, chap. 3), et le fragment du livre copte sur la mort de la Vierge, traduit par M. Dulaurier, « quinze ans après que le Seigneur fut ressuscité d'entre les morts. • Uiclionn. des apocryphes, I. Il, col. 533.

parler à l’imagination des premiers chrétiens et de donner naissance à un cycle de légendes. Elles sont moins nombreuses toutefois que celles qui sont relativesàla sainte famille et àl’enfanceduSeigneur. Et cela se comprend. Les Évangiles canoniques ne disant presque rien ni de la famille ni des premières années de Jésus, il y avait ici un champ à peu près complètement vide; la légende pouvait s’y développer librement, sans être arrêtée par des textes bibliques. Le récit de la Passion, au contraire, est raconté au long dans les Évangiles canoniques; la légende se trouva par conséquent enfermée, sur ce sujet, dans un cadre qu’elle ne pouvait ni briser ni dépasser. Ainsi limitée, elle ne put qu’ajouter quelques détails aux faits déjà connus, dont elle ne pouvait changer le fond et avec lesquels elle ne pouvait pas mieux se mettre en opposition.

Tous les écrits apocryphes relatifs à la Passion, d’ailleurs peu nombreux, se rattachent au nom de Pilate et ont eu, sans le moindre doute, pour premier fond, un prétendu rapport du procurateur romain à Tibère, sur le jugement, la mort et la résurrection de Jésus-Christ *. Dans cette pièce,

I. Ce rapport esl en grec. Thilo, Codex apocryphus A'oot Tet- Inmcnti, p. 804-813; Tiscliendorf, Evangelm apocrypha, p. 411- 425; Dictionn. des apocryphes, t. Il, col. 757-760; Fabruius, Codex apocryphus Noci Testam., pars 1, p. 300.

EVANGILES APOCRYPHES ORTHODOXES Îi7 la plus naïve ignorance des mœurs, des opinions et des préjugés d’un administrateur romain éclate à chaque ligne. « Je suis obligé, très-puissant Empereur, y fait-on dire à Pilate, quoique saisi de crainte et de terreur, de vous apprendre par ces lettres ce qu’un tumulte a causé dernièrement et ce que fait prévoir la fin de cet événement. A Jérusalem, ville de cette province, que j’administre, la foule des Juifs in’a livré un homme nommé Jésus, l’accusant de plusieurs crimes, sans pouvoir le prouver par de solides raisons. Ils s’accordaient tous cependant à dire qu’il avait enseigné qu’il ne fallait pas observer le sabbat. » Vient alors l’indication de la plupart des miracles rapportés dans les Évangiles canoniques, « miracles, fait remarquer Pilate, plus grands que ceux des dieux que nous adorons. » Le gouverneur romain ajoute que, pour apaiser le tumulte, il a fait flageller Jésus et qu’il ' l’a fait ensuite crucifier, quoiqu’il n’eût trouvé en lui aucune trace de méfait et de crime. Aussitôt que Jésus fut attaché à la croix, la nature entière fut bouleversée; le soleil s’obscurcit, la lune prit une couleur de sang, les ténèbres couvrirent la terre, le sol s’entrouvrit, des morts ressuscitèrent en grand nombre; Pilate cite parmi eux Abraham, Isaac, Jacob, les douze patriarches. Moïse et Jean- Baptiste. Trois jours après, le soleil jeta une clarté extraordinaire, et au milieu des éclairs, des hommes

couverts de vêtements brillants, environnés d’une grande gloire et suivis d’une grande foule, tirent entendre ces mots d’une voix aussi éclatante que le tonnerre : « Le Christ crucifié est ressuscité. » Et aussitôt un grand nombre de Juifs qui avaient accusé Jésus furent engloutis dans les entrailles de la terre, toutes les synagogues de Jérusalem furent renversées et des fantômes terribles se montrèrent en tous lieux.

Cette pièce est suivie d’une note qui nous apprend qu’à la lecture de ce rapport, l’empereur fut indigné de l’injustice de Pilate, et qu’il envoya immédiatement des soldats pour qu’on le lui amenât chargé de chaînes.

A ce rapport écrit en grec, il faut joindre deux lettres latines du procurateur romain. L’une porte cette suscription : Pontius Pilatus régi Claudio * suo salutem ; elle est placée d’ordinaire à la fin de l’Évangile de Nicodème*. L’autre, plus courte, a pour suscription ces mots : Pontius Pilatus Judece procurator Tiberio C a •sari imperatori S. P., et elle est datée du quatrième jour du mois d’avril. Elle a été imprimée pour la première fois en 1571 par Barth. Chassanié dans la quatrième partie de son Catalogus gloriœ mundi. Abr. Gronovius la trouva plus tard dans un manuscrit de Tacite de la biblio—

t. Thilo, Codex apocryphut Novi Testam., p. 796-800; Tischendorf, Evantjelia apocrypha , p. 392-396.

