‹ Études sur les évangiles apocryphesChapitre 182 sur 222 · Archeologia Britannica, p · texte numérisé non relu

Archeologia Britannica, p

M K T Cl) K S SUK LKS ÉVANOILKS

faut ajouter que pendant le moyen âge il fut, dans la Grande-Bretagne, un des livres les plus populaires et les plus estimés 1 ; ce qui s’explique bien certainement par cetto circonstance, qu’un despersonnagesqui y jouent les premiers rôles, Joseph d’Arimathée, passait pour avoir apporté le christianisme dans ce pays, et en était regardé comme l’apôtre *.

Mais cette hypothèse ne laisse pas que de soulever bien des difficultés. Si c’est en Occident que les Actes de Pilate et le récit de la descente de Jésus-Christ aux enfers ont été réunis ensemble, et seulement vers le vin® ou le ix° siècle, comment les trouve-t-on également réunis dans des manuscrits grecs? Les Églises latines ont copié en beaucoup de choses les Églises grecques; mais celles-ci ont fait très-peu d’emprunts â celles-là; elles ont

1. On peut en juger par ce que rapporte Érasme que, dans lo vestibule de la cathédrale de Canterbury se trouvaient quelques livres, parmi lesquels était l’Évangile de Nicodèmc. Eratmi opéra, Lugduni, t. I, p. 783, Collog. famil.

2. Il n’y a rien dans cet Évangile lui-méme qui permette de l’attribuer de préférence à Nicodèine. Joseph d’Arimathée avait tout autant do droits à lui donner son nom. En réalité, c’est Pilule qui y est représenté comme lo véritable auteur. « Toutes ces choses que les Juifs avaient dites dans leur synagogue, est-il dit dans cet Évangile, chap. Î8, Joseph et Nicodème les communiquèrent aussitôt au gouverneur, ol Pilate écrivit tout ce que les Juifs avaient dit louchant Jésus, et déposa toutes ces paroles dans les registres publics de son prétoire. » Thilo, Codex npocryphus JVori Teslamenti, p. 788. Brunn, Disquiiitio historico-rritica de indole, -trtate et usa libri apocrgphi, rulgo inseripli : Evangelium Kicodemi, p. 3ï.

ÉVANGILES A POGII V PII ES OKTIIODnXKS ;M7 môme repoussé systématiquement tout ce qui appartenait en propre à l’Occident, depuis le moment que les liens qui avaient uni les deux Eglises dans les premiers siècles commencèrent à se relâcher. L’Évangile de Nicodème existe cependant en grec aussi bien qu’en latin; le titre en est môme mentionné dans le Synaxarinmgvec1, quej ’ai déjà cité. Comment colivre était-il passé des Latins aux Grecs? On n’a pas la moindre donnée historique de laquelle on puisse tirer, par induction, une solution quelconque de ce problème. Une seule supposition est possible, c’est que cet Évangile, qui fut très-répandu en Occident, qui fut même inséré dans un roman de chevalerie, ayant été porté en Orient pendant les croisades, quelque Grec érudit arrangea d’après lui tes textes grecs des Actes de Pilate et du récit de la descente du Seigneur aux enfers.

Quant au motif qui put faire réunir ces deux écrits ensemble, il n’est pas difficile à deviner. La descente de Jésus-Christ aux enfers est un épisode intéressant de la partie de l’histoire du Sauveur racontée dans les Actes de Pilate. Elle eut lieu

4. Mais seulement, il est vrai, d'après un ouï-dire. Atyrxi |uvm ô; xsl Nuoîttuc; cütg; XiTrrcjxipw; t à xxrx to ttx&c; tcO Xpi- 9 t«> xxi tt,v ivaxTaotv crjvTx'yu.xTi JiwitçpTjn 7rpû»ro; Trxvrwi 6; rü; G-jva'ru-j’r,; wv, xxi àxpi&Vripov /.xi ?à; fivjXà; twv ’kuJatwv /.xi Xoxxi à^Xw; tx îtxvtx Synaxarium Grœcorum, Venise,

4579, p. 75; Léo Àllatius, de Libris ecclesmticis Grœcorum , Paris, 4645, p. 235.

368 ÉTUDES SlTR LES ÉVANGILES

pendant le temps qui s’écoula de sa mort à sa résurrection. Il était tout naturel d’enjoindre le récit à celui de ces deux grands événements. Cette raison suffit pour expliquer la formation de l’Évangile de Nicodème.

Examinons maintenant chacune des deux parties qui le composent.

