‹ Études sur les forces productives de la Russie (volume 2)Chapitre 5 sur 40 · II · texte numérisé non relu

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de l'industrie linière, et si, dans Tétat actuel de notre économie rurale , vu surtout le manque de capitaux , on ne pouvait pas l'introduire à la fois partout, quelques exemples partiels de son application , dans les contrées qui offrent pour cela plus de facilité, seraient déjà un progrès important , comme encouragement pour l'avenir.

En considérant toutes les améliorations dans la culture et la préparation du lin qui ont été essayées jusqu'à présent en Russie , et les différentes opinions énoncées sur cette matière, nous croyons que l'insuccès provenait souvent, non-seulement des difficultés matérielles inhérentes au sol, au climat et à d'autres circonstances locales ; mais aussi, comme nous l'avons déjà fait observer, d'une certaine inexpérience dans quelques opérations manuelles, ou dans le mode de culture, et, en général, du peu de penchant de nos cultivateurs pour les nouveaux procédés. Il a d'ailleurs été constaté par l'expérience de tous les pays que ces sortes d'améliorations ne s'introduisent presque jamais sans quelques essais manques et sans quelques sacrifices de temps et d'argent. Il faut aussi considérer : 1* que les bons résultats de tous les perfectionnements introduits dans les matières brutes sont ordinairement lents à se manifester, vu qu'il faut un certain temps pour que les fabricants qui emploient ces matières à travail acquièrent la conviction des avantages qu'ils peuvent en tirer, ce qui fait que la hausse des prix n'est pas toujours la suite immédiate de ces perfectionnements ; 2* que tous les essais d'amélioration ont été entrepris chez nous sur une trop petite échelle pour influer d'une manière sensible sur notre commerce de lins avec les pays étrangers. Il est assez naturel que dans un commerce qui se fait sur d'anciens errements, par centaines de milliers de pouds, un petit envoi d'une centaine de pouds, de qualité supérieure à celles qu'on est habitué à recevoir de telle ou telle con-

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trée» ne se place pas facilement à un prix proportionné à la valeur intrinsèque de la marchandise.

Ce qui est un fait suffisamment constaté, c'est que, sauf quelques exceptions qui passent, pour ainsi dire, inaperçues dans le total de Fexportation, même les meilleures qualités de nos lins se vendent à bas prix à cause de Tétat peu satisfaisant dans lequel ils sont livrés au commerce, et cela s'explique par rinexpérience dans la préparation, cause que nous avons déjà mentionnée. Lorsque le lin n'est pas bien préparé, bien assorti et bien nettoyé, le fabricant qui l'achète ne peut pas calculer au juste le déchet qu'il peut avoir dans le peignage et le filage, ni la quantité de fil qu'il peut en tirer pour tel ou tel tissu; il doit aussi mettre en compte plus de temps et de fi-ais pour toutes les opérations qui précèdent la filature, et il règle là-dessus le prix qu'il peut offrir pour la matière première. M. Nebolsine donne le tableau des prix des lins en Angleterre , d'après leur provenance, à partir de l'année fSâO jusqu'à 1847 inclusivement, en livres sterling, par tonne de 63 pouds.

Or, voici les taux moyens qui résultent des prix courants portés sur ce tableau :

Ptr tftBBt.

Lin de Courtray , 447 livres steriiDg.

— Flamand (1) 99 »

— de Hollande 79 »

— d'Iriande 70 ^ »

— dç Riga 43 »

Ainsi les prix des lins de Riga sont :

A ceux de l'Irlande comme 40 est à 46> 3

— • de Hollande », 40 » 48,4

— de Flandre » 40 » 23

— de Courtray » 40 » 27

(1) On comprend sous cette dénomination tout le lin des pays qui formaient l'andenne Flandre.

c'esirà-dire que nos lins se vendent 38 pour 100 au-dessous des lins étrangers les moins estimés, ceux de l'Irlande. On voit par le rapprochement de ces chiffres de quel accroissement de valeur cette branche de commerce serait susceptible, si la culture et la préparation de nos lins se faisaient d'une manière plus rationnelle. Sans prétendre à la perfection des lins de la Belgique, si nous arrivions seulement à la hauteur de ceux d'Irlande, ce serait déjà une augmentation de prix de plus de 27 livres sterling par tonne, ou de 2 roubles 76 kopecks par poud; ce qui donnerait sur 3,588,640 pouds (moyenne de l'exportation annuelle pendant les années 1847, 1848 et 1849, sans comp ter l'étoupe), une différence en plus de 9,904,000 roubles; mais en n'admettant même que la moitié de cette somme, ce serait déjà une plus value qui mériterait quelques efforts et quelques sacrifices de la part de nos producteurs.

De tout ce qui précède nous croyons pouvoir conclure que la culture et la préparation de nos lins, pour le commerce extérieur, sont susceptibles de maintes améliorations qui offriraient le moyen de rendre ce commerce plus avantageux, et en même temps de lui donner plus d'extension. A l'appui de cette opinion, nous nous référons à ce que dit sur ce sujet M. Nebolsine dans son intéressant ouvrage sur le commerce extérieur de la Russie.

