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vertu de ce manifeste, on admettait tous les étrangers saus distinction (à l'exception des Israélites), qui venaient s'établir en Russie comme cultivateurs, en leur concédant des terrains sous des conditions très-avantageuses.
Plus tard, sous le règne de l'empereur Alexandre, la colonisation a élé organisée d'une manière plus régulière et plus rationnelle. On exigea des colons une certaine ga* rantie, et on posa en principe de n'admettre que de bons cultivateurs, des vignerons, des jardiniers, des bergers et certaines classes d'artisans appartenant aux professions Içs plus indispensables pour les populations agricoles, tels que tailleurs, cordonniers, charpentiers et potiers.
Les premières colonies importantes ont été établies entre le Don et le Volga (gouvernement de Saratow). Plus tard, des colonies de Mennonites vinrent s'établir dans le gouvernement d'Ekathérinoslaw, et sont jusqu'à présent les plus importantes et les plus florissantes.
Dans la plupart de ces colonies, on voit une culture améliorée et mieux entendue et une industrie plus développée dans les branches qui se rattachent plus directement à l'agriculture ; mais elles n'ont pas eu, jusqu'à présent, sur les contrées avoisinantes , une influence aussi sensible qu'on aurait dû l'espérer.
Indépendamment de la colonisation, le gouvernement a fait, dans le midi de la Russie , des concessions isolées de terrains vains et vagues (poustoporojnyïé) à des agriculteurs indigènes pour l'élève du bétail et des hôtes à laine. Des donations partielles ont été faites, tantôt à titre viager, tantôt à titre de propriétés héréditaires, et en guise de récompense et d'encouragement, à ceux des agronomes qui se sont distingués dans ces branches de l'économie rurale. Des règlements spéciaux, publiés en 1804 et en 1806, fixèrent les principes de ces distributions de terrains. En 1815, on fonda, moyennant le produit de la vente de t^r*-
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raÎDs de vaine pâture» un capital destiné à encourager et à faciliter les progrès de l'agriculture, dans les gouvernements de Kherson, Ekathérinoslaw et Tauride.
Ces mesures ont eu des résultats satisfaisants pour la culture des contrées méridionales de l'Empire, dont les progrès sont constatés par l'augmentation rapide de la valeur des terrains dans ces contrées {voir les observations y relatives, dans le I" volume de cet ouvrage, page 314).
Ici, nous devons encore faire mention d'une mesure importante pour le bien-ôtre à venir de la classe agricole , savoir qu'en établissant des colonies et en concédant aux paysans des terrains séparés , on leur accorde la faculté d'attacher à cette possession le droit de majorât, pour empêcher le morcellement de la petite propriété foncière.
5* Mesures concernant rinstruction des classes agricoles.
C'est sous l'empereur Paul I" que fut conçue la première idée d'introduire en Russie l'enseignement spécial de l'agriculture , et c'est alors que fut fondée la première école pratique d'agronomie, à 24 verstes de Saint-Pétersbourg. Cette branche d'enseignement reçut, depuis, un plus grand développement.
Une nouvelle école pratique d'agriculture a été fondée, en 1804, aux portes de Saint-Pétersbourg. Cet établissement, placé sous le patronage de l'administration des Apanages, est organisé d'une manière très-rationnelle et surtout bien appropriée aux besoins et à l'état social de nos classes agricoles. La théorie y est adaptée au degré d'intelligence et de culture de ces classes et suivie de près de l'enseignement pratique. On y apprend, non-sculemcnt la culture du sol , les différents modes d'assolement les
mieux appropriés à notre climat et à d'autres circonstances particulières à la Russie, et les avantages qu'on peut tirer des instruments aratoires perfectionnés, mais aussi les métiers les plus utiles aux classes agricoles. On y enseigne, entre autres choses , le tissage de la toile , la préparation des cuirs, ainsi que la confection des vêtements et de différents ustensiles de ménage.
En 1832, on fonda une école d'agriculture spéciale pour les paysans des Apanages, afin de propager, par leur instruction, les connaissances utiles en agriculture dans les autres classes de cultivateurs.
