I. Ibid., lib. I, cap. 12; Mb. VII, cap
î. Uhlhorn, ibid., p. 254.
3. Est sane propria quædam nostræ religionis observanlia quæ non lam imponitur hominibus, quam proprie ab unoquoque Deum colenle expelitur. Recognit., lib. VI, cap. 10. l'h), horn, ibid. , p. 253, lai et 274,
IOR
ÉTL'DES Sl’R LES ÉVANGILES
Les Elkhésaïtes ou Elxaïtes, secte sur laquelle les anciens écrivains ecclésiastiques donnent des renseignements difficiles à concilier 1 , avaient un livre qui était, disaient-ils, tombé du ciel VUu
1. D'après Origène, celle secte, née de son temps, n'avait vécu qu’un moment, f, *cù iux tû ÆîçjVjxi àirtoSii. Eusèbp, Hisl. eccles., lit). VI, cap. 38. D'après Épiphanc, au contraire, elle daterait du commencement du ne sièclej et elle existait encore sous le règne de Constantin. Épipliane, lla-ves., lui, g 1. On n'est pas mieux d'accord sur le nom qu'elle porte. Epiphane le fait venir du nom de son fondateur, qui s'appelait Elxat, Htwret. six, §1. Cette étymologie n’a pas plus de valeur que celle du . nuit Ébionile, qu'il fait dériver également du no n d'Ébion, prétendu père de celte seite. Les étymologies proposées par les modernes, pourétre moins naïves que celles des anciens écrivains ecclésiastiques, ne sont guère plus satisfaisantes. Scaliger voit dans une transcription de ’NDft Sm, é Éaoxtv; , l'Essénien (Epiphanis opéra, éd. Migne, t. I, col. 239, note 14); Baumgarten, Geschiehle der rtligionspartlieyen, p. 271) pense que
le mot Elxalte est une contraction d’Elkhesafte, et que ce dernier lerme est dans la langue du Talmud (de tt?rt3
nierl, et signifie les apostats; Nilzsrh (De testaments XII pa- Iriarch ., p. 8) fait dériver Elxaflo de ’IU? le Tout-Puis sant, un des noms de Dieu dans l'Ancien Testament; Drlitzsch croit qu'il vient du village Elkcsi . dans la Galilée, qui aurait été le cenlie d'action ou le lieu d'origine de cette secte.
2. "Hv Xt-jcuatv tÇ lifxiiû i7t7ru»*«vai. Origene, dans Eusèbe,
Hist. eccles. , lib VI, cap. 38. 'Hi ix -irt t'jfavüv îrirrei-
xtv*i. Tliéoduret, Ha vel, fahul. , lib. Il, cap. 7.
ÉVANGILES A 1*0 G H V 1J H ES J U D A 1 S A X T S l(W
certain Alcibiade d’Apamée, qui l’apporta à Rome vers l’an 225, assurait qu’Elxaï, le père prétendu de cette secte, l’avait reçu des Sères dans le pays des Parthes, niais qu’il avait été apporté sur la terre par un ange haut de quatre-vingt-quinze milles *. Cet Alcibiade n’était probablement qu’un de ces charlatans qui, à celte époque, accouraient en grand nombre de toutes les parties de l’Orient, à Rome, pour y exploiter la crédulité publique: mais on ne peut douter que le livre dont il se servait, ne fîlt celui des Elkhésaïtes. Peut-être l’avaitil modifié en quelques points ; mais le fond était le même. Les quelques passages qu’en rapporte l’auteur des Philosophoumènes s’accordent très-bien avec ce qu’en dit Épiphane.
Il se trouve d’aventure qu’un passage cité dans les Philosophoumènes est également mentionné par ce dernier. « Si quelqu’un, soit homme, soit femme, soit jeune homme, soit jeune fille, a été mordu par un chien furieux et enragé, dans lequel est un esprit de perdition, ou s'il a eu seulement ses habits déchirés ou atteints, qu’il coure sur l’heure, et tel qu’il est vêtu, se plonger dans un fleuve ou une fontaine, et que là il adresse ses prières, dans la foi de son cœur, au Dieu grand et très-haut, en attes-
