‹ Études sur les forces productives de la Russie (volume 2)Chapitre 20 sur 40 · MM · texte numérisé non relu

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(i) On trouve dans l'ouvrage déjà cité de M. Balllng, pages 29G et suivantes, le calcul détaillé du mélange des pommes de terre et des différentes espèces de dréche, ainsi que de la quantité de soude cristallisée ajoutée à ces mélanges, pour activer la fermentation. Nous profitons de cette occasion pour recommander cet ouvrage à tous ceux qui s'intéressent plus spécialement à toutes les expériences fiiitet dans eette branche dindustrie.

(2) Voici ce que dit à ce smjet un technologue français dans VEncyclopédi9 f^oderne de Courtin, tome I*', page 489 :

■ Nous ferons connaître ici le nouveau genre d'industrie dont s'est enrichie « promptement la France, et qui doit son origine à une découverte de Kirchoff, « célèbre chimiste de Russie. Ce savant ayant observé que les fécules amylacées « pouvaient être converties en matière sucrée fermentescibie par la réaction pro-- « longée de l'acide sulfiirique très-a£Eaibli, l'industrie s'empara de ce fait , et les « perfectionnements marchèrent avec tant de rapidité qu'on parvint, en trèa-peo f de temps, aax résultats les plus saiisfoisants. »

51 s INDUSTRIE.

atteint dans le royaume de Pologne (1 vedro par habitant) ; ce qui porterait le total de la production de Teau-dè-vie, dans toutes les possessions de la Russie en Europe et en Asie (sans les provinces transcaucasiennes), à 64 millions de vedros, et elle pourrait même être beaucoup plus considérable.

Cette évaluation peut être juâtifiée d'une manière plus ou moins approximative par le calcul suivant :

Sur le total d'environ 64 millions d'habitants (sans les provinces transcaucasiennes), nous retrancherons 10 millions ou 15 f pour 100, comme représentant les classes plus aisées, qui ne boivent pas d'eau-de-vie ordinaire, ainsi que les contrées vinicoles du midi. Il reste 54 millions, dont nous déduisons encore les enfants et les adolescents, jusqu'à l'âge de 14 ans accomplis , qui forment , à peu près, 35 pour 100 du chiffre total des habitants (1) ou, sur 54 millions, 18,900,000. Restent 36,100,000 individus. En prenant pour la population mâle la moitié de ce chiffre, ou 17,560,000 et ~ seulement de la population féminine, ou 1,766,000, nous obtenons un chiffre total de 19,305,500 consommateurs d'eau-de-vie.

On ne peut pas compter pour un buveur ordinaire moins de T7 schtoff, ou rf? vedro par jour. C'est la plus petite mesure d'eau-de-vie dans le débit en détail. Or, 7— vedro par jour donne 3,65 vedros par an, ou, pour 19,305,000 buveurs, 70,463,250 vedros ; ce qui dépasse de près de 6 7 millions l'évaluation que nous avons adoptée en bloc pour toute la population.

(1) Nous avons établi cette proportion sur la statistique de la Prusse qui est, sous ce rapport, la plus exacte et la plus complète. On compte, en Prusse, sur 100,000 habitants, 20,0G4 enfants jusqu'à Tàge de 7 ans, et 14,891 de 7 à 14 ans; en tout, 34,955 individus jusqu'à Tûge de 14 ans accomplis , ce qui fait à peu près 35 pour 100.

On pourrait objecter à ce calcul qu'au nombre des 19,30&y0Q0 individus, que nous comptons comme buveurs habituels d'eau-de-vie , il y en a qui ne sont pas assez aisés pour pouvoir prendre chaque jour leur petite mesure. Mais y si l'on considère :

!• Que , parmi ces mêmes 19,305,000 ponsommateurs d'eau-de-vie , il y en a aussi qui prennent une double et quelquefois une triple mesure ;

2** Que nous avons retranché 10 millions d'habitants des deux sexes, comme représentant la partie de la population qui ne boit pas d'eau-de-vie , bien qu'il y ait certainement, dans les classes plus aisées, un grand nombre d'individus qui consomment des boissons fortes ou édulcorées prépa^ rées avec de l'alcool ;

3** Que, parmi les femmes du bas peuple, il y en a certainement plus dcr? qiiî consomment de l'eau-de-vie ;

4** Que nous avons retranché toute la jeune population, au-dessous de 14 ans accomplis , tandis que chez les paysans, les garçons commencent très-souvent à boire de Feau-de-vie bien avant d'avoir atteint cet âge ;

5** Qu'il se fait une assez grande consommation d'alcool dans les préparations chimiques , dans la pharmacie et pour divers usages industriels, qui n'est pas entrée en compte ;

On conviendra sans doute que ce calcul n'est pas exagéré.