En 1834, un Institut agronomique fut établi près de Dorpat, sous la direction du professeur Schmaltz, pour l'enseignement supérieur dans les différentes branche» de l'économie rurale, et, en 1840, une nouvelle école agronomique , richement dotée et organisée sur une grande échelle, a été fondée dans le gouvernement de Mohilew, dans le domaine de Gorigoretzk, appartenant à la Couronne. Un capital de 38,580 roubles (154,320 francs) et des terres considérables, avec une populalion agricole de 2,735 habitants, furent affectés à cet établissement, qui se divise en deux parties, l'une pour l'enseignement inférieur destiné aux simples cultivateurs, afin de leur donner l'instruction nécessaire pour la pratique d'une culture bien entendue , et l'autre , pour l'enseignement supérieur, ayant pour objet spécial de former des agronomes aptes à administrer des terres considérables et à y introduire une culture améliorée, d'après un plan dressé à cet effet. On y a, en outre, établi une ferme pour l'instruction pratique des simples paysans, et l*on y forme également des bergers et des élèves pour la culture du lin.
En 1836, le ministre de l'instruction publique a été autorisé à fonder, dans les universités^ des chaires d'agri- . culture, à mesure qu'il se présenterait des élèves qui y se-
raient suffisamment préparés, et à introduire, aux frais de l'État, des cours publics d'agronomie dans quelques villes considérables où il n'y a pas d'université.
Quant aux établissements d'instruction spéciale, pour différentes branches subsidiaires de l'économie rurale, tels que les instituts forestiers, les écoles de vignerons et celles d'horticulture, nous en avons déjà fait mention en nous occupant de ces différentes cultures , pages 33 , 62 , 97 et suivantes.
A l'époque de l'institution des premières écoles agronomiques , surgit aussi la première idée des établissements modèles de l'économie rurale. On fonda une ferme-modèle en 1801, dans le gouvernement de Smolensk, pour faciliter l'introduction d'une culture améliorée dans les domaines des Apanages , et un autre établissement de ce genre, en 1802, près de Saint-Pétersbourg, sous le titre de ferme anglaise ; mais ces deux établissements furent bientôt supprimés, vu que l'utilité qu'on pouvait en tirer ne s'est pas trouvée en rapport avec les frais de leur entretien ; ce qui s'explique par les circonstances de cette époque, où nos classes agricoles étaient encore trop peu familiarisées avec les premiers éléments d'une culture rationnelle, pour en apprécier les avantages. Aussi , ce premier insuccès ne rebuta-t-il pas le gouvernement, et l'idée d'encourager les essais d'une culture améliorée par l'exemple d'établissements qui pourraient servir de modèles, attira de rechef son attention. En 1825, le ministre des finances fut autorisé à créer des fermes-modèles dans les contrées où elles pourraient être le plus utiles, en affectant à chacune d'elles un capital de fondation de 50,000 roubles et une rente annuelle de 15,000. En vertu de cette résolution suprême, une ferme-modèle a été établie à Lougansk, dans le gouvernement d'Ekathérinoslaw. Plus tard, cette ferme a été supprimée, à cause de différentes circonstances locales.
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qui lui étaient défavorables, et remplacée par une autre fondée, en 1848, dans le même gouvernement, sur une terre de la Couronne dans le district d'Alexandrowsk. Outre cette ferme , le ministère des Domaines en a institué sept autres, savoir : dans les gouvernements de Vologda, de Saratow (deux fermes), de Tambow, de Mohilew, de Kazan et de Kharkow. Les terrains affectés à ces huit fermes occupent une étendue de 10,490 dessiatines = 11,456 hectares. On admet dans chacune d'elles des élèves appartenant tant à la classe des paysans de la Couronne qu'à celle des paysans des domaines particuliers. Leur nombre total ne s'élevait, en 1849, qu'à 706 individus ; mais il augmente d'année en année. Le cours complet des études est de quatre ans. L'application des différents systèmes d'agriculture qu'on enseigne d'une manière pratique dans ces établissements est appropriée aux circonstances particulières à chaque contrée où la ferme est située.
