‹ Études sur les évangiles apocryphesChapitre 18 sur 222 · Tischendorf, de Etxinqeitorum aporryphorum origine el · texte numérisé non relu

Tischendorf, de Etxinqeitorum aporryphorum origine el

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complètement du ton général de notre premier Évangile canonique.

L’un est celui dans lequel Jésus nomme le Saint- Esprit sa mère1. « Dernièrement, dit-il, le Saint- Esprit, ma mère, me porta et me mena sur la grande montagne du Thabor » *. Que signifie cette expression extraordinaire ? C’est facile à expliquer, dit Origène ; quand Jésus appelle son frère, sa sœur et sa mère quiconque fait la volonté de son Père qui est dans le ciel, il n’y a rien d’étrange qu’il puisse à plus forte raison appeler le Saint-Esprit sa mère. Cette explication, il faut bien le reconnaître, n’a pas grand sens. Celle que propose Jérôme ne me parait pas meilleure. Au moment du baptême

1 . Dans un livre des Elkésailcs, le Saint-Esprit était également représenté comme un principe féminin, ri.i St (hixuav xattfiotat l-ft'.Y iriiOpa, Ilippoliti refutationes omnium hœretium, lib. IX, | 43, éd. Dunker, p. 462. Épiphane le dit également : lùai Si xx i -c à-pov icvsijjMt xaï aùri Qvmx*. Hier et., XIX, g 4, et lui, § 4. D’après Théodoret, il en était de môme dans la secte des Ophites, 6ï.à-j Si n ir/tOp» xaXtüsi, Hœret. fabul ., lib. I, cap. 44. Mais c’était certainement chez les uns et chez les autres pour d’autres motifs que dans l’Évangile des Hébreux. Les Elkésaïtes appelaient le Saint-Esprit la sœur du Christ : ri d-pcv îmiuux iJo.'yr.v xùtw. Épiphane, Ilœres., lui, § 1.

2. 'Aj-t s>,a£s ij.t r, ar.rr.p a-.j TÔ dvtov fni&ütza, xai âvéve^xi pi tt;

ri ifo; tû pif a exEcjf . Origène, Homil. XV in Jeremiam. Dans un autre do ses écrits, Origène cite ce passage avec cette addition après les mots to ifi&v imjpa iv ptâ twv TjMjrwv ll'.ù . iu Jok*u. Dans Origenis opéra, éd. Vence, II, p. B8. Et c’est ainsi que1 e cite Jérôme : Modo tulit me mater mea Spiritus Sanclus in uno capillorum meorum. Lib. II Comment, in Mieh., vu, 6.

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de Jésus, fait observer ce Père, le Saint-Esprit qui descendit sur .lui l’appela son lils, son lils premier-né. 11 était donc tout simple que Jésus, en parlant du Saint-Esprit qui l’appelle son fils, l’appelât de son côté sa mère, le terme par lequel le Saint-Esprit est désigné en hébreu étant féminin *.

On entre bien mieux dans l’esprit de cet Évangile et des chrétiens au milieu desquels il était répandu, en prenant cette expression dans un sens figuré. Les Judéo-chrétiens ne connaissaient pas la naissance surnaturelle de Jésus-Christ ; ils le tenaient pour le fils de Joseph et de Marie; mais ils regardaient sa haute sagesse, sa supériorité sur tous les autres hommes et même sur les prophètes, comme le résultat d’une influence divine, et c’est ce qu’ils exprimaient en disant que le Saint-Esprit, mot féminin en hébreu, avait été sa mère I. 2. Cette locution fut ensuite mise tout naturellement dans la bouche de Jésus-Christ lui-même dans le passage dont il est ici question.

11 est toutefois vraisemblable que c’est par suite de quelque influence des Elkésaïtes sur les Nazaréens que ceux-ci considéraient le Saint-Esprit

I. Jérôme, lib. IX Comment, in Es., XL, 11, et lib. /I Comment, in Es., xi, S. l'abrieius, Codex tipoen/plius N. T., para 1, p. 361-364.

ï. La divinité de Jésus-Chrisl, par Alb. Révillp, dans la Hevue germanique, l. XXX, p. 18.

comme un principe féminin. Mais l’emprunt ne fut que partiel. Les Elkésaïtes avaient fait probablement du Saint-Esprit un principe féminin, parce qu’ils le tenaient pour le second terme, le terme féminin d’une syzygie dont le Christ était le terme premier et masculin. Les Nazaréens qui n’adoptaient pas la théorie des syzygies, trop métaphysique pour eux, prirent ce principe féminin, non pour la sœur du Christ, mais pour la mère de Jésus.

Le second de ces deux passages est celui que rapporte Clément d’Alexandrie, en le comparant avec une parole de Platon dans le Théétète. « Celui qui admirera, aurait dit le Seigneur, régnera, et celui qui régnera se reposera1. » Que ces paroles n’aient rien de commun avec celles du philosophe grec, c’est ce qui ne peut pas même être mis en question ; mais en l’absence de ce qui les amenait et de ce qui les suivait, on ferait de vains efforts pour en déterminer le sens.

Ces deux passages sont des interpolations évidentes, quoique aucun des trois anciens écrivains ecclésiastiques qui les citent, n’en mette en doute l’authenticité. A quelle époque ont-ils pu être introduits dans l’Évangile selon les Hébreux? Le premier peut-être de bonne heure, et le second, qui a un certain reflet gnostique, au moment où la gnose

K . *0 ôaup.fltoa; {iamXïûasi, 'yi'ypaîrrat, xat b fJamXiûsa; avarawattou, élément d'Alex., Strom lib. I, cap. 9, § 45.

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pénétra parmi les Nazaréens, probablement vers le milieu du second siècle.

Deux ou trois autres passages ne se trouvent pas non plus dans notre Évangile de Matthieu ; mais ils se distinguent des précédents par un caractère pratique bien marqué ; ils rentrent par là dans l’esprit général de notre premier Évangile canonique. D’après l’un de ces passages, Jésus aurait déclaré que contrister l’esprit de son frère est un des plus grands crimes *, et, d’après un autre, il aurait recommandé à ses disciples de n’étre satisfaits qu'autant qu’ils regardaient leurs frères avec charité 2. Ces préceptes sont en parfaite harmonie avec l’enseignement du Seigneur. 11 n’y a, par conséquent, point d'inconvénient à les lui attribuer. La tradition avait pu en conserver le souvenir ; les Nazaréens crurent convenable de les insérer dans leur Évangile.

D’autres passages de cet Évangile contiennent des détails inconnus à l’Évangile de Matthieu. Dans l’uii d’eux il était rapporté que l’homme dont la main atrophiée fut rendue saine par Jésus 3, était un maçon l,

I. Inler maxima ponitur crimina qui fratris sui spiritum contristaverit. Jérôme, Cornm. in Ezech., xvi, 7.

S. Nunquam læli sitis nisi cum fratrem vestrum videritis in charitate, Jérôme, Comm. in Ephes., v, 4.

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