Évangile de Thomas, ctiap. 6 cl
frï VA.\GILES“APOCK YPIIES ORTHODOXES 293 degré de précision, et répartir les différents groupes de ces légendes entre les diverses Églises do l’Orient. A certains traits caractéristiques, il me semble qu’on peut reconnaître une origine syriaque à la plupart de celles qui sont relatives à la sainte Famille, tandis que d’autres traits paraissent indiquer que celles qui se rapportent à la Passion ont pris naissance à Alexandrie ou dans l’Asie- Mineure. Les légendes qui se rattachent au nom de Pilate sont empreintes d’un sentiment hostile aux Juifs, qui trahit une origine ethnico-chrétienne. Ce n’est guère que parmi deschrétiens sortis du sein du paganisme qu’on pouvait dépeindre le procurateur romain, un païen, comme plus favorable à la cause chrétienne que les enfants d’Israël, et représenter ceux-ci sous les plus noires couleurs, comme on le fait dans les Actes et les diverses Lettres de Pilate. Les Évangiles de l’Enfance, au contraire, ne renferment pas la moindre allusion blessante pour les descendants d’Israël ; on no semble pas même les y tenir pour des ennemis du christianisme.
Quelques détails semblent indiquer pour ces dernières une origine judéochrétienne. On ne saurait en douter pour la légende de Zachée. Elle est tout à fait probable pour celle de la naissance de Jésus dans une caverne. J’ai déjà fait remarquer qu’elle est connue de Justin Martyr, et ce Père de l’Église
tenait, selon toutes les vraisemblances, ses premières notions chrétiennes des chrétiens de la Samarie ou des contrées voisines.
Les légendes relatives à la sainte Famille paraissent être parties de la Syrie, pour s’éteudre de là dans- l’Arabie, dans la Perse et dans l’Égypte. Elles constituent encore le principal fond des croyances chrétiennes des quelques communautés qui s’y sont maintenues. Elles y éclipsèrent de bonne heure et presque si complètement la tradition canonique, que c’est presque uniquement dans ces légendes que les musulmans ont puisé ce qu’ils racontent de l’histoire primitive du christianisme.
Enfin on a quelque raison de supposer que la plupart des plus anciens Évangiles de l’Enfance ont été composés par des chrétiens appartenant à des Églises judaïsantes, qu’ils ont même été écrits primitivement en syriaque. Le nom de Jacques, auquel est attribué le Protévangile, était en vénération dans ces Églises. L’Évangile arabe a eu sans le moindre doute pour premier fond des documents syriaques. Diverses circonstances semblent indiquer que celui de Thomas était primitivement écrit dans cette langue. Le texte grec que nous en avons, porte tous les caractères d’une traduction; le style embarrassé, confus, incorrect, de plusieurs passages, en semble un indice certain *.