EXPORTATION
d'importation.
En 1824-4826.
d'environ 20,000 roubles, en comparant la dernière période triennale avec celle de 1824-1826. Dans le comraerce avec l'Europe, l'exportation de nos soieries est tombée, de 13,271 roubles, à 2,351; tandis que, dans le commerce avec l'Asie, elle a monté de 54,809 roubles, moyenne de 1824-1826, à 77,753, moyenne de 1848-1850. En 1851, l'exportation pour l'Europe a remonté à 4,442 roubles, et celle pour l'Asie a atteint le chiffre de 90,821 roubles.
L'accroissement considérable dé l'importation des soieries étrangères sous le régime d'un tarif qui les taxait , selon les espèces , de 5 à 25 roubles par livre = 50 à 250 francs par kilogramme, prouve que cette branche de notre industrie est encore assez arriérée, au moins pour certains tissus qui ne peuvent pas soutenir la concurrence des similaires étrangers, malgré une protection douanière qui était poussée presque jusqu'à la prohibition.
Les défauts inhérents à notre fabrication de soieries ont été déjà signalés par M. Boutowski, dans son compte rendu de l'exposition de nos produits industriels, en 1843, et nous ne trouvons pas superflu de les reproduire ici, en substance, avec les résultats de nos propres observations.
La mauvaise qualité de la matière première est une des principales causes de l'infériorité de nos soieries, à l'égard de celles de la France et de l'Allemagne. On a vu, par les données statistiques qui précèdent, qu'en défalquant 6,000 à 7,000 pouds de soie indigène , employés sur place dans les provinces transcaucasiennes à la fabrication des tissus ordinaires à l'usage des habitants du pays , les manufactures russes employent, en tout, 38,300 pouds de soie, dont environ 20,000 pouds, ou plus de 52 pour 100 de soies du Caucase, d'une qualité généralement très-médiocre, et 8,200 pouds, ou plus de 21 pour 100 de soies de la Turquie et de la Perse, bien inférieures en. qualité aux soies de
H INDU3TBIE.
France et d'Italie, d(^ Borte que les bonnes qualités de sQÎe» de provenauee européenne n'entrent que pour epviron 9^ pour 100, ou pour un peu plus d'un quart dans la fabrication indigène. Il est vrw que \m soies françaises et italiennes arrivent chez nous, en majeure partie (plus des neuf di^SLièmes), déjà filées, tandis que les soies du ÇQuo?ise, 4f» la Perse et de la Turquie arrivent presquû e» totalité éoru^i, de manière qu'il y 4 à rabattre sur ces dernières plus de déchet, ce qui modifie la proportion de l'emploi effectif de I4 niatière prçiniôrQ §n faveur des soies ^e l'Igurope. Cependant^ on peut admettre avec certitude que qes dernières n'entrent que pour un tiers, tout au plus, dans nos tissus, On les emploie de préférence dans la fabrication des étoffe» unies et de quelques tissus façonnés pour la chaîne seulement.
La préparation des soies avant le tissage se fait ordinairement d'une manière asseï; imparfaite. Les spies éorues spnt livrées h une certaine classe d'entrepreneurs qu'on appelle karassniki , qui les distribuent à des dévideuses dans les villages, et ce sont ees dernières qui font aussi l'assortiment de Ja soie pour la chaîne et la trame. Toutes ces opérations ^e font ordinairement avec des appareils défectueux et d'une manière trés^négligée. On remarque souvent, dans les soieries russes, que la chaîne et la trame m sont pas bien assorties. Tantôt c'est la trame dont le fil est trop fort pour la chaîne, et tantôt c'est le cçntraire. Les fils préparés sur les bobines manquent souvent d'égalité; quelquefpis la soie est trop tendue , ce qui fait qu'en vertu de son élasticité elle se crispe et donne de l'inégalité au tissu, ce qui se remarque surtout dans les étoffes plus épaisses. Nous avons souvent vu des étoffes très-belles en apparence, connues sous le nom de satin turc, qui se crispaient et se roulaient sur elles-mêmes, ce qui provient principalement de la cause que nous venons d'indiquer.
