‹ Études sur les évangiles apocryphesChapitre 166 sur 222 · Ibid., cliap · texte numérisé non relu

Ibid., cliap

ÉVANGILES APOCRYPHES ORTHODOXES 33« séries de légendes d’origines différentes, sinon quant au milieu dans lequel elles se formèrent, du moins quant à l’époque à laquelle elles prirent naissance. On ne saurait douter, ce me semble, qu’elles ne soient nées, les unes aussi bien que les autres, parmi les chrétiens judaïsants de la Syrie. Mais ne pourrait-on pas expliquer la différence qui les distingue en supposant que les unes sont antérieures et les autres postérieures à l’introduction de la théosophie gnostique dans ces anciennes Églises i

Celles dans lesquelles Joseph est appelé le père de l’enfant Jésus, et l’enfant Jésus, le fils de Joseph indiquent nécessairement la doctrine primitive des chrétiens judaïsants, doctrine qui ne donnait Jésus que pour le plus grand et le dernier des prophètes et qui ne lui attribuait ni une nature surhumaine, au sens propre du mot, ni une naissance miraculeuse. Celles, au contraire, dans lesquelles l’enfant Jésus est présenté comme un être étranger, par son origine et par sa nature, à la terre, impliquent le docétisme ou toute autre théorie théosophiquè, d’après laquelle Jésus était un être surnaturel. C’est un fait certain qu’il y eut des Églises judaïsantes qui, envahies par le gnosticisme, abandonnèrent la première de ces deux doctrines pour suivre la seconde. Les deux ordres de légendes répondraient à ces deux moments dogmatiques différents.

De ces deux anciens écrits apocryphes dérivent tous les autres Évangiles de l’Enfance.

L’Évangile de la nativité de Marie n’est qu’une sorte de remaniement, en langue latine, des dixhuit premiers chapitres du Protévangile, c’est-à- . dire de la partie de cet écrit qui est relative à la naissance, à la jeunesse et au mariage de la sainte Vierge. Mais la vénération pour la mère du Sauveur y est encore plus prononcée, et par suite le surnaturel de la légende qui la concerne a pris de nouveaux développements. Cette circonstance en déterminerait la date de la composition, si elle n’était déjà marquée très-catégoriquement dans la formule trinitaire par Iquellea il se termine : « Il arriva, lorsqu’ils y furent (à Bethléhem), que le tenue étant accompli, elle enfanta son fils premier-né *, comme nous l’ont enseigné les saints Évangélistes, Notre-Seigneur Jésus-Christ qui, étant Dieu avec le Père, le Fils et le Saint-Esprit, vit et règne dans tous les siècles *. » Or cette formule ne date que d’Augustin. Un écrit dans lequel elle se rencontre

1. Peperit filium suum primogenitum est tout simplement la traduction de Luc, il, 7, f-rtxi rlv moi «OrS; m wfwTOTwtcv.

2. Évangile de la Nativité de Marie, chap. 40; Thilo, Codex apocrgphut Novi Testamenti, p. 336.

ÉVANGILES APOCRYPHES ORTHODOXES 337 ne peut remonter au delà du milieu du vc siècle

Le but de cet Evangile est encore plus manifeste que l’époque à laquelle il a été composé. C’est une glorification de la Vierge. A-t-on voulu y combattre l’opinion des Manichéens, opinion qui avait été aussi, à ce qu’d parait , celle des Montanistes, que Marie était de la tribu de Lévi, et établir par l’autorité d’une sorte de supplément aux livres saints, qu’elle appartenait à la tribudeJudaet à la famille de David? On ne saurait l’admettre; mais il est évident qu’on y a recueilli les légendes relatives à l’histoire de la sainte Vierge, telles que les avait amendées le besoin de réfuter l’opinion des Montanistes et des Manichéens, et que, sans s’étre proposé un but polémique, on y a adopté la thèse que Marie était du sang royal, thèse que d’autres circonstances encore que la nécessité de réfuter des hérétiques, avaient conduit l’Église à supposer et à recevoir comme une vérité incontestable.

On a dans l’histoire des opinions qu’on se fit, dans les premiers siècles, de l’origine de la mère du Sauveur, un exemple frappant des modifications que les changements dans la croyance apportent dans la manière de se représenter les faits évangéliques. C’est un fait incontestable que dans une

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