‹ Études sur les forces productives de la Russie (volume 2)Chapitre 22 sur 40 · SUCRE · texte numérisé non relu

SUCRE

criatallisablc.

non crislallisaMc,

Dupuis a obtenu, à la Guadeloupe, sur 100 livres de canne , 8 livres de sucre et 3 livres de mélasse, et, dans une autre analyse, 7 livres de sucre et 3 livres de mélasse, c'estrà-dire les proportions de 2,3 et de 2,6 de sucre cristallisable et 1 de sucre non cristallisable.

Dumas a trouvé dans les plantations de la Louisiane, d'après une moyenne du produit de 6 années, sur SOO kilogrammes de sucre brut , 286 kilogrammes de mélasse , ce qui donne la proportion de 7 de sucre cristallisable à 10 de sucre non cristallisable. Les colonies françaises , anglaises et espagnoles, dans les Indes occidentales, donnent, d'après le même chimiste, sur 500 kilogrammes de sucre brut, 208 kilogrammes de mélasse, ou la proportion de sucre cristallisable au sucre non cristallisable comme 14 est à 10.

En combinant toutes ces données numériques, voici

IL x6

Ui INDUSTRIE.

le résultat qu'on obtient: sur les 10 à 12 pour 100 de substanees saceharincs qu'on exprime de la canne {voir le calcul» page 340), le contenu saccharin varie entre les deux proportions suivantes :

Sucro cristallisablo i i

Sucro non cristallisablo 6 4(4)

D'après ces différentes proportions chimiquement con-* statées , on peut juger quelle perte la quantité de sucre cristallisé 9 contenu dans le jus de la canne, doit encore subir dans les procédés de la fabrication.

Ces rapprochements modifient d'une manière sensible la supériorité naturelle de la canne , quant au contenu des substances saccharines ; mais il y a encore une troisième circonstance qu'il faut également prendre en considération. La croissance de la canne dure à peu près une année jusqu'à sa floraison. Dans quelques plantations comme, par exemple, au Brésil et à la Jamaïque, on recule la récolte jusqu'à ce que la canne ait jauni et se soit amollie , ce qui n'a lieu qu'après 14 ou 16 mois. Dans la plus grande partie des Indes occidentales, on la coupe immédiatement après la floraison qui a ordinairement lieu pendant le douzième mois. Dans les Indes orientales, on la coupe môme avant la floraison, après 10 ou 12 mois de croissance; mais, en ajoutant le temps nécessaire pour préparer le terrain et faire la plantation, on peut compter en moyenne 15 mois d'intervalle d'une récolte à l'autre; de sorte, que sur 4 récoltes de betteraves, on ne peut compter que 3 récoltés de canne.

(1) Dans les Indes orientales, la divergence des résultats obtenus est beaucoup plus grande, mais, comme le produit de ces contrées ne Joue ({u'un rôle secon* dairc sur les marchés du continent européen, on peut le mettre en dehors de ce calcul {voir la brochure déjù citée de StOlzcI, pagpst 27 et suirantcM),

INDUSTRIE. n^

En admettant cette proportion et eti la combinant avec les données précédentes, le technologue Stôlzel établit le calcul suivant : 100 livres de canne donnent par an- 1 8 =6 pour 100 de sucre cristallisable, et 7 4=3 pour 100 de sucre non cristallisable ; et il en déduit que 100 livres de canne, comparées à 100 livres de betteraves, donnent à peu près le même produit en sucre brut.

Il s'agit maintenant d'établir la différence dans les frais de fabrication.

Il a été constaté par les recherches statistiques que le prix de la main-d'œuvre est, en général, dans les colonies, plus élevé que sur le continent européen, car même le travail d'esclaves, là où il existe encore, revient assez cher, surtout depuis les mesures prises contre la traite des noirs.

kopecks.

