‹ Études sur les évangiles apocryphesChapitre 132 sur 222 · I. Hébreux, vm · texte numérisé non relu

I. Hébreux, vm

*. Mais jamais avec le sentiment de vénération profonde qui se montre dans les Évangiles apocryphes orthodoxes, et même parfois peu révérencieusement. Motlh., xn, i6-50; Jean, it, 4.

dehors des quelques passages empruntés aux Évangiles canoniques, le moindre fait réellement historique.Lesmœurs, les idées, lessentiments deschrétiens de l’âgeapostoliquey font complètement défaut. Ces écrits sont une preuve aussi triste qu’incontestable de la rapidité avec laquelle le christianisme primitif dégénéra et tomba dans la vulgarité et la superstition. Toutes les légendes relatives à la famille de Jésus en relèvent la position sociale ; Joachim est un homme très-riche; Anne, sa femme, a une suivante, une sorte de dame de compagnie; Joseph est tantôt un prêtre, exerçant accessoirement, et pour sa seule satisfaction, l’état de charpentier, tantôt l’entrepreneur en chef des travaux d’entretien du temple. Cette vanité puérile n'était pas dans l’esprit juif. Les rabbins les plus illustres avaient exercé des métiers manuels, sans que leur dignité s’en trouvât blessée *. Ce sentiment n’avait pas été moins étranger aux chrétiens de l’âge apostolique*, Dans le principe, le christianisme avait été la religion des faibles, des pauvres ; il s’en

4 . Hillel avait, pendant quarante ans, vécu du travail de ses mains. C'était d’ailleurs une coutume sanctionnée par la religion en Israël, d’enseigner un état aux enfants, quelle que fût leur position de fortune. Quicunque (ilium suum, dit le Talmud, non docel aliquod opificium est ac si doceret eum latrocinium. Tosaph. in Kiddusch t. Winer, Bibliseh. Rsalworterbueh, article Handtcerke.

i. Comme Hillel, saint Paul avait vécu de son Iravail. Son métier était de faire des tentes. Actes, xvm, 3..

ÉVANGILES APOCRYPHES ORTHODOXES Î79 faisait gloire. On n’aurait pas pensé alors à vanter la richesse et la position relevée de la famille du Seigneur.

Une piété puérile, mesquine, déjà semblable à celle qui fleurira plus tard dans la vie cénobitique et monacale, tient une grande place dans presque toutes les légendes des Evangiles apocry plies orthodoxes, principalement dans celles qui sont relatives à la sainte Famille. Joseph et Marie, et avant eux Joachim et Anne, sont des gens confits en dévotion.

On leur prête des habitudes dévotes, étrangères aux mœurs juives et fort différentes de la mâle piété des premiers chrétiens.

Pilate n’est plus ici le chevalier romain sceptique et incrédule, qui se rit de la simplicité de ceux qui croient à la vérité. Il tient fort à s’instruire et ne demande pas mieux que de se convaincre de la divinité de Jésus. Il connaît a fond l’histoire des enfants d’Israël, et, du haut de son tribunal, il adresse aux ennemis du Christ des reproches dignes d’être mis dans la bouche d’un prophète*.

Dans sa relation à Tibère de la condamnation du Seigneur, il parle en chrétien et confesse que les miracles de Jésus sont bien autrement grands que ceux des divinités païennes.

Il n’est pas une seule de ces légendes qui se soit

4 . Évangile de Nicodéme, ix ; plusieurs des passages de celte allocution sont tirés de l'Écriture sainte. >

formée tout d’une pièce. Sur un premier fond se sont déposées des couches successives. Chacune d’elles a crû avec le temps, jusqu’à ce qu’elle ait atteint son dernier degré de développement. Crescit eundo, c’est la loi générale de la formation de la tradition. Il importe même de remarquer qu’elles n’avaient pas toutes, au moment où elles furent recueillies dans les Évangiles apocryphes orthodoxes, reçu leur forme définitive. 11 en est plusieurs qui continuèrent plus tard de s’étendre et de grandir, comme aussi il en naquit de nouvelles qui sont par cela môme étrangères à ces Évangiles

Il convient de donner une idée du mode de foimation de ces légendes. Ne pouvant les examiner toutes, j’en prendrai deux pour exemples : celle qui est relative à saint Joseph et celle de la descente de Jésus-Christ aux enfers. La première avait atteint tout son développement, quand elle fut recueillie dans l’histoire du charpentier Joseph; la seconde n’est, dans la seconde partie de l’Évangile de Nicodème, que sous ce qu’on peut appeler sa forme moyenne, elle ne se compléta que plus lard.

Les Évangiles canoniques ne nous apprennent pas autre chose de Joseph sinon qu’il appartenait àla famille de David, et qu’il était un artisan *. Il n’y a pas un seul mot qui puisse faire supposer une

Page 1