Et probablement aussi dans l'Évangile des Hébreux
3. Matthieu, xu, 47 et 48; xui, 55; Marc, ut, 3î; Luc, vin, *0 ; Jean, vu, 5.
4. T'.ù; Si x$e>.çtii; 'lr,avj vxc; Tv»i; iivxi, ix Trxpx^ootM; êpu w-
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Origène, Opéra, t. XI, p. 2Î3, Comment, in Evang. Matthæi.
ÉVANGILES APOCRYPHES Jl’DAISANTS 'JC
l’ Evangile de Pierre, en tiraient une induction en faveur du docétisme. Une fois, en effet, que Jésus était placé tout à fait en dehors des conditions de l’existence humaine, on était conduit par une pente sur laquelle il était difficile de s’arrêter, à le regarder comme n’ayant eu rien de commun avec notre nature, et à prendre le corps dont il s’était lui-même revêtu, comme une simple apparence. 11 est probable que telle était la conséquence que tiraient de cette légende les chrétiens judaïsants qui tenaient l’Évangile de Pierre pour un document sacré.
D’où venait cet Évangile ? De celui des Hébreux! G’èst probable. La plupart des Évangiles judaïsants en dérivent ou du moins sont sortis de la même source que lui, et il est naturel de supposer qu’il n’en était qu’une récension plus ou moins modifiée. Mais le titre qu'il porte fait penser involontairement à notre second Évangile canonique qui passait dans l’antiquité chrétienne pour avoir été écrit sous l’inspiration de saint Pierre et qui parfois même est désigné par son nom. N’aurait-il pas été notre Évangile de Marc révisé, ou peut-être encore quelqu’un des ancieus remaniements auxquels on suppose que cet Évangile avait été soumis, avant de recevoir sa forme actuelle? Je n’y vois rien d’impossible; mais les preuves qu’on a essayé d’en donner me paraissent bien peu satisfaisantes.
Tandis qu’il n’est pas un seul passage dans notre premier Evangile canonique, ni par conséquent aussi dans l’Évangile des Hébreux, qui offre avec lui la plus grande ressemblance, qui puisse favoriser le docétisme, notre Évangile de Marc a pu facilement donner lieu, à ce qu’on assure, à cette opinion. Et si l’on considère que l’Évangile apocryphe de Pierre était en usage parmi les Docètes qui y trouvaient évidemment quelque argument en faveur de leur système, et qu’il était attribué, comme en un certain sens notre second Évangile canonique, à l’apôtre dont il porte le nom, on aura, ce semble, quelque raison de rapprocher ces deux Évangiles, de voir dans l’un un remaniement de l’autre, ou encore de les faire dériver tous les deux d’une source commune.
En quoi donc notre Évangile de Marc peut-il favoriser le docétisme ? En débutant par ces mots : « commencement de l’Évangile, » âp/yl voù£ùayy£>.i'ou, et en racontant aussitôt lebaptême de Jésus par Jean, l’auteur de cet écrit a certainement exclu à dessein l’histoire de la naissance du Seigneur. Ne serait-ce •pas dans une intention favorable au docétisme? Sehwegler le pense1; mais cette omission s’explique bien plus naturellement dans un autre sens. L’Évangéliste aurait pu passer sous silence tout ce qui se
1. Sehwegler, Das nachapost. Zeitalter , t. I, p. 169 et suiv.
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rapporte à la naissance et à la partie de la vie de Jésus qui précéda le moment où il fut baptisé par Jean et commença d’enseigner, parce qu’il considérait ces faits comme étrangers à l’œuvre même du Seigneur. Ce n’était qu’avec la prédication de Jésus-Christ que commençait peut-être pour lui l’Evangile, et c’est ce qu’il peut avoir voulu marquer en inscrivant en tête de son livre : « Commencement de l’Évangile, » faisant entendre par là que tout ce qui précédait ce moment n’était qu’une affaire de pure curiosité, et n’importait que médiocrement à l’histoire de la prédication du Sauveur.
Peut-être aussi était -il de ces chrétiens, assez nombreux pendant les premiers siècles, qui croyaient que Jésus n'était devenu le Christ qu’à l’heure de son baptême par Jean. On comprend comment, de ce point de vue, la première partie de la vie de Jésus étant entièrement étrangère à l’œuvre et au ministère du Christ, l’auteur du second Évangile canonique aurait pu la laisser complètement de côté.