A Cuba, l'entretien d*un esclave revient, en y ajoutant les intérêts et Famortissement du capital qu'il représente dans le prix de son acquisition, à ^ dollar

par jour . = 27 »

 Porto -Rico, la journée de travail d'un esclave,

comme celle d*un homme libre, revient à ^ dollar = 34 » A Saint-Domingue, elle est de ^ à ^ dollar . . . . = 34 à 43

A la Jamaïque, de 4 f à 3 schellings :^ 46 à 82

A la Guyane, de2 à 4 y schellings = 55 à 424

Voici maintenant quelques données sur les prix de la journée de travail ordinaire en Europe, tels qu'on les paie pour les travaux des champs :

kopecks*

En Autriche et en Bohème (d'après Hagmeister ) . • 42 .

Prusse orientale (d'après Hoffmann) 42

Aux environs de Magdebourg, en Saxe et en Silésie

(d'après Gaspari) 48

Dans les contrées rhénanes de la Bavière 24

Dans le pays de Brandebourg (d'après Hoffmann). . 23

Dans le district de Diisseldorf (d'après Vieban). . . 28

En France 31 à 37

En Ai^leterre (d'après Senior). ..-.•., 37 à 53

2iA INDUSTRIE.

En comparant ces chiffres, on voit que Ta journée do travail coûte dans les colonies beaucoup plus chéri Encore faut-il observer que les prix les plus bas sont basés sur le coût et l'entretien des esclaves dont le travail est ordinairement peu productif. Il n'y a que quelques contrées qui fassent exception comme, par exemple, l'île Barbadc où la journée de travail d'un homme libre ne revient qu'à 10 ou 12 pence = 23 ou 28 kopecks; ce qui s'explique par le surcroît de population (on y compte 105,000 habitants sur une superficie de 10 { milles carrés). Cependant ce prix correspond encore au salaire le plus élevé d'une journée de travail en Allemagne. Le salaire le plus bas se trouve aux Indes orientales où, d'après les données recueillies par Neumann, une journée de travail ne revient, dans quelques contrées, comme par exemple à Bénarès, qu'à 9 kopecks; ce qui provient de la ruine d^'industric cotonnière qui, ayant été évincée par les colonnades an- :glaises, a laissé un grand nombre de bras sans emploi. C'est ce qui explique aussi que ces contrées , tout en ne retirant de la canne que 35 pour 100 sur 90 pour 100 de jus qu'elle contient , peuvent encore soutenir la concurrence avec les plantations des Indes occidentales.

Les capitaux jouent le rôle d'un second facteur dans les frais de production. Or, sous ce rapport, les colonies sont également en désavantage.

Dans tous les pays qui ne sont encore que dans la première période du développement de leurs forces matérielles, où l'industrie est encore peu avancée, où il y a des terrains vierges à exploiter et beaucoup de choses à entreprendre, les capitaux sont rares, comparativement aux besoins qui les réclament, ce qui influe d'une manière sensible sur le taux des intérêts. Aux États-Unis, les intérêts courants sont de 10 à 12 pour 100, et lorsque, en 1817, on a baissé le taux légal à 6 pour 100, les négo-

ciaats ne trouvaient plus de crédit, et l'on fut obligé, par suite de leurs sollicitations, de le porter de rechef à 8 pour 100 (1). Au Brésil, on paie 12 pour 100; au Mexique, 30 pour 100; aux Indes orientales, habituellement 24 pour 100.

Les planteurs des colonies ont , à la vérité , l'avantage de travailler avec des moyens plus simples et des appareils peu compliqués ; mais en revanche, les plus simples constructions coûtent beaucoup plus cher dans ces contrées. Si, comme on a vu plus haut, le prix de la journée de travail ordinaire dans les campagnes est beaucoup plus élevé que sur le continent européen , cette cherté est beaucoup plus sensible encore pour le travail d'un artisan : au Massachussetts, on paie au simple charpentier de 1 j à 1 ^ dollar = 1 rouble 49 kopecks à 1 rouble 53 kopecks; un couvreur^ 1 7 à 1 ^ dollar = 1 rouble 80 kopecks à 1 rouble . 98 kopecks ; à Buenos-Ayres, le plus simple artisan reçoit . 1 piastre = 1 rouble 33 kopecks ; à Rio-Janeiro, 1 à 2 ' piastres = 1 rouble 33 kopecks à 2 roubles 66 kopecks ; à Demerara, un simple aide charpentier près de 18 schellings = 8 roubles 25 kopecks par jour (2). Cette cherté de la main-d'œuvre est cause qu'on trouve moins dispendieux de faire venir des machines de l'Angleterre.

