Tbéodorel, Fabul. hœret., lib. I, cap
ÉVANGILES APOCRYPHES ANTIJUDAISANTS 177
circonstances qui l’avaient précédée, composé au point de vue du système des Caïnites.
Au reste, cette secte bizarre paraît avoir eu la manie de se mettre en opposition avec toutes les idées reçues de son temps. Quand la continence et la virginité étaient célébrées comme le comble do la vertu, les Caïnites attribuaient à l’union charnelle des deux sexes une sainteté éminente *. Et encore, quand l’antiquité tout entière avait été unanime à peindre la force génératrice universelle sous un symbole emprunté au sexe masculin, ils la représentèrent sous un symbole emprunté à l’autre sexe *.
Ces gnostiques Caïnites n’auraient-ils pas été des Civaïtes égarés parmi les chrétiens (
On parle souvent des Évangiles des Manichéens. Si l’on entend par là des écrits leur appartenant en propre, dans lesquels ces sectaires auraient euxmêmes tracé le tableau de la vie et de l’ensei-
1. Épiphane Hnres., xxxvm, î; Iiénée, Adv. harres., lib. I, cap. 31.
2. 'H* îicrripav tôv mirtrfa ni irarric ninv ni kûtcuç, cùjaycù Tt *»i fi; wO.'.Goi. Épiphane, H (très., xxxvm, § 1. Hyslerani autem fabncatorem cœli et terræ votant. Irénée, Adv. hœres., lib. I, cap. 31.
gnement de Jésus-Christ, dans le sens do leurs principes, on peut hardiment affirmer qu’il n’a jamais existé des ouvrages de ce genre. Et cela se comprend. Le manichéisme ne fut pas dans le principe une secte chrétienne. Manèsfut un de ces théosophes qui se sont montrés à diverses reprises dans l’Asie centrale et qui ont eu la prétention de concilier et de fondre ensemble les diverses religions qui leur étaient connues *. Il ne paraît pas avoir eu d’abord d’autre dessein que de combiner la doctrine de la délivrance du bouddhisme avec l’antique dualisme des Mazdéens. Quelques échos de la gnose arrivèrent d’Alexandrie jusqu’à lui ; il la prit pour la sagesse égyptienne, et l’attribuant à Hermès, il eh mêla tant bien que mal quelques lambeaux à son système religieux. La légende qui lui donne pour premier disciple Thomas (Gautama) Ada ou Bouddha et Hermès, indique assez clairement de quels éléments il le composa ; seulement elle a renversé l’ordre des choses, ce qui lui est assez souvent arrivé, en représentant comme ses disciples les sages qu’il avait pris pour ses maîtres et qui étaient, ou du moins qui passaient pour être les pères des doctrines sacrées de l’Inde, delà Perse et de l’Égypte *.