OU
pour 4 00
Total des 5 années , comme ci-dessus.
AGRICULTURE. i|3
Nous n'avons dans ce pays, pour concurrents de quelque importance , que les lins importés de l'Allemagne , de la Hollande, de la Belgique et de l'Egypte. Dans le total de l'importation , pendant les cinq années 1845 à 1849, montant à 6,887,838 quintaux, les lins arrivant de ces contrées figuraient dans les proportions suivantes :
Qaintanz.
Arrivages de la Prusse et des autres contrées de r Allemagne . . . 837,444 ou 4 2 pour 400 M. eiriroi la Boitié proviflit de la Kutit.
— de la HoUande 527,545 » 7 1 »
— de la Belgique 234,956 » 4^ »
— dellÈgypte 348,500 » 5i »
Encore faut-il remarquer que le lin provenant de la Hollande et de la Belgique est beaucoup plus cher que le nôtre, et n'est employé que dans la fabrication des tissus trèsfins ; le lin de l'Egypte est inférieur en qualité aux espèces les plus communes de lin delà Russie.
Tous ces rapprochements prouvent que l'industrie linière de l'Angleterre et la culture du lin en Russie sont dans une étroite dépendance l'une de l'autre. La première ne pourrait pas se maintenir dans sa prospérité actuelle, et encore moins augmenter sa fabrication, si elle n'était pas assurée de pouvoir s'approvisionner chez nous de la matière première en quantité suffisante et à des prix très-modérés (1), de même que nous aurions de la peine à placer tout le surplus de la production de cet article, si le débit ne nous en était pas assuré sur les marchés de la Grande-Bretagne.
Quelques personnes croient que les progrès marquants de la culture du lin en Irlande peuvent nous fermer un jour
(1) L'Angleterre produit elle-même (en Ecosse et en Irlande) environ 1 million de quintaux ou 3 millions de ponds de lin ; mais cette production est absorbée par la consommation indigène des tissus de lin.
les marchés de la Grande-Bretagne. Sans partager entièrement cette opinion, nous croyons toutefois qu'elle mérite en tous cas d'être prise en considération.
Il est certain que le sol et le climat de Tlrlande sont trèsfavorables à cette culture, et que, secondée, dans ces derniers temps, par le retour d'heureuses circonstances, elle y a pris un accroissement très-rapide.
Dans un pays à population aussi condensée ( environ 4,300 habitants par mille carré géographique ), où l'étendue du sol productif est assez restreinte, proportion gardée du nombre des habitants, la culture des articles alimentaires, commandée par les besoins croissants de la qonsonunation intérieure, ne peut laisser, dans le$ circonstances ordinaires, qu'un espace très-limité à celle du lin. Aussi cette dernière n'occupait-elle , jusqu'en 1840 , que 83,000 acres =30,700 dessiatines (1 acre = 0,37 dessiatine) et à la suite de la baisse des prix du fil de lin , on ne consacrait plus à cette culture, en 1848, que 53,000 acres ; mais la réforme du système douanier de la Grande-Bretagne, qui a fait tomber le prix des grains, ainsi que la maladie des pommes de terre, amena, à partir de cette année, dans l'économie rurale de l'Irlande un changement favorable à la culture du lin, et, en 1850, celte culture occupait déjà 140,000 acres = 51,800 dessiatines. Une acre donnant en moyenne, en Irlande, une récolte d'environ 16 pouds ( = 43 pouds par dessiatine), la production actuelle doit être évaluée à 2,240,000 pouds.
Pendant la période triennale de 1847 à 1849, où l'Irlande produisait, sur environ 60,000 acres, 960,000 pouds de lin, l'importation moyenne de cet article dans le Royaume-Uni s'élevait à 2,350,000 quintaux = 7,285,000 pouds. Pour remplacer cette quantité, il faudrait affecter encore à la culture d^ lin, à raison de 16 pouds par acre , 455,000 acres. Ce chiffre ajouté aux 60,000 acres, qui étaient déjà en ex-
ploitation en 1849, donnerait pour total de l'étendue consacrée à cette culture 515,000 acres = 190,700 dessiatines. Il faudrait donc ajouter encore 375,000 acres aux 140,000 qui sont maintenant occupées par cette culture. L'Irlande a une étendue d'environ 1,500 milles carrés géographiques. En admettant que les terres arables y occupent 40 pour 100 de la superficie totale, ou 600 milles carrés = 3,024,000 dessiatines, la culture du lin portée à 190,700 dessiatines prendrait 6 7 pour 100 de toute l'étendue du sol arable. Or il y a, à notre connaissance, très-peu de pays où cette culture occuperait une étendue relative aussi considérable du sol productif. En tout cas, ce serait une proportion très-forte dans une contrée qui ne compte que 600 milles carrés de sol labourable pour une population de 6 7 millions d'habitants (1), ce qui ne donne que rh dessiatine par tête. Il faut d'ailleurs y ajouter que , vu la valeur des terres arables et le prix des fermes, les frais de production seront toujours en Irlande beaucoup plus considérables qu'en Russie, et augmenteront par conséquent le prix de cet article, ce qui nous rend la concurrence plus facile.