Ga$ ééfy^tMfim» la pfépars^on de la nôie, n^ pourront cesser entièrement que lorsque Fu^aga 4es appai^i^ils par" ; fectionnés pour le dévidage et h moulinage sera: plus répandu. Il y a déjà, sous ce rapport, quelques progrès auK^quels le Gouvernameat a donné la pçemièm imputoipn en faisant vanir de France des inaohiaas pour modèles et un maîfre filateur d- Avignon comme instructeur pqur le^r em^ ploi. Plusieurs fabricants eu ont profité et ont introduit éhe% eux de nouvelles méesmiques pour la fllature. Le né-» gociant Schelkownikow a fondé, àMosoo^, un établisse-' ment de moulinage qui travaille principalement les soies du Caucase envoyées parla société d'encouragement de la culture de la soie dans les provinces transcaucasiennes» On peut y mouliner au delà de 300 pouds de soie, mais lea frais de moulinage. sont encore assez élevés : 84 roubles . par pdud (8 franos 80 centimes par kilogramme ) pour la trama, «t 68 roubles (16 francs 60 centimes par kilogramme) pour la. chaîne.
La cuisson de lasoie se fait d'une manière asse? satislg^ti^ saute. Pour les soie» de couleur foncée , on emploie du savon ordinaire de Ka^an de 4 roubles le poud, et, pour les , couleurs daires, du savon de meilleure qualité, à.4 roubles 60 kopecks le poud. On en emploie environ 2B à 80 pour 100 du poids de la soie cuite , et les frais de la euisr son reviennent à 6 1 roubles pour un poud de soie (1 franc 33 centimes par kilogramme). Lorsque la soie est bien cuite, on pefd environ 25 pour 100 du poids de la soie écrue. Pour eertains tissus, on emploie de la soie demicuite; ce qui se pratique *aussi dans les manufactures étran^ gères ; mais lios fabricants abusent quelquefois de 1- emploi de la soie qui n*est pas Suffisamment cuite , ce qui donne au^ tissus une certaine apparence d'épaisseur et de consistance au détriment de leur solidité. Lorsque la soie a conservé une partie delà sérosité qu'elle contient dans son-élat
40 INDUSraiE.
naturel , les tissus en contractent une certaine roideur et s'usent plus facilement en se coupant sur les plis.
Les défauts dans le dévidage , le £lage et la préparation de la soie , joints à la qualité très-inférieure des soies du Caucase et de la Perse^ sont cause que nos tissus n'ont pas le soyeux, la souplesse et le lustre des soieries étrangères, bien que Tapprêt des étoffes se soit beaucoup amélioré , surtout dans les établissements fondés à Moscou par des étrangers, dont ceux de MM. Morel, Amalric et des frères Damé sont les plus importants.
Tout en signalant les défectuosités qui prédominent encore dans notre industrie des soieries, prise dans son ensemble,onnepeut pas disconvenir que, pour certaines espèces de tissus, elle a fait, depuis une dizaine d'années , des progrès très-marquants; Ces progrès ont été le plus sensibles dans la fabrication des étoffes façonnées et à ramages, et surtout des satins façonnés pour meubles. Dans le progrès de cette branche d'industrie , on doit signaler, comme un des indices les plus remarquables , la promptitude avec laquelle s'est répandu, en Russie, l'usage des métiers a la Jacquard, et l'habileté des ouvriers russes à s'en servir, ce qui a rendu en peu de temps superflu le concours des contre-maîtres étrangers.
