I. VA .NUI LUS A HOC H Y PUES JUDAISA.NTS
textuellement par aucun des anciens écrivains ecclésiastiques; mais on suppose généralement qu'il y était question delà femme adultère, dont il est parlé dans l’évangile do saint Jean (vm, 3-11), et un grand nombre de critiques admettent même que ces neuf versets qui ne faisaient pas partie primitivement de notre quatrième Évangile canonique et qui paraissent y avoir été ajoutés au iv« ou au v® siècle, furent empruntés à l’Évangile selon les Hébreux. Ce n’est là toutefois qu’une conjecture, mais elle n’est pas sans quelque vraisemblance.
Les passages communs à l’Évangile des Nazaréens et à l’Évangile de Matthieu ne sont jamais entièrement identiques. Quelques-uns ne diffèrent que par quelques mots qu’on peut prendre pour des variantes ; d’autres se distinguent par la forme même de la rédaction.
Pour les premiers, il se présente cette particularité fort remarquable, que les leçons de l’Évangile selon les Hébreux sont en général préférables à celles de notre premier Évangile canonique. Tel est le sentiment de Richard Simon. Jérôme semble en avoir jugé de même. En voici deux exemples.
Le verset 1 1 du chapitre vi de saint Matthieu a été traduit par la Vulgate : « Panem nostrum supersubstantialem da nobis hodie. » (Donne-nous aujourd’hui le pain nécessaire à notre existence). * Ce que nous exprimons, dit Jérôme, par super-
if) ÉTUDES suit UES ÉVANGILES
substantialem est exprimé en grec par èmouetov, » mot obscur, fait observer, non sans raison, Richard Simon. Dans l’Évangile selon les Hébreux se trouvait, au rapport de Jérôme, un mot syrochaldaïque qui signifie * du lendemain. » En adoptant cette leçon, on aurait ici : « Donne-nous aujourd'hui notre pain du lendemain, » c’est-à-dire de chaque jour ‘ ; c’est ainsi qu’avait traduit l’ancienne Vulgate; les versions françaises protestantes ont également : « Donne -nous aujourd’hui notre pain quotidien 2. »
Dans Matthieu, xxm, 35, Jésus-Christ reprochant aux Juifs les maux dont ils ont accablé les prophètes , les déclare responsables « du sang répandu depuis Abel jusqu’à Zacharie, fils de Barachie, qui fut tué entre le temple
1. Quod nos supersubstantialem expressimus, in græco habetur nruMicv... In Evangelio quod appcllalur secundum Hebræos, pro supersubstantiali panereperi inc quoddicilurcrastinum, id ost.fuluruni da nobishodie. Jérôme, Comm. i» Matth., i, fi. Ricli. Simon, llUl. critiij. du texte du Nouveau Testament, p. 76-7".
2. « Noire pain quotidien » n’est pas certainement une Ira duction exacte de rôv àp-ro» Tufo, tôv fatwotov. Sans s’en douter, les traducteurs protestants ont suivi la leçon qui parait la meil • leure. Pourquoi l’auteur de la traduction grecque de Matthieu, qui forme le premier de nos Évangiles canoniques, a-t-il rendu s ne crastinum par T6-« îiricù<r.cvî probablement par suite de quelque fausse vue spiritualiste. Se souvenant de la déclaration du Seigneur que l’homme tic vit pas de pain seulement, il aura ctu que Jésus-Christ avait enseigné à ses disciples, non pas à demander à Dieu la nourriture corporelle, mais à l’implorer pour la nourriture spirituelle, supersubslantielle.
ÉVANGILES APOCRYPHES JUDAiSANTS il et l’autel. » Qui est ce Zacharie, fils de Barachie? Si ces derniers mots ne sont pas une interpolation, il ne saurait être question de ce Zacharie, fils de Baruch ou Barachie, que les zélotes, emportés par leur fureur religieuse, massacrèrent dans le temple ', peu avant le siège de Jérusalem. C’est donc au prophète Zacharie, mentionné dans 2 Chroniq., xxiv, 20, que pensait Jésus-Christ 1 * ; mais ce Zacharie était fils, non de Barachie, mais de Jojada. Et c’est précisément de Zacharie, fils de Jojada, qu’il est question, d’après le témoignage de Jérôme, dans l’Évangile selon les Hébreux 3. Cette leçon, dit Richard Simon, est confirmée par ce qui est rapporté de ce personnage dans le Vieux Testament 4.
Il faut également reconnaître que pour deux des passages de la seconde catégorie, c’est-à-dire des passages qui nous présentent les mêmes faits, mais dans des rédactions différentes, la supériorité du récit et peut-être aussi la vraisemblance des détails ne sont pas du côté de l’Évangile cano-