Il a été également reconnu que la propagation des connaissances utiles , par la voie de la presse, était aussi un des moyens les plus efficaces pour favoriser les progrès de l'agriculture. En 1802, l'empereur Alexandre manifesta le désir de voir l'Académie des sciences s'occuper, d'une manière suivie, à faire des publications tirées des écrits périodiques et des ouvrages étrangers sur toutes les inventions et tous les perfectionnements agronomiques d'une utilité reconnue. C'est de cette époque que datent les nombreuses publications, faites aux frais de l'État, sur différentes branches d'agriculture. En 1830, on introduisit dans la plupart des gouvernements l'usage des publications périodiques sous le titTedeN(mvellesdegouvernement{Goubernskia vedomosti)^ contenant des notions utiles en matière d'agri* culture, d'industrie et de commerce.
En 1834, on fonda, aux frais de l'État, une gazette agricole dont on distribue gratuitement un certain nombre
d'exemplaires au clergé des villages. Cette gazette est tirée maintenant à environ 5,000 exemplaires.
Le ministère des Domaines fait paraître, depuis 1841, un journal mensuel qui porte à la connaissance du public les opérations de ce ministère et renferme des recherches et des travaux utiles sur diverses questions qui intéressent Féconomie rurale , ainsi que les notions nécessaires sur les inventions utiles et sur les améliorations introduites dans Fagriculture , tant en Russie que dans les pays étrangers.
Indépendamment de ces deux organes périodiques , le comité de tutelle des colonies publie, depuis 1846, à Odessa, une gazette agricole allemande, spécialement destinée aux colonisles du midi de la Russie. Il se publie, en outre, sous les auspices du comité scientifique du ministère des Domaines , et par quelques-uns de ses membres , des ouvrages utiles, sur différentes branches de Tagriculture, dont plusieurs sont spécialement destinés à l'instruction morale et agricole de la classe des paysans.
L'impulsion donnée par le gouvernement éveilla l'activité littéraire des classes éclairées, et, depuis cette époque, les publications périodiques et autres concernant les intérêts agricoles se multiplièrent d'année en année.
On trouve , dans le compte rendu du département de rÉconomie rurale, au ministère des Domaines, qui a paru en 1849 , la nomenclature de tous les travaux publiés sur cette matière, pendant les années 1843-1848, tant pour le compte du gouvernement que par les particuliers.
Nous devons encore faire mention d'une des mesures les plus importantes , à notre avis , et qui doit avoir les meilleurs résultats pour les progrès de notre économie rurale.
Pour répandre les connaissances agronomiques parmi les populations de la campagne , par l'organe des curés de village, le gouvernement a fait ouvrir un cours d'agricul-
turc dans les séminaires, qui envoient à l'Institut de Gorigoretzk des élèves destinés à professer cette branche d'instruction, et le ministère des Domaines vient de publier un cours complet d'agriculture destiné spécialement aux séminaristes.
Comme les curés de village de l'Église dominante sont dotes de terrains assez considérables, bien arrondis et bien propres à former de petites fermes-modèles , une culture améliorée, dans les dépendances du presbytère, ne peut pas manquer d'exercer une influence favorable sur toute la localité, indépendamment des bons conseils qu'un curé instruit et éclairé peut donner à ses paroissiens dans tout ce qui concerne leur économie rurale.
C Sociétés agronomiques.
L'utilité de ces associations a été reconnue dans tous les pays. Elles facilitent à tous les agronomes éclairés les moyens de se concerter sur les améliorations à introduire, de st communiquer les résultats de leurs observations, de leurs essais et de leur expérience , de les propager dans le pays et de se prêter en tout le concours mutuel de leurs lumières.
La première société agronomique russe fut fondée, à Saint-Pétersbourg, sous le règne de l'impératrice Catherine, en 1765, c'est-à-dire à une époque où il n'y avait, dans toute l'Europe, que trois ou quatre sociétés de cette catégorie.
Sous le règne de l'empereur Alexandre fut fondée, en 1805, la société économique de Livonie, et, en 1818, celle de Moscou. Il s'en est formé, depuis, plusieurs autres dans les provinces de la Baltique, dans le midi de la Russie et dans quelques gouvernements du centre, et elles sont maintenant au nombre de dix-neuf, dont quatre, savoir:
la Société impériale libre de réconomie rurale , à Saint- Pétersbourg ; la Société agronomique de Moscou ; la Société centrale de l'élève des brebis, instituée également à Moscou ; et la Société agronomique de la Russie méridionale > à Odessa, qui jouissent d'une subvention annuelle de la part de l'État s'élevant au total, pour toutes les quatre ensemble, à 34,285 roubles argent = 137,140 francs.