La teinture de la soie s'est aussi beaucoup perfectionnée. Les soies teintes dans les établissements des frères DaméetdeM. Stefko, à Moscou, ne le cèdent en rien, pour la pureté et la vivacité des couleurs , aux soieries étrangères. Les teintureries russes de MM. Adrien Bassof et Schiguine ont aussi envoyé aux dernières expositions des soies teintes de très-belle qualité. La teinture coûte de 11 à 12 roubles parpoud (2 francs 70 centimes à 2 francs 93 centimes par kilogramme), et, pour la couleur ponceau, à peu près .cinq fois autant. Pour les belles couleurs roses, on paye jusqu'à 4 roubles par livre, ou 160 roubles
aaB^^BAi»
par poud =: 39 francs 12 centimes par kilogramme (1).
Dans les principales fabriques de Moscou, le tissage des étoffes façonnées laisse peu à désirer; mais nos fabricants se bornent presque exclusivement à copier les dessins français et s'attachent rarement à former leurs dessinateurs à la composition de dessins originaux , ce qui ôte à leurs produits l'avantage de la nouveauté , qui est très-important pour tous les articles de mode. On doit espérer que les écoles de dessin , établies à Moscou et à Saint-Péters-* bourg, feront disparaître, avec le temps, cet inconvénient. Nous devons ici faire une mention particulière de l'école de dessin, fondée à Moscou, par le comte Strogonoff, qui est un établissement modèle sous tous les rapports , et qui a déjà formé des élèves très-distingués» Cette école pourrait figurer avec avantage à côté des meilleures institutions de ce genre que nous ayons vues en pays étrangers.
L'infériorité de nos soieries, quant à la qualité du tissu, se manifeste principalemeAt dans les étoffes unies, dans lesquelles chaque défaut se remarque beaucoup plus facilement. Indépendamment des défectuosités que nous avons signalées dans la préparation de la soie, et qui produisent l'inégalité du tissu, nos tisserands ont beaucoup moins d'aptitude pour ce genre d'étoffea, ce qui tient, en partie, au caractère de l'ouvrier russe. Un tissu bigarré de dessins et de vives couleurs flatte son goût et excite davantage son émulation, et il est généralement moins disposé à un travail monotone qui exige beaucoup de soins et une attention très-soutenue. Un des principaux fabricants de Moscou a assuré à M.Boutowski que, sur 100 tisserands, il peut
(1) Ce sont des prix très-éleTés. En les ajoutant aux frais de dévidage et de raonlinage, qui sont aussi assez considérables, on ne peut guère s'étonner du prix élevé de nos tissus de sole en let comparant aux soieries étrangères.
à peine en trouver un ou deux qui sachent tisser sans défauts une étoffe unie.
La fabrication des soieries, comme plusieurs autres branches de notre industrie, est principalement concentrée dans le gouvernement de Moscou.
D'après Fatlas statistique de M. Samoïloff, il existait déjà^ en 1843, dans ce gouvernement, 158 fabriques de soieries avec 12,570 métiers, qui occupaient 15,910 ouvriers, et les produits de cette fabrication , dans ce seul gouvernement, étaient évalués, à cette époque, à 5,805,000 roubles ar-^ gent, dont 2,589,000 roubles revenaient à la ville de Moscou et à son arrondissement ; mais M. Samoïloff fait observer qu'il n'a pas compris , dans ces chiffres, les métiers isolés éparpillés dans tout le gouvernement de Meseou , et surtout dans l'arrondissement de Bogorodsk , et que, d^'après un calcul approximatif basé sur la quantité de soie consommée, on pouvait évaluer à cette époque la fabrication des soieries, dans ce gouvernement, à 8 millions de roubles argent. Après le gouvernement de Mosoou, c'est dans celui de Pétersbourg que se trouvent les principales fabriques de soieries, et ce n'est que depuis peu que cette industrie a pris aussi quelque développement dans le gou^ vemement de laroslaw.
Au nombre de 158 fabriques, nominativement désignées dans la.statistique de M. Samoïloff, qui étaient en activité dans le gouvernement de Moscou , en 1843 , il y en avait une, celle de M. Rochefort, à Moscou, qui produisait pour 500,000 roubles argent (2 millions de francs) et occupait près de 500 ouvriers (1).