Le gouvernement, ayant depuis longtemps reconnu l'importance du commerce du lin et du chanvre pour la Russie, a établi pour ce commerce un triage obligatoire {brak). Ces articles ne peuvent pas être exportés avant d'avoir été examinés par des experts assermentés qui font la classification de la marchandise selon les espèces et en écartant le rebut; mais cette mesure, reconnue nécessaire pour empêcher les fraudes et l'expédition des marchandises de rebut qui feraient tomber nos lins et nos chanvres en discrédit sur les marchés étrangers, n'est pas suffisante pour leur

assurer un degré de préparation qui pourrait en relever la valeur ; car si le triage obligatoire se faisait avec beaucoup de sévérité, il deviendrait trop gênant pour le commerce. Les experts ne peuvent pas astreindre les vendeurs à nettoyer et à assortir leurs lins et leurs chanvres d'après les procédés usités dans d'autres pays, et doivent se borner à un triage en gros, en écartant ce qui constitue véritablement le rebut ou la partie avariée de la marchandise. Même, restreint dans ces limites , ce contrôle est quelquefois gênant pour le commerce. Les négociants de Saint-Pétersbourg, se trouvant en quelque sorte à la merci des experts, se sont plaints des retards et de l'augmentation de frais qu'ils en éprouvaient dans leurs opérations commerciales. Par suite de leurs réclamations, le gouvernement a affranchi, en 1844, du triage officiel l'exportation du lin et du chanvre du port de Saint-Pétersbourg, en cas de consentement mutuel du vendeur et de l'acheteur, et ce triage obligé n'a plus lieu que dans le cas où l'une ou l'autre des parties contractantes l'exigerait. A partir de cette époque, on a abandonné de plus en plus l'usage du triage officiel ; tous les lins et chanvres s'expédient maintenant de Saint- Pétersbourg sans cette formalité , et le gouvernement a résolu d'étendre cette franchise aux autres ports dès que le commerce local en manifesterait le désir. Le triage forcé devient naturellement une mesure superflue dès que les commerçants commencent à reconnaître qu'il est dans leur intérêt de mériter la confiance des acheteurs et de ne fournir que de la bonne marchandise pour soutenir leur réputation. Le triage facultatif, accordé au commerce de Saint-Pétersbourg, n'a pas encore provoqué dans les autres ports, chez les parties intéressées, le désir d'obtenir les mêmes franchises. Le contrôle de l'autorité, quelque gênant qu'il puisse être d'ailleurs dans certains cas , ne cessera pas d'être nécessaire tant que la bonne

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foi des vendeurs et la confiance des acheteurs ne seront pas plus consolidées dans ce commerce. M. Nebolsine prouve dans son ouvrage, par des données statistiques, que le commerce de lin à Arkhangel tombait en décadence à la suite du relâchement survenu dans Tapplication des règlements prescrits pour le triage , et n*a commencé à se relever qu'à partir de l'époque où l'on a pris des mesures efficaces pour assurer la stricte observation de ces règlements.

Le gouvernement, voulant concilier la nécessité de prévenir les fraudes et de maintenir le crédit de notre commerce de lins à l'étranger avec la liberté des transactions commerciales, a pris, sans contredit, le parti le plus sage, celui de rendre le triage officiel facultatif partout où les intérêts du commerce feraient sentir la nécessité de cet allégement, et où la confiance des acheteurs serait assez consolidée pour le rendre praticable ; mais il est désirable que là, où l'intervention obligatoire des experts est encore maintenue, elle soit bien surveillée par les autorités locales, pour que les parties intéressées ne soient pas exposées au caprice de ces experts et à des exigences illégales de leur part, et pour avoir la garantie que l'expertise et le triage se pratîquent légalement et de bonne foi. Il faut que la suppression ou la modification de cette mesure soit naturellement amenée par le rétablissement de la confiance de la part des acheteurs, au lieu d'être le résultat d'une nécessité dans laquelle le commerce pourrait se trouver de se soustraire aux abus de l'expertise obligatoire.

Tout ce que nous avons dit relativement aux améliorations désirables dans la culture, la préparation et l'assortiment de nos lins s'applique, en grande partie, au commerce du chanvre, d'autant plus que cette branche de notre commerce ne se trouve pas sous l'influence de conjonctures aussi favorables que celles dont a pu se pré va*

loir jusqu'à présent l'exportation de nos lins. C'est encore l'Angleterre qui est notre principal débouché pour cet article. Le développement prodigieux des constructions navales de cette puissance offre un vaste champ à l'emploi du chanvre pour le gréage de ses nombreuses flottes et de sa marine marchande ; mais l'usage de plus en plus répandu des voiles en toile de coton et des câbles de fer, joint à l'extension de la navigation à vapeur et de la construction de bâtiments en fer» a considérablement diminué l'emploi du chanvre pour le besoin de la marine» et l'on a vu ^ par les données statistiques rapportées page 9» que, pendant que l'exportation de nos lins a constamment suivi, depuis 1822, un mouvement ascendant, celle du chanvre a au contraire diminué dans les derniers temps. Pendant la période décennale de 1832-1841, elle excédait en moyenne la quantité de 3 millions de pouds, et la période de huit ans, de 1842-1849, ne donne pour moyenne que 2,809,000 pbuds. Ce décroissement de l'exportation provient aussi en partie de la concurrence des autres pays sur les marchés de la Grande-Bretagne. Voici les chiffres de rimportation de cet article en Angleterre, à partir de l'année 1881 jusqu'à l'année 1849 inclusivement, et la proportion dans laquelle nos chanvres figurent dans cette importation :

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