Indépendamment de ces sociétés agronomiques dont plusieurs se trouvent sous le patronage et la protection du gouvernement, fut institué, en 1833, un comité spécial chargé de rechercher les moyens d'améliorer l'agriculture en Russie. Le journal de ce comité, qui est maintenant remplacé par le comité scientifique établi auprès du ministère des Domaines, contient des notions intéressantes et diverses propositions dont quelques-unes ont été mises à exécution.
70 Concours avec adjudication de prix.
A dater de l'année 1842, le comité scientifique du ministère des Domaines met au concours, avec adjudication de prix qui consistent en médailles d'or et d'argent, la solution des questions les plus importantes pour notre agriculture, soit pour constater les causes qui entravent les progrès de telle ou telle branche de l'Économie rurale, soit pour suggérer les meilleurs moyens d'y remédier. Les écrits qui ont obtenu les prix sont portés à la connaissance du public par le journal du ministère.
Ces concours sont aussi un bon moyen d'encouragement. Ils éveillent l'attention des hommes studieux, et provoquent des recherches qui peuvent souvent conduire à d'utiles améliorations.
Le département de l'Économie rarale donne, dans son compte-rendu publié en 1849, la liste des thèmes mis au
concours, depuis 1842. Nous n'en citerons ici que quelques-uns .des plus importants :
Sur les moyens d'améliorer en Russie la culture des prairies ;
Sur les moyens les plus simples et les moins coûteux do se procurer de l'eau dans les steppes du midi et de l'est (sur ces deux thèmes, quarante- sept travaux ont été présentés, dont quelques-uns ont obtenu la grande ou la petite médaille d'or, ou la médaille d'argent) ;
Sur les causes de l'abâtardissement de la race bovine et de la race chevaline chez les paysans ;
Sur les causes de la situation peu satisfaisante des cultivateurs dans les contrées septentrionales de l'Empire^ et sur les moyens d'y remédier ;
Sur l'état des branches d'industrie exercées par les paysans de quelques gouvernements, et sur les moyens de les encourager et de les améliorer ;
Sur le meilleur système de construction des bâtiments pour les paysans, tant sous le rapport économique que sous celui de leur solidité et de leur garantie contre les incendies.
s*" Expositions agricoles et récompenses.
Les expositions des produits agricoles favorisent le« progrès de l'économie rurale en stimulant l'émulation des agronomes les plus éclairés et en les portant à d'utiles perfectionnements. Elles servent aussi à constater les progrès de l'agriculture dans les différentes contrées de l'Empire.
Les premières expositions ont eu lieu, en 1844» à Odessa et à laroslaw. Il y en a maintenant dans beaucoup d'autres gouvernements. On trouve, dans le compte-rendu déjà cité du département de l'Économie rurale, une notice
complète sur toutes celles qui ont eu lieu jusqu'à la fin de 1848, et sur les médailles décernées aux agronomes qui se sont plus particulièrement distingués par la supériorité de leurs produits.
9"* Mesures concernant les instruments aratoires.
Pour faciliter aux agronomes l'acquisition des machines et des instruments aratoires, le gouvernement les a affranchis des droits d'importation, et l'on a établi, en 1836, auprès de l'Institut technologique à Saint-Pétersbourg, un atelier de modèles pour ces instruments, qu'on envoie aux chambres des finances de tous les gouvernements pour y former des collections. On a accordé, en même temps , des secours d'argent aux fabricants d'instruments aratoires à Moscou, pour les mettre à même de donner plus d'extension à leurs établissements.
L'ensemble de toutes ces mesures ne saurait manquer d'exercer une influence favorable sur les progrès de notre agriculture, mais , dans cette partie plus que dans toute autre, les bons effets des mesures les mieux combinées sont lents à se manifester, surtout dans un aussi vaste empire, où les immenses distances rendent les communications si difficiles. En fait d'industrie manufacturière, chaque invention, chaque perfectionnement, chaque nouveau procédé porte presque immédiatement ses fruits et sa récompense, tandis que, dans l'économie rurale, il faut attendre souvent pendant une longue suite d'années pour recueillir les bénéfices des améliorations qu'on entreprend, et bien souvent, ce ne sont que les générations futures qui en profitent.