4. S. Hippolytt Réfutations omnium hœreiium, lib. IX, | 43, éü. Dunker, p. 4U2.
tant les sept témoins indiqués dans ce livre, en ces termes : Voici, j’atteste le ciel, l’eau, l’ Esprit-Saint, les anges de la prière, l’huile, le ciel et la terre. Je les prends tous les sept à témoin que désormais je ne pécherai plus, je ne commettrai pas d’adultère, je ne volerai pas, je ne commettrai pas d’injustice, je ne serai pas avare, je ne nourrirai plus de haine, je ne mépriserai personne, ni ne prendrai plaisir à rien de mauvais. En disant cela, qu’il se plonge dans l’eau, avec tous ses vêtements, au nom du Dieu grand et très-haut '. »
Épiphane dit à son tour que chaque fois que quelqu’un des Elkhésaïtes tombe malade ou est piqué par un serpent, il descend dans l’eau, en invoquant les appellations (xàç èixwvupùa;) indiquées dans le livre d’Elxaï, c’est-à-dire celles du ciel et de la terre, du sel et de l’eau, des vents et desanges de la justice, du pain et de l’huile, et en disant ensuite : Secourez-moi et délivrez-moi de ce mal *.
La comparaison de ces deux passages est une preuve manifeste que le livre d’Alcibiade, dont il est question dans les Philosophoumènes, était le même, du moins quant au fond général, que celui
1. S. Hippolyli Refulationis lib. IX, § 15, p. 466 et 468. L'invocation des sept témoins est de rigueur dans les malheurs et les maladies. Ibid., lib. IX, § 45 et 46.
î. Épiphane, Hœret., xxx, § 17. Huit témoins sont nommés ici; mais ailleurs, Épiphane ne parle que de sept, comme dans les Philosophomènes. Épiphane, Hæres., xtx, g 4.
ÉVANGILES APOCRYPHES JUDMSANTS Ht dont parle Épiphane. Ce livre n’était pas un évangile, mais bien plutôt un recueil de recettes magiques pour la guérison par l’eau et l’invocation des sept témoins, des maux du corps aussi bien que des maux de l’âme ', ou un rituel de cérémonies mystiques et symboliques, dans le goût des superstitions orientales. Gomme tous les ouvrages de ce genre, celui-ci ne devait être communiqué qu’avec la plus grande discrétion. Celte recommandation était inscrite dans le livre lui-même : « Gar- » dez-voüs de lire ce livre à tout le monde, y » était-il dit; conservez-en avec soin par devers » vous les préceptes, car tous les hommes ne sont » pas fidèles, ni toutes les femmes droites *. »
S'il faut eu croire Epiphane, les Osséens 1 * 3 4, les Ébionites et les Nazaréens se servaient également de ce livre; ils l’avaient reçu des Elkhésaïtes *. Ce
1. Il en est rapporté plusieurs dans S. Hippolyti Refutalionet, lib. IX, § 15-17, p. 466470. Théodore! dit également qu'ils se servaient du baptême (des bains! en invoquant les éléments. Ki/orerai flairrtojAATc; ini tt orscxtia» ijtoXcfia. Uceret. Fabul., lib. Il, cap. 7.
î. S. Hippolyti Réfutai., lib. IX, §17.
3. Ce nom d'Osséens dérive-t-il de celui d’Esséniens? On le conjecture; mais celte explication est bien peu satisfaisante. Tout ce qu'on sait au reste de celte secte, c'est qu’elle était judéo-chrétienne.
4. Kiyrrivzxi êi rr, txjtt /il 'Ouasüot , xal ’lS'.uvxîci , xai
Ttxîusxia. Épiphane, Hœres., liii, § 1 . C’est peut-être à ce fait que se rapporte la légende racontée dans les Philosophoumènes, lib. IX, § 13, qu’Elxai avait transmis son livre à Sobial.
Il* ÉTUDES SUR LES ÉVANGILES
l'ait est d’autant moins invraisemblable que les judéo-chrétiens, dont les conceptions religieuses étaient dans le principe d’une extrême simplicité, ne tardèrent pas à se laisser envahir par les idées mystiques. Le courant théosophique était tel à cette époque que rien ne pouvait y résister ; il entraîna toutes les sectes.