Ce qui du moins est incontestable, c’est que cette disposition de cet Évangile se prêtait très-bien à cette opinion. Aussi fut-il en usage chez ceux des chrétiens qui en faisaient profession. C’est Irénée qui nous l’apprend. « Ceux, dit-il, qui distinguent Jésus du Christ, et qui disent que le Christ est resté impassible et queVest Jésus qui a éprouvé les souffrances de
ÉTUDES SUR LES ÉVANGILES la passion, préfèrent l’Évangile selon Marc '. •
Ce n’est donc pas le docétisme que favorisait l’Évangile de Marc; et ce n’est pas chez les Dooètes qu’il était préféré aux autres. On ne saurait par conséquent l’identifier avec notre Évangile apocryphe de Pierre, qui était principalement et peutêtre même exclusivement en usage parmi ces hérétiques.
11 ne reste en définitive d’autre appui à cette hypothèse que le nom de Pierre qui est donné à cet Évangile apocryphe et parfois aussi à l’Évangile de Marc. Cette base me parait bien peu solide.
On ne saurait, avec plus de raison, ni confondre l’Évangile apocryphe de Pierre avec l’ouvrage désigné sous le titre de Prédication de Pierre, K.To'pi>yjMc névpou, ni même faire dériver l’un de l’autre.
On ne saurait, dis-je, les confondre, car la Prédication de Pierre, qui est, selon toutes les vraisemblances, le premier fond des Clémentines, est, non un Évangile, c’est-à-dire un tableau de la vie et de l’enseignement de Jésus-Christ, mais un ouvrage consacré à l’exposition du système théosophique dont on trouve des développements quelque
4. Qui Jesum séparant a CliriMo et itnpassibilein persévérasse Cbristum, pas-uni vero Jesum dicunt, id quud secuiidum Marcura est præferunt Evangelium. Irénëe, AJ v. hctres.. iib. III, cap. il, J 7.
ÉVANGILES APOCRYPHES JCDAISANTS 101
peu différents dans les Homélies clémentines et dans les Récognitions.
Prétendrait-on que la Prédication de Pierre a donné naissance à l’Évangile apocryphe qui porte le nom de cet apôtre? Mais on ne comprend pas comment un récit de la vie et de l’enseignement du Seigneur aurait pu être extrait d’un ouvrage de pure métaphysique religieuse, telle qu’on l’entendait alors. Voudrait-on prendre l’Évangile apocryphe de Pierre pour le germe ou le thème général de la Prédication de Pierre? Qu’on explique alors comment il se fait que le nom de cet Évangile ne se rencontre pas une seule fois dans les Clémentines.
Ne pourrait-on pas, enfin, considérer l’Évangile de Pierre et la Prédication de Pierre comme deux écrits appartenant à une même secte judéo-chrétienne, se rapportant à un même ordre d’idées, mais les présentant, le premier sous une forme populaire, exotérique, dans ce qu’elles avaient d’accessible à tous les esprits ; et le second, sous une forme scientifique, ésotérique, propre à en dévoiler le sens réel aux initiés? Que l’Évangile de Pierre fût destiné à tous les membres de la secte dans laquelle il était tenu pour un document sacré, c’est ce qui est manifeste, puisque nous le voyons répandu dans l’Église de Rhosse, où il servait à l’édification des fidèles, pt que nous pouvons conclure de ce fait qu’il était
employé au même usage dans toutes les autres communautés qui professaient les mêmes sentiments religieux.
Nous savons, d’un autre côté, que la Prédication de Pierre était un ouvrage secret, et qu’il n’était communiqué qu’aux initiés. L’auteur de l’Épltre de Pierre à Jacques 1 le déclare en termes formels :
« Je te prie et je te demande, fait-il dire au premier de ces deux apôtres, de ne confier à aucun des gentils les livres que je t’ai envoyés de mes Prédications, et de ne pas en faire part aux hommes que tu n’aurais pas éprouvés. Mais si tu reconnais .. que quelqu’un en est digne, alors fais-lui en part, selon la manière d’après laquelle Moïse communiqua la Loi aux soixante-dix hommes appelés à lui succéder dans sa chaire *. » Cette recommandation remplit encore le troisième et dernier paragraphe de cette lettre apocryphe 3, qui, à part une sortie contre un ennemi qui enseignait une doctrine frivole et contraire à la Loi, et dans lequel il n’est pas difficile de reconnaître saint Paul 4, n’a pas d’autre but que de faire savoir que les livres de la Prédi-
4. Cette Épitre fait partie de l'ensemble d’éciits que nous avons désignés sous le nom général de Clémentines.