‹ Études sur les évangiles apocryphesChapitre 199 sur 222 · Thilo, ibid., p. xl · texte numérisé non relu

Thilo, ibid., p. xl

avec le De transi fu beatæ Virginis Mariœ publié par M. Enger '.

Il est certain du moins que cet apocryphe se rattache en quelque sorte au nom de Cyriaque. C’est à lui, est-il dit dans le prologue, que les moines du mont Sinaï s'adressèrent pour avoir l’histoire des dernière moments de la sainte Vierge. Cyriaque ne donna pas, il est vrai, ce livre à leurs envoyés mais il leur indiqua où ils le trouveraient. La présence du nom de ce prélat dans le prologue de cet apocryphe est pour le moins singulière. On serait tenté d’en conclure queTauteur de ce prologue a voulu donner pour un écrit de l’apôtre saint Jean un livre de l’archevêque de Bahnèse, dans l’intention de lui attribuer uneautoritéqu’il n’aurait pas eue par lui-même. D’un autre côté, il connaît fort mal Cyriaque, puisqu’il en fait un évêque de Jérusalem, à moins toutefois, ce qui ne serait pas ■improbable, qu’il n’ait cru nécessaire, pour faire valoir la fable qu’il raconte, de transformer le prélat copte en évêque de la ville sainte.

Il est fâcheux que ce Cyriaque soit si peu connu. Tout ce qu’on sait de lui, c’est qu’il était archevêque de cette singulière yjlle de Bahnèse 2

\ . J’entends avec le corps de l’ouvrage, car le prologue est certainement d’une autre main.

2. Bahnèse était à l'ouest de ce monastère do Baisous qui avait été élevé en un lieu où, selon la tradition, l'enfant Jésus, ac-

ÉVANGILES APOCRYPHES ORTHODOXES 397 dont Rufin nous a laissé une si curieuse description, et qu’il fut l’auteur de la septième des neuf liturgies éthiopiennes. Hors de là, son nom ne se trouve dans aucun ancien document

Cette histoire des derniers moments et de l’assomption de la sainte Vierge ne resta pas enfermée dans le cercle des chrétiens de l'Égypte : elle fut traduite ou pour mieux, dire imitée en langue grecque. 11 existe, en effet, un écrit grec, encore inédit dans lequel cette légende est racontée dans le môme ordre et avec tous les détails de notre apocryphe arabe. Thilo se proposait de le comprendre dans son Corpus apocryphorum. L’analyse qu’il en donne 3 concorde entièrement avec le récit de ce dernier, et comme celui-ci, il est présenté comme l’œuvre de l’apôtre saint Jean 4.

conip3gné de la Vierge, de Joseph et de Salomé, avait fait une halte pendant la fuite en Égypte.

I. E novem liturgiis Ælhiopieis septima inscribitur nominc Heriacos sive Cvriaci archiepiscopi liahnse. Quo lempore vixeril ille Cyriacus nullo inonumenlo indicalur. Lcquien, Oriens christianus, t. II, col 580.

J. Fabricius, Codex apocryphus No v. Testant., pars 1, p. 352 et 353.

3. Dans les prolégomènes de son édition des Acta S. Thomtr , l.eipz., 1823, in-^p. Celle analyse est reproduite dans le Dictionnaire des apocryphes, t. Il, col. 506 et 597.

i. Dans un manuscrit de la bibliothèque impériale de Vienne, rrt apocryphe grec porte le nom do Jacques, frère du Seigneur. Fabricius, ibid. , pars 1, p. 59 et 60. Le copiste a cru sans «toute devoir attribuer à Jacques, qui avait raconté dans le

Etudes sur les kva.vuii.ks

11 «a dû être très-répandu parmi les chrétiens de l’Église grecque, à en juger du moins par le nombre relativement considérable de copies qu'en possèdent les grandes bibliothèques de l’Europe 1 ; mais il ne remonte pas très-haut. 11 n’est cité en effet que par des écrivains grecs du moyen-âge, et il est resté inconnu à tous ceux de l’Occident.

Jean Damascène ne le connaissait pas. Dans le premier des deux sermons qui portent son nom, le seul qui soit de lui 2, Dr dorrnitione sru assumptione beatœ Mario', il suit la légende telle qu’elle est dans le faux Méliton Le premier qui. à ce qu’il semble, en ait fait mention dans l’Orient, est un moine de Jérusalem, du nom d’Épiphane. 11 invoque en effet dans un livre sur la sainte Vierge, De rita sancfo: Mario', l’autorité de saint Jean, c’est-à-dire qu’il s’en réfère à notre apocryphe grec qui était attribué à cet apôtre. Mais ce moine Épiphane ne vivait, à ce qu’on croit, que vers le xiff siècle.

La légende de l’Assomption de Marie n’est pas inconnue des écrivains ecclésiastiques latins; mais

Prolévangjle l’histoire de la naissance et de la jeunesse do Marie, le récit de ses derniers moments et de son ascension.

I. On trouve cet apocryphe dans les manuscrits suivants de la Bibliothèque impériale : C 770, tOil, 1173, 1215, 1 504. Dictionnaire des apocryphes, I. Il, col. 595.

ï. Le second de ces sermons n’est pas de Jean Damascène, puisqu'on y cite liulhimius, qui vivait au xtp siècle.

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ÉVANGILES APOCRYPHES ORTHODOXES :«Ki ils n’en parlent que d’après la version du faux Méliton, jamais d’après celle de notre apocryphe grec qui n’était pas arrivé jusqu’à eux. Il faut laisser de côté Grégoire de Tours, qui vivait à une époque où cet apocryphe n'existait probablement pas encore. Mais c’est bien, à ce qu’il semble, au faux Méliton que Vincent de Beauvais emprunte ce qu'il raconte de la mort de Marie1; dans tous les cas, ce n’est pas à notre apocryphe grec. On a d’ailleurs une preuve positive que pendant le moyen-âge les Latins ne connaissaient aucun écrit attribué à saint Jean sur la Vierge Marie. L’auteur du trente-cinquième sermon Dr sanctis, dont il a été déjà question i, le dit en termes fort clairs 3. Il n’y avait pas de son temps d’autre apocryphe sur cette légende qu’un ouvrage sans nom d’auteur L

1. SjKcuhnn hislorinle, lib. Mil, cap. 73. Diction nuire îles apocryphe.», t. Il, col. $33.535.

i. L’auteur de ce sermon est probablement Fulbert, évt'que île Chartres, qui vivait au xts siècle. Augustin! opéra, I. V, col. 2880, note b.

3. Nec ipse qui banc (Mariant) accepit ante crucem Domini in sua, id est, Joannes evangelista , de hoc posteris aliquid retinendum scriptis mandaverit. Nullus enitn hoc fidelius narrare poluit, si illud Deus manifestari voluisset, qtiam ille utique qui liane nutriendam suseepit, nec contra niorem filius matrem reliquit. Restât ergo ut homo meedaciler non fmgat apertum, qnod Deus voluit manerc occultum. Augustin! opéra, I. V, col. 2881 . 33 sermo île Sanctis, § 3.

4. Nonnulla sine aucloris nomine de ejus assumptione conscripta. Amjuslini opéra, t. V, col. 2881,33 sermo île Sanctis, g 2.

100 ÉTUDES S l' H LES ÉVANGILES

Ni l’apocryphe grec dont parle Thilô, ni l’apocryphe arabe publié par M. Engor. ne sont cependant les plus anciens ouvrages consacrés au récit des derniers moments et de l’assomption de Marie. Cette légende se trouve exposée sous une forme plus simple, moins complète, soit dans un écrit copte que Zoëga a fait connaître, dans son catalogue des manuscrits en langue copte du musée Borgia ', soit dans un opuscule grec qui porte le nom de Méliton *. Le fond du récit est le même dans ces deux écrits. Quelques détails nouveaux que contient le dernier sont un indice qu’il est postérieur à l’autre, et qu’il présente la légende de la mort et de l’assomption de la sainte Vierge, à un moment plus avancé de développement. Elle n’y a pas cependant encore atteint le degré de perfection qu’elle a aussi bien dans l’apocryphe arabe que dans l’apocryphe grec dont Thilo fait mention.

1. Georges Zooga, Catalogue eodicum roptirorum manuscriplorum qutr in museo Borgiano Velitris adservantur. Home, 1 *10, in fol. M. Dulaurier a traduit en français le texte copte que rapporte Zooga , dans la brocliure que j'ai déjà eu occasion de citer plusieurs fois, et dont il serait à désirer que l’auteur donnât une nouvelle édition. Celle traduction française est aussi dans le Dictionnaire des apocryphes, t. II, coi. 533 et 536.

2. Cet écrit, attribué à .Méliton, dont le texte grec se trouve imprimé dans plusieurs grands recueils, a été traduit en français dans le Dictionnaire des apocryphes , t. Il, col. 587-598.

ÉVANGILES Al'OCHYl'HES ORTHODOXES lui

Ces Évangiles apocryphes, tl’un caractère si peu élevé et si peu spiritualiste, dans lesquels la vulgarité des conceptions et la bassesse du style s’allient à la superstition la plus puérile, ont ôté bien plus répandus, depuis, le cinquième siècle jusqu’au seizième, autant dans les Églises de l’Orient que dans celles (le l’Occident, que les Évangiles canoniques auxquels ils sont inférieurs sous tous les rapports. Ce fut au reste cette infériorité qui en fit la fortune.

Aussitôt que la littérature ancienne, devenue suspecte, ne fut plus étudiée et que les souvenirs de la culture gréco-latine furent éteints, la société s’affaissa sur elle-même. Les invasions des barbares accélérèrent le mouvement de dissolution dans l’Occident ; un despotisme imbécile hâta la décrépitude en Orient. L’intelligence descendit au niveau des Évangiles apocryphes orthodoxes, et ce qui n’avait été, dans les premiers siècles, que la littérature d’en bas, fut maintenant seul compris, seul goûté. Les contes absurdes dont ces écrits sont pleins devinrent le seul élément qui pût plaire à des esprits grossiers et superstitieux. Aussi tandis que les saintes Écritures, enfermées dans les couvents,

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inconnues même de nom à la foule, n’attiraient les regards que des quelques hommes qui se livraient à l’étude, les Évangiles apocryphes de Jacques, de Thomas, du Pseudo-Matthieu, de Nicodème, traduits dans toutes les langues, étaient la nourriture habituelle de la piété et les sources auxquelles on allait puiser la connaissance de l’histoire évangélique.

Dans l’Orient, ces Évangiles furent en si grand honneur qu’en un grand nombre d’Églises on en lisait des parties dans le culte public à certaines fêtes. On a vu que chez les Coptes, l' Histoire du charpentier Joseph avait été composée pour la fête de ce saint, et le livre du Passage de Marie pour celle de ses trois fêtes qui se célébrait au milieu du mois d’Ab. Le Protévangile de Jacques avait été également introduit dans le culte public parmi les Grecs. Dans les Églises orientales, où l’on célébrait l’anniversaire de plusieurs des événements racontés dans les Évangiles de l’Enfance, on lisait à ces solennités, soit les chapitres de ces Évangiles relatifs au sujet de la fête, soit des amplifications oratoires de ces chapitres *.

Ces écrits n’existent pas seulement en grec, mais encore en copte, en arménien, en arabe, en syriaque *.

1. Thilo, Codex nporryphus Novi Tetlamenli, p. xxxvi, xi, xlvh, xlvhi, txvm.

f. Tbilo, ibid., p. clvi et suiv.

évAngiles APOCRYPHES ORTHODOXES 403 lisse répandirent dans tout l’Orient Ils y sont encore en vénération partout où il s’est conservé quelques vestiges de christianisme. Thévenot, Chardin, tous les autres voyageurs qui ont parcouru ces contrées, sont unanimes sur ce point. Et telle était l’estime qu’on avait pour eux, telle était la supériorité qu’ils avaient acquise sur les Évangiles canoniques, que ce n’est que par eux que les musulmans ont appris tout ce qu’ils savent du christianisme primitif1 2.

L’histoire de ces Évangiles en Occident nous intéresse davantage et nous est mieux connue. Nous voyons que jusqu’à l’époque de la renaissance des lettres, ils n’y furent ni moins estimés ni moins populaires qu’en Orient. En vain Jérûme 3,

1. Il est probable que. quand on pourra explorer avec une entière facilité l’Égypte, l'Éthiopie, la Syrie et l’Arabie, on y trouvera de nombreux manuscrits de nos Évangiles apocryphes. Telle est du moins l’opinion de SI. Tischendorf, le plus compétent des érudits sur ce point. De Ecangeliorum apocryph. origine et usu, p. 36.

i. Ils ont, il est vrai, un certain nombre do légendes relatives à Jésus. Christ et à la sainte Vierge, qui ne se trouvent pas dans nos Évangiles apocryphes. A quelles sources les ont-ils puiséesî Je ne sais; mais peut-être à d'autres apocryphes qui nous sont encore inconnus. Dans tous les cas, elles sont, je l’ai déjà fait remarquer, du même genre que celles des Évangiles de l'Enfance, et n'ont pas le moindre rapport avec les récils des Évangiles canoniques. Thilo, ibid., p. 4 32-1 38 ; Brunet, ibid., p. 103 et suiv.; Tischendorf, de Evangeliorum apoi-ryphorum origine et uni, p. 93-94.

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