‹ Études sur les évangiles apocryphesChapitre 56 sur 222 · Homil., xvii · texte numérisé non relu

Homil., xvii

î. Épipliane, Hæres., ni, § 1; lui, § 4.

ÉVANGILES APOCRYPHES JUDAISANTS 115

livre des Elkhésaïtes et dans les Clémentines. Les origines de cette gnose syrienne sont antérieures au christianisme; elle pénétra dès le commencement du second siècle dans les Églises chrétiennes de ce pays ; les Elkhésaïtes en furent probablement les principaux représentants parmi les chrétiens ; ils la propagèrent parmi toutes les sectes judéo-chrétiennes.

Parmi les Évangiles apocryphes judaïsants les plus connus dans les premiers siècles de l’Église, il faut placer celui qui était désigné sous le nom d’Évangile égyptien ou selon les Égyptiens *.

Grabe voulait qu’il fût une de ces narrations évangéliques dont parle saint Luc dans

le prologue de son Évangile. Cette opinion, certainement de la plus haute invraisemblance, lui avait été suggérée sans doute, soit par la citation qui est faite de cet Évangile dans la seconde épltre

4 . To aîfùimoK EùayyiXicv. Épipliane, Hæres., lx il, § S ; Evangelium secundum Ægyplios, Origène, l/omil. i in Luc; Evangelium juxla Ægyptios, Jérôme, Prolog, in commentariot super Multh.

de Clément de Rome, soit par cette circonstance qu’Origène et Jérôme, en mentionnant un certain nombre d’Évangiles apocryphes, nomment celui-ci le premier. Il n’y a pas de conclusion à tirer de ce dernier fait qui est purement accidentel; Origène et Jérôme n’ont pas eu l’intention, en indiquant ces apocryphes, de les classer chronologiquement; ils ont tout simplement mentionné les plus connus et dans l’ordre où ils se sont présentés à leur mémoire La citation de cet Évangile dans la seconde épltre de Clément Romain peut encore moins fournir une preuve de son âge, car cette épître n’est pas authentique ; elle est postérieure au personnage dont elle porte le nom, si toutefois ce Clément est le même que celui dont il est parlé dans Philippiens, iv, 3.

Il n’en est pas moins certain qu’il est très-ancien. S’il n’est pas, comme le pense Fabricius, antérieur à Basilide, avec l’Évangile duquel il a été quelquefois confondu *, il est probablement de la même époque. Il existait, en etfet, dans la seconde moitié du second siècle; on le sait par Clément d’Alexandrie qui en parle ; et puisque quelques sectes chrétiennes s’en servaient alors comme

4 . Jérôme suit évidemment Origène dans cette indication des Évangiles apocryphes.

î. Fabricius, Codex apocryphus Novi Testament i, pars I, p. 337, note k.

ÉVANGILES APOCRYPHES JUDAISANTS 117 d’une autorité scripturaire, il faut nécessairement admettre qu’il remontait plus haut. Ce ne serait pas sans doute s’écarter beaucoup de la vérité que d’en placer la composition vers le commencement du second siècle.

Quel était le caractère de cet Évangile ?

Pour nous en faire une idée, nous devons avoir recours à deux sources différentes, à la seconde épître de Clément Romain, dont l’auteur ne semble pas avoir fait usage d’autres Évangiles que de celui des Égyptiens, et à Clément d’Alexandrie qui en rapporte trois passages dans ses Stromates, en réfutant les théories qu’en tiraient quelques hérétiques de son temps.

La seconde épître de Clément Romain est un écrit judaïsant. Schneckenburger en a donné des preuves incontestables '. Sans m’engager dans cet examen, je ferai seulement remarquer que l’esprit pratique qui y règne d’un bout à l’autre , les croyances chiliastes qui y percent en plus d’un passage, les analogies d’idées et même d’expressions qu’elle présente avec les Homélies clémentines, enfin le choix qu’on a fait de Clément Romain, personnage presque aussi cher aux Ébionites que les apôtres Jacques et Pierre, pour la mettre sous son nom, sont autant d’indices certains du carac-

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