Quoi qu'il en soit, l'essor très-rapide de la culture du lin pendant les trois dernières années , dans cette partie de la Grande-Bretagne , où elle occupe maintenant une étendue de terrain presque trois fois aussi considérable qu*en 1848, est sanfe contredit un fait digne d^attirer l'attention de nos
(1) On comptait en Irlande, en 1841 , d'après M. Reden, 8,175,000 habitants. En y ajoutant 10 pour 100, ou 817,000 habitants pour raccroissement de la population pendant dix ans, par l'excédant des naissances sur les décès, on obtiendrait pour total, en 1851, enyiron 9 millions d'habitants ; mais Témigration a été si considérable, pendant les dernières années, que le chiffire actuel de la population n'est que de 6,500,000. Ainsi, voilà 2,500,000 habitants, ou plus d'un quart de la population qui a été expulsé de son sol natal par la faim et la misère, dans le court espace de sept à huit ans. Cet exemple uniquq dans les annales de l'humanité dévoile une plaie profonde et saignante dans l'état social d'un grand paya qui se donne en admiration à tout le monde civilisé.
agronomes; mais, pour ne pas nous en inquiéter outre mesure, voyons quelle a été jusqu'à présent Tinfluence des progrès si rapides de la culture du Un en Irlande sur l'exportation de cet article de la Russie, Voici le chiffre de cette exportation pendant la période quinquennale de 1846- 1850 :
En 4846 3,482,266 pouds.
Total des trois années. . . . 40,374,300 »
Moyenne triennale 3,457,400 »
En 4849 6,623,409 pouds.
Total des deux années. . . . 40,477,686 i>
Moyenne par an 5,238,843 »
Ainsi la moyenne des deux années , qui correspondent aux progrès de la production du lin en Irlande, excède de 1,781,743 pouds, ou de 51 pour 100, celle des trois années précédentes, pendant lesquelles la culture du lin dans cette contrée avait subi la plus forte réduction.
Ce rapprochement statistique ne peut sans doute pas être considéré comme décisif, quant aux conséquences qu'on pourrait en tirer pour l'avenir ; mais il prouve au moins que le danger n'est pas aussi imminent pour cette branche importante de notre commerce, et qu'un accroissement même assez considérable de la production du lin en Irlande peut encore être absorbé par les progrès de l'industrie linière de la Grande-Bretagne.
Il n'est certes pas facile, dans de pareilles questions, de préjuger l'avenir. Tout ce que l'on peut faire, c'est de calculer les chances plus ou moins probables, en prenant en
considération les conditions dans lesquelles se trouve placée la culture du lin en Irlande et en Russie.
La valeur des terrains en Russie, le rapport modique dont notre économie rurale peut se contenter sans produire à perte , comparés au prix élevé des fermages et du travail (1) en Irlande, sont sans contredit de grands avantages pour nous, sous le rapport de la concurrence.
Dans les contrées favorables à cette culture en Russie, elle rapporte ordinairement plus que celle des céréales. La récolte de 5 tchelwerts de seigle (c'est le grain qui prédomine dans ces contrées) par dessiatine est généralement considérée comme très-bonne; mais, dans beaucoup de ces contrées, on considère encore 3 tchetwerts par dessiatine comme une récolte passable. En comptant'le tchetwert au prix moyen sur place de 3 roubles, une récolte de 5 tchetwerts représente une valeur brute de 15 roubles et une récolte de 3 tchetwerts, 9 roubles, valeur qui se réduit quelquefois, par la baisse des prix, à 6 roubles et même moins ; tandis qu'une dessiatine consacrée à la culture du lin donne en moyenne une récolte de 25 pouds, représentant sur les lieux de production, au prix moyen de 2 roubles, une valeur brute de 50 roubles argent. Dans quelques contrées, on considère 15 à 16 pouds, représentant une valeur de 30 à 32 roubles, comme une récolte passable. Bien que la culture du lin et sa préparation exigent beaucoup plus de soin et de travail manuel que la culture et la récolte des céréales, et qu'elle épuise davantage le sol, la différence de la valeur produite peut bien compenser celle des frais de production, même avec une récolte médiocre. Or, il est
{ 1 ) L'accroissement de la population pouvait faire baisser, en Irlande, le prix d'une journée de travail ordinaire ; mais les nombreuses émigrations qui ont eu lieu dans les derniers temps {voir la note, page 16) doivent avoir pour effet de le laire hausser.
évident qu'en Irlande, avec le haut prix des fermages, on ne pourrait pas continuer la culture dans de pareilles conditions. Là, il faut au cultivateur un rapport beaucoup plus considérable pour qu'il puisse subsister et payer la location du terrain qu'il exploite.
