‹ Études sur les forces productives de la Russie (volume 2)Chapitre 28 sur 40 · II. aa · texte numérisé non relu

II. aa

9^ INTCSnUE.

Lorsqu'une industrie est bien et solidement établie, pendant quoique temps, pour des articles qui forment, dans tous les pays, le gros de la eonsommatiou, on arrive aussi peu à peu à la fabrication des articles plus fins, à mesure que les ouvriers se forment et que les procédés de la fabrication s'améliorent ; tandis qu'en voulant fabriquer des tissus tins, lorsque les procédés de la fabrication sont encore arriérés, lorsqu'il y a encore peu d'ouvriers habiles et qu'on est obligé de les p;U'er cher, on ne peut travailler que chëren\ent. 11 n'y a pas de doute que si l'on admettait rélévatiou des prix, si Ton ne reculait devant aucun sacrifice, à la charge du consommateur, on pourrait par\~enir, dans tous pays, à fabriquer ce qui se fait ailleurs ; mais une industrie qui travaillerait si chèrement et ne pourrait fournir ses articles manufactures qu'au double du prix auquel on les achète ailleurs, ne serait pas une industrie propiHîmcnt dite, ce serait une industrie de piu-ade qui ne compenserait pas les sacritices qu elle coûterait.

Notre uulustrie liniére est si naturelle au paj's qu'elle peut se perfectionner avec le temps et par ses propres ressources, sans le concours des droits prohibitifs.

Si quelques fabriques ont éprouvé de la gène, à la suite de la moditication des tarifs survenue en 1842, par la diminution des commandes, pour les tissus lins, cette gène n'a été que passagère, et elle n'a pas exercé une influence générale sur celte branche d'industrie. Bien au contraire, deux ans plus tard (en 1811), une nouvelle fabrique de

fabriques do ce genre dans d'autres pays, sera aussi, il faut IVspéror, plus à môme de soutenir la concurrence des tissus étrangers.

Les droits lixés par le nouveau tarif pour les toiles or-

(1) Une pièce de 30 aunes de toile ordinaire de ménage, de 15 vercholLsde largeur, qui 8e vend en détail, à Saint-Pétersbourg, 10 IcopeclLS argent Tarchinepèse environ 10 livres. Une toile étrangère de cette qualité payerait, en arrivant par voie de terre^ (à 40 kopecks par livre] 4 roubles ou 133 pour 100, et, en arrivant par n^er (à 60 kopecks par livre) 6 roubles de droit d'entrée, ou le double du prix coûtant de la toile indigène.

INDUSTRIE. ' ^^^vr^":i

dinâires à 40 et à 60 kopecks par livre, selon que cet article est importé par voie de terre ou par mer, reviennent en moyenne, pour les toiles de ménage ordinaires qui se vendent à Sainl-Pétersboug 10 kopecks Tarchine, à 130 et à 200 pour 100 de la valeur (1), et pour les toiles de qualité moyenne de { archine de largeur qui contiennent 5 archines carrées dans une livre de Russie ; c'est la dernière limite des tissus qui peuvent entrer, d'après le nouveau tarif, dans la catégorie des toiles ordinaires imposées à 40 et à 60 kopecks par livre : à 37 et 55 pour 100 de leur prix coûtant sur place (13 roubles par pièce de 48 archines) , ce qui constitue bien certainement une protection plus que suffisante pour ces espèces de toiles.

Pour les toiles très -fines qui se vendent à Bielefeld 70 roubles argent la pièce de 48 archines , et qui pèsent 10 livres, le droit de 60 kopecks et de 1 rouble par livre, selon qu'elles sont importées par terre ou par mer, revient à 8 7 pour 100 et à 14 j pour 100 ; et si l'on y ajoute, pour frais de transport , commission , etc., 3^ roubles par pièce , on obtient pour total de la prime en faveur du fabricant indigène 12 à 18 pour 100. C'est certainement une protection très-modérée; mais ce genre de tissus de luxe, dont la consommation est toujours très-restreinte , né constitue pas le fond de notre industrie linière , et une longue expérience a prouvé que des droits protecteurs trois fois plus élevés n'ont eu d'autres résultats que celui d'encourager la contrebande. Depuis la dernière réduction des droits

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d*entrée , l'importation de ces tissus a augmenté de plus du double; mais en revanche le commerce interlope a considérablement diminué pour cet article ; de sorte qu'il n'y a que les contrebandiers qui y ont perdu.

