Corinth., v, 21 ; Hébreux, iv, 15; 1 Pierre, il
«aient usage. Il lui fut donné par Clément d’Alexandrie, par Origène, par Jérôme, en général parles écrivains ecclésiastiques. Ils le désignèrent de ce nom, parce qu’il n’avait cours que dans les Églises chrétiennes composées des descendants des Hébreux qui avaient, dans les premiers temps, embrassé le christianisme. Ceux-ci le désignaient sous le titre d’Évangile selon les apôtres, eù<*yy fttov iwt-tà toùî ixTfosTÔXouî, ou l’Évangile selon les douze, EùayysXiov xarà t&'jç §u>Stx.cc * . * Lessing, le premier, fit remarquer que, d’après les autorités premières dont on croyait qu’il reproduisait les récits, il était appelé l’Évangile des apôtres, et d’après les premiers lecteurs auxquels il avait été destiné. Évangile des Nazaréens ou des Hébreux, deux noms qui reviennent sans cesse sous la plume des plus anciens Pères pour désigner un seul et même écrit *. » Saint Jérôme affirme d’ailleurs ce fait. « L’Évangile dont se servent les Nazaréens est aussi appelé, dit-il, l’Évangile selon les apôtres1 2 3. »
1 . Ce titre n’était pas inconnu aux anciens écrivains ecclésiastiques : Aliud juxta duodecim apostolos. Origène, Ilomil. I in Luc. Evangelium duodecim apostolorum. Jérôme, Proœm. in commentarios sup. Matth.
2. Strauss, Nouvelle vie de Jésus, trad. franç., t. 1, p. 402; Hilgenfeid, Zeitschrift für uissenschaftl. Théologie, 4863, p. 352.
3. Jérôme, Ad ver s. Pelagianos, lib. III, cap. 4 ; Tbéophilaste, Ad S. Lucam proœmium ; Fabriciu3, Codex apocryph. nmi Testam., pars 4, p. 339 et 340.
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ÉVANGILES APUCH YPH'KS JUDAISAN’TS SI
Cet Évangile des apôtres ne serait-il pas celui que Justin Martyr cite sous le nom de Mémoires ou Mémorables des apôtres 1 ? L’analogie des titres pourrait déjà le faire croire ; ce serait peu cependant, si des faits qu’on ne peut contester ne venaient changer cette présomption presque en certitude.
Sur plusieurs points de l’histoire évangélique, Justin Martyr s’écarte des textes des Évangiles canoniques. On a prétendu, il est vrai, que ces divergences pouvaient s’expliquer par la supposition que cet écrivain citait de mémoire les livres sacrés. Rien n’est moins certain toutefois. On peut remarquer, en elfet, que deux ou trois de ces passages dans lesquels il diffère de nos Évangiles canoniques, reviennent plusieurs fois dans ses écrits et toujours sous la môme forme -. Ne serait-il pas bien étrange que la mémoire lui eût
1. Par analogie des Mémorables de Socrate par Xénophon, Justin Martyr emploie les mêmes termes que l’écrivain grec. Arr'.u.yxu.svrjaxra tüv a— oortiXci)1#, dit l’un ; A “ : u.. v y. a r x Suxpârvtt, dit l’autre. L’Évangile dont se sert Justin Martyr ne portail pas certainement ce titre. Il dit lui-même qu’il s'appelait un Évangile ou des Évangiles : Êvtcîj -pwpfwt; Oir’avriv ir'.avruxviùim», * x*>.(irxt F.ùa-jftXia. Justin i Martyris opéra, p. 98, A. Mais parlant à des païens auxquels ce mol d’Évangile n’était pas familier et ne présentait pas d’idée précise, il se servit, sans lo moindre doute, à l’imitation de Xénophon, du mot d'imy-my*-
t», qui leur était connu, pour leur faire comprendre qu’il s’agissait du livre dans lequel était exposée l'histoire évangélique telle que les apétres l’avaient racontée.
2. Justin Martyr, Opéra, éd. de Cologne : S* Apol., p. Ci, et Dialog. cum Tryph., p. 301. — Dialog. cum Tryph.. p. Ï53, et
fait défaut chaque fois sur ces passages, et toujours de la même manière ?