Aussi, n'est-ce que par l'effet d'une culture plus rationnelle et plus soignée qu'elle ne l'est généralement chez nous, que les producteurs irlandais peuvent soutenir la concurrence des lins étrangers et surtout des nôtres, vu leur bas prix. Une dessiatine donne en moyenne, dans ce pays, environ 43 pouds de lin, lesquels, vendus au prix moyen de 5 roubles le poud, représentent une valeur brute de 215 roubles, et dans les bonnes années, on obtient jusqu'à 63 pouds et un produit brut de plus de 400 roubles (1) ; tandis que notre cultivateur s'estime très-heureux s'il obtient une récolte de 20 à 25 pouds (2), qui lui rapporte , au prix moyen de 2 roubles, un revenu brut de 40 à 50 roubles ; et, malgré cette supériorité du produit brut de la culture en Irlande, nous voyons qu'une baisse de prix pour le fil de lin , pendant les années 1840 à 1848, avait suffi pour y réduire cette culture de 83,000 à 53,000 acres ; ce qui prouve évidemment que les frais de production sont très-élevés. Les cultivateurs irlandais no peuvent lutter
(1) La société agricole de l'Irlande cite dans son compte-rendu de 1847, comme mi exemple encourageant pour cette culture, que 3 acres ont donné 70 pouds <le lin, vendus pour 75 livres sterling , ce qui donne, par dessiatine, une récolte de 63 pouds et un produit brut de 435 roubles. Ce qui prouve que c'était un lin de qualité supérieure, c'est d'abord son prix élevé ( roubles 91 kopeclcs le poud), et ensuite l'emploi qui en a été fait. D'après les données statistiques recueillies par cette même société, il en a été fabriqué 1,050 douzaines de mouchoirs de poche vendus à 50 schellings= 16 roubles 15 kopecks la douzaine.
(2) Dans quelques contrées, et nommément dans le gouvernement de Kos- Iroma, on obtient Jusqu'à 40 pouds; mais ce sont des cas exceptionnels, et le produit de 25 pouds par dessiatine est, en général, considéré comme bonne rècoite moyenne.
contre cette difficulté que par une application constante à perfectionner de plus en plus la culture et la préparation du lin, qui est devenue, depuis la révocation du œm-billj un objet spécial d'encouragement de la part des sociétés agronomiques. Comme il est reconnu que cette culture épuise le sol, on a eu recours à la science pour remédier à cet inconvénient. Après avoir constaté, par l'analyse de la chimie organique, la qualité des sels fécondants que cette plante textile absorbe pendant sa croissance, on a trouvé qu'on pouvait les rendre au sol par un engrais artificiel composé d'os moulus, de plâtre calciné, de sel de cuisine, de chlorure de chaux et de sulfate de manganèse. D'un autre côté, la Société agronomique d'Irlande a rendu, en dernier lieu, un grand service à cette culture en y introduisant la méthode du rouissage à l'eau chaude, inventée par l'Américain Schenk, et un nouveau système de teillage à la mécanique qui épargne beaucoup de temps et de travail manuel, et diminue considérablement le prix de revient du lin préparé par cette méthode.
En résumé, nous croyons pouvoir concljire de tout ce qui précède :
V Que, si rirlande a sur nos lins l'avantage de l'abondance relative des récoltes, due, en partie, à la nature du sol et du climat, et, en partie, à une culture améliorée, la proximité du marché qui la favorise sous le rapport des conditions de vente, et une préparation plus perfectionnée de cette matière première, nous avons, pour balancer ces avantages, le bas prix auquel nos producteurs peuvent livrer cette marchandise au commerce extérieur, et qui est, même en y ajoutant les frais de transport et autres qui pèsent sur nos lins, au-dessous du montant des frais de production en Irlande; ce qui fait que cette contrée ne peut encore rivaliser avec nous que pour certaines qualités qui se vendent à des prix beaucoup plus élevés.
2* Que rextension de cette culture dans le Royaume-Uni peut être équilibrée, au moins en grande partie, parles progrès de Tindustrie linière dans le pays, et que, par conséquent, les marchés de la Grande-Bretagne nous restent encore ouverts au moins pour une longue suite d'années.
Nous pouvons même, à l'avenir, maintenir les chances en notre faveur en améliorant à notre tour la culture et la préparation de nos lins, ce qui augmenterait le produit brut de la récolte, tant sous le rapport de la quantité que sous celui de la qualité.
On ne sait pas encore si dans notre climat on pourrait obtenir une récolte aussi abondante qu'en Irlande (1). Cependant, il y a des contrées où l'on récolte jusqu'à 40 pouds (c'est à peu près la moyenne des récoltes en Irlande), et il est certain qu'avec une culture plus rationnelle on pourrait augmenter la fertilité naturelle du sol et obtenir aussi, sous ce rapport, de meilleurs résultats.
Il y a d'ailleurs à observer qu'en Russie on fait souvent des sacrifices du côté de la récolte du lin pour ménager celle de la semence. Or, les expériences faites en Irlande ont prouvé que, parla méthode du rouissage à l'eau chaude, on peut concilier ces deux intérêts en laissant mûrir davantage le lin pour obtenir une meilleure semence (2). L'introduction de ce procédé en Russie, là où les circonstances locales permettraient de l'appliquer, pourrait également augmenter la valeur brute de nos récoltes, et nous faciliter, par là même, la concurrence sur les marchés de la Grande-Bretagne.