Une autre circonstance qui enchérit l'emploi des capitaux, déjà si chers par eux-mêmes, c'est qu'on ne peut les rendre productifs que pendant un très-court intervalle; car tandis que la betterave se conserve plusieurs mois, ce qui prolonge ]a durée des travaux de la fabrication,' la canne passe très-vite à l'état de fermentation, à cause du climat

(J) Voir Raa : « Ârchiv fur politische Economie neue Folge, » Vie partie , pageiX.

(2) Ces données sont tirées de la Revue d'Edimbourg, des Archives d'économie politique de Rau et d'autres publications statistiques.

des tropiques, et le pressurage doit se faire aussi promptement que possible; par conséquent le capital employé à la construction des bâtiments et des machines reste oisif pendant la plus grande partie de l'année. Aussi ne sont^c que les établissements considérables possédant de grands moyens de fabrication , qui peuvent travailler avec bénéfice ; mais , en revanche , vu le temps qu'il faut dans ces établissements pour le transport de la canne des endroits éloignés, cette dernière passe souvent à l'état de fermentation avant d'arriver à la fabrique. Aux Indes orientales, pour remédier à cet inconvénient , on se sert de moulins portatifs employés à l'extraction du jus sur les lieux de la récolte, mais ce mode d'extraction est très-imparfait et occasionne une perte considérable de jus.

La difTérence des frais est encore particulièrement sensible pour le combustible , dont la plupart des colonies éprouvent le manque, à l'exception de Java et de Porto- Rico, qui ont de belles forêts. La bagasse est un des principaux suppléants du bois , mais c'est un moyen de chauffage très-cher, car pour s'en servir on est obligé , comme on l'a vu plus haut, de n'exprimer qu'imparfaitement le jus de la canne. A la Jamaïque , on trouve plus profitable de faire venir de la houille de l'Angleterre ; et, malgré la cherté do ce combustible, la construction des fours qui chauffent les chaudières est très-imparfaite ; et môme, dans les appareils de chauffage mieux conditionnés, on brûle au delà de 1,700 livres de bpis, pour avoir 100 livres de sucre brut. Celte défectuosité des appareils de chauffage a encore pour conséquence que pour épargner le combustible , à cause de sa cherté, on diminue l'intensité du feu , ce qui fait que le jus ne passant que lentement à l'état d'ébullition est plus exposé à la fermentation, et il en résulte une diminution de la quantité de sucre cristallisable.

A côté des circonstances que nous venons de citer, la

valeur des terrains consacrés à la plantation joue un rôle très-important dans les frais de production. Or, sous ce rapport, Favantage est tout à fait du côté des colonies, car dans ces contrées, pour la plupart très-faiblement peuplées, il y a encore de vastes territoires en friche, ce qui fait que le prix des terrains productifs y est très-modique, et, en même temps, la fertilité naturelle du sol y donne toujours d'abondantes récoltes.

Voici, d'après M. Hagmeister, la moyenne des prix des terrains en Europe et dans les colonies :

En Europe : un arpent de prusse une dessiatinb ,

coûte coûte

écus de FruMc^ roubles argent.

En Prusse 94 à 406 373,59 à m,55

Dans la province de Magde-

bourç 406 à 437 4,613,59 à 1,744,07

En Autriche 66 à 70 262,30 à 278,20

En Bohême 66 » 262,30 »

Dans le pays de Wurtemberg. 98 i> 389,49 * »

En France et en Belgique . 435 à 468 536,54 à 667,69

Dcm les coloniei : un arpent de prusse une dessiatine

coûte coûte

ècni (la FruMe. roubles argent.

