‹ Études sur les évangiles apocryphesChapitre 58 sur 222 · I. 'Orik îoxr.oc»; Stromal., lib. III, cap · texte numérisé non relu

I. 'Orik îoxr.oc»; Stromal., lib. III, cap

ÉVANGILES APOCRYPHES JUDAISANTS voquées ici, n’ont pas le moindre rapport avec la question dont il s’agit. Ce sont les derniers mots de ce passage de l’épître aux Galates, m, 28 : « Il n’y a plus ni juif ni grec, ni esclave ni libre, ni hommes ni femmes. » Saint Paul veut dire évidemment que la foi chrétienne ne tient aucun compte des distinctions de race, de famille, de position sociale, de sexe, et ne considère que la créature humaine en elle-même. Mais il y a ici les mots « ni homme ni femme; » on les détachait du contexte, et on les rapprochait des expressions semblables du passage de l’Évangile apocryphe. Clément d’Alexandrie n’a pas plus égard que l’hérétique qu’il veut réfuter, au sens naturel qu’ont les mots dans l’ensemble du discours de saint Paul ; il y cherche un sens alambiqué qui, pour être autre que celui qu’y découvrait Jules Cassien, n’était pas moins arbitraire. L’homme, selon lui, c’est la colère, et la femme le désir, et ce que l’apôtre a voulu enseigner, c’est qu’il faut que l’ùme se dégage du désir et de la colère, vapeurs grossières que doit dissiper la lumière de l’intelligence, pour se concentrer dans l’obéissance du Verbe.

Si cette explication, appliquée aux paroles de saint Paul, est erronée, elle l’est à un bien plus haut degré encore, appliquée à la déclaration de J ésus à Saloraé. Jules Cassien était dans le vrai en en déduisant une condamnation de l’union des sexes.

lîî ÉTUDES SUR LES ÉVANGILES

Mais ce passage contient plus qu’une prescription ascétique. Ce qu’on a voulu y faire dire au Seigneur, c’est que son règne arrivera quand les conditions actuelles de l’existence humaine auront changé, quand les êtres humains seront retournés à leur état primitif, à leur état d’âme pure, qu’ils seront débarrassés de leurs corps ou, comme s’exprime cet apocryphe, quand les deux choses qui constituent actuellement l’homme, l’âme rationnelle et le corps, ne feront plus qu’une seule chose, un esprit pur, ce qui est encore présenté sous cette locution figurée, quand ce qui en l’être humain est extérieur, c’ost-â-dire le corps, sera devenu semblable à ce qui lui est intérieur, c’est-à-dire l’âme, ou, en d’autres termes, quand le corps se sera tellement spiritualisé, qu’il rentrera dans l’âme ou qu’il disparaîtra, de sorte que l’homme ne soit qu’un pur esprit. C’est là fouler le vêtement de la pudeur. Que signifie cette singulière expression? Qu’est-ce que ce vêtement? Jules Cassien nous le dit : par ce vêtement de la pudeur il faut entendre « les tuniques de peau » dont Dieu couvrit lui-même Adam et Êve quand, après leur péché, ils eurent honte de leur nudité *. 11 est évident que ces tuniques de peau sont prises ici dans un sens allégorique. Que faut-il entendre par là ? Demandez-le à Philon ; il

I. Genèse, ni, 21, compar. aiec Genèse, 11, 25. Clément d'Alexandrie, Stromal., lib. III, cap. 13.

ÉVANGILES APOCRYPHES JCDA1SANTS I»

vous dira qu’elles signifient le corps humain ', et voici comment. L’être humain en lui-même, c’est l’âme rationnelle, le Noue : il n’était pas autre chose primitivement. Mais s’étant épris d’un fol amour pour le sensible, il tomba au milieu du monde corporel, et pour pouvoir être en rapport avec ce milieu dans lequel il se trouva exilé, il dut revêtir un corps ; > c’est ce que les saintes Écritures veulent nous apprendre quand elles nous disent que Dieu couvrit la nudité de nos premiers parents de tuniques de peau.

Si l’on considère maintenant que le royaume de Dieu sera le rétablissement de l’être humain dans son premier état, tel qu’il était avant la chute, c’est à-dire avant d’être uni à un corps, ou mieux, avant d’être emprisonné dans un corps, on comprendra comment, dans cette théorie, on a pu mettre dans la bouche du Sauveur les singulières paroles de ce passage

Le second passage est en parfaite harmonie de doctrine avec le précédent. « Salomé ayant de-

1. Ad raentem vero tunica pellicea symbolice est pellis naturalis, id est corpus nostrum. Deus enim intellectum condens prtmum. vocavit ilium Adam; deinde sensum, cui vitæ (Eva) nomen dedit; tertio ex necessitate corpus quoque facit, tunicam pelliceam illud per symbolum dicens. Oporlebal enim ut intellectus et sensus velut tunica cutis induerent corpus. Philon, Quiestionum et soluliunum juif su ut in Genesi sermo /, § 53. trad. de l'arménien par J.-B. Aucher; Venise, <8Ï6.

itt ÉTUDES SUR LES ÉVANGILES

» mandéjusques à quand les hommes mourront, le * Seigneur dit : Aussi longtemps que vous autres » femmes vous enfanterez *. Elle dit alors : J’ai » donc bien fait, moi qui n’ai jamais enfanté. Le » Seigneur répliqua : Nourrissez-vous de toute » herbe ; mais ne vous nourrissez pas de celle qui » a de l’amertume i. »

C’est encore une condamnation de l’union des sexes que Jules Cassien, et, comme lui, à ce qu’il semble, les Encratites voyaient dans celte déclaration de Jésus-Christ. Clément d’Alexandrie ne veut pas l’entendre dans ce sens. Il a facilement raison de ses adversaires dans l’explication de la première phrase du Seigneur. Ces mots : « aussi longtemps que vous autres femmes enfanterez, » pourraient bien, en effet, signifier seulement que la mort est la suite inévitable de la naissance, et c’est ainsi qu’il les explique. Voilà, dit-il, ce que le Seigneur a voulu enseigner. Mais ce qui suit échappe à toute explication de ce genre. Clément d’Alexandrie se tire d’affaire par des subtilités et des déclamations. Quand le Seigneur dit : « Nourrissez-vous de toute herbe, mais non de celle qui est amère, » il indique, selon lui, que la continence et le mariage sont laissés à notre choix, sans qu’il y ait nécessité de commandement de l’un ou de l’autre. « 11 prouve

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