Faut-il, avec M. Uhlhorn, attribuer aux Elkbésaïtes l’introduction des superstitions mystiques et magiques parmi les judaïsants 1 2 ? Je serais fort porté à le croire. Toutes les idées théosophiques qu’on remarque dans les diverses sectes judaïsantes se retrouvent dans le système des Elkhésaïtes, et comme il est peu croyable que ceux-ci aient ramassé les divers éléments mystiques épars dans ces diverses sectes pour se les approprier, .on est, en quelque sorte, obligé d’admettre que c’est d'eux au contraire qu’ils passèrent dans ces diverses sectes.
Les Nazaréens leur avaient sans doute emprunté la conception du Saint-Esprit comme un principe féminin, conception que nous avons vue dans un passage de l’Évangile des Hébreux cité par Origène et par Jérôme *.
1. ühlliorn, Die llomitien und Recognitionen, p. 39Î et suiv.
2. Origène, Opéra, éJ. tluel, l. I, p. 148, Homil. \\ in Jeremiam, el L 11, p. 58, in Johannem', Jérôme, Comment, tn üsaiam, XL, 11; Comm. in Hicliam, vu, t>.
ÉVANGILES APOCRYPHES JUDAISANTS 113
C’est surtout dans les Clémentines que ces emprunts sont le plus manifestes. Les syzygies, qui y jouent un rôle si considérable, sont peut-être une imitation ou un développement de la théorie des sept témoins (les sept éléments, c-roty sîa, comme les appelle Théodoret) qui représentent le bon côté des choses et auxquels on opposa une série de représentants du mal *. Quoi qu’il en soit, la christologie des Clémentines rappelle certaines conceptions singulières des Elkhésaïtes. Quand on y voit le Christ appelé le grand Roi, piyaç fSaoAeuî, on ne peut s’empêcher de penser à la figure gigantesque que ceux-ci lui donnaient *. L’identification d’Adam et du Christ, comme encore du Christ et de Moïse, ne se trouve pas seulement dans les Clémentines, cette singulière théorie est propre aussi aux Elkhésaïtes1 * 3. Les Ébionites des Clémentines la leur avaient certainement empruntée. L’importance attachée dans les Homélies clémentines à la connaissance des métaux et des pierres précieuses, aux arts magiques
1. Le Christ et sa sœur le Saint-Esprit ne formeraient-ils pas les deux premiers termes d'une série de syzygies? Épi— pbane, Hœres., xxx, § 3.
î. Le Christ, avait, selon eux, quatre-vingt-seize milles de hauteur et vingt-quatre milles de largeur. Épiphane, Hœres., xix, g 4. C'est aussi la taille de l’ange qui apporta du ciel le livre d’Elxal. S. Hippolyti Réfutât., lib. IX, g 13. Cet ange était le Christ lui-même.
3. Épiphane, Hœres., xxx, g 3. S. Hippolyti Réfutât., lib. IX, g H. Homil. xvm, g 3.
et à l’astronomie ', est encore un trait caractéristique de la théosophie des Elkhésaïtes.
Ces conceptions mystiques que ces sectaires transmirent à tous les autres chrétiens judaïsants, où les avaient-ils prises eux-mêmes? A la gnose qui était née à Alexandrie et dans l'Asie-Miueure d’un mélange confus des croyances orientales et de la philosophie grecque? Non, sans doute, la théosophie des Clémentines et des Elkhésaïtes est d’un autre caractère. Cette théosophie est propre à la Syrie. Il est difficile de distinguer avec quelque netteté de quels éléments et sous quelle influence elle se forma ; mais elle se trouve la môme au fond , portant un air de famille qu’on ne peut méconnaître, dans toutes les sectes juives ou chrétiennes de cette contrée. Ce fait avait frappé Épiphane, quelque mauvais observateur qu’il fût. Il répète ù plusieurs reprises que les hérétiques qui professent ces opinions se trouvent dans la Pérée, la Nabatée, l’Iturée , le pays de Moab, autour de la mer Morte *. Une certaine connaissance des éléments du monde, formant une physique et une cosmographie fantastiques, des syzygies opposées ou conjuguées, la théorie de la purification par l’eau, se présentent à des degrés divers dans l’essénisme, dans le livre d’Hénoch, dans la Cabbale, dans le