A SaintrDommgue. ... 9 à 36 35,77 à 443,08

A la Jamaïque 43 à 26 51,67 à 403,33

A la Guyane 47 à 22 67,56 à 87,44

APorto-Rico 45 » 478,85 »

A Cuba ....... 45 à 90 478,85 à 357,69

ÂlaBarbade 440 à 880 4,748,72 à 3,497,44

A Bénarès, la rente représentée par le prix de fermage est de 3 à 5 écus par arpent = 11 roubles 92 kopecks , à 19 roubles 87 kopecks par dessiatine, et à Goroukpour, de 23 silbergroschen par arpent = 71 kopecks , à 1 rouble 8 kopecks par dessiatine.

Il résulte de ce tableau comparatif que , à l'exception de l'île Barbade, où le sol manque à une population trcscondensée de 10,000 habitants par mille carré géogra-

pliiquc, la valeur de la terre est beaucoup plus élevée en Allemagne, en Belgique et en France que dans les colonies. La moyenne des prix les plus élevés ( à Cuba) excède à peine le taux le plus bas de la vente des terrains en Bohême.

En .tirant la moyenne de tous les prix, à l'exception de ceux de File Barbade, à cause de la situation tout exceptionnelle de cette contrée, on obtient pour les colonies 337 écus par arpent = 133 roubles 80 kopecks la dessiatine, et, pour les pays du continent européen compris dans le tableau comparatif ci-dessus , 171 écus l'arpent = 679 roubles 62 kopecks la dessiatine ; de sorte que la valeur moyenne des terrains dans les colonies n'atteint pas même le cinquième de celle de FAUemagne, de la France et de la Belgique prises ensemble, ce qui fait nécessairement une grande différence dans les frais de production en faveur de l'industrie de la canne.

Quant à la différence du produit des récoltes, voici les renseignements recueillis par différents économistes et reproduits dans le travail déjà cité de M. Stôlzel :

En Autriche, on récolte d'un joch, d'après Krause, 216 à 300 quintaux de betteraves; d'après Burger, avec une bonne culture et sur un sol de qualité moyenne, 350 à 400 quintaux (1). Ces chiffres donnent pour moyenne 316 quintaux par joch = 2,053 pouds par dessiatine. Un quintal de Vienne .= 136, 9 livres de Russie, un joch = 0,527 dessiatine.

E71 Bohême, d'après Neumann, la moyenne de la récolte est évaluée à 240 quintaux par joch = 1,559 pouds par dessiatine.

(0 A Sclovitz, terre appartenant ù rarcliiduc Albert, en Moravie, on rdcolle 400 quintaux, et, h Durrcnkrutt, cn^Dassc-Autriclic , près du chemin de fer du nord, 300 pouds par Joch.

En Prusse, d'après Ludersdorf, un arpenl donne 146 quintaux. Thaer adopte pour moyenne 180 quintaux (1). Dans le pays de Magdebourg, on compte pour moyenne, déduction faite de { pour les récoltes manquées, 176 quintaux par arpent. En combinant ces trois chiffres , on obtient, pour moyenne générale en Prusse, 167 quintaux = 2,243 pouds par dessiatine (1 quintal de Prusse = 125,7 livres de Russie).

Aux environs de Heidelberg, on compte seulement 120 à 160 quintaux, ou en moyenne 140 quintaux par arpent = 1,880 pouds par dessiatine.

En France, d'après Dumas et d'après les renseignements présentés aux Chambres, en 1836, par un comité délégué à cet effet, on récolte, dans les départements du nord, 40,000 kilogrammes par hectare = 2,672 pouds par dessiatine, (1 hectare =0,915 dessiatine; 1 kilogramme =2,445 livres de Russie), et, dans les autres départements, 25,000' kilogrammes = 1,670 pouds par dessiatine. Boussingault donne pour toute la France une moyenne de 30,000 kilogrammes par hectare =2,004 pouds par dessiatine.

En retranchant de toutes ces quantités 15 pour 100 (2), comme déchet sur les betteraves, pour les préparer au pressurage, on obtient, en admettant un rendement de 6 pour 100 de sucre brut, les résultats suivants :

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