Ignace, Epist. ad Smtjrnios , cap
PRÉFACE
sieurs détails de l’histoire évangélique tout différents de ceux que donnent les Evangiles canoniques. Il ne servirait de rien de renvoyer encore ici à la tradition orale; car ce Père de l’Eglise, il nous l’apprend lui-même, se servait d’un document écrit qu’il désigne sous le nom de Mémoires des apôtres.
Mais il y a plus. Ce n’est pas seulement entre les mains de simples particuliers qu’on trouve plusieurs de ces anciens Évangiles , on en voit encore quelques-uns répandus dans des Églises qui s’én servaient comme d’Écriture sainte et qui n’entendaient pas pour cela se ranger du côté des sectaires auxquels ces écrits appartenaient en propre.
A la fin du second siècle, l’Église de Rhosse en Cilicie faisait usage d’un Évangile de saint Pierre. Cet Évangile avait été écrit ou arrangé par des Docètes dans le sens de leur opinion. L’Église de Rhosse n’était cependant ni hérétique ni schismatique; elle faisait partiede ce qu’on peut appeler l'ancienne Église catholique. Ce fait est déjà significatif; mais voici qui l’est bien davantage.
Sérapion, nommé évêque d’Antioche en 190, ne
PRÉFACE
crut pas devoir interdire l’usage de cet Évangile daas l’Église de Rhosse qui était de son ressort. Ce ne fut que plus tard, quand, par suite de circonstances qui nous sont inconnues, il en eut reconnu le caractère docétique, qu’il le proscrivit, en accompagnant cette défense d’une réfutation de l’hérésie qui y était enseignée*. Voilà donc un évêque qui autorise dans une de ses églises un Évangile dont il ignore, il est vrai, les tendances hérétiques, mais qu’il sait bien n’être pas un des quatre dont l’Église catholique à laquelle il appartenait se servait de préférence et devait bientôt se servir exclusivement. Que conclure de là, sinon qu’on n’avait pas alors pour un certain nombre de ces Évangiles une répugnance invincible ?
Bien longtemps encore après, quelques-uns étaient répandus dans des communautés chrétiennes qui n’avaient pasla moindre intention de faire cause commune avec des sectes flétries à cette époque du nom d’hérétiques. Théodore t nous apprend qu’il
1. Eusèbe, Hist. eccles., lib. VI, cap. 1 î ; Théodoret, Fabul. haret., lib. II, cap. ï.