Les Actes de Pilate remontent fort haut , pour le moins au milieu du second siècle. Brunn fait remarquer avec raison qu'il y est parlé de Jésns- Christ en des termes qui rappellent le langage des Évangiles synoptiques, et qu’il n’y a pas un seul mot qui ressemble même de loin aux conceptions christologiques consacrées au concile de Nicée 1 , il aurait pu ajouter, et à celles des écrivains ecclésiastiques du in0 siècle et même de ceux de la fin du second. Jésus y est présenté comme le Messie annoncé par les prophètes, mais nulle part comme le Verbe de Dieu, et encore moins comme Dieu. On peut conclure de là que cet écrit fut rédigé avant que ces conceptions christologiques fussent arrêtées, avant même qu’elles eussent commencé à se développer.

Cette détermination de l’époque à laquelle ce livre fut composé, trouve une nouvelle preuve dans un fait rapporté par Épiphane. Les quartodéci-

< . Brunn, Disquisitio historica critica de indole, <etate et utulybri apocrypki, vulgo inscriptt: Evangelium Nitodemi, p.73el 3.

ÉVANGILES APOCKYPHES ORTHODOXES 30tf

inans, à ce que rapporte ce Père île l’Église, se vantaient (le trouver la confirmation de leur opinion particulière sur la date de l’institution de la sainte Cène dans le livre des Actes de Pilate *. 11 y est dit, faisaient-ils remarquer, que le jour de la crucifixion de Jésus-Christ fut le 8 des kalendes d’avril, qui est le 25 mars *. Or cette désignation ne se rencontre ni dans le rapport de Pilate à Tibère, ni dans sa lettre latine à cet empereur, ni dans sa lettre latine à Claude; elle ne se trouve 1 2 que dans la préface du livre qui est connu sous le nom d’ Actes de Pilate. Ce livre est donc celui dont les quartodôcimans invoquaient le témoignage. Il existait par conséquent dans la seconde moitié du second siècle, époque à laquelle eurent lieu les discussions entre les chrétiens de l’Orient et ceux de l’Occident sur le jour auquel Jésus- Christ avait célébré la pàque.

Tous ceux des critiques qui se sont occupés, de nos jours, des Évangiles apocryphes, s’accordent à donner pour auteur aux Actes de Pilate un Juif

1. km Ajctwv Sjfivi UiXir-.u aj^oGot tt.i ixpiënav t'jpr.xiWi. Épiphanc, llceres., t, § 1.

2. Gesta niali , præf.;Thilo, ibid., i 96; Tischendorf, ibid., p. 205. Ê* etc (les Actes de Pilate) ipwpipirai ~t> ixTà xxXavîôw dnp lXXiuv tov XuTüpx xmtovOivcu. Épiphane, Ibid. Chrysostome dit aussi que les Actes de Pilate fixent le temps de la Pique, en racontant que le Sauveur a souffert le huit des calendes d'avril. Chrysoslomi opéra, éd. Savil., t. V, p. 942, Homil. VII in Patrba .

:i:o IvTt'DES S CH LES EVANGILES

converti au christianisme * . Cette hypothèse, mise en avant par BrunnJ, quand on tenait l’Évangile de Nicodème pour un ouvrage tout d’une pièce et pour l’œuvre d’un seul auteur, aurait dû, ce me semble, être abandonnée ou du moins précisée, depuis qu’il est reconnu que cet Évangile se compose de deux parties primitivement distinctes et d’époques fort différentes. Brunn l’appuyait suides considérations empruntées les unes à la première partie et les autres à la seconde. Si ces considérations avaient quelque valeur, il s’ensuivrait, chose étrange, que deux ouvrages, composés l’un Vers le milieu du second siècle et l’autre au moins deux cents ans plus tard, vers la tin du quatrième, auraient eu également pour auteurs des Juifs convertis. Cette singulière rencontre donne à cette

1. Hrunot,A’on»ÿi/e* apocryphes, 2meédit.,p. 214 et 215. J. -J. Hoffman», dans son Lexicon universale, l'attribue tout simplement aux hérétiques. Puisque ce livre est plein d’erreurs, qui pourrait l’avoir composé, sinon des hérétiques? L'opinion la plus singulière est celle qui le donne pour une œuvre de Grégoire de Tours. C’est sous son nom qu'il était indiqué dans un ancien catalogue de l’université de Cambridge. In catalogo manuscriptorum Angliæ codicum, p. 127, dit Ger. Vossius, Gregorio Turonensi quoque tribuitur libellus de passione Domini, quern ipse Gesta Piiati videtur nommasse. lîrror iste mihi ex eo videtur aboi tus, quod codici fuerit Gregorii Turonensis a non nemine subjectus. De Hist. latin., lib. 11, cap. 22, p. 268. Peut-être aussi cette erreur venait-elle des citations de cet apocryphe qu’on trouvait dans VHistoria ecclesiaslicu Francorum.

Page 1