Sous le rapport économique, cette industrie est tellement favorisée par l'abondance et le bon marché des grains, dans plusieurs parties de la Russie, que l'eau-de-vie pourrait devenir un article important de notre commerce extérieur. Nous pourrions au besoin en fournir 60 à 60 millions de vedros, si les droits d'entrée, qui frappent les spiritueux dans les pays étrangers, étaient plus modérés. On peut, sous ce rapport, espérer de meilleures conjonctures, pour l'avenir, vu la tendance qui se manifeste , plus ou

moins dans tous les pays, de réformer leurs systèmes douaniers et d'abaisser le tarif, pour faciliter les échanges internationaux , surtout en ce qui concerne les matières brutes et les articles alimentaires.

L'exportation de nos eaux-de-vie était autrefois assez considérable; elle était montée, en 1824, jusqu'à environ 400,000 vedros ; mais, depuis cette époque, elle est successivement tombée au-dessous de 10,000 vedros. Ce n'est qu'en 1847 que cet article a reparu dans notre commerce extérieur avec un chiffre assez notable de 159,000 vedços; mais ce retour de bonnes chances n'était que momentané, car, pendant les années suivantes, on n'en a exporté que 10,000 à 15,000 vedros.

Les plus grands et les plus nombreux établissements de distillation de l'eau-de-vie se trouvent dans les provinces de l'ouest, dans la Petite-Russie , dans les gouvernements de Saratow, Woronèje, Twer, Koursk, Orel, Toula «t Orenbourg , dans le royaume de Pologne et dans les provinces de la Baltique , où l'on fabrique de préférence de l'eau-devie de pomme de terre , à cause de la cherté des grains dans ces provinces.

Fabrication de la bière.

Cette industrie n'est pas, à beaucoup près, aussi importante, sous le rapport de son développement, que celle de la distillation des eaux-de-vie, vu qu'elle n'atteint pas un dixième du produit financier de cette dernière.

Dans le royaume de Pologne, où l'on fabrique beaucoup plus de bière que dans l'Empire, comparativement au chiffre de la population, on a brassé, en 1846, d'après les données officielles, 22,600,000 garnietz (1 gamietz = 4 litres = 0,33 vedro) ce qui donne en comptant un garnietz

à 5 kopecks (prix de revient) 14^3,000 roubles argent. Le produit de la distillation de Teau-de-vie était, pendant la même année, comme nous Tavons déjà fait observer, de 15 millions de garriietz == 4,878,000 vedros représentant, à 60 kopecks le vedro, une valeur de 2,926,800 roubles, de sorte que la valeur du produit des brasseries était à celle des distilleries comme 10 est à 26 ; mais il y a beaucoup de gouvernements de FEmpire, où les brasseries ne donnent pas un dixième du produit des distilleries.

Voici les chiffres comparatifs pour les gouvernements où la valeur du produit de ces deux industries, en 1846, a été officiellement constatée (1) :

GouTernements.

Twer. ,.

Smolensk.

Kîew . .

Saralow .

Toula. .

Kazan. .

Totaux

VALEUR

de la bière brassée, rouble*.

VALEUR

de Teau-de-Yie.

Tonbles.

PROPORTION é* h iakir it la ï\tn I celle !• ren-4e-Tie eewie IH est k :

En comptant le gamietz à 5 kopecks, la valeur de 149,600 roubles représente en quantité 2,992,000 garnietz = 987,360 vedros, laquelle quantité, répartie sur la population de ces six gouvernements, en 1846 (8,392,600 habitants), ne donne que rh vedro par tête ; tandis que, dans le royaume de Pologne, les 22,500,000 garnietz = 7,425,000 vedros , brassés en 1846, répartis sur une population de 4,700,000 habitants, donnent 1,58 vedro par tête.

(1) Ces chiffres, tirés de la statistique de M. ArséDîeff, doivent être, comme la plupart des donn^ officielles de ce genre, au-dessous de la réalité.

m INDUSTRIE.

