‹ Études sur les évangiles apocryphesChapitre 125 sur 222 · Pierre , m, 19 el · texte numérisé non relu

Pierre , m, 19 el

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durent trouver la tradition chrétienne bien réservée * ; et sous cette impression, par un entraînement facile à comprendre, ils la continuèrent et la complétèrent.

Ce fut sur ce qu’on pourrait appeler les lacunes de l’histoire évangélique que l’imagination des premiers chrétiens s’exerça. En même temps, les faits indiqués seulement par les évangélistes fournirent des cadres vides que l’on se plut à remplir. C’est un fait qu’il importe de ne pas perdre de vue, la légende orthodoxe, je ne parle pas ici de celle qui se développa dans les Églises dissidentes et qui suivit d’autres procédés, la légende orthodoxe, c’està-dire celle qui se forma parmi la masse compacte des chrétiens qui constituaient l’Église proprement dite, ne refit pas la vie de Jésus-Christ et ne toucha pas à son enseignement. Elle ne poussa que dans les interstices de la tradition évangélique telle qu’elle est déposée dans les documents sacrés. Partout où elle put so rattacher par quelques points à

1. Telle est bien la pensée qui so montre au fond de ces paroles de l’auteur des Quœstiones et responsiones ad orthodoxos, quœst. 116 : a Comme il y a beaucoup de faits et de paroles du Seigneur qui n’ont pas été conservés dans les saintes Écritures, il est raisonnable de rechercher comment Jésus s’était procuré les vêtements qu'il poite après sa résurrection, comme aussi d’expliquer toutes les autres choses qui ne sont pas relatées dans l’Histoire sainte. » Justini ifartyris opéra, p. 169, B.

ÉVANGILES APOCRYPHES ORTHODOXES 263 ccs documents, elle eut grand soin de le faire, quoique, il est à peine besoin de le dire , avec une absence complète de sens historique.

Nicodème figure dans le quatrième Évangile comme un pharisien qui n’est pashostileauSeigneur; on exagéra ce fait, et on fit de ce personnage un avocat de Jésus auprès de Pilate. Celui-ci ne paraît pas avoir eu des préventions malveillantes contre le Seigneur; on le représenta comme ne cédant qu’à regret, et après une longue résistance, devant une révolte imminente. Des deux brigands crucifiés en même temps que Jésus, l’un manifeste des sentiments de justice naturelle et l’autre persiste dans son endurcissement ; on imagina une histoire de ces deux hommes pour expliquer la différence de leurs sentiments pour le Sauveur '.

Un champ plus libre et plus vaste s’ouvrait pour tout ce qui concerne la Famille et l’enfance de Jésus-Christ. L’imagination des premiers chrétiens pouvait ici se donner les plus grandes libertés. Aussi est-ce sur ce sujet que la légende a poussé ses plus vigoureux rameaux.

Qu’était-il advenu à la sainte Famille pendant cette fuite en Égypte que saint Matthieu se borne à annoncer? Dieu l’avait sans doute entourée de sa protection. Que de prodiges avaient été nécessaires,

t. Comparez encore Évangile arabe, thap. o, et Luc, mi, 36 et fuiv.

sans doule, pour faire surmonter aux faibles fugitifs, un vieillard, une jeune femme et un tout petit enfant, les difficultés de tous genres, les inévitables périls qui les attendaient sur une terre étrangère ! La piété naïve des fidèles les suivait, non sans anxiété, à travers le désert, au milieu des idolâtres de l'Égypte; elle se plaisait à se représenter les miracles par lesquels Dieu les avait sauvés de la faim, de la soif, de la dent des bêtes féroces, des attaques des brigands, de la superstition, mère de la cruauté. On se racontait ce qui avait dû arriver dans ce pénible voyage; on finit par croire que ces récits, inventés par l’intérêt qu’inspirait la sainte Famille, avaient un caractère réellement historique.

