‹ Études sur les évangiles apocryphesChapitre 15 sur 222 · Épiphane, Hirres., xxx · texte numérisé non relu

Épiphane, Hirres., xxx

â» ÉTUDES SU H LES ÉVANGILES

les chrétiens, qui peu de temps avant la ruine de la cité sainte se retirèrent au delà du Jourdain, l’emportèrent avec eux dans leurs nouveaux établissements, et le transmirent à leurs enfants comme un écrit digne d'être placé à côté des livres de l’Ancienne Alliance.

Si maintenant l’on considère que, d’après une tradition très-accréditée dans les premiers siècles de l’Église, Matthieu écrivit son Évangile en syrochaldéen *, et que, sur dés inductions fondées sur certains passages de cet Évangile, on est autorisé à en placer la rédaction à un moment de quelque peu antérieur à la ruine de Jérusalem, on ne pourra s’empêcher de soupçonner que notre premier Évangile et l’Évangile selon les Hébreux ont été, dans le principe, un seul et même ouvrage. Telle était l’opinion de Jérôme et d’un grand nombre de chrétiens de son temps1 2 3.

Ce Père de l’Église désigne à plusieurs reprises l’Évangile selon les Hébreux comme l’original hébreu de notre premier Évangile canonique *.

1. Eusèbe, Hist. ecclei., lib III, cap. ïo et 40; Épiphanc, Hœres., xxx, § 3.

2. Ut plerique autumant juxta Malthæum. Jérôme, Ado. Pelagian., lib. III, cap. I ; quod vocatur a plerisque Matthæi authenticum, Jérôme, Comm. m Matlh., xit, 13.

3. Mallhæus, qui et Levi ex publicano apostolus priraus in Judica propler eos qui ex circumcisione crediderunt, Evangelium Christi hebraicis lilleris verbisque composuit, quod quis

ÉVANGILES APOCRYPHES JUDAISANTS iy

On prétend, il est vrai, que, mieux instruit plus tard, il fut moins affirmatif. On en donne en preuve que, dans sa lettre à Hédibie, écrite vers 407, il n’indique cet ouvrage que par les mots : « l’Évangile écrit en hébreu ; » et on conclut de là qu’il n’était plus aussi convaincu qu’autrefois de l’origine apostolique de cet Évangile. C’est là à mou avis une conclusion erronée qui n’est pas du tout contenue dans l’expression employée par saint Jérôme pour désigner cet ouvrage. Quiconque voudra se donner la peine de lire le passage de la lettre de ce Père de l’Église, dans lequel il parle de cet Évangile « écrit en hébreu, » restera convaincu que ce qu’on veut lui faire dire ici n’est nullement dans sa pensée.

Saint Jérôme veut tout simplement faire remarquer que les deux Évangiles de saint Matthieu, celui qui est écrit en hébreu et celui qui est en grec, ne s’accordent pas sur un fait qui se passa à la mort de Jésus-Christ; celui-ci dit que le voile du temple se déchira, et celui-là que la pierre du dessus de la porte d’entrée était tombée '. Jérôme ne décide pas

postea in græcum transtulerit non salis certum est. Porro ipsum Hebraicum habet usque hodie in Cæsariensi bibliotheca quant Pamphylus Martyr studiosissime confecit. Jérôme, Catnlog. scriptor. eccltsiast., § 3.

1. In Ëvangelio autem quod hebraicis litteris scriptum est legimus non vélum templi scissuin, sed superliminare templi magnæ magnitudinis corruisse. F.pinloln ad Hedib., § 8.

si l’une de ces deux versions doit être préférée à l’autre ; il les explique toutes les deux. S’il désigne ici l’Évangile des Nazaréens sous le nom d’Évangile écrit en hébreu, c’est parce qu’il le met en présence de l’Evangile de Matthieu écrit en grec, ou du moins que, de son temps, on avait dans cette langue. Loin de contenir ce qu’on veut y voir, ce passage dit donc le contraire ; il nous montre clairement que pour saint Jérôme l’Évangile de Matthieu existait à la fois en hébreu et en grec, malgré quelques différences de détail qui se trouvaient entre eux .

Cette opinion n’est pas particulière à Jérôme. Épiphane, dont l’horreur pour tout ce qui tient de près ou de loin à l’hérésie est bien connue, est assez disposé à admettre que les Nazaréens ne sont pas dans l’erreur en attribuant leur Évangile à l’apôtre Matthieu. « Nous pouvons affirmer comme un fait certain, dit-il, que, seul de tous les écrivains du Nouveau Testament, Matthieu a exposé l’histoire et la prédication évangélique en hébreu et en lettres hébraïques '. » Ailleurs, il est encore plus explicite: « Les Nazaréens, dit-il, ont l’Évangile complet de Matthieu en hébreu, tel qu’il fut écrit primitivement. Il est encore conservé, chez eux, en caractères hébraïques. Mais j’ignore s’ils

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