‹ Études sur les évangiles apocryphesChapitre 54 sur 222 · Toi àvüjiàwj dncjuv tivx xxi r, îiîxoxxXix'i · texte numérisé non relu

Toi àvüjiàwj dncjuv tivx xxi r, îiîxoxxXix'i

Ibid., p. 4. Cette lettre apocryphe est Ira luile dons le Dictionnaire dt apocryphe t, publié par Migne, l. II, col. 69S et 69S.

ÉVANGILES APOCRYPHES JUDAISANTS 103 cafion de Pierre ne devaient être communiqués qu'a des hommes éprouvés, capables et dignes de les comprendre.

Mais est-ce la même doctrine qui était exposée sous des formes différentes, dans l’un et dans l’autre de ces deux ouvrages? 11 s’en faut de beaucoup. Il ne nous est parvenu, il est vrai, aucun fragment de l’Evangile de Pierre ; mais nous en connaissons l’esprit et la tendance par des témoignages certains. Le docétisme y dominait, et c’est parmi les docètes qu’il était en usage. Dans la Prédication de Pierre il n’y avait pas la moindre trace de cette hérésie ; le Seigneur y est représenté sans doute comme un être surnaturel, mais aussi comme vivant dans les conditions communes de l’existence humaine. Cet écrit a disparu aussi bien que l’Évangile de Pierre; mais nous pouvons connaître le système qui y était exposé, par les Homélies clémentines et par les Récognitions. Nous ne sommes pas réduits cependant à ces renseignements, pour ainsi dire, de seconde main. Une analyse, ou, pour parler plus exactement , une sorte de table des matières des dix livres dont il se composait, se trouve insérée dans le IIIe livre des Récognitions, § 75. Ce programme, en outre qu’il nous donne une vue générale de la théosophie de cet ouvrage, est assez curieux par lui-même pour que nous jugions utile de le mettre sous les yeux du lecteur.

lie premier livre était consacré à donner les règles d’après lesquelles il faut entendre l'Écriture. C’est bien par là que devait commencer l’exposition d’un système qui se fonde sur l’Écriture, mais sur l’Écriture expurgée, et dans laquelle il faut savoir distinguer ce qui est vrai et authentique de ce qui y a été interpolé par des hommes ignorants, de même qu’un changeur habile doit savoir démêler, parmi les pièces de monnaie qui lui sont présentées, celles qui sont bonnes de celles qui sont fausses *. Dans le second on établissait qu’il n’v a qu’un seul principe des choses, et l’on en décrivait le caractère et la nature. Le troisième traitait de Dieu et des institutions qu'il avait fondées. Dans le quatrième on montrait qu’au milieu de la foule des dieux qu’adorent les nations, il n’y en a qu’un qui soit le vrai Dieu, comme le prouvent les Écritures. Le cinquième traitait du ciel visible qui est périssable, et du ciel invisible qui est éternel *. Le cinquième était une sorte de théodicée; après avoir expliqué ce qu’est le bien et ce qu’est le mal, on y examinait la grande question de cette époque, celle qui

4. Dans l’épilre de Pierre à Jacques, dont il vient d’èlre question, il est également fait meniion de la nécessité de connaître ces règles. Il ne doit être permis à personne d'enseigner, y i st- il dit, à moins qu’il n'ait appris d'aboi d d'après quelle règle il faut faire usage des Écritures, démentis Romani hoinilia, xx, p. 4.

ï. C’est le «opo; lOYiTttç et le whjjx, aluthcro'; de Platon.

ÉVANGILES APOCRYPHES Jl'DAISA.NTS préoccupa si vivement toutes les sectes gnostiques : d’où vient le mal? et on y prouvait qu’en définitive le mal coopère au bien. Le septième indiquait le but qu’avaient poursuivi les apôtres. C’était sans doute ici qu’on mettait en présence la doctrine judéo-chrétienne et la doctrine universaliste de saint Paul, pour condamner celle-ci et relever au contraire celle-là. Dans le huitième on expliquait comment les déclarations de Dieu qui paraissent se contredire, ne se contredisent pas en réalité, et on donnait le principe d’après lequel il fallait résoudre ces contradictions apparentes. Dans le neuvième on prouvait que la loi donnée par Dieu est juste, parfaite, et seule capable de donner la paix. Enfin, la dixième était une sorte d’anthropologie religieuse. On y enseignait que l’homme naît charnel, mais qu’il se régénère par le baptême, doctrine si souvent reproduite dans les Homélies clémentines et dans les Récognitions, et on expliquait ce que sont en l’homme le principe charnel, la raison de l'âme et l’origine et l’action du libre arbitre '.

On le voit, il n’v a rien dans ce pr ogramme qui touche de près ou de loin au docétisme. Le système théosophique auquel il se rapporte marche dans . une autre voie et appartient à un tout autre ordre d’idées. On ne saurait, par conséquent, considérer

\ . Hilgenleld, Die clement. Recognitionen und Homili-n, p. 50 et 5t. Voyez le texte latin dans l’appendice n° 5.

la théosophie de la Prédication de Pierre comme le développement scientifique des croyances populaires de l’Évangile de Pierre. Ces deux ouvrages appartenaient à des sectes différentes.

On arrive à la même conséquence si l’on considère que l’ascétisme, quoique commun à toutes les sectes des premiers siècles de l’Église, n’a pas pour les auteurs des Clémentines, et par suite aussi pour celui de la Prédication de Pierre, la même importance que pour les docètes. Pour ceux-ci la matière est la source du mal, et les abstinences de toutes sortes, le comble de la vertu. Ces principes dominaient certainement aussi dans l’Évangile de Pierre; on en a pour preuve le soin avec lequel on veut établir que Marie resta toujours vierge. Les autres varient sur ce point. Dans les Homélies clémentines la matière appartient à l’empire du mal, l’homme doit délivrer son esprit, wma, des liens du corps. Tout ce qui le retient sous la dépendance de la chair est mal, tout ce qui l’en affranchit est bien; delà un ascétisme prononcé'. Mais cette doctrine est singulièrement adoucie dans les Récognitions. Il y est dit que les fruits de la terre sont pour tous les hommes: ils peuvent en jouir*. La propriété n’y est pas interdite; Clément et môme saint Pierre

I. Uhlhorn, Die Homilieu ii'irf Rrcognilioneu, p. i!8-îil. t. Recognit., lit). 111, cap. 38.

ÉVANGILES APOCRYPHES JUDAISANTS paraissent posséder une certaine aisance *; il y est même permis de manger de la viande; le mariage n’y est pas condamné4; en somme, les pratiques ascétiques y sont moins commandées que conseillées I. * 3.

Cette diversité dans l’appréciation de l’ascétisme, dans les Homélies clémentines et dans les Récognitions, prouve que dans le principe les pratiques ascétiques n’étaient pas considérées comme d’une grande importance. On ne saurait, en effet, leur assigner une place dans le programme de la Prédication de Pierre. Il y est dit, il est vrai, que l’homme est naturellement charnel et qu’il a besoin de se régénérer; mais c’est par le baptême, et, par conséquent, par les connaissances religieuses et les • sentiments moraux qu’il suppose dans ceux qui le reçoivent, que cette régénération s’accomplit, et non par des pratiques ascétiques.

Encore ici se montre une différence profonde entre l’Évangile de Pierre et la Prédication de cet apôtre, et aussi entre la secte qui tenait pour un document sacré le premier de ces doux ouvrages et celle à laquelle appartenait le second.

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