(1) Pepuis cette éppgue, M. Rochefort a diminué de beaucoup sa fabrication des étoffed de soie proprement dites. Il s'occupe maintenant de préférence de la fabrication d'objets de fantaisie, tels que crêpes, blondes ;et étoffes mélangées, imprimées I et^urtQut d'étoffes de laine et demi-laine, Parmile^ autres établis-*
INDUSTRIE. 4d
Depuis que la fabrique de M. Rochefort aperdu de son im* portance, les plus considérables dea anciens établissements sont ceux de Kondrasheff, de Poliakoff, des jfrères Tschernisheff» d'Eftimoff, de Zaloguine, de Konohoff» de Krioukoff^ des Moussatoffi des Solovieff, des Schishkoff et de Tomitacheff« Ces onze fabriques prises ensemble produisaient» en 1843, une valeur de 3»070^500 roubles, ou plus d'un tiers de la fabrication de 168 établissements existant, à cette époque, dans le gouvernement de Moseou#
Les principaux étioles de cette fabrication, dans le gou* vernement de Moi^miou, sont les brocarts et les tissus brodés d'or et d'argent pour ornements d'église , les étoffes pour meubles, les satins, les tissus brochés et les étoffes mêlées de laine ou de coton.
Il est notoire que la fabrication des brocarts et des tissus de soie brodés d'or et d'argent est le principal ornement de cette branche d'industrie en Russie, et il est à regretter qu'elle n'ait pas été suffisamment représentée à l'exposition universelle de Londres. Nous n'avons pour cet article aucune concurrence à redouter, tant sous le rapport du prix que sous celui de la qualité des tissus. Dans cette catégo-^ rie on peut aussi ranger les galons d'or et d'argent fins et faux qui se fabriquent en Russie aussi bien et même à meilleur marché que dans les pays étrangers.
Les manufactures de Saint<^Pétersbourg s'occupent de préférence de la fabrication des étoffes unies.
Les prix de nos soieries sont très-différents selon la qua^ lité de la matière première. Les étoffes faites avec de là soie italienne coûtent ordinairement le double et au delà
sements les plus marquante, il y atait , à cette époque, six fabriques dont la production était entre 200,000 et 300,000 roubles : cinq de lOOjOOO à 160,000 roubles, et orne de 60^000 à 100,000 roubles.
2a INDUSTRIE.
du pirix des tissus analogues dans lesquels la trame est en soie du Caucase ou bien en soie persane ou turque.
Les étoffes fabriquées en soie de provenance européenne sont ordinairement de 25 à 30 pour 100 plus chères que les tissus semblables de fabrication étrangère. Comme la matière première ne revient pas beaucoup plus cher au fabricant russe qu'au fabricant étranger, car les frais de transport n'ajoutent que très-peu au prix de la soie , c'est dans d'autres conditions et arrangements économiques de cette industrie que doivent reposer les causes de cette différence. Ces causes tiennent à des circonstances qui sont plus ou moins communes à toutes nos branches d'industrie, et nous les avons déjà plus d'une fois signalées. Indépendamment de l'inexpérience et du manque de connaissances spéciales chez la plupart dé nos fabricants, de l'imperfection des appareils et des faux frais qui s'ensuivent, ce sont les conditions de vente, le taux élevé des intérêts, les hauts salaires des contre-maîtres, des dessinateurs, des coloristes et de tous les ouvriers dont la tâche exige une' instruction professionnelle, le prix élevé des machines, àe^ - matières tinctoriales et d'autres agents de la fabrication qui enchérissent tous les produits de notre industrie, à l'exception de ceux dont la fabrication est plus particulièrement favorisée par quelques circonstances locales.
Cependant il y a aussi , sous ce rapport , des progrès assez marquants, et plusieurs manufactures sont parvenues à vaincