‹ Études sur les évangiles apocryphesChapitre 3 sur 222 · XII PRÉFACE · texte numérisé non relu

XII PRÉFACE

bons éléments qui s'étaient produits confusément et par fragments dans le passé?

Quelle place, quel rang fallait-il assigner à son fondateur? Jésus avait parlé plus d’une fois de lui-même, mais toujours en un langage figuré. Quel sens fallait-il donner à ces expressions métaphoriques? Était-ce un prophète? ou quelque être surhumain, émané directement du principe divin ?

Chacun répondait à ces questions, du point de vue des opinions religieuses familières à son esprit , et dans lesquelles il avait été nourri. Le juif palestinien, qui embrassait la foi nouvelle, devait nécessairement, sous l’influence des espérances messianiques propres à son peuple et à son pays, voir dans Jésus le dernier et le plus grand des prophètes, et dans le christianisme le parfait épanouissement du mosaïsme. C’est sous un autre jour qu’apparaissait la religion chrétienne au juif helléniste qui se faisait chrétien. Il était naturellement porté à y voir le dernier mot de la théosophie philonienne. Jésus était à ses yeux la manifestation de ce Logos, dont Philon avait fait l’agent de Dieu auprès des

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hommes, et l’Ancienne Alliance une préparation de la Nouvelle, comme dans le système du théosophe alexandrin, la connaissance rationnelle l’était de la connaissance divine et les vertus ordinaires des vertus supérieures. Quant à ceux qui avaient adopté les anciennes théories de l’émanation et des êtres intermédiaires,, ils ne purent faire autrement , en devenant chrétiens, que de considérer Jésus comme une émanation d’un ordre plus ou moins élevé, et la religion qu’il avait fondée, comme la révélation du vrai principe du salut, et par conséquent comme une abrogation des religions imparfaites qui l’avaient précédée.

Telles étaient, dans leurs traits les plus généraux, les conceptions différentes qu’on pouvait se faire, dans ce moment, de l’enseignement chrétien. Dans les détails chacune d’elles était susceptible de modifications presque à l’infini. De la cette foule de systèmes divers entre lesquels se partagea le christianisme primitif, et par suite cette multiplicité d’Églises qui, quoique opposées de sentiments, s’accordaient toutes à se dire chrétiennes.

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Chacune d’elles prétendait posséder le véritable enseignement de Jésus-Christ, à l’exclusion de toutes les autres, et en produisait comme preuve un Évangile dans lequel cet enseignement avait été arrangé, avec plus ou moins de liberté, d’après les croyances qu’elle professait elle-même. Il y eut ainsi, presque dès l’apparition de la religion chrétienne, autant d’évangiles que de sectes.

Il semble que ces écrits auraient dil inspirer une juste défiance, en dehors des sectes qui en faisaient usage. Il en fut cependant tout autrement, du moins pendant la première moitié du second siècle. On est bien obligé de croire qu’on les acceptait assez indifféremment comme des documents dignes de foi, quand on les voit cités par des écrivains chrétiens, auxquelsl’Église catholique s’en réfère comme à des autorités très-compétentes dans les choses religieuses; surtout quand on remarque que ce ne sont pas les passages les moins opposés à l’esprit de l’enseignement de Jésus-Christ qui sont ainsi invoqués sans le moindre scrupule.

PREFACE

J’en citerai quelques exemples.

On trouve dans une épître attribuée à Clément de Rome, une citation d’un Évangile * qu’on sait être celui selon les Égyptiens, et ce passage, comme d’ailleurs les deux autres qui nous restent de cet écrit, est en opposition radicale avec l’esprit du christianisme et n’a pu être inspiré que par la théosophie philonienne *.

Un autre Père apostolique, saint Ignace, cite également, sans faire la moindre réserve, des paroles de Jésus qui ne sont rapportées que dans l’Évangile selon les Hébreux 3. On a voulu écarter les conséquences qu’on est en droit de tirer d’une citation d’un Évangile apocryphe par un Père de l’Église, en soutenant qu’Ignace avait connu ces paroles de Jésus par la tradition orale. A la rigueur, ce ne serait pas impossible ; mais où en est la preuve?

Enfin on sait que c’est dans ce même Évangile selon les Hébreux que Justin Martyr a pris plu-

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