(1) On a TU, pages 14 et 18, qu'en Irlande la récolte moyenne est de plus de 40 pouds par dessiatlne, et qu'il y a des cas où Ton obtient plus de CO pouds , tandis qu'en Russie la moyenne de la récolte n'est que de 35.
(3) 11 est connu qu'avec le rouissage ordinaire à l'eau froide, la colle qui rc trouve dans le lin ne se sépare pas aussi bien, lorsque la semence est déjà mûre, que lorsqu'on coupe le lin pendant qu'il est encore veil.
Quant aux débouchés que nous offrent les autres pays, ils sont assez restreints, et ne présentent pas de chances très-brillantes pour l'avenir. L'industrie linière de l'Allemagne tire principalement du pays sa matière première, et elle est en général plutôt en décadence qu'en progrès. Pendant la période triennale de 1840 à 1842, il avait été exporté, en moyenne, des États de l'Association douanière allemande, 101,447 quintaux de toiles tant écrues que blanchies et teintes, et, pendant les années 1847-1849, la moyenne de l'exportation était déjà réduite à 66,126 quintaux, ce qui présente une diminution de 35,321 quintaux ou de 35 pour 100. La consommation des toiles ayant été débordée dans tous les pays par celle des cotonnades , et se trouvant restreinte à certains usages, ne peut pas augmenter avec les progrès du bien-être et de la population dans la même proportion que celle des autres tissus, et elle n'offre pas , en général , beaucoup de chances d'extension à l'industrie linière qui semble irrévocablement condamnée à un rôle secondaire dans le développement graduel des forces productives des pays manufacturiers ; mais dans la lutte que la plupart des industries du continent ont à soutenir avec l'Angleterre, ce pays a pour la fabrication de ses toiles, comme pour beaucoup d'autres branches du travail national, l'avantage de l'abondance des capitaux , du bon marché du combustible, et de la perfection de ses mécaniques. Tant que l'industrie linière reposait uniquement sur le filage à la main qui occupait les femmes et les enfants de la population agricole, pendant les saisons et les heures libres des travaux des champs, et n'exigeait ni mécaniques compliquées, ni emploi de capitaux considérables, l'Allemagne tenait dans cette industrie le premier rang par le bon marché de ses produits ; mais depuis l'introduction de la filature à la mécanique, les chances ont tourné en faveur de l'Angleterre, ainsi que le prouvent les données
Statistiques que nous avons citées. Aux avantages mécaniques et financiers, qui assurent la prééminence à Tindustrie anglaise, il faut encore ajouter la facilité des débouchés que lui offrent ses colonies et l'immense étendue' de son commerce avec toutes les contrées transatlantiques. Sur les 462,791,963 yards de toiles, exportées pendant la période quinquennale de 1845-1849, plus de 78 millions de yards, ou près de 17 pour 100, ont été expédiés pour les colonies anglaises, à peu près 162 millions, ou 35 pour 100, pour les États-Unis, et environ 154 millions, ou près de 33 pour 100, pour tous les autres pays transatlantiques, de sorte qu'il ne restait que 68 j millions de yards, ou à peu près 15 pour 100 , pour le levant et le continent européen.
Cette immense extension du commerce des toiles de la Grande-Bretagne assure à nos producteurs de lin un débouché assez constant auquel il n'est pas vraisemblable , comme nous l'avons déjà fait observer, que la concurrence des autres pays puisse faire une diversion dangereuse.
L'exportation de nos lins pendant la période quinquennale de 1846-1850, qui s'élevait à 21,648,987 pouds, se répartissait entre les pays de destination de la manière suivante :
Pouda.
Angletorre (envois directs). . . 44,226,043 ou 65, 7 pour 400
Franco. 4 ,845,626 » 8, 5 »
Prusse 787,345 » 3, 7 »
Danemark 668,434 » 3, 4 »
Espagne et Portugal 549,080 » 2, 4 »
Belgique 284,367 » 4, 3 »
Tous les autres pays ensemble . 3,348,392 (4) 45, 3 »
Total comme ci-dessus. . 24,648,987
(1) Sur cette quantité, 1,081,763 pouds, ou près des deux tiers, ont été expédiés pour le Suud sans désignation. {Voir la note, page 10.)
Ainsi, après TAngleterre, c'est la France qui prend le premier rang pour le débit de nos lins, et ce commerce pourrait acquérir plus d'içaportance si nos lins étaient mieux préparés au filage et mieux assortis. L'exportation des lins pour la Prusse et pour les autres parties de l'Allemagne, dont une certaine quantité passe d'ailleurs en Angleterre par les ports de la Baltique, n'offre pas beaucoup de chances pour l'avenir, par les raisons déjà indiquées, et les autres pays de destination ne jouent dans ce commerce qu'un rôle tout à fait secondaire.
