Épiphane, H {fret., xxix, jt
pas, eu effet, comment Jérôme, qui les avait tous les deux sous les yeux, aurait pu prendre l’un pour l’original hébreu et l’autre pour la traduction grecque, si ces écrits n’avaient pas présenté une ressemblance frappante ; et, d’un autre côté, on s’explique facilement que les écrivains ecclésiastiques n’aient cité du premier que les passages dans lesquels il différait du second; ils n’avaient pas des motifs d’en rapporter ceux dans lesquels il était identique à ce dernier.
Peut-on conclure de là que, sauf un certain nombre d’interpolations et de modifications introduites dans le texte primitif, l’Évangile hébreu des Nazaréens était l’écrit original, authenticum, comme dit Jérôme, dont le premier de nos Évangiles canoniques est une traduction grecqûe? En l’absence de ce document important, il serait téméraire d’aller jusque-là ; mais on est du moins autorisé, ce me semble, à placer dans une même classe l’Évangile selon les Hébreux et notre Évangile de Matthieu, et à les faire descendre l’un et l’autre d’une origine commune. Je ne saurais dans tous les cas me ranger à l’opinion de M. Tischendorf, qui pense qu’on peut soutenir avec une égale vraisemblance, soit que les passages dans lesquels l’Évangile des Nazaréens diffère de notre Évangile de Matthieu sont des interpolations, soit que les passages dans lesquels le premier se rapprochait
ÉVANGILES APOCRYPHES JUOA1SANTS 3;l du second, étaient des emprunts faits plus tard A celui-ci *; et la raison sur laquelle je m’appuie, c’est que les passages de l’Évangile selon les Hébreux analogues à notre premier Évangile canonique, devaient, si le jugement do Jérôme et de tous ceux qui pensaient comme lui au sujet de cet écrit, a quelque sens, former le fond môme de cet Évangile. Ces deux Évangiles, quoi qu’en dise M. Tischendorf, se ressemblaient plus qu’ils ne différaient ; autrement, on ne saurait trop le répéter, on ne comprendrait pas comment les chrétiens du IVe siècle, qui pouvaient les comparer, ont pu les prendre pour un môme ouvrage, quand ils n’avaient pas le moindre intérêt à retrouver dans un écrit appartenant à une secte hérétique l’œuvre même de l’apôtre Matthieu.
Examinons maintenant les principaux fragments qui nous en restent.
Des vingt passages qu’en citent les anciens écrivains ecclésiastiques, il en est deux qui s’écartent