XVII
PRÉFACE
trouva dans son Église plus de douze cents exemplaires de l’Évangile de Tatien. Il les supprima aussitôt et les remplaça par les Évangiles canoniques ' . Mais on s’en servait dans cette Église probablement depuis deux siècles, quand on s’aperçut pour la première fois du danger qu’ils faisaient courir à la foi des fidèles.
Les choses commencèrent à changer de face, quand, vers le milieu du second siècle, quelquesunes des Églises, qui avaient conservé la foi pratique des premiers temps du christianisme, sentirent la nécessité de s’unir pour résister avec plus d'efficace à l’envahis3ement croissant des sectes théosophiques. Cet essai d’union, humble à son origine, finit par prendre des développements considérables. Les rapports, établis d’abord seulement entre quelques Églises, s’étendirent peu à peu à d’autres et devinrent le principe d’une sorte de confédération entre toutes celles qui partageaient à peu près les mômes sentiments ou du moins qui avaient en commun une répulsion peut-être plus instinctive 4 . Tbéodoret, Fabul. harel., lib. I, cap. 20.
PRÉFACE xix
que raisonnée contre les spéculations de jour en jour plus aventurées de la gnose. Cette association qui se donna elle-même le nom d’Église universelle, 'ExxArci'a naÔoXixx) *, partait de cette opinion qu’elle seide possédait véritablement la foi chrétienne et qu’en dehors d’elle, il n’y avait qu’erreur et perdition *.11 suivit nécessairement de là que les Evangiles conformes au sentiment de l’Église catholique, ou les plus répandus parmi les communautés chrétiennes qui en faisaient partie, furent, par un accord tacite, tenus pour les seuls bous, les seuls légitimes, ou, comme on s’exprima plus tard, pour les seuls canoniques, c’est-à-dire les seuls propres à régler la foi, et que tous les autres, en usage parmi les hérétiques, furent regardés les uns comme imparfaits, les autres comme pleins d’erreur, et dans