Quant à l'influence de l'industrie linière indigène sur les progrès de la culture du lin, elle ne peut être que très-limitée. En Russie, comme dans les autres pays, cette branche d'industrie a été supplantée par celle des cotonnades. L'exportation de nos tissus de lin est plutôt en décadence qu'en progrès, et il s'en faut de beaucoup qu'elle puisse reprendre au point d'acquérir une grande importance. Il ne reste donc, pour alimenter cette branche d'industrie, que la consommation indigène qui a été également restreinte par l'usage prépondérant des tissus de coton. Reléguée dans ces limites, elle n'a pas beaucoup dé marge pour prendre une grande extension. La fabrication actuelle des toiles ordinaires et de qualité moyenne satisfait aux besoins des classes les plus nombreuses des habitants, et les quantités de toiles fines importées de l'étranger, représentant en moyenne une valeur d'environ 500,000 roubles , sont si minimes que, quand même elles seraient en totalité remplacées par les toiles du pays, ce progrès de la fabrication serait presque imperceptible pour la culture du lin, dont l'avenir repose principalement sur les débouchés du commerce extérieur. On a vu par les données qui précèdent que ces débouchés nous sont assurés , au moins pour un temps indéterminé ; mais on pourrait les étendre davantage et rendre en même temps ce commerce plus lucratif en améliorant d'abord la
culture même du lin, et ensuite la préparation et l'assortiment de ce produit, selon les qualités et les espèces, pour les approprier d'avance aux divers usages de l'industrie linière. Il est notoire que les différentes qualités du lin, sa couleur, son élasticité, la longueur, la souplesse, la force et l'égalité des filaments dépendent beaucoup du choix du. sol sur lequel on le cultive , et de la manière dont se fait celte culture , du système de labourage et de hersage, et des instruments aratoires qu'on y emploie, de la qualité de la semence et du mode d'ensemencement, ainsi que du soin qu'on apporte tant à la récolte même qu'au rouissage, qui est une des opérations les plus importantes. Or, sous tous ces différents rapports, la culture du lin se fait encore assez généralement en Russie d'une manière très-négligée et très-peu rationnelle.
Une commission d'enquête, nommée par M. le ministre des Domaines, a constaté sur les lieux l'état actuel de cette culture dans les contrées où elle est le plus répandue, et en a signalé les défectuosités. Le compte-rendu de cette commission, publié en 1847, contient sur cette matière des données aussi intéressantes qu'instructives, et qui prouvent que cette branche de notre économie rurale est encore susceptible de mainte amélioration. Mais ce qui est encore plus important pour notre commerce de lin, c'est le perfectionnement des procédés usités jusqu'à présent dans la préparation technique de cet article pour la vente , c'est-à-dire dans la manière de le macquer, de le nettoyer, de l'assortir et de le peigner pour le préparer au filage. Toutes ces opérations se font ordinairement d'une manière très-négligée , très-imparfaite, et avec des instruments défectueux. Les essais de la méthode flamande, pour la culture et la préparation du lin, n'ont pas été jusqu'à présent suivis des avantages qu'on en attendait au point de vue mercantile et économique. Il n'existe que deux établissements, dont un en
Livonie et un autre dans le gouvernement de laroslaw, où l'on suive cette méthode , sans toutefois en avoir retiré des bénéfices positifs, vu que le prix qu'on obtient des lins ainsi améliorés n'est pas toujours en rapport avec l'augmentation des frais de production , ce qui a fait naître quelques doutes sur l'utilité pratique de son application en Russie. Cependant, en examinant la chose de plus près, on peut «e convaincre que l'insuccès des essais tentés jusqu'à présent n'est rien moins que décisif pour la question de savoir si l'on doit persévérer dans ces essais ou renoncer à une méthode plus rationnelle dans la culture et la préparation de nos lins. Les résultats peu satisfaisants sous le rapport économique ne nous semblent pas être une conséquence naturelle et absolue de notre climat, de la qualité du sol et de la situation de notre économie rurale en général. Ils doivent aussi être attribués à un concours de circonstances particulières qui peuvent être écartées avec le temps. Lors des premiers essais de la méthode flamande dans le gouvernement de laroslaw, on a observé, entre autres choses, que, dans nos climats,, on obtenait par cette culture moins de grains et d'une qualité inférieure, et que le nouveau mode de préparation du lin était beaucoup plus dispendieux ; mais on a également observé que la perte de temps et le surplus des frais qui en résultaient provenaient aussi en partie du peu d'aptitude de nos cultivateurs pour les procédés et les travaux manuels qu'exige cette nouvelle méthode ; ce qui peut être évité avec le temps. Quoi qu'il en soit, le fait est constant, que par la méthode flamande , là où l'on en a fait l'essai, on a obtenu des lins meilleurs, et qu'il ne s'agit que d'en tirer des prix qui puissent dédommager du surcroît des frais. Là gît toute la question. Si ces prix n'ont pas été jusqu'à présent assez satisfaisants pour encourager l'application ultérieure de cette méthode, cela tient, à notre avis, avant tout et indépendamment de toute autre circonstance,