Et l’enfance du Seigneur, comment s’était-elle passée? 11 était impossible qu’elle eût été semblable àcelle du commun des humains. A en juger d’ailleurs par les quelques mots qu’en disait saint Luc, Jésus, dans ses premiers ans, avait été aussi extraordinaire que dans son âge mûr. Que de prodiges ne dut-il pas alors accomplir? Quelles connaissances surhumaines ne dut-il pas posséder ? On donna ici, il est vrai, dans le travers ; on lui supposa une science tenant plus des puériles erreurs de la magie que des conceptions de la saine raison, et les miracles qu’on lui attribua étaient plus propres à manifester sa puissance que la charité infinie qui distingua ses enseignements. Mais cette science était celle des

temps et des lieux où les légendes de l’enfance du Seigneur prirent naissance, et la force paraissait un signe plus manifeste de la divinité que la douceur et la bienveillance. Une fois qu’on se fut imaginé que l’enfant Jésus avait possédé ces connaissances et opéré ces miracles, on fut conduit par une transition inévitable à croire que ce qui avait dû être, avait réellement été.

Quelle piété n’avait pas dû marquer la jeunesse de la Vierge choisie par Dieu pour donner le jour au Sauveur du monde? De quelles faveurs divines n’avait-elle pas dû être entourée dès ses premiers ans? De quelles bénédictions n’avaient pas dû également être comblés ceux de qui elle tenait la vie? Cette Famille, élevée au-dessus de toutes les autres, avait sans le moindre doute joui de faveurs exceptionnelles. Il ne pouvait en être autrement; on aimait à en tracer le tableau, et ce tableau, idéal d’abord, finit par être tenu pour une réalité.

Qu’était devenue Marie après que son divin fils fut enlevé au ciel? Le quatrième Évangile racontait que Jésus, en mourant, l’avait mise sous la protection de son disciple bien-aimé. Mais il n’y avait pas un seul mot, dans les saintes Écritures, sur ses derniers moments. Il n’était pas possible que la mère du Sauveur eût subi le sort commun de la race humaine, que le corps qui avait enfanté le Christ eût senti la pourriture. Elle avait pu mourir, sans doute,

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mais certainement son divin fils n’avait pas permis qu’elle restât dans le sépulcre. Il ne pouvait en être autrement ; l’Assomption de Marie était une nécessité pour le sentiment des chrétiens ; elle fut bientôt une incontestable vérité.

Et Joseph, quel intérêt ne devait-il pas inspirer? Ce chaste époux de la sainte Vierge avait été inévitablement un homme hors ligne. Les écrivains sacrés ne nous apprennent presque rien de sa vie. Pourquoi les évangélistes ne font-ils plus mention de lui, quand ils parlent de la mère, des frères et des sœurs du Seigneur 1 ? Sans doute alors il avait cessé de vivre. Que ses derniers moments avaient dû être édifiants? La sainte Vierge et le Sauveur l’assistèrent à cette heure suprême ; les anges vinrent certainement recueillir son dernier soupir, et Satan fit de vains efforts pour troubler la fin de ce juste et se rendre maître de sou âme.

Tel fut le sentiment qui donna naissance à ces légendes. Dans une pieuse et naïve vénération pour les divers personnages de l’histoire évangélique , on se figura d’abord ce qui avait dû être, on finit par se persuader qu’il en avait été ainsi qu’on se l’était figuré.

i. Matthieu, xu, 47; xm, oi>; Marc, in, 32 ; Luc, \in, 20; Jean, xix, 25-27.

Il faut maintenant remarquer que, dans la mise en œuvre de cette donnée première et générale, je veux dire dans la formation des traits de détail de la légende, on a mis souvent à contribution les documents sacrés. C’est ainsi que l’histoire de Joachim et d’Anne, parents de la Vierge Marie, est calquée d’assez près sur ce que le troisième de nos Évangiles canoniques raconte d’Élisabeth et de Zacharie ‘ et en partie aussi sur ce qui est rapporté, dans F Ancien-Testament, d’Elkana et d’Anne, le père et la mère de Samuel 2. C’est ainsi encore que dans ce qu’on raconte dans l’Évangile arabe , des guérisons opérées par les langes dans lesquels l’enfant Jésus avait été enveloppé 3, on a imité le récit de la guérison de la femme qui toucha le bord du manteau du Seigneur *.

On a aussi plus d’une fois tenu compte des traditions répandues parmi les Juifs. La légende de la descente du Seigneur aux enfers entre autres contient une foule de traits imités des légendes juives. Ce qu’on y dit des instructions que Seth avait reçues de l’archange Michel, est emprunté, à ce qu’il parait, à un livre apocryphe attribué à Esdras 5. C’était également une opinion générale

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