Origène, Homil. I in Lucam
ÉVANGILES APOCRYPHES ORTHODOXES 331 moitié du second siècle, et vraisemblablement il remontait plus haut.
J’ai déjà fait remarquer que les légendes qui y sont recueillies ne peuvent être nées que parmi les chrétiens de la Syrie et que, selon toutes les vraisemblances, cet Évangile, composé dans ce pays, fut écrit primitivement en langue syriaque. Le texte grec que nous en avons ne serait alors qu’une traduction; mais il faut ajouter que cette traduction serait l’ouvrage d’un homme peu cultivé. Le langage, en outre des obscurités et des incorrections sans nombre qu’on y remarque, est plat, trivial, et bien inférieur à celui du Protévangile. Que les copistes du moyen-âge en aient en partie corrompu le texte, comme le prétend Thilo, on peut l’admettre sans peine; mais on ne saurait les rendre responsables des défectuosités presque constantes de la langue, et de la bassesse et de la trivialité du style.
Cet écrit tel que nous l’avons est certainement mutilé. Il y a une lacune évidente du chapitre dixhuitième au dix-neuvième. On dirait même que celui-ci n’est pas de la même main que ce qui précède. La langue et le style en sont meilleure. Peut-être cette supériorité a-t-elle sa raison dans les emprunts qui ont ici été faits à Luc, h, 50-52. Mais il ne serait pas impossible que la fin de cet Evangile eût été supprimée et remplacée par ce
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chapitre dix-neuf qui est une imitation du passage du troisième Évangile canonique que je viens d’indiquer. Quoi qu’il en soit, s’il faut s’en rapporter à la chronographie de Nicéphore, cet écrit se composait de treize cents lignes dans sa forme actuelle, il est loin d’atteindre ce chiffre.
On a déjà vu par l’analyse que j’ai donnée des légendes qu’il rapporte, que les prodiges qui y sont attribués à l’enfant Jésus sont tous ou ineptes ou révoltants, et que la plupart sont inspirés par un déplorable sentiment de vengeance ou par une méchanceté diabolique. Est-ce à cause de ce caractère, comme le pense Borberg s, que cet Évangile a été vu en général d’un mauvais œil p^r les anciens chrétiens, et qu’il a été attribué, au iv5 siècle, aux Manichéens, les hérétiques les plus odieux à cette époque*? Ce ne serait pas impossible. Cependant ces miracles ne paraissent pas avoir excité une répugnance aussi prononcée qu’on serait tenté de le supposer. Ils ont été reproduits dans des Évangiles apocryphes postérieurs, entre autres dans le Pseudo- Matthieu, et celui-ci n’a pas laissé' de jouir d’une certaine réputation dans les Églises latines.
I . Eùxfi««o» xxri 8«;axu. otij (m xl. Stichometria velus ad colcem chronographiic Nicephori patriarchæ Constantinopoli, cité par Fabricius, Codex apocryplius No ci Testaments, pars 1 , p. I il.
8. Borberg, Bibliothek der neuteslamentl. apokryphen, t. I, p. 60.