‹ Études sur les évangiles apocryphesChapitre 174 sur 222 · Thilo, Ibid., p. xxxvn · texte numérisé non relu

Thilo, Ibid., p. xxxvn

4. Du temps de Thévenot, nos Évangiles apocryphes, si recherchés pendant le moyen-âge, étaient complètement oubliés.

5. Thévenot rapporte ici par erreur, à Jésus-Christ, un miracle qui concerne la sainte Vierge.

6. Voyages de M. de Thévenot, liv. Il, ch. 73. Évang. arabe, chap. 36. Thévenot parle aussi de la légende du sycomore ou du

Cet Évangile, qui fournissait l’aliment le plus ordinaire à la piété et à l’édification des chrétiens de l’Égypte, était, selon toutes les vraisemblances, employé, parmi eux, dans le culte public. Ils avaient de nombreuses fêtes consacrées au souvenir des principaux événements de la fuite en Égypte. Le 22 du mois de mai et les deux jours suivants ils célébraient l’arrivée de la sainte famille dans leur pays. Le 8 juin était l’anniversaire du miracle qui fit jaillir la source à laquelle Marie se désaltéra, et qui rendait encore la santé aux malades qui allaient y chercher la guérison de leurs maux. Le 25 du mois de mai, jour auquel, d’après la tradition, l’enfant Jésus avait planté en terre un bâton qui avait poussé des branches et était devenu un olivier, était consacré à célébrer le souvenir de ce fait miraculeux1 . Il paraît qu’à chacune de ces fêtes on lisait le passage de cet Évangile dans lequel était raconté l’événement qui en était l’objet. Il est vraisemblable qu’on y ajoutait même des explications ; de sorte que chacune de ces légendes devint le noyau d’un nouveau développement légendaire. Les homélies de Cyriaque, dont j’ai déjà parlé, et sur lesquelles j’aurai plus tard à revenir, avaient été

du figuier de Mataréa (Évangile arabe, chap. 24) dans ses Voyages, liv. II, chap. 8.

1 . Pendant des siècles, on montra cet arbre à Uak, non loin de Moharrak.

SI

composées pour des fêtes de ce genre et n’étaient qu’un tissu de fables relatives à la sainte Vierge.

Cet Évangile était en grande estime dans tout l’Orient ; on le mettait sur la même ligne que les Évangiles canoniques ; il passait pour l’œuvre de saint Pierre. « Les chrétiens, dit un écrivain » arabe, ont cinq Évangiles, dont quatre sont très- » connus, tandis que le cinquième n’est reçu que » par un petit nombre d’entre eux. Ce cinquième » Évangile est appelé l’Évangile de l’Enfance ; il y » est raconté ce que fit le Messie pendant sa jcu- » nesse. On l’attribue à Pierre '. »

Presque toutes les légendes qui y sont rapportées sont connues des musulmans*. Ils les ont prises, sans le moindre doute, dans ce livre qui ne leur était pas inconnu, comme on vient de le voir par la citation précédente d’ Ahmed Ibn Edris. 11 est certain toutefois qu’ils ont eu encore d’autres sources d’information sur l’histoire évangélique. On trouve, en effet, dans leurs écrits d’autres légendes que celles de l’Évangile arabe, mais elles sont du même ca-

4. Ahmed Ibn Edris, cité par J. H. Holtingcr dans son Hist. eccles. stmili xvi, pars 2, p. 76 et 77. Fabricius, Codex apocry ghus Novi Testament i, pars 4, p. 453.

2. Sur les légendes chrétiennes connues des musulmans, on peut consulter un Mémoire de Schmidt, Sagen ton Jesu aus dem Coran, dans Bibliothek fur die Kritik und Exegese des neuen Testaments, 4796, 1. 1, p. 410 et suiv., divers articles de la Bibliothèque orientale de d'Herbelot, et les notes de Tliilo et de M. Gust. Brunet sur les Évangiles apocryphes.

KVAXIM LES A POOK VPHES OKTHODOXES 3VS

ractère. Les musulmans n'ont puisé leurs connaissances singulièrement défectueuses de l’histoire primitive du christianisme que dans des apocryphes. Les Évangiles canoniques ne paraissent pas leur avoir été familiers. Probablement ils les trouvaient trop simples ; les fables des apocryphes étaient plus de leur goût.

Xe Rapport de Pilate à Tibère sur la condamnation, la mort et la résurrection de Jésus-Christ est une des plus anciennes pièces apocryphes.

Justin Martyr y renvoie ceux qui mettaient en doute la vérité de l’histoire évangélique : « Voilà, dit-il, après avoir rapporté les traits les plus saillants de la vie du Seigneur, « voilà des faits dont » vous pouvez encore vous convaincre par vous- » mômes, puisque vous avez la relation envoyée » par Ponce Pilate de tout ce qui s’est passé ‘. » Tertullien le donne également pour une preuve incontestable, non suspecte, du fondement historique des croyances chrétiennes. Il termine un ta-

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Casaubon) JOvacôi. Justin Martyr, Apologie /, § 35, dans Opéra , p. 84, C.

bleau de la vie de Jésus-Christ par ces mots : « Pilate, chrétien dans le cœur, rendit compte de » tout ce que je viens de dire, à l’empereur Ti- » bère '. »

Le Nain de Tillemont prétend, il èst vrai, que la pièce à laquelle ces deux écrivains ecclésiastiques en appellent était le véritable Rapport de Pilate à Tibère1 2, et non celui que nous possédons. Celui-ci est si manifestement l’œuvre d’un faussaire, que, d’après le savant auteur des Mémoires pour servir à P histoire de V Eglise, Justin Martyr et Tertullien n’auraient pu le tenir pour authentique. Il suppose, en conséquence, que, le rapport de Pilate à Tibère s’étant perdu, un faussaire, pour réparer cette perte regrettable, fabriqua la pièce que nous avons et qui existait déjà au IVe siècle. Cette pièce, aussi bien que les deux lettres latines qui portent le nom de Pilate, étaient tenues pour fausses, à ce qu’il assure, parles anciens écrivains ecclésiastiques. Eusèbe, selon lui, les condamne formellement 3.

Ces assertions n’ont pas le moindre fondement 4.

1 . Ea omnia super Christo Pilatus, et ipse jam pro sua conscienlia clirislianus, Cæsari tune Tiberio nuntiavit. TertuIlieD. Apologel., cap. 21.

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