Ihèque Bodléienne et l’inséra dans la préface de son édition de cet écr.ivain latin, Leyde, 1721, in-4 *.

Enfin on a, sous le nom d’ Actes de Pilate J, un récit plus étendu du jugement, de la mort et de la résurrection de Jésus-Christ. Cet écrit, dont il existe un grand nombre de copies manuscrites dans les principales bibliothèques d’Europe, se trouve tantôt séparé, tantôt joint à un autre, contenant le tableau de la descente de Jésus-Christ aux enfers. Ces deux pièces forment par leur réunion, l’ouvrage connu sous le titre d’Ëvangile de Nicodème.

Les Actes de Pilate sont-ils une amplification du rapport de Pilate à Tibère, ou bien ce dernier écrit est-il un abrégé du premier, ou bien encore n’y a-t-il aucun rapport de dépendance entre eux ? Ce n’est pas le moment de rechercher laquelle de ces trois hypothèses est la plus probable. Mais il importe de faire remarquer que les deux pièces sont conçues dans le même esprit et sont empreintes du même caractère.

Dans les Actes de Pilate, le procurateur romain

I. Tliilo, Codes aporryphus Novï Testament i, pars I, p. 801 cl 802 ; Tiscliendorf, Evangelia apocrypha, p. 441 et A4 2.

i. Les Gesta Pilati sont en grec, mais on en a une ancienne traduction latine amplifiée et modifiée. Thilo, Codes apocryphus Noti Testamenti, pars 4, p. 490-665; Tischendorf, Eoangelia npocrypha, p. Î03-300 et p. 3IÎ-367; Brunet, Évangiles apocryphes, p. Î30-J54; Dirtionn. des apocryphes , t. 1, col. 4404-4 4 20.

s’exprime à peu près comme dans son rapport à Tibère et dans ses deux lettres. Il parle en homme versé dans la connaissance de l’Ancien Testament ; il en fait des citations fréquentes; il reproche plus d’une fois aux Juifs leur désobéissance à Dieu; il leur rappelle les bienfaits dont ils ont été comblés constamment, et tout cela en des termes qui se comprendraient très-bien dans la bouche de Jésus- Christ ou dans celle de Jean-Baptiste, mais qui ne peuvent s’expliquer sous la plume d’un gouverneur, romain. Il ne trouve rien de répréhensible en Jésus, il le renverrait absous de l’accusation portée contre lui, s’il ne craignait une sédition. Les prêtres juifs, au contraire, appuyés de la majorité du peuple, poursuivent le Seigneur à outrance. Ils ne l’accusent pas seulement de violer le sabbat et d’être un magicien, mais encore de se donner pour le roi des Israélites et pour le fils de Dieu. Jésus n’est pas cependant sans défenseurs. Ses apôtres, il est vrai, gardent ici le silence, ou pour mieux dire, ils ne figurent pas même dans cet écrit *. Mais douze personnes considérables de la nation juive, à la tête desquels se place Nicodème, élèvent la voix en sa faveur. Ils sont appuyés de tous ceux que le Seigneur avait délivrés de quelque maladie, et qui viennent raconter leurs guérisons, dans les mêmes

t. Probablement par suite de ce qui est dit Matth., xxvi, 3t.

ÉVANGILES APOCRYPHES ORTHODOXES 251 termes qu’elles sont rapportées dans les Évangiles canoniques.

Les continuelles invraisemblances de langage de Pilate, de Nicodème, des autres défenseurs de Jésus et même des prêtres juifs, mises de côté, le récit du jugement du Seigneur ne s’écarte pas trop de celui des Évangiles canoniques. La seule addition notable qu’on y remarque est la légende des étendards romains qui s’inclinent d’eux-mêmes devant Jésus-Christ, à son entrée dans le prétoire l.

Le récit de la crucifixion est bref. Plusieurs des détails donnés par les Évangiles canoniques y sont omis ; mais on y trouve les noms des deux brigands qui s’appellent ici, celui de droite Dimas et celui de gauche Gestas *, ainsi que celui du soldat romain qui perça de sa lance le côté de Jésus et qui est appelé Longiu 3.

Ce qui suit est, au contraire, un tissu de fables imaginées principalement dans l’intention de ré-

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