‹ Études sur les évangiles apocryphesChapitre 191 sur 222 · Alf. Maury, Croyances et légendes de l'antiquité, p · texte numérisé non relu

Alf. Maury, Croyances et légendes de l'antiquité, p

hypothèse. Elles peuvent s’expliquer autrement que par une imitation des sermons d’Eusèbe d’Émèse, de Chrysostome, de Cyrille de Jérusalem, par l’auteur de notre Evangile. Mais surtout il me semble que cet Evangile aurait un caractère littéraire et une pureté de langage qu’il n’a pas, s’il se composait d’emprunts faits à ces orateurs chrétiens. Le fond est le même des deux côtés, c’est incontestable ; mais les expressions et le style diffèrent , et il s’en faut de beaucoup que tous les détails que contient l’Évangile se retrouvent dans les tableaux que les prédicateurs chrétiens de cette époque tracent de cette légende.

D’un autre côté, on est bien moins autorisé à supposer que ceux-ci aient puisé ce qu’ils en disent dans cet Évangile lui-même, comme on l’a soutenu plus d’une fois. Les Pères de l’Église n’ont pas dédaigné de faire des emprunts à des livres apocryphes, on ne saurait le contester; mais il est rare qu’ils n’indiquent pas eux-mêmes les écrits qu’ils mettent à contribution, ou qu’ils n’en parlent pas comme d’ouvrages répandus de leur temps et plus ou moins autorisés. Il n’est pas un seul écrivain du quatrième siècle qui fasse mention d’un Évangile apocryphe de la descente de Jésus-Christ aux enfers; je ne crois même pas qu’il en soit question dans aucun des Pères grecs des âges suivants. Cet Évangile, quoique d’origine grecque, a été bien

plus comxu dans l'Occident que dans l’Orient.

Üne seule hypothèse me parait capable de tout expliquer : c’est que l’on a puisé de part et d’antre à une source commune, je veux dire à la tradition orale. La légende de la descente de Jésus-Christ aux enfers était évidemment très-répandue dans les Eglises de l’Orient. On se la racontait- en tous lieux ; on n’en mettait nulle part en doute la vérité. Les prédicateurs en parlèrent comme d’un fait connu, accepté de tout le monde, propre â faire impression sur leurs auditeurs; et d’un autre côté, il se trouva un homme pieux qui crut Utile è l’édification des fidèles de la mettre par écrit.

Cette partie de l’Évangile de Nicodème fut, comme la première, écrite en grec. A quelle époque fut-elle traduite en latin? Probablement peu de temps après qu’elle eut été composée. Cette traduction parait avoir été fort répandue en Occident, à partir du milieu du cinquième siècle. Ce fut en partie, on peut du moins le conjecturer, par suite de l’action qu’elle y exerça sur les esprits que, vers le commencement du siècle suivant, l’article « 11 est descendu aux enfers » fut admis dans le symbole des Apôtres des Églises d’Afrique * . 11 ne se trouvait

4. Sermon» 445 et 434 de Tempore, dans Auyuetini opéra. Paris, 4 832-4 838, t. V, col. 2972 et 29*6.

ÉVANGILES A l’OCR V 1*11 ES ORTHODOXES 38X

auparavant que dans celui de l’Église d’Aquilée ' .

L’Évangile latin de la descente de Jésus-Christ aux enfers est toutefois moins une traduction qu’une imitation de l’original grec. Il contient bien des traits qui manquent à celui-ci, entre autres la fin du chap. 27 et tout le chap. 28. La version latine A, publiée pour la première fois par M. Tischendorf, a môme de plus un chap. '2e.)1 * 3', renfermant la lettre de Pilate à l’empereur Claude. Il convient encore de faire remarquer que le texte latin présente des variations très-nombreuses dans les divers manuscrits 4.

L’histoire du charpentier Joseph n’a pas été composée en arabe. Le texte que nous en avons en cette langue n’est qu’une traduction. On en a la preuve dans le style qui est plein d’incorrections. Un homme connaissant si mal sa langue aurait été tout à fait incapable d’une composition de ce genre. Ce n’est pas sans doute qu’elle ait une grande va-

1 . Rufin , Expotitio iit symbohim ajiottolorum , à la fin fin

Cypriani opéra, Oxford, < 70*, p. 160.

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