‹ Études sur les évangiles apocryphesChapitre 195 sur 222 · I. Rufin, Vittr Patrum, cap · texte numérisé non relu

I. Rufin, Vittr Patrum, cap

î. Au iv» siècle, la légende de l’assomplion de la sainte

Vierge est encore inconnue; on y préludait cependant. Épiphane, je l’ai déjà fait remarquer, ne sait trop si Marie est morteou non. Ce qui est encore un doute deviendra bientôt une affirmation. On saura au siècle suivant que, comme son fils Jésus, Marie est également montée au ciel après sa mort. La légende s’arrondira peu à peu pendant le courant de ce siècle; au vi°, elle aura at-

teint toute sa perfection et pourra donner lieu à uno fêle, anni-

versaire de l’assomplion de la sainte Vierge.

Il me parait superflu de discuter l’hypothèse qui attribue cet écrit à un Juif converti au christianisme. Au quatrième et au cinquième siècle, il était rare qu’un enfant d’Israël embrassât la religion chrétienne. Dans tous les cas, jamais un Juif, comme je l’ai déjà fait remarquer, ne se serait avisé de faire un prêtre d'un homme de la tribu de Juda.

Le livre de la mort et de l’assomption de la sainte Vierge nous est aussi parvenu en arabe. Gomme le précédent, il a été certainement composé en Egypte, et, comme lui encore, pour être lu dans le culte public. On ne saurait douter qu’il n’ait eu cette destination, quand on remarque le soin qu’on a eu de raconter dans le prologue que, dès qu’il eut été trouvé sur l’autel de l’Eglise d’Éphèse, on en fit la lecture à" la foule des fidèles accourus pour assister à la découverte miraculeuse de cet écrit. Ce détail qui, en lui-même, n’a pas plus d’importance que de vérité historique, a été évidemment inséré ici à dessein, pour justifier l’emploi de cet apocryphe dans les cérémonies ecclésiastiques.

De même que l’histoire du charpentier Joseph, le livre arabe du passage de la Sainte Vierge : De transitu keat<v Mariœ, est moins un récit des derniers moments et de l’assomptiou de Marie qu’une homélie sur cette édifiante légende. La forme même de cet écrit le prouve suffisamment. C’est à

ÉVANGILES APOCRYPHES ORTHODOXES .191 un auditoire chrétien que l’auteur s’adresse. 11 parle en prédicateur et non en narrateur.

Après une invocation à Dieu, il entre en matière en ces termes : « Il est également juste de » célébrer la gloire de son adorable et parfaite » mère, qui fut cachée aux hommes lorsqu’elle » vécut et quelle se transporta vers celui que nul » œil n’a vu, que nulle oreille n’a entendu, que » l’esprit de l’homme rie peut comprendre ‘. » Nous attendons et espérons l’intercession de

* Marie, afin d’arriver au séjour éclatant et- A la

- gloire durable. Et vous, ô frères très-chers ,

* bienheureux et élus, qui êtes passé des ténèbres » de la rébellion et de la désobéissance à la lumière » de l’obéissance et de la soumission, nous vous

- assurons que la Vierge sans tache, Marie, la troi- » sième fête â, à midi, était sortie de sa maison et » était allée au sépulcre du Christ. » C’est bien là le commencement d’un sermon et non d’une narration historique.

La fin porte le môme caractère. Après avoir rapporté la légende des derniers moments et de l’ascension de Marie au ciel, le prédicateur ne

1. L'auteur applique ici à Dieu des paroles de saint Paul (/ Corinth., 11, 9), qui se rapportent, dans le discours de l’apôtre, à la croyance chrétienne.

â. Cette troisième tète est celle des trois instituées en l'honneur de la sainte Vierge dans l’Église copte, qui se célébrait le 45 du mois d’Ab, comme on le verra plus loin.

m ÉTUDES SUH LES ÉVANGILES

croit pas sa tâche achevée. 11 éprouve encore le besoin d’entretenir ses auditeurs des avantages qu’on retire de l’intercession de la sainte Vierge. Pour les en convaincre, il rapporte un certain nombre dé miracles opérés par Marie en faveur de ceux qui ont invoqué son secours. Ici c’est une mère qui l’implore pour le salut de son enfant tombé dans un puits, et Marie le lui rend sain et sauf. Là elle apparaît à un malade qui a recours à elle, et qu’elle rend à la santé. Ailleurs elle fait retrouver à un marchand qui l’invoque la bourse qu’il avait perdue.

Puis, après avoir dit, comme dans le quatrième Evangile canonique des miracles de Jésus-Christ *, qu’un nombre infini de livres ne suffirait pas pour raconter tous les prodiges qu’elle a opérés, il apprend à ses auditeurs que les apôtres fixèrent alors trois jours pour célébrer sa mémoire bénie, et que le Sauveur lui-même sanctionna ce qu’ils venaient de décider. Enfin il finit par ces mots : « Nous espérons en ses prières auprès de son fils » chéri, pour délivrer nos âmes dans les siècles des » siècles. Amen. »

Cette homélie, cela se comprend sans peine, fut écrite en vue de la troisième des fêtes que les apôtres, selon notre apocryphe, instituèrent en son

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