JEAN, III
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gile ébionite, la régénération est produite par l’eau du baptême, le quatrième Évangile canonique enseigne qu’elle est le résultat de l'eau et de l’esprit. Le simple fait du sacrement suffisait aux judéo-chrétiens pour expliquer le changement moral du nouveau chrétien ; l’Évangile de saint Jean déclare qu’il faut y joindre l’action del’Esprit- Saint. Évidemment cette dernière doctrine de la régénération est un amendement, un perfectionnement, si l’on veut, de la première. Elle lui est par conséquent postérieure, et le passage de l’écrit ébionite représenterait un ordre plus ancien de croyances que celui du quatrième Évangile canonique.
Ne serait-il pas possible, cependant, que lesjudaïsants eussent éliminé le terme que contient en plus l’Évangile canonique, le tenant pour inutile dans leur théorie de la régénération par le baptême? Il me paraît difficile de le croire et voici pourquoi.
Une élimination de ce genre supposerait nécessairement une polémique sur la doctrine de la régénération par le baptême, et on ne trouve pas la moindre trace d’une polémique de ce genre ni dans les Homélies ni dans les Récognitions. La théorie da baptême est fort vague dans ces écrits ; elle ne tient logiquement à aucun des traits essentiels du système général qui y domine 1 ; il n’y avait au-
4. Uhlhorn, Die Homilien und Recognilionen, p. 24 3 et suiv., 250 el suiv.
cune raison de nier sur ce point la doctrine supposée par le passage du quatrième Évangile canonique. Il n’est peut-être pas inutile d’ajouter que dans la onzième homélie, comme dans le passage correspondant des Récognitions (vi, § 9) le discours s’adresse, non à quelque parti chrétien dans une vue polémique, mais aux divers philosophes païens, dans une intention apologétique, dans le dessein de les convertir au christianisme 4 . De quelque côté qu’on regarde, on ne saurait voir quel intérêt les judaïsants auraient eu à tronquer un texte de l’Évangile de saint Jean et à l’insérer sous cette nouvelle forme dans un de leurs Évangiles.
J’aimerais mieux cependant admettre que le passage de l’Évangile des Ébionites et celui de notre quatrième Évangile canonique ont l’un et l’autre leurs racines dans une déclaration du Seigneur, comprise ici d’un point de vue purement moral, et là dans un sens mystique. Les paroles de Jésus-Christ en expliqueraient la ressemblance frappante, et le sens différent dans lequel on les entendit de part et d’autre la légère différence qui les distingue. Comment ces paroles ne sé trouventelles pas dans les Évangiles synoptiques? Je ne sais ; mais on a bien des raisons de croire que tous les discours du Seigneur n’y sont pas rapportés.
4. Hilgenfeld, Die cleinentin. Recognitionen und Homilieti, p. 224-225.
ÉVANGILES APOCRYPHES JÜDAISANTS 83
Gomment, n’étant pas dans l’Évangile de saint Matthieu, se trouvent-elles dans l’Évangile des apôtres *, et par suite dans celui des Ébionites ? Comme bien d’autres, sans doute, elles furent empruntées à la tradition.
Je ne vois pas la nécessité de faire dériver la doctrine de la renaissance d’un passage de Luc combiné avec un autre de Matthieu, comme le fait M. Volkmar. Sans doute, il n’aurait pas été impossible que l’idée de la nécessité d’une régénération fût sortie par voie de déduction de ces paroles du Seigneur : « Quiconque ne .recevra pas le royaume de Dieu comme un enfant, n’y entrera pas *. » Ou aurait pu se dire : s’il faut avoir les seutiments et la pureté d’un enfant pour avoir accès dans le royaume de Dieu, nous ne pouvons espérer d’y entrer qu’en naissant de nouveau1 2 3. Mais à quoi bon cette hypothèse, quand on sait que, pour être une doctrine essentielle du christianisme, l’idée de la régénération n’en est pas moins une doctrine qui lui est antérieure. Les Juifs palestiniens la connaissaient aussi bien que les
1. Il ne faut pas oublier que Justin Martyr connaît ces paroles rie Jésus-Christ. Elles étaient, par conséquent, dans l’Évangile dont il se servait et qui était celui des chrétiens judaïsants de la Syrie.