à la situation de notre commerce de lin, et aux errements qu'il a suivis de bien ancienne date. On a vu, par les données statistiques qui précèdent, que l'Angleterre a été de tout temps le principal débouché pour le débit de nos lins, et comme la Russie est aussi pour l'Angleterre la principale source d'approvisionnement pour cet article, les marchands et les fabricants anglais, habitués depuis longtemps à recevoir nos lins dans un état de préparation très-inférieur, ont pris en conséquence tous les arrangements mécaniques nécessaires pour les approprier et les assortir au filage, selon les qualités des tissus auxquels ces lins sont destinés. Ils y trouvent parfaitement leur compte, vu le bas prix auquel nous leur livrons cette marchandise, et n'achètent les lins mieux travaillés de la Belgique et de la France que pour la fabrication des tissus très-fins. C'est ce qui a habitué nos cultivateurs et nos marchands à persévérer dans les anciennes routines, et à considérer avec indifférence toutes les améliorations des procédés usités jusqu'à présent. Nous trouvons la confirmation de cette opinion dans l'article de M. Zablotski , concernant l'introduction de la méthode flamande en Russie , inséré dans la huitième livraison du Journal du ministère des Domaines pour 1851. Après avoir rendu compte de l'envoi en Angleterre, en guise d'essai, d'une certaine quantité de lin préparé à la flamande dans la terre de M. Karnowitch , ainsi que des résultats financiers peu satisfaisants de cette opération ; l'auteur de cet article donne aussi en résumé les notions pratiques et intéressantes fournies à cette occasion au département de l'Économie rurale par ce même M. Karnowitch, qui a introduit dans le gouvernement de laroslaw la méthode flamande pour la culture et la préparation du lin, et qui persiste, avec une louable persévérance, dans son entreprise, malgré le peu de profit qu'elle lui a apporté jusqu'à présent. Cet agronome éclairé signale; aussi comme une des
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causes qui empêchent pour le moment rintroduclion plus générale de cette méthode en Russie, que les marchands et les commissionnaires, qui achètent le lin pour le commerce extérieur , n'accordent pas une préférence sensible aux lins mieux préparés, et recherchent avant tout les bas prix de la marchandise. « Si vous questionnez, » dit-il, « les « principaux marchands de Velikoïe-Selo (1), ils vous diront « que le lin qui se distingue par l'égalité des filaments est « meilleur que celui qui est cotonneux et dont les fila- « ments sont toujours plus faibles et plus embrouillés, qu'il « vaut mieux lier les paquets de lin avec du lin même « qu'avec de la paille ; que la finesse des filaments en « indique la bonne qualité; que le lin dont les pointes « sont égales est préférable à celui qui n'a pas cet avanft tage, etc., etc.; mais lorsqu'il sagit de l'achat, ils atta- « chent en apparence très-peu d'importance à tous ces « avantages, et donnent la préférence à un lin moins bien « travaillé, dès qu'ils peuvent l'avoir à meilleur marché. » M. Karnowitch attribue cette circonstance à la manière adoptée pour l'assortiment des lins par les marchands d'Archangel , qui n'en distinguent que trois qualités , et prennent beaucoup plus en considération la consistance des filaments et le bas prix, que la bonne préparation du lin. Il trouve aussi que ceux qui achètent le lin pour le filage dans le pays, en apprécient beaucoup mieux les bonnes qualités. D'après son opinion, que nous partageons entièrement, l'établissement de filatures à la mécanique, dans les contrées qui produisent du lin, sera le meilleur moyen d'encouragement pour en améliorer la culture et la préparation.
(1) C'est le centre du marché aux lins et aux toiles du gouvernement de laroslaw.
indépendamment de toutes ces considérations, ou ne doit pas se dissimuler qu'un mode de culture et de préparation aussi perfectionné que celui qui est connu sous le nom de méthode flamande , n'est pas encore assez généralement praticable dans l'état actuel de notre économie rurale, et que dans beaucoup de contrées de la Russie, qui produisent du lin, cette méthode doit nécessairement rencontrer des difficultés , qui gisent tantôt dans le sol et le climat et tantôt dans les circonstances qui se rattachent à notre situation agricole, financière et économique. En Belgique , on voit assez fréquemment que tout ce qui se rapporte à la préparation du lin , à commencer par la récolte, se trouve concentré entre les mains de quelques capitalistes, qui achètent les récoltes sur pied, de sorte que le propriétaire du terrain n'a à s'occuper que de la culture proprement dite, et que le rouissage, le teillage, le peignage, etc., forment une industrie à part. Cette séparation de la culture et des opérations industrielles a beaucoup contribué à donner à cette industrie le degré de perfection auquel elle est arrivée dans ce pays. Or, un pareil système d'exploitation serait encore, dans l'état actuel des choses, sauf quelques exceptions, peu applicable à la Russie. Il y a d'ailleurs à observer que les progrès de la culture du lin, qui exige beaucoup de soin et d'engrais, se lient trèsétroitement avec les progrès de l'agriculture en général et qu'elle ne peut pas prospérer là où cette dernière est encore très-arriérée.
