‹ Études sur les évangiles apocryphesChapitre 138 sur 222 · Clément d'Alex., Strom., lib. VI, cap · texte numérisé non relu

Clément d'Alex., Strom., lib. VI, cap

les vivants aux fruits de la grâce et en priver ceux qui ont vécu antérieurement ' ? »

Mais au iv* siècle, cette pensée élevée n’est plus comprise. Le sens ecclésiastique s’est développé dans la même proportion que le sens philosophique s’est amoindri. Encore un peu, et les sages de l’antiquité seront rejetés avec dédain, avec tous les incrédules, aux peines éternelles. L’œuvre de Jésus- Christ aux enfers tourne au concret plus qu’au spirituel. Qu’ a-t-il été faire dans les lieux souterrains? Achever la défaite de Satan , anéantir sa puissance, briser son empire et arracher de ses mains les patriarches et les prophètes qu’il retenait dans ses ténébreuses demeures. Quant au reste des hommes, on ne s’en occupe plus.

C’est dans ce sens grossier que la légende de la descente de Jésus-Christ aux enfers est exposée dans les sermonsdes orateurs chrétiens du iv^iècle. Elle est devenue un thème de rhétorique. Les prédicateurs en parlent fréquemment, les théologiens très-rarement. Chrvsostome, Cyrille de Jérusalem, Eusèbe d’Émèse, Éphrem, d’autres encore, représentent en termes énergiques et pompeux, Satan vaincu, écrasé sous les pieds du Sauveur, la Mort, jusqu’alors reine des épouvantements, frappée à son tour de terreur, les portes d’airain de l’enfer

1 . Cyrille de Jérusalem, Opéra, édit. Milles, Oxford, I70t, p. 53, Calèches., IV, § 8.

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arrachées et brisées, et au-dessus de ces ruines du royaume souterrain, le Christ victorieux emmenant avec lui, vers les demeures éternelles, tous les hommes pieux de l’ Ancienne Alliance.

C’est à ce point de développement que l’auteur de la seconde partie de l’Évangile de Nicodème recueillit cette légende. Elle ne s’arrêta pas là cependant. Il y avait une lacune dans ce tableau. Grégoire de Nazianze semble s’eu être aperçu le premier. Jésus-Christ tira-t-il des enfers tous les morts sans exception ou seulement ceux qui avaient cru *? Poser cette question, c'était la résoudre. Il est évident que les justes seuls avaient pu être délivrés. Et les autres? Ils restèrent certainement sous la puissance de la Mort et de Satan.

Les demeures souterraines n’avaient donc pas été détruites en entier. Une partie en existait encore, celle où étaient les impies, les incrédules, les pécheurs endurcis, les grands criminels. L’enfer se composait, on ne saurait en douter, de deux départements distincts. Il ne pouvait se faire que les hommes pieux de l’Ancienne Alliance, que même les pécheurs repentants ou disposés à la repentance, eussent été confondus dans un même lieu, avec les hommes pervers, incapables de revenir au sentiment du bien, condamnés à des tourments mérités.

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