‹ Études sur les évangiles apocryphesChapitre 156 sur 222 · Th. Mamuchiu.', de Anitnabus juslorum in sinu Abrah · texte numérisé non relu

Th. Mamuchiu.', de Anitnabus juslorum in sinu Abrah

3. Seroux d’Agincourt, Histoire de l'art par les monuments, Peinture, pl. 59.

i. Ajüjo ait’ -x.r,-; îa-.i Ji* r-.û qùX'.j, et dans le latin : Venite ad me, sancti mei omnes. Ëeangile de Nicodènir. ch. 21; Thilo, Codex ajtoeryphui Noci Testamenti, p. 740 et 741.

5. Seroux d’Agincourt, Histoire de l'art par (es monuments, Peinture, pl. 63.

ÉVANGILES APOCRYPHES ORTHODOXES ;tl7

sur son épaule, prend une main que lui tend un des justes plongés dans les flammes »

Ap rès avoir essayé de donner une idée de l’origine et du caractère des légendes qui ont été recueillies dans les Évangiles apocryphes orthodoxes, et de l’influence qu’elles ont exercée de bonne heure, il convient de jeter un coup d’œil sur ces Évangiles eux-mêmes. Cet examen ne peut manquer de jeter encore quelque jour sur les fables pieuses qui y sont rapportées, et en particulier de nous mettre en mesure de fixer l’âge de chacune d’elles avec un plus grand degré de précision.

Les Évangiles que nous avons â considérer ici ont été composés à peu près de la même manière que nos trois premiers Évangiles canoniques.

1 . Alf. Maury, Croyances et légende» de /'antiquité, p. 328- 33t.

Les auteurs de ces derniers ouvrages ne se proposèrent que de mettre par écrit la tradition chrétienne telle qu’elle était de leur temps, ou pour mieux dire ce qu’ils en connurent. Remplissant uniquement l’office de rapporteur, dans le sens le plus étroit du mot, ils recueillirent ce que les chrétiens au milieu desquels ils vivaient, avaient appris et racontaient à leur tour de la vie et de l’enseignement du Seigneur; ils écrivirent en quelque sorte sous la dictée de la tradition, ou ils réunirent et coordonnèrent des pièces qui n’étaient ellesmêmes que la tradition écrite. Sauf la très-courte préface qui est en tête du troisième de ces Évangiles, et dont la langue et le style rappellent le grec classique, il n’y a rien dans ces écrits qui porte l’empreinte de la personnalité de ceux qui les ont composés. La forme même ne leur appartient pas; cela est évident pour le troisième. Celui qui a écrit la phrase qui sert de préface, aurait présenté tout ce qui suit dans un autre langage et dans un autre style, s’il l’avait rédigé lui-même, c’est-à-dire s’il avait fait autre chose que mettre en ordre des documents antérieurs, soit écrits, soit oraux. On peut conclure de là qu'il en est de même de Matthieu et de Marc, dont les récits 11e diffèrent en rien, quant à la forme, de ceux de Luc.

Les Évangiles apocryphes orthodoxes sont également, pour la plupart, des œuvres impersonnel-

Digitizet

ÉVANGILES Al’OCKY l’IIES ORTHODOXES 319 les '. Pour tous, sans exception, le fond, et poulie plus grand nombre la forme elle-même, furent donnés par la tradition telle qu’elle était à l’époque où chacun d’eux a été mis par écrit. Leurs auteurs, si toutefois il est permis de so servir de ce mot qui, pour la plupart de ces livres, ne répond en aucune façon à la réalité des choses, ne se donnèrent pas d’autre peine que de recueillir les légendes qui se racontaient autour d’eux, et que de les transcrire telles qu’ils étaient habitués à les entendre.

Quelques-uns de ces ouvrages sont, il est vrai, le produit d’un certain travail de rédaction ; je veux parler du Rapport de Pilate, des deux parties qui composent l’Évangile de Nicodème, de l’Histoire du charpentier Joseph et du Livre de la mort et de l’assomption de la Vierge. Mais le fond tout entier en fut également fourni par la tradition, et la preuve, c’est que les légendes qui y sont rapportées se trouvent dans une foule d’anciens écrivains ecclésiastiques qui ne les empruntèrent pas certainement à ces livres. Ces apocryphes sont donc comme les autres, des recueils de récits répandus parmi les chrétiens, à l’époque où ils furent composés. La forme sous laquelle ils y sont présentés appartient seule à leurs auteurs, et sauf en quelques très-rares passages , elle fait

1. C'est ce qu'a parCitemcnt compris Borberp, Bibliolhek der neutetlamenll. Apocryphen , t. I, p. G.

;ii0 ÉTUDES- SUIt LES ÉVANGILES

peu d’honneur à leur goût et à leur jugement.

Tous ces écrits ne sont donc, si je puis ainsi dire, que des transcriptions des légendes nées dans les quatre ou cinq premiers siècles. Et c’est cette circonstance' précisément qui leur donne quelque intérêt à nos yeux. Ils lui doivent d’être pour nous des témoins naïfs et véridiques de la rapidité avec laquelle la tradition évangélique s’altéra et se chargea, comme d’une végétation parasite, de fables puériles et ineptes.