Il nous semble , par conséquent , que sans exclure l'introduction de la méthode flamande , là où elle peut être plus ou moins favorisée par les circonstances locales, nos agronomes devraient s'appliquer à introduire, dans les procédés usités jusqu'à présent , toutes les améliorations dont ils sont susceptibles. C'est ce qu'ont fait plusieurs propriétaires de la Livonie , qui sont parvenus , dans les
derniers temps , à améliorer leur lin , au point que ces derniers se vendent souvent, à Pernau et à Riga, à 40 et même à 50 pour 100 au-dessus des prix courants ordinaires. M. Nébolsine cite aussi, dans son ouvrage sur le commerce extérieur de la Russie, des lins préparés en Livonie , d'après la méthode flamande , et envoyés en Angleterre, qui y ont été vendus 1 rouble par poud plus cher que ceux préparés à la manière ordinaire, ce qui présente un avantage très-notable , car la moyenne des prix courants des lins exportés du port de Riga, étant d'environ 3 roubles le poud (1), une augmentation d'un rouble par poud fait une différence en plus de 33 pour 100 sur le prix ordinaire.
Nous ne devons pas passer ici sous silence les efforts persévérants de M. le conseiller d'état Mouravieff pour améliorer la préparation mécanique du lin dans sa terre, située dans le gouvernement de Moscou. Celte persévérance est d'autant plus méritoire qu'elle est désintéressée, car les prix qu'on lui a offerts jusqu'à présent à la bourse de SaintrPétersbourg, pour ses lins améliorés, n'ont pas été en rapport avec l'augmentation des frais, ce qui vient à l'appui des observations de M. Karnowitch, concernant notre commerce de lin.
L'introduction en Russie des machines usitées dans d'autres pays pour la préparation du lin a également rencontré quelques difficultés. Feu le ministre des Finances, comte
(t) Pendant la période triennale de 1847 à 1849, il a été exporté de Riga 6,074,131 pouds de lin (Fétoupe non comprise), représentant, d'après les estimations officielles, une valeur de 14,403,868 roubles argent , ce qui ne donne qu'un prix moyen de 2 roubles 37 kopeclts le poud. Mais comme les méthodes d'une préparation améliorée s'appliquent principalement aux qualités supérieures, qui se vendaient pendant la même période au prix de 2 roubles 40 kopecl^s à 3 roubles 80 liopecks le poud, c'est le prix moyen de 3 roubles que nous avons cru devoir adopter pour base du calcul ci-dessus.
Gancrine, a fait venir, en 1842, des machines à teiller, de rinvention de Garnier, avec lesquelles on a fait, sous la direction même de l'inventeur, plusieurs essais à Riga, à Dorpat, à Pskow et à laroslaw. Il a été généralement reconnu que cette machine fonctionnait très-bien ; mais quant aux avantages réels de son application en Russie, les avis ont été très-partages, et Ton a trouvé, en général, tant chez nos marchands de lin que chez nos cultivateurs, des dispositions peu favorables à Tintroduction de cette machine. Il a été observé, entre autres choses, que l'étoupc qui restait après le teillage par la machine de Garnier, ne pourrait pas être livrée au commerce extérieur à des conditions avantageuses, et que la perte qui en résulterait sur le prix de ce dernier article ne serait pas compensée par les profits qu*on obtiendrait sur la vente du lin. L'inventeur a avoué lui-même , à la suite de quelques essais faits h Pskow, que son mécanisme avait besoin de quelques changements, pour être approprié aux lins de la Russie, qui ne sont pas aussi égaux , ni aussi unis que ceux de la Belgique et de la France. La qualité du lin qui dépend, comme nous l'avons déjà fait observer, de la qualité du sol, du mode de culture et du système adopté pour le rouissage , peut sans doute influer, plus ou moins , sur l'application des instruments plus perfectionnés aux différentes opérations auxquelles cet article est assujetti avant d'être livré au commerce ; mais il est certain qu'indépendamment de ces causes matérielles , il y a aussi , de la part de nos cultivateurs et de nos négociants, des préventions innées provenant d'une longue habitude contre tout nouveau procédé, et ce que nous avons dit sur la situation de notre commerce de lin , dans ses rapports avec la culture de cette plante textile, d'après la méthode flamande, s'applique également à l'introduction des nouvelles machines pour le teillage, le peignage, etc. Lorsque, à l'époque des premiers
essais de la maehine à teiller, de Gamier, qui ont été faits en Livonie^ les marchands de Riga ont été consultés, ils déclarèrent que le lin , préparé au moyen de cette machine, n'atteindrait pas, en Angleterre, un prix beaucoup plus élevé que celui qu'on a maintenant l'habitude d'y envoyer, et qu'il ne trouverait un débit avantageux que sur les marchés de la France, ce qui ne serait pas un motif suffisant pour ne pas en adopter l'usage, puisque la France prend le premier rang après l'Angleterre pour le débit de nos lins. D'un autre côté, à la suite des essais faits à Dorpat, la société Economique de Livonie a reconnu qu'on obtenait des résultats très-satisfaisants en brisant le lin par la machine Garnier, et en le nettoyant à la main par les procédés ordinaires , et que même le lin d'une qualité très-inférieure, préparé de cette manière, devenait trèssouple et très-soyeux.