La fabrication des toiles fortes connues dans le commerce sous le nom de toiles flamandes et de ravendouk(l) qui exige des appareils et des machines plus étendus , se trouve concentrée dans les villes des gouvernements de Wladimir, de Kostroma et de laroslaw, et principalement à Mourome et à Wiazniki. Elles sont aussi connues dans le commerce sous le nom de ces deux villes.

Les fabricants achètent le fil de première main , ou par l'intermédiaire de petits marchands qui l'achètent en détail chez les paysans dans les gouvernements de laroslaw, de Kostroma et de Wologda. Le fil destiné aux toiles flamandes se paye ordinairement 18 roubles assignat ou 5 roubles 14 kopecks argent, et, pour le ravendouk, 13 roubles ou 3 roubles 71 kopecks argent le poud. La cuisson et le blanchiment du fil se font à la fabrique ; le fil perd dans la cuisson 14 ou 15 livres par poud, de sorte qu'il reste rarement, après la cuisson , plus de 25 livres sur 40 de fil écru.

Le tissage se fait en partie dans des baraques appartenant aux fabriques (lorsqu'il s'agit de toiles de meilleure qualité dont la fabrication exige plus de soins et de surveillance) , mais plus habituellement dans les villages chez des paysans.

f Pour le tissage d'une pièce de toile flamande, qu'un bon ouvrier peut tisser dans trois ou cinq jours , on paye 71 à 81 kopecks argent, et pour une pièce de ravendouk

|r (1) Une pièce de toile flamande de £0 archines de longueur sur 1 { archlne de largeur p^^se près de 30 livres, ou | livre Tarchlne, et une pièce de ravendouk de la même longueur, et d*unc archine do largeur, 30 h 23 livres.

qui n'exige que deux à quatre jours de travail , 37 à 46 kopecks argent , de sorte que le tisserand gagne , en moyenne , sur la première espèce de tissu 20 kopecks, et sur la seconde , près de 12 kopecks par jour.

Pour faciliter le tissage de ces toiles, qui ont besoin d'un fil très-fort, on enduit la chaîne de suif après l'encollage.

Ces toiles fortes ont de tout temps formé le fond de notre commerce de tissus de lin avec les pays étrangers; mais depuis environ une trentaine d'années, cette branche de notre industrie linière est particulièrement en souffrance, faute de débit, et par suite d'une grande baisse dans les prix courants de cet article, qui ont subi, depuis 1823, une réduction très-considérable. La toile flamande, qu'on payait auparavant S2 roubles assignat la pièce , se vend maintenant 27 roubles ; et le ravendouk , dont le prix était de 2S roubles assignat , est tombé à 19 roubles 50 kopecks.

Voici , d'après les données recueillies par la commission d'enquête , le prix de revient de ces toiles :

Pour une pièce de toile flamande de moyenne qualité :

roublrs. kopecks assignat.

41 livres de fil 48 ^ 45

Frais de la cuisson du ûl, à 3 roubles par poud. 3 8

Pour la préparation des bobines et de la chaîne . . » 30

Pour le tissage 2 50

Autres menus frais. » 65

Frais de transport à Saint-Pétersbourg et commission 4 30

Total 26 roubles 28 kopecks assignat, ou 7 roubles 51 kopecks argent (1).

(1) Depuis que ce calcul a été fait (en 1844), il doit être survenu une réducUon dans k» frais de fabrication, car les toiles flamandes de Mouronie se vendent sur

Ces toiles se vendaient, en 1880, à Saint-Pétersbourg, au prix de 8 roubles ou 9 roubles 75 kopecks ; mais il y avait des époques où les premières qualités se vendaient 7 roubles 71 kopecks, et les secondes, 7 roubles 42 kopecks (c'était le prix de Tannée 1844), de sorte que le fabricant travaillait sans bénéfice et même avec perte :

Pour une pièce de ravendouk :

roubles, kopecks «MignaU

35 livres de fil 11 81

Frais do cuisson 2 62

Préparation des bobines et do la chaîne. . . » 25

Tissage ^ 60

Autres menus frais » 45

Transport à Saint-Pétersbourg et commission. 1 »

Total. . . « . 17 roubles 73 kopecks assignat, ou 5 roubles 7 kopecks argent.