On a prétendu que ces Évangiles avaient été écrits dans des intentions dogmatiques et polémiques, c’est-à-dire dans le dessein d’établir des doctrines orthodoxes ou de repousser des opinions tenues pour hérétiques. Je ne saurais me ranger à cette opinion. Comme les légendes qui y sont recueillies, ils n'ont pas pris naissance dans le monde où se débattaient les questions théologiques. Ils ont été composés pour la plupart dans les classes inférieures, et dans tous les cas, dans un milieu qui ne prenait part aux grandes querelles dogmatiques que par le mouvement des passions qu’elles ne pouvaient manquer d’exciter dans l’Église tout entière, mais qui était incapable de les comprendre, de s’en rendre compte et de les juger. Quelquesuns, il est vrai, pourraient bien avoir eu pour auteurs de hauts dignitaires de l’Église : je veux parler de l'Histoire du charpentier Joseph et du Livre de la

ÉVANGILES APOCRYPHES ORTHODOXES 3îl mort et de l’assomption de la Vierge ; mais ils appartiennent à une époque et à un pays où dominait, avec le monachisme, une ignorance profonde et où la superstition avait de bonne heure envahi la religion. En somme, ces Évangiles constituèrent pendant longtemps une sorte de littérature religieuse inférieure, au-dessus de laquelle se développa, dans une indépendance presque complète, la grande littérature théologique.

Qu’on les examine de près, on n’y découvrira pas un mot qui trahisse une intention polémique. On n’y trouve ni anathème contre des dissidents, ni même la moindre allusion à des adversaires de l’Église. Les fictions qu’on y raconte et les faits évangéliques qu’on y mêle en une certaine proportion, supposent sans doute certaines croyances, et ces croyances pouvaient devenir la base de certains dogmes; elles le devinrent même plus tard 1 . Mais on ne voit pas que les auteurs de ces écrits portent si loin leurs vues. Ils se meuvent dans le cercle de la foi obscure; ils ne montrent nulle part la moindre préoccupation théologique. C’est leur accorder une portée d’esprit qu’ils n’avaient pas que de prendre leurs compilations pour des écrits de tendance. La seule tendance qui s’y montre est la superstition la plus aveugle.

L Par exemple, tout le cycle des doctrines relatives à la sainte Vierge se trouve déjà en germe dans la plupart de ces écrits.

Si

C’est se créer à plaisir des chimères que de voir dans les Évangiles de l’Enfance le dessein de réfuter les sectaires qui soutenaient que Jésus n’était devenu le Christ qu’au moment où, après avoir été baptisé par Jean, il avait reçu le Saint-Esprit. On prétend en vain que le récit des miracles de 1 Enfant Jésus a pour but de prouver que, dès son jeune âge, il fut le maître de la nature et, par conséquent, participant à la divinité. Ces légendes sont telles qu’elles excluent toute arrière-pensée dogmatique. Elles portent en elles-mêmes la preuve qu’elles ne sont issues que d’une pieuse crédulité, avide de retrouver dans l’enfance de Jésus des prodiges analogues à ceux que les Évangiles canoniques racontent de son âge mûr. On no saurait attribuer d’autre mobile que ce sentiment â ceux qui les ont mises par écrit.

C’est principalement dans la seconde partie de l’Évangile de Nicodème qu’on a voulu voir des intentions polémiques et dogmatiques. Cet écrit aurait été dirigé, assure-t-on, contre Apollinaire. On en donne deux raisons :

On prétend d’un côté que la légende qui y est mise en œuvre, implique que ce bit, non la nature divine de Jésus, mais sa nature humaine qui descendit dans l’empire de la Mort et de Satan, son corps étant resté dans le sépulcre. Il suivrait donc de là que Jésus-Christ, contrairement à l’assertion

d’Apollinaire, avait une âme humaine, une âme de même nature que la nôtre.

D’un autre côté, on fait remarquer que la seconde partie de l’Évangile de Nicodème fut composée, selon toutes les vraisemblances, au ive siècle, c’est-à-dire à l’époque à laquelle l’erreur d’Apollinaire se produisit et rencontra une vive opposition *.

Que conclure du rapprochement de la date et du sujet de cet écrit, sinon qu’il fut composé contre cette hérésie *?

Ces raisons me paraissent insuffisantes. J’ai déjà fait remarquer qu’Athanase est le seul des anciens écrivains ecclésiastiques qui ait opposé à l’apollinarisme la légende de la descente de Jésus-Christ aux enfers, et qu’aucun autre des Pères de l’Église qui ont écrit contre cette hérésie n’y a eu recours. J’ajouterai maintenant que, pour la faire valoir contre Apollinaire, il faut l’entendre dans un certain sens, et elle n’est entendue dans ce sens ni par la majorité des Pères de l’Église, ni dans la seconde partie de l’Évangile de Nicodème.

Elle ne peut, en effet, devenir un argument en faveur de l’âme humaine de Jésus-Christ, qu’à la condition d’admettre que la partie divine du Sau-

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