Dans les gouvernements de l'ouest, (jui ne se trouvaient pas sous le régime de la ferme du débit des boissons» la consommation de la bière est plus considérable que dans les autres ; mais elle n'est pas à beaucoup près aussi forte que dans le royaume de Pologne, et l'on ne pourrait guère la porter, pour tout l'Empire, sans le royaume de Pologne, à plus de rTo vedro par tête, ce qui donnerait, pour une population de 87,200,000 habitants (la Finlande comprise) 8,580,000 vcdros. En y ajoutant les 7,425,000 vedros brassés en Pologne , on obtient pour total de la consommation des bières indigènes, en somme ronde, 16 millions de vedros, ce qui donne, pour le total de la population de tout6 la Russie d'Europe (60,000,000), rh vedro par tête. Les 16 millions de vcdros, comptés au prix moyen de 15 kopecks, donnent pour valeur brute des produits de cette fabrication 2,400,000 roubles; mais si Ton en défalque la valeur de la drôche, qui entre déjà dans nos estimations des produits bruts de l'agriculture, on ne peut porter, d'après un calcul approximatif, qu'à environ 1,000,000 la valeur que cette industrie ajoute par la fabrication aux produits bruts de notre sol.

Dans les États do l'association allemande , on compte, d'après les données statistiques officielles (voir Dieterici Statisiischa Uebersicht , tome IP, j)age 310), 38 qtmrtes = 3,42 vedros par tête (1 quarte = 0,09 vedro). Dans la Bavière seule, 106 quartes = 97 vcdros. En Autriche, d'après la statistique officielle, 19,74 mass = 2,17 vcdros (1 mass = 0,11 vedro) par habitant. En France, d'après la statistique agricole de 1840, on comptait 0,12 hectolitre = 0,94 vedro (1 hectolitre = 7,88 vcdros). En Angleterre, d'après le calcul de Mac CuUoch et Dieterici, fondé sur la quantité de drôche consommée dans les brasseries, 46 quartes = 4,14 vcdros par tête.

Nous ajoutons ici, d'après ces données , le tableau com-

paratif de la consommation de la bière en Russie et dans les autres pays :

CONSOVMATION

lie la bière par habit.

v«dr<M.

En Russie, avec le royaume de Pologne 0, 26

/({em^ sans le royaume de Pologne 0, 45

Dans le royaume de Pologne seul 4 , 65

En France • , • • ^7 9*

En Autriche • 2, 47

Dans le Zoll-Verein 3, 42

Dans la Bavière seule 9

En Angleterre 4, 44

La consommation de la bière est restreinte en Russie par l'usage plus répandu des boissons spiritueuses, qu'exige la rigueur de notre climat. Pendant l'été, la bière est remplacée , dans une grande partie de la Russie, par le kwass , boisson rafraîchissante qui provient de la farine de seigle fermentée. L'usage de l'hydromel est aussi assez répandu dans les deux capitales et dans quelques provinces de TEmpire.

La fabrication de la bière est néanmoins une industrie très-avantageuse à l'économie rurale. Elle favorise aussi l'engraissement du bétail , ainsi que la culture du houblon et celle de l'orge qui conviennent très-bien au sol et au climat de la plus grande partie de la Russie.

On consommerait, chez nous, beaucoup plus de bière, si elle était mieux préparée. A l'exception de quelques grandes brasseries de Saint-Pétersbourg , de Moscou , de Varsovie et de quelques autres établissements isolés , on ne fabrique ordinairement que des bières très^légères, d'un goût fade et peu agréable, qui se gâtent très^vite et déran^ gent souvent les fonctions digestives, tandis que l'usage modéré des bières fortes et substantielles est très-favorable au régime hygiénique. L'usage plus ou moins répandu de la bière dépend toujours en grande partie des bons procé-

dés de la fabrication, qui en déterminent le prix et la qualité. On ne boit dans aucun pays autant de bière qu'en Angleterre et en Bavière ,, mais nulle part aussi on n'en fabrique d'aussi bonne.