La pièce se vendait à Saint-Pétersbourg, en 1850, au prix de 6 ou 7 roubles argent , ce qui donnait un bénéfice de 93 kopecks à 1 rouble 93 kopecks par pièce ; mais quelquefois le prix tombe à 5 roubles 50 kopecks argent, de sorte que le bénéfice se réduit à 43 kopecks argent par pièce (1).

A la suite de cette baisse de prix qui fut surtout très-sensible pour les toiles flamandes , la fabrication s'est portée de préférence sur le ravendouk qui donne encore un béné-

les lieux de production à 25 roubles 50 kopecks assignat , ou 7 roubles 28 1 kopecks argent, et celles de Wlaznlkl à 7 roubles argent. M. Mcrtwaho fournit maintenant le fll à la mécanique destiné à ces tissus pour 5 roubles argent le poud, de sorte que le prix de revient, pour 41 livres, ne serait que de 17 roubles 94 kopecks, au lieu de 18 roubles 45 kopeks portés en compte ci-dessus, ce qui fait d('>j<^ une dIfTérence de 51 kopecks assignat, ou 14 i kopecks argent.

(1) Les détails dans lesquels nous sommes entrés sur la fabrication de nos tissus de lin, et qui peuvent paraître trop minutieux à quelques lecteurs, trouvent leur justification dans l'Importance de cette industrie pour notre pays.

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flce plus sûr. On fabrique aussi dans le gouvernement de Kostroma et dans d'autres contrées une espèce de ravendouk qu*on appelle demi-toile à voile , qui est plus épais que le ravendouk ordinaire , et dont on se sert pour les voiles légères et pour d'autres usages de la marine , mais ces tissus ne se font ordinairement que par commande et ne constituent pas une marchandise courante.

Par suite de la baisse des prix , la fabrication des toiles flamandes et du ravendouk a beaucoup perdu de son importance. A Kostroma, où l'on en fabriquait, il y a vingt et quelques années , jusqu'à 70,000 pièces , on n'en fabrique plus qu'environ 20,000. A Wiazniki, la fabrication est également tombée de 73,000 à 20,000 pièces, et plusieurs fabriques ont entièrement cessé de travailler.

Cette stagnation provient, en majeure partie, de ce que TAngleterre et les États-Unis d'Amérique, qui étaient notre principal débouché pour ce genre de toiles , en fabriquent maintenant eux-mêmes des quantités assez considérables et nous en demandent beaucoup moins. L'exportation des toiles flamandes, qui s'élevait, en moyenne, pendant la période triennale de 1824-1826, à 72,960 pièces, est tombée à 19,391 pièces (moyenne de 1848-1850) ; et celle de ravendouk, qui donnait pour moyenne, en 1824-1826 , 70,699 , s'est réduite pendant la période de 1848-1850 à 38,785 pièces. Les établissements qui s'occupaient exclusivement de la fabrication de ces toiles ont naturellement le plus souffert de cette crise commerciale. Ceux, au contraire, qui fabriquent aussi d'autres tissus d'un débit plus facile dans l'intérieur, se sont tirés d'affaire sans discontinuer entièrement la fabrication des articles sus-men tiennes. D'autres fabricants de toiles ont ajouté à leurs établissements la fabrication des tissus de colon qui leur est venue en aide dans les moments de stagnation dont l'industrie linière a eu à souffrir.

Les principaux établissements pour la fabrication de» toiles flamandes et du ravendouk sont ceux de M. Senkow à Wiazniki et de Souzdaltsew à Mourome (gouvernement de Wladimir). Le premier de ces fabricants occupe près de 1,000 métiers avec 1,150 ouvriers, et produit jusqu'à 17,000 pièces. Le second en fabrique environ 10,000 par an.

Indépendamment des toiles fortes que nous venons de désigner, on fabrique aussi plusieurs espèces de coutils et autres tissus de ce genre , dont certaines qualités sont spécialement destinées pour le commerce avec la Chine. Autrefois la Hollande nous achetait beaucoup de coutils, mais cette branche de commerce a aussi beaucoup perdu de son importance, cet article ayant été, en grande partie, remplacé par des tissus de coton. La plupart des coutils se font aussi maintenant en Russie avec un mélange de coton , quelquefois entièrement en coton et rarement en fil de lin pur.

Nous avons cité , dans le cours de cet exposé , les gouvernements de laroslaw, Kostroma, Wologda, Moscou et Wladimir, comme ceux où se concentre principalement rindustrie linière dans sa plus grande acception ; mais on fabrique aussi beaucoup de toiles de différentes espèces , surtout pour le commerce intérieur, dans les gouvernements de Pskow et de Witebsk , en Livonie et en Lithuanie. Dans ces contrées, la fabrication des tissus de lin se trouve presque exclusivement entre les mains des propriétaires. Il y a beaucoup de ces établissements qui occupent jusqu'à 30 métiers et au delà. Le filage et le tissage se font ordinairement au moyen de la corvée. Les toiles de ménage pour l'usage domestique , ainsi que le linge de table ordinaire, se fabriquent plus ou moins partout chez les paysans.

L'industrie des chanvres n'occupe , à côté de celle du Hn, qu'une place secondaire. De tous les tissus de chanvre, les toiles à voile sont le seul article qui constitue en Russie

une branche d'industrie proprement dite. Nos toiles à voiles ont acquis depuis longtemps une réputation justement méritée, qu'elles ont conservée jusqu'à présent, malgré la décadence de cette branche d'industrie, par suite de l'extension donnée à la fabrication de ces tissus en Angleterre et aux États-Unis. Ce qui le prouve le mieux, c'est que , pour placer plus facilement leurs toiles à voiles en Amérique , les fabricants anglais se sont servis de la contrefaçon du timbre de la fabrique russe de M. Briouzguine, un de nos principaux producteurs, dont les toiles ont toujours été très-recherchées dans ces parages. La manufacture impériale d'Alexandrowsk , près de Saint-Pétersbourg , fabrique de très- belles toiles à voiles avec du fil de lin filé à la mécanique. Les principales fabriques de toiles à voiles appartenant à des particuliers sont celles déjà mentionnées deM. Briouzguine et celles du marchand Zotow àKozelsk, dans le gouvernement de Kalouga, des négociants Plotnikow à Serpouckhow, dans le gouvernement de Moscou, et de Maslow à Toula.

Le commerce de toiles à voiles , comme nous l'avons déjà fait observer, a beaucoup perdu de son importance, par suite de l'extension donnée à la fabrication de ces tissus dans les pays qui étaient notre principal débouché pour cet article , ainsi que par l'usage des toiles de colon pour la marine. L'exportation de cet article, qui était en moyenne, pendant la période de 1824-1826-, de 60,400 pièces, est successivement tombée à 23,280 pièces (moyenne de 1848-

En revanche , notre commerce de câbles et de cordages a suivi dans cet intervalle un mouvement ascendant. Pendant la période triennale de 1824-1826, l'exportation de cet article s'élevait, année moyenne, à 259,383 pouds, représentant une valeur de 2,151,340 roubles assignat, ou, d'après le cours de cette époque (27 pour 100),

680,861 roubles argent ; et , pendant la période 1848-1850, elle a atteint le chiffre de 44,910 pouds , représentant une valeur de 1,163,613 roubles argent.

Les principaux établissements pour la fabrication des câbles et cordages sont ceux de MM. Cazalète et Sazonow, à Saint-Pétersbourg, de Mieschkow, dans le gouvernement d'Orel, et de Smyschlaiew, dans le gouvernement de Perm. Il y a aussi une grande fabrique de cordages à Nijni-Nowgorod.

Les deux fabriques de cordages de Saint-Pétersbourg , que nous venons de nommer, sont des établissements munis de machines perfectionnées, et dont les produits jouissent d'une réputation justement méritée.

Notre commerce de tissus de lin et de chanvre avec l'Europe et avec l'Asie, pendant la période de 27 ans, de 1824 à 1850 inclusivement, présente les revirements suivants :

Moyennes triennales de la valeur de V exportation et de l'importation,

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