Grégoire de Nazianze, Uratio 42 m Pcucha
Le Sauveur avait brisé les portes de la demeure souterraine où les premiers avaient été retenus jusqu’alors; il avait laissé les seconds dans la ténébreuse prison où ils continuent à subir les peines dues à leurs crimes.
C’est sous cette nouvelle forme que la légende de la descente de Jésus-Christ aux enfers est mise en œuvre dans les Actes de saint André et de saint Paul, dont M. Dulaurier a traduit un fragment du copte. Saint Paul, qui a pénétré dans les profondeurs de l’abîme, raconte à saint André ce qu’il y a vu, et termine son récit en ces termes : « J’ai vu » les rues de l’Amentès désertes, personne ne les » habitait, et les portes que le Seigneur avait bri- » sées étaient en morceaux. Tu vois ce fragment de » bois qui est dans ma main et que j’ai rapporté » avec moi ; il formait le seuil des portes que le » Seigneur a détruites. J’aperçus aussi dans une » partie de l’Amentès un grand espace dont la vue » était agréable. En ayant demandé la destination, » on me répondit : C’est là qu’habitaient Abra- » ham, Isaac, Jacob et tous les prophètes. J’en- » tendis ensuite une multitude de coupables criant » et gémissant dans un autre endroit; mais je ne » pus les apercevoir. Ayant demandé alors quels » étaient ces lieux, on me dit que c’étaient ceux où » le Seigneur n’avait pas pénétré lors de sa des- » cente ; c’est le séjour des pleurs et des grince-
ÉVANGILES APOCRYPHES ORTHODOXES 289 » ments de dents ; c’est là où vont les meurtriers,
» les empoisonneurs, ceux qui précipitent les en- » fants à l’eau * . »
Tel est aussi le sens dans lequel saint Augustin entend cette légende. Jésus-Christ descendit aux enfers, d’après lui, pour en retirer Adam, les patriarches, les prophètes et les autres justes qui n’y avaient été renfermés que par suite du péché originel. Quant aux hommes, auxquels, en outre de ce péché originel, on avait à reprocher quelque faute capitale, ils avaient été laissés dans les peines du Tartare ; le Sauveur avait ainsi en partie détruit l’enfer, et en partie il l’avait laissé subsister *.
Ajoutons enfin que, bientôt, après cette légende fut rattachée à la doctrine du purgatoire, avec laquelle elle n’était pas sans analogie. La partie de l’enfer de laquelle le Sauveur avait retiré les hommes pieux de l’Ancienne Alliance, devint le