Admettons cependant qu’il ait cité de mémoire les documents sacrés qu’il possédait. L’explication qu’on prétend tirer de ce fait n’y gagne rien. Les différences qui se remarquent entre les citations de Justin Martyr et les Évangiles canoniques, portent les unes simplement sur des mots, les autres sur des faits. Les premières, les différences de mots, peuvent bien s’expliquer par une défaillance de la mémoire; il n’en est pas de même des secondes. On comprend, en effet, qu’en citant de mémoire un auteur, on emploie d’autres expressions que celles dont il s’est servi. Mais si l’on rapporte d’autres faits que ceux dont il parle, ou si l’on ajoute à des faits qu’il a mentionnés, des détails nouveaux dont il ne dit rien, il ne peut plus être question d’un défaut de mémoire ; il faut nécessairement admettre qu’on a puisé autre part. Et c’est le cas pour Justin Martyr.
Quand Matthieu et Luc racontent que Jésus est né à Bethléhem, que ce dernier, plus précis, dit
2« Apol., p. 64. — Dialog. cum Trypk., p. 326, et 2« Apol., p. 95 et 96. — Justin Martyr dit cinq ou si* fois que les mages étaient de l’Arabie : oi «; Àpaëixç (iotyci ou jui-jci àtro Àp «Sa;, Dialog. cum Tryph., p. 303, 315, 328, 330, 334, etc. Dans Matthieu, le seul des évangélistes canoniques qui en parle, il est dit en termes plus vagues qu’ils étaient de l'Orient : M*y« «tri «»*tcXüv, Matth., il, 1.
ÉVANGILES APOCRYPHES JUDAISANTS 83 que ce fut dans une hôtellerie de cette ville, et que Justin Martyr rapporte que le Seigneur est né dans une caverne aux environs de Bethléhem, on se trouve en présence d’une divergence qui ne saurait s’expliquer par une défaillance de mémoire et qui trahit des sources historiques différentes.
Quand l’écrivain ecclésiastique nous apprend qu’au moment où Jésus, après son baptême, sortit de l’eau, il se montra une grande lueur, et que les écrivains sacrés ne disent rien de ce fait, trop remarquable sans doute pour qu’ils n’en eussent pas parlé s’ils l’avaient connu, il y a là encore une divergence dont aucune défaillance de mémoire ne saurait rendre compte.
Si Justin Martyr avait dit moins ou en d’autres termes que les Évangiles canoniques, j’admettrais que, quoiqu’il s’en écarte, il les cite néanmoins. Mais quand il dit plus, quand il rapporte d’autres circonstances, il ne reste qu’à reconnaître qu’il puisait ses informations à d’autres sources, et tous les doutes disparaissent, quand on voit que des documents anciens, que Justin Martyr a certainement connus, rapportent les faits sur lesquels il s’écarte des Évangiles canoniques, exactement comme il les raconte lui-même.
Ces livres sont les Évangiles judaïsants et en particulier l’Évangile des apôtres.
Je viens de dire que, d’après Justin Martyr,
Jésus naquit dans une caverne aux environs de Bethléhem *. Nous n’avons pas le passage de l’Évangile des apôtres relatif à cet événement ; mais on est fondé à croire que c’est dans une caverne, auprès de Bethléhem, que Jésus naquit, d’après cet Évangile. Cette légende, en effet, trèsrépandue dans les premiers siècles de l’Église, et recueillie dans la plupart des Évangiles de l’Enfance *, ne s’est formée ni dans le parti moyen ni dans le parti anti-judaïsant. Le premier avait un autre récit de la naissance du Seigneur ; c’est celui qui est consigné dans les Évangiles do Matthieu et de Luc, et d’après lequel Jésus naquit à Bethléhem môme, dans une hôtellerie de cette ville 3. Le second, par suite de ses opinions théosophiques qui lui faisaient voir dans la matière la cause ou la source du mal, faisait du Christ une sorte d’être métaphysique, en écartait tout ce qui l’aurait rattaché aux conditions ordinaires de l’existence humaine et en conséquence ne parlait pas de sa naissance. On arrive ainsi par élimination à regarder cette légende comme particulière aux chrétiens judaïsants.
\ . Èv ®î7ir,X*iu rtv'i oiv!-p[o; TT; xxtiXjcti, Dialog. run l
Tryph., § 78. Justini Marty ris opéra, p. 303 et 30i.
î. Protlvang., chap. 48. Évang. arabe de l'Enfance, chap. 2. Évangile de la naissance de la Vierge et de l’enfance du Sauveur çliap. 13.