‹ Études sur les évangiles apocryphesChapitre 130 sur 222 · I . On ne sait quel est cet Évangile · texte numérisé non relu

I . On ne sait quel est cet Évangile

ï. Ac per hoc illud quoi! de générations Mariæ Faustus posoit quod patrem habueiitex tribu Levi, sacerdolem quemdam Domine Joachim, quia canonicum non est, non me conslringit; sed etiam si hoc crederem, ipsum potius Joachim dicrrem aliquomodo ad David sanguinem pertinuisse, et aliquomodo ex tribu Juda in tribum Levi fuisse adoptatum, vel ipsum vel ejus aliquem progenitorem, vel rerie in tribu Levi ita natum, ut de stirpe David consanguinitatem aliquam duceret. Augustin, Opéra, t. VIII, col. 656; Contra Fauttum, lib. XXIII, cap. 9.

Des souvenirs historiques, conservés par la tradition, n’ont-ils pas eu quelque part à la formation de ces légendes? On l’a prétendu; mais je ne saurais le croire. Le père et la mère de Marie ne sont désignés dans aucun document par d’autres noms que par ceux de Joachim et d’Anne . 1 Est-ce là un indice, comme on l’a soutenu, que ces noms, transmis par une tradition constante, avaient bien réellement appartenu aux personnages auxquels on les donne ? En aucune manière. Si la permanence d’une tradition suffisait pour en garantir la vérité historique, on ne devrait pas s’arrêter aux noms de Joachim et d’Anne ; il faudrait également tenir pour des faits réels que le soldat qui perça Jésus de sa lance s’appelait Longin, et la femme guérie d’une perte de sang, Véronique; que Joseph était presque centenaire quand il fut uni à Marie ; que les mages qui vinrent de l’Orient adorer l’enfant Jésus, étaient au nombre de trois, ni plus ni moins, etc. Si ces deux dernière traits sont des fictions manifestes, des fictions dont l’origine n’est

i. Le père de Marie est désigné chez les Arabes sous le nom d’Amran, Le Coran, trad. par Savary, t. I, p. 33; mais ce nom ne se retrouve dans aucune tradition d’origine chrétienne.

ÉVANGILES APOCRYPHES ORTHODOXES Î75 pas douteuse et s’explique aisément 1 , le caractère de permanence d’une légende ou de quelque détail d’une légende ne peut être une présomption de sa valeur historique. Le nom d’Anne pourrait bien avoir été emprunté à la prophétesse qui reçut l’enfant Jésus dans ses bras4 et plus probablement encore à la mère de Samuel 3, dont l’histoire a servi, en plusieurs points, de modèle à celle de la mère de la vierge Marie, et celui de Joachim attribué à son père par suite de quelque circonstance accidentelle, dont le souvenir ne s’est pas conservé. Peut-être aussi pourrait-on, en tenant compte du sens étymologique de ces noms, supposer, avec Bollandus, qu’ils ont été donnés aux parents de

I. Joseph a été présenté comme un vieillard, d'un côté, pour établir qu’il avait déjà de nombreux enfanta , et , d’un autre côté, pour rendre encore plus certain qu'il avait été étranger à la naissance de Jésus. Quant aux mages, ce sont vraisemblablement, d’après Le Nain de Tillemont, les trois présents offerts par eux à l'enfant Jésus, qui ont donné lieu de dire qu’ils étaient au nombre de trois. Mémoires pour servir à l’histoire ecclésiastique, t. I, p. 455. Il est plus probable encore que le sens mystique que l'on attachait au nombre trois est entré pour quelque part dans celte détermination du nombre des mages. EnGn, on voulut aussi voir en eux des représentants des trois grandes nations de l'Orient. C'est bien évidemment dans cette intention que l’un d’eux est présenté d'ordinaire sous les traits d’un nègre; il venait au nom des Éthiopiens reconnaître la divinité du Sauveur, comme les deux autres au nom des Arabes et des Perses.

Luc , h, 36.

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