L'opinion énoncée par les marchands de Riga que, malgré la supériorité du lin, préparé au moyen de la machine de Garnier, on n'en obtiendrait pas, en Angleterre, un prix plus avantageux que pour le lin préparé à la manière ordinaire, cette opinion, disons-nous, en lui donnant une interprétation raisonnable, ne pouvait se fonder que sur la supposition que l'augmentation des frais, occasionnée par l'emploi de la machine Garnier, ne serait pas compensée par la hausse du prix qu'on pourrait obtenir en Angleterre, pour le lin préparé de cette manière; mais elle se rattache, en même temps, à l'idée, assez généralement accréditée chez nos commerçants, qu'en donnant à nos lins un plus haut degré de préparation, on n'en obtiendrait pas des prix plus avantageux. Or cette idée, comme nous l'avons déjà fait observer, repose plutôt sur d'anciennes traditions et habitudes que sur l'intelligence des faits, qui se rapportent à cette branche de notre commerce, et elle nous semble erronée , car chaque degré de préparation de plus
qu'on donne au Un livré au commerce procure au fabricant une épargne de temps, de travail et de frais, dans les opérations auxquelles il doit soumettre la matière brute pour la préparer au filage, et, ce qui est peut-être plus important encore, c'est qu'en achetant du lin mieux nettoyé et mieux assorti, il peut établir un calcul plus exact, quant au déchet et à la quantité du fil qu'il peut en tirer pour lel ou tel tissu. Il se peut sans doute que les négociants anglais et leurs commissionnaires, habitués de tout temps à acheter nos lins à très- bas prix et à exercer une espèce de monopole sur cette branche de notre commerce, ne seraient pas d'abord très-disposés à faire des offres beaucoup plus avantageuses, en raison d'une meilleure préparation de cet article; mais comme l'Angleterre ne peut pas se passer de nos lins, qu'aucune contrée ne saurait lui fournir en quantité aussi considérable , les prix ne pourraient pas rester longtemps au-dessous de leur niveau naturel en raison de leur qualité. L'expérience a d'ailleurs déjà prouvé que des prix meilleurs que de coutume ont été obtenus en Angleterre pour des lins préparés à la flamande et expédiés de Livonie {voir ce qui a été dit sur ce sujet, page 29). Quant à l'objection élevée par les marchands de Riga, relativement aux pertes qui pourraient résulter, sur l'étoupe , de la préparation perfectionnée du lin , par la machine Garnier, il nous semble que ces pertes pourraient être largement compensées par une vente plus avantageuse du lin môme, mieux préparé, surtout lorsque ce dernier atteindrait son prix naturel , correspondant à sa qualité. Cela nous paraît résulter clairement des chiffres de l'exportation de l'un et de l'autre article. Pendant la période triennale de 1847 à 1849 , il a été exporté en tout 10,765,921 pouds de lin, représentant une valeur de 27,180,669 roubles argent, et 1,746,522 pouds d'étoupe de lin, représentant une valeur de 2,884,064 roubles, ce qui
donne ensemble une somme de 30,064,733 roubles argent, dans laquelle la valeur de ce dernier article ne figure que pour 9,6 pour 100, ou pour moins d'un dixième , de sorte qu'une plus value de 5 pour 100 seulement sur le lin peut compenser une réduction d'environ 50 pour 100 sur le prix de Fétoupe.
Depuis les essais faits avec la machine Garnier, il en a surgi une autre de l'invention de Kouté, qui paraît plus appropriée à nos lins, et dont l'usage commence à s'étendre en Livonie. Lorsque les avantages de l'application de cette machine seront suffisamment constatés par l'expérience, on l'introduira probablement >ussi dans d'autres provinces.
Le rouissage à l'eau chaude , qui commence à s'introduire en Irlande et dans d'autres pays, et dont nous avons déjà fait mention {page 19), pourrait aussi, avec le temps, contribuer à l'amélioration des lins en Russie et concilier les deux intérêts qui se croisent si souvent chez nous , celui de la production du lin comme plante textile, et celui de la récolte des grains pour la semence.
L'introduction de cette méthode en Russie présenterait encore un autre avantage très-important. Elle favoriserait la division du travail qui a si puissamment contribué, comme nous l'avons déjà fait observer , au perfectionnement de la culture et de la préparation du lin en Belgique. Le cultivateur n'aurait alors qu'à semer et à récolter le lin pour le livrer aux établissements de rouissage à la vapeur, où il serait préparé avec plus de soin et d'intelligence ; tandis que, maintenant, toutes les opérations qui donnent au lin sa qualité sont faites très-négligemment par les paysans eux-mêmes qui n'ont, pour la plupart, ni les connaissances, ni les moyens nécessaires pour employer ces procédés perfectionnés. Il est certain que cette division du travail est une des conditions essentielles de l'amélioration