Ce qui prouve le mieux l'influence qu'exercent les procédés de fabrication sur la consommation de la bière, c'est que partout où il s'est établi de bonnes brasseries , elles n'ont jamais manqué de débit, et que les entrepreneurs de ces établissements se sont toujours enrichis. A Vienne et dans toute la basse Autriche, où la fabrication de la bière était encore , il y a 30 ans , très-arriérée, la consommation de cet article a triplé depuis qu'on y a organisé de bonnes brasseries à l'instar de celles de la Bavière et de la Bohême, et elle augmente constamment, malgré l'usage très-répandu des vins du pays. Mais, indépendamment de la médiocre qualité des bières qu'on fabrique en Russie, leur consommation restera toujours très-restreinte, tant que le prix en sera aussi élevé qu'ill'est maintenant. Une bouteille de bière première qualité, de grandeur ordinaire, qui se vendrait, en Bavière, à 3 kopecks, coûte, à Saint-Pétersbourg, jusqu'à 25 ou 27 kopecks, c'egt-à-dire neuf fois autant; de sorte que cette boisson est devenue un article de luxe inaccessible au bas peuple. Sans cette cherté et l'état arriéré de nos brasseries, l'usage de l'eau-de-vie, quelque répandu qu'il soit, ne restreindrait pas la consommation de la bière au point où elle est réduite en Russie. La meilleure preuve que, à côté d'une grande consommation d'eau-de-vie, la fabrication de la bière peut également prospérer, est fournie par les données statistiques du royaume de Pologne, où la consommation de la bière est, en moyenne, de 1,58 vedro par tête, bien que celle de l'eau-de-vie excède la proportion de 1 vedro par habitant.

Fabrication du sucre de betterave.

Dans le chapitre précédent, page 83, nous avons signalé riraportance de la culture de la betterave pour notre économie rurale. Elle peut être considérée, en quelque sorte, comme le premier pas vers un système plus rationnel qui consiste à alterner la culture des grains avec celle des plantes qui épuisent moins le sol et fournissent en même temps des moyens d'alimentation pour le bétail ; mais son principal avantage, pour la Russie, consiste en ce qu'elle éveille l'activité industrielle des habitants de la campagne, favorise la circulation monétaire et procure aux propriétaires des contrées, qui ont très-peu de débouchés pour les autres produits du sol, le moyen de faire valoir leurs terres et d'en tirer un revenu certain en produisant un article d'un débit prompt et facile, et dont le transport même lointain ne présente aucune difficulté (1). Ici nous allons nous occuper de la fabrication même du sucre de betterave comme branche d'industrie.

Favorisée plus que dans aucun autre pays par la protection d'un tarif très-élevé , qui frappe le sucre brut colonial d'un droit d'entrée équivalent à plus de 100 pour 100 de la valeur et défend entièrement l'importation du sucre raffiné , l'industrie de la betterave a pris, depuis une dixaine d'années, un développement très-rapide. On a vu, parles données statistiques colisignées dans le P' volume, page 205, qu'il y avait, en 1848, dans tout l'Empire et dans le

(i) Ce sont ces considérations qui ont engagé^ depuis longtemps, le ministère des Domaines à encourager cette culture et à en défendre les intérêts dans toutes les occasions.

326 INDUSTIUE.

royaume de Pologne, 337 fabriques, qui ont produit, pendant cette année, 902,960 pouds de sucre brut officiellement constatés. En y ajoutant les quantités qui échappent au contrôle et les progrès de cette fabrication pendant les trois demiôres années , nous croyons pouvoir porter sans exagération, la production actuelle à environ 1,900,000 pouds représentant , au prix moyen de 6 roubles le poud, une valeur de 7,200,000 roubles argent , ce qui fait près d'un tiers de la production du sucre en France, qui s'élevait, en 1850, à 65 millions de kilogrammes = 3,973,000 pouds (1 kilogramme =2, 445 livres de Russie); trois cinquièmes de la production de tous les États de Tassociation douanière allemande pris ensemble, qui est d'environ 660,000 quintaux =2,018,000 pouds (1 quintal =122,3 livres de Russie), et plus que le double de ce qui se produit en Autriche (environ 150,000 quintaux = 513,000 pouds (1 quintal de Vienne = 136,9 livres de Russie).

En admettant, en moyenne, un rendement de 4 pour 100 (1), la fabrication de 1,200,000 pouds suppose Femploi de 30 millions de pouds de betteraves, représentant, au prix de 5 kopecks le poud, une valeur de 1,500,000 roubles, qu'il faut porter en déduction , comme se trouvant déjà comprise dans nos estimations des produits bruts du soi. Ainsi, il reste une valeur de 5,700,000 roubles que cette industrie ajoute aux produits de notre agriculture.

L'importation du sucre colonial s'élève maintenant, le royaume de Pologne compris, à environ 2,300,000 pouds, laquelle quantité, ajoutée à 1,200,000 pouds de sucre indigène donne, pour total de la consommation, 3,500,000

(1) Il est notoire que, dans les fabriques bien organisées, on obtient 6 pour 100 et au dcl^ ; mais la plupart de nos établissements sucriers sont encorv si aniérés dans leurs procédés que nous n'avons pas cru pouvoir admettre une moyenne plus élevée que 4 pour 100«

poûdSy dans lequel lotal la production indigène figure pour plus d*un tiers. En France, la sucrerie indigène fournit plus de la moitié de la quantité de sucre consommée dans le pays, 66 millions sur 121 millions, en 1850. Dan» le Zoll-Verein, elle entre pour environ un tiers et, en Autriche, pour un cinquième dans le total de la consommation.

Les 3,500,000 pouds, répartis sur une population de 64 millions (1) , donnent 2,2 livres de Russie par tfete.

Dans les autres pays, la consommation du sucre donne les chiffreà suivants :

LIYRES

de Russie par Iclr.

Grande-Bretagne. 24

Belgique <8, 3

Pays-Bas 47, 4

France 8, 3

Danemark 6, 4

Les États de l'assodation douanière allemande ... 5, 5

Suède et Norwége 3, 7

Autridie 2, 8

Ainsi, la consommation nelative du sucre en Russie (2;2 livres par tête) est encore de 21 pour 100 inférieure à icelle de l'Aulriche et dQ 40 poiu- 100 à celle de la Suède, les deux pays qui occupent, sous ce rapport, la dernière plsuse.

En Autriche, il y a plusieurs provinces, la Gallicie, la Bukowine , la Hongrie , la Transylvanie et les Frontières-Militaires , où l'usage du thé et du café est concentré dans quelques villes plus considérables et dans quelques classes peu nombreuses des habitants , où , par

(1) Le total de là population de toutes les possessions de la Russie en Europe et en Asie s^élèTe (suivant les rectifications faites après le dernier recensement, à environ 65,600,000% à 67,247,000; mais nous en avons retranché la Finlande, qui, pour la consommation du sucre, n'est pas comprise dans les évaluations ci-dessus.

conséquent, le bas peuple ne participe guère à la consommation du sucre , et ces provinces , prises ensemble, embrassent plus de la moitié de la population de tout l'empire . C'est ce qui explique le chiffre relatif très-minime de ia consommation du sucre dans cet empire, comparativement aux autres pays. La Russie se trouve , sous quelques rapports, dans une situation plus ou moins analogue. La consommation du café y est encore beaucoup moins répandue qu'en Autriche ; mais , en revanche , l'usage du thé , trèslimité dans ce dernier pays et réservé aux classes élevées de la société, est très-répandu dans la plus grande partie de la Russie, même parmi le bas peuple (1).

Il y a, à la vérité, une circonstance particulière à la Russie, qui contribue à restreindre la consommation du sucre. Comme on se sert du sang de bœuf pour le raffinage , les stricts observateurs des carêmes le remplacent, pendant environ trois mois de l'année, par le miel. Cependant cet usage n'est pas assez général ni assez répandu dans toutes les provinces de l'Empire pour faire descendre la consommation de celte denrée au-dessous du niveau de tous les autres pays, et elle serait sans doute beaucoup plus considérable, si le sucre était moins cher. Cette cherté provient en grande partie de l'élévation du droit d'entrée prélevé sur le sucre brut (3 roubles 80 kopecks) qui revient à plus de 100 pour 100.

Il a été reconnu et constaté dans tous les pays qu'il y a peu d'articles sur lesquels Tinfluence de l'élévation de la taxe soit aussi sensible que celle qu'elle exerce sur la consommation du sucre. En Angleterre, cette dernière a aug-

(1) En Autriche» on consomme fo^. livre de café par tête ; en Russie, seulement rli livre. Par contre, la moyenne de la consommation du thé par tète est, en Russie, de t^ô livre et, en Autriche, seulement de irëê livre de Russie.

mente, dans l'espace de quatre ans (de 1844 à 1848), après l'abaissement du tarif, de près de 50 pour 100.

Il est incontestable que c'est précisément cette cherté du sucre qui a donné la plus forte impulsion à notre industrie sucrière ; mais l'élévation de la prime, que le tarif assure aux fabriques de sucre indigène, a eu en même temps l'inconvénient de faire surgir beaucoup d'établissements, placés dans des circonstances locales peu avantageuses ; et bon nombre de propriétaires qui avaient entrepris cette industrie, sans avoir bien calculé les convenances locales, n'y ont pas trouvé leur compte , malgré le (prix élevé auquel ils pouvaient vendre leur sucre. Autant les fabriques de sucre bien organisées sont utiles , non-seulement aux propriétaires de ces établissements, par les bénéfices qu'elles leur rapportent , mais aussi aux intérêts agricoles de la localité, autant ceux de ces établissements qui n'ont qu'une existence précaire et ne peuvent se soutenir que par l'extrême cherté de l'article qu'ils produisent, sont contraires aux intérêts d'une économie bien entendue ; car les minces bénéfices qu'ils procurent à leurs entrepreneurs sont bien au-dessous des sacrifices pécuniaires qu'ils imposent à l'État, en le privant des droits qu'il pourrait prélever sur la quantité correspondante de sucre colonial qui se trouve remplacé dans la consommation par le sucre indigène. Il est généralement reconnu que les fabriques de sucre de betterave ne peuvent réussir ni être profitables que lorsqu'elles emploient des appareils perfectionnés, qu'elles sont dirigées par des industriels qui possèdent toutes les connaissances spéciales qu'exige cette fabrication, et qu'elles sont placées dans des localités appropriées à cette industrie, c'est-à-dire où le sol et le climat sont favorables à la culture de la betterave, où le combustible est à bon marché, et où il est, en outre, facile de se procurer, en temps utile, le nombre de bras nécessaire pour

tàO INDUSTRIE.

le sarclage (1) et la récolte sans être obligé de les payer très-cher. Là où manque l'une ou l'autre de ces conditions essentielles, l'industrie sucriùrc ne saurait prospérer. Ainsi, par exemple, une fabrique bien organisée et pourvue des meilleurs appareils peut donner des résultats peu satisfaisants, si le surveillant de la cuisson, qu'on appelle en Allemagne siedmeister, n'est pas expert dans son métief (c'est , en général , l'agent le plus important dans cette fa-* brication), ou bien si elle ne peut se procurer qu'à force d'argent les bras nécessaires pour les soins qu'exige la culture des champs de betterave et pour la récolte. C'est à cause de cette dernière condition que, dans les pays étrangers, les fabriques de sucre se concentrent ordinairement dans des contrées bien peuplées. Chez nous, les propriétaires qui établissent des fabriques dans leurs terres ont la facilité de la corvée , mais c'est une culture qui exige certains soins qu'oii n'obtient pas toujours par le travail de corvée. Voilà pourquoi nous croyons que cette industrie ne parviendra pas chez nous au degré de prospérité qu'elle est susceptible d'atteindre, tant que la culture de la betterave ne sera pas suffisamment propagée parmi nos paysans. Il est plus facile à un cultivateur de soigner sa petite plantation de betteraves , de la sarcler et de l'arroser au besoin avec le recours gratuit des bras de sa femme et de ses enfants^ que cela n'est praticable dans de grandes cultures entrepnses polir le compte des fabricants* Il y a déjà sous ce rapport quelques progrès; car dans les contrées où se trouvent les principales fabriques de sucre , les populations rurales commencent à prendre goût à cette culture et à en apprécier les avantages.

(1) Il est notoire que Ica plantes parasites exercent une grande influence sur les substances saccharines de la liettcrave, et qu'une plantation mal soignée, sous )e rapport du sarclage, ne donne qu'un produit de qualité médiocre.

A côté des circonstances locales qui favorisent, dans quelques contrées de la Russie , Fextension de l'industrie sucrière , il y en a une très-grave qui lui est contraire , ce senties fréquentes sécheresses qui font perdre quelquefois toute la récolte.

En ce qui Concerne les procédés dé la fabrication, cette industoie ^ prise dans son ensemble, est encore chez nous très en arrière des progrès qu'elle a faits dans d'autres pays. Noius possédons des établissements modèles , comme, par exemple)^ celui du Comte Bobrinsky dans le gouvernement de.Kicrw^ qui pourraient rivaliser avec les meilleures fabriques de la France et de l'Allemagne ; mais ils ne sont pas en gl^snd nombre. Beaucoup de fabriques s6 servent d'appàreîis tnal confectionnés et sont exploitées d'une manière si défectueuse qu'elles obtiennent à peine un rendement de 8 peut lOO de la matière première* Oii a vu , par les données statistiques qui se trouvent dans le I**" volume, page 205 , que la moyenne du rendement n'était que de 3 i pour 100 j tandis qu'en Allemagne et en France, on obtient ordinairement plus de 6 et souvent 6 pour 100 et même au delà«

Est non» dcctipani dans le chapitre précédent (pages 112 et tmmntêB de ce volume) de la culture de la betterave, comine pldnte saccharifère, nous avons examiné impartialement \eû avantages qu'elle procure aux localités où elle se trouve concentrée, et le degré d'importance que l'on doit aligner à l'industrie sucrière au point de vue général des intérêts de notre agriculture. Ici nous essaierons d'examiner^ avec la même impartialité ^ les sacrifices qu'on fait pour sa prospérité. Jusqu'à présent ces sacrifices ne touchent qu'aux intérêts financiers de l'État, car, dans son origine, la taxe élevée dont notre tarif frappe le sucre colonial n'a pas été établie en faveur du sucre indigène , mais dansi un btil fiscal. L'industrie de la betterave n'a pas pro-

voqué celte protection du tarif, mais. elle en a profité. On ne peut donc pas lui imputer la cherté excessive de cette denrée. L'extension de la sucrerie indigène aurait, au contraire, dû produire un abaissement de prix, par la concurrence qu'elle fait aux raffineurs du sucre colonial , qui avaient auparavant le monopole des marchés. Mais ce résultat ne s'est pas encore manifesté jusqu'à présent d'une manière sensible.

Les établissements mal organisés et qui prodmsent chèrement ne peuvent pas vendre sans perte leur sucre audessous du prix auquel se vend le sucre colonial, malgré le droit très-élevé que paie ce dernier; ils ne font, par conséquent, pas concurrence aux fabriques bien ' établies qui n'ont pas besoin de baisser leur prix, puisqu'elles trouvent toujours à vendre leur sucre aussi cher que le sucre colonial. Mais cette industrie deviendrait effectivement très -préjudiciable aux intérêts des consommateurs , si elle exigeait irrévocablement et indéfiniment le maintien des droits actuels sur le sucre colonial , qui portent au double le prix naturel de cette denrée.

Quant aux sacrifices que cette industrie impose aux intérêts financiers de l'État, il est facile d'en évaluer le montant. Comme les fabriques indigènes n'ont pas fait baisser le prix du sucre, il est évident qu'elles n'ont pas pu provoquer un accroissement dans la consommation de cette denrée. Donc les progrès de cette consommation ne sont que le résultat naturel des progrès de la population et du bien-être dans certaines classes d'habitants; donc chaque poud de sucre qui se produit dans le pays ne fait que remplacer un poud de sucre colonial qui paie à l'entrée un droit de 3 roubles 80 kopecks. La sucrerie in-' digènc produit maintenant environ 1,200,000 pouds; laquelle quantité, remplacée par le sucre colonial, rapporterait à l'État 4,560,000 roubles. En déduisant de celte

somme là taxe de 45 kopecks par poud, que les fabriques indigëfies acquittent au trésor et qui devraient rapporter, en admettant que toutes les quantités effectivement produites soient imposées, 450,000 roubles, il reste encore un sacrifice de 4,110,000 roubles à porter à la charge du trésor.

Les fabricants de sucre contestent la réalité de ce sacrifice, parce que, disent-ils, l'importation du sucre colonial, loin de diminuer, a au contraire augmenté, malgré l'extension de la sucrerie indigène. Cet argument n'a pour lui qu'une apparence de raison. La consommation du sucre augmente dans tous les pays et dans une très-forte proportion , par des causes naturelles déjà signalées , et comme la fabrication du sucre indigène n'a pas fait baisser le prix de cet article, elle ne peut pas non plus, comme nous l'avons déjà dit, s'attribuer les progrès de cette consommation en Russie. Il est donc évident que l'accroissement de l'importation du sucre colonial eût été beaucoup plus considérable, sans la concurrence du sucre indigène/ et que la perte qui en résulte pour les finances de l'État est une perte très-réelle ; mais les chiffres suivants, qui donnent les moyennes quinquennales de l'importation des sucres de toute espèce, vont encore mieux éclaircir cette question :

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