Voyez dans l'appendice n
K VA. NUI LES APOCRYPHES JIJ0A1SANTS 13 MATTHIEU, XIX, <0-24. ÉVANGILE SELON LES HEBREUX*.
Voici que quelqu'un s’appro- Un autre homme lui dit : chant lui dit: Maître qui es bon, Maître, que dois-je faire pour quel bien ferai-je pour avoir la vivre? 11 lui dit : Homme, acvie éternelle? 11 lui répondit : complis la Loi elles Prophètes. Pourquoi m’appelles-tu bon? Celui-ci lui répondit : Je les ac- L)ieu est le seul Maître qui soit complis. Il lui dit : Va, vends bon. Que si tu veux entrer dans ce que tu possèdes, distribuela vie, garde les commande- le aux pauvres, puis viens et inents. il lui dit : Lesquels? Et suis-moi.
Jésus lui répondit : Tu ne tueras Le riche se mit alors à se l>oint ; tu ne déroberas point; tu frapper la tête, car cela ne lui no commettras point adultère; plaisait pas. Et le Seigneur lui tu ne diras point de faux témoi- dit : Comment dis-tu que tu gnage; honore ton père et ta accomplis la Loi et les Promère, et tu aimeras ton pro- phètes? Il est écrit dans la Loi : chain comme toi-mème. Le Tu aimeras ton prochain comme jeune homme lui dit : J’ai gardé toi-mème, et voici un grand toutes ces choses dès ma jou- nombre de les frères, fils d’Anesse. Que me manqùe-t-il en- braliam, gisant dans la pouscore? Jésus lui dit : Si tu veux sière et mourant de faim, tanêtre parfait, va, vends ce que dis que ta maison regorge de tu as et le donne aux pauvres, biens et qu’il n’en sort rien et tu auras ton trésor dans le pour eux. ciel ; puis, viens et me suis. Et, se tournant, il dit à Si-
Mais quand le jeune homme mon, son disciple, assis auprès eut entendu celte parole, il s'en de lui : Simon, fils de Jean, il alla tout triste, parce qu'il avait est plus facile à un chameau de de grands biens. Alors Jésus passer par le trou d’une aiguille dit à ses disciples : Je vous dis qu’à un riche d’entrer dans le qu’un riche entrera difficile- royaume des vieux *. inent dans le royaume des deux. Je vous le dis encore : il est plus aisé qu’un chameau
1. Origène, llmnit. 17// in Malth., dans Origenis opéra, l. 111, p. il.
î. Voyez dans l'appendice n» 2.
passe par le truu d’une aiguille, qu’il ne l'est qu’un riche entre dans le royaume de Dieu.
La comparaison de ces deux récits n’est pas favorable à celui de l’Évangile canonique. Celui-ci contient plus d’un trait qu’on pourrait accuser de manquer de vraisemblance historique. Il n’est nullement probable qu’il y eût un seul Juif qui eut besoin de demander, comme le fait ici le jeune homme riche, quels commandements il avait à observer pour avoir la vie éternelle. Le Décalogue était dans la mémoire de tous les enfants d’Israël. Le récit de l'apocryphe est en outre bien mieux enchaîné. Le reproche motivé que le Seigneur fait au riche est très-propre à lui faire sentir qu’il s’abuse lui-même en croyant observer la Loi, et amène fort naturellement la déclaration sur la difficulté du salut pour les riches. Enfin, en faisant adresser cette déclaration à Simon, dans une sorte d’aparté, ce récit se colore d’une teinte de douceur en harmonie avec le caractère de Jésus et tranche avec le ton de rudesse qui, dès les premiers mots, se remarque dans les paroles que Matthieu met dans la bouche du Seigneur.
Il faut enfin citer trois autres passages de l’Évangile selon les Hébreux qui, tout en se rattachant par le fond à la tradition des Évangiles synoptiques, s’en écartent dans des détails impor-
ÉVANGILES APOCRYPHES JUDAISANTS 48
tants. Le premier et le second rapportent des apparitions de Jésus ressuscité, l’une à Jacques et l’autre aux apôtres réunis; le troisième est relatif au baptême de Jésus par Jean-Baptiste.
Voici le premier tel que le rapporte Jérôme : « Lorsque le Seigneur eut remis son suaire au serviteur du prêtre, il alla vers Jacques et lui apparut. Jacques avait fait serment de ne plus manger du pain, du moment qu’il avait bu la coupe du Seigneur, jusqu’à ce qu’il le vît ressuscité des morts. Apportez la table et le pain , dit le Seigneur. Puis il prit le pain, le bénit, le rompit et le donna ensuite à Jacques le Juste, en lui disant : Mon frère, mange ton pain, puisque le Fils de l’Homme est ressuscité du milieu de ceux qui dorment * »
I. Jérôme, Calai, scriptor. ecclesiast., § 2. La Légende dorée reproduit ce passage presque littéralement. « Après la passion du Seigneur, y est-il dit, Jacques fit vœu do ne pas manger jusqu'à ce qu’il eût vu son maître ressuscité d’entre les morts, et le jour de la résurrection, comme il n’avait jusque-là pris aucune nourriture, le Seigneur lui apparut, et il dit à ceux qui étaient avec Jacques : s Dressez la table; et prenant ensuito un pain, il le bénit et le donna à Jacques le Juste, disant : Lève-toi, mon frère, et mange, car le Fils de l’homme est ressuscité d’entre les morts : » La Légende dorée par Jarq. de Voragine, trad. par Gust. Brunet, t. Il, p. 400. Le récit de celte apparition de Jésus-Christ ressuscité à Jacques le Juste, est rapporté par Grégoire de Tours, Hift. eccles, Franromm, lib. I, cap. 21, et par bien d’autres écrivains ecclésiastiques latins. Je ne crois pas qu’il ail été connu des Grecs.
Il s’agit ici, non pas de Jacques 1 apôtre, frère de Jean, mais, comme le fait remarquer Jérôme et comme d’ailleurs le récit l’indique lui-même, de Jacques, le frère du Seigneur. La tradition des chrétiens judaïsants le mettait au-dessus des apôtres. Dans les Clémentines, il est appelé le Prince des Évêques, l’Archevêque '. 11 avait été surnommé le Juste. Hégésippe, qui était luimême un judaïsant, nous montre en lui le modèle achevé des ascètes. Il se tenait presque continuellement dans le temple, jeûnant fréquemment, priant presque sans cesse *. Il n’est pas douteux que cette légende n’ait été insérée dans l’Évangile des Nazaréens, pour honorer sa mémoire. Mais d’un autre côté il est incontestable qu’elle remonte aux premiers temps du christianisme. C’était un fait universellement admis parmi les chrétiens, déjà du temps de saint Paul, que le Seigneur, après sa résurrection, était apparu à Jacques, avant de se montrer à ses Apôtres3.
Le second de ces passages est un récit de la première apparition de Jésus-Christ ressuscité à ses apôtres réunis. « Quand il fut venu près de ceux qui étaient avec Pierre, il leur dit : Prenez, tou-
1 . Episcoporum princeps, archiepiscopus, Recognitiones, lib. I, cap i;>, 58, 73; lib. IV, cap. 35; Homil. A7, § 33.
î. Jérôme, ibid. , § 2; Eusèl e, Hist. erclet., lib. Il, cap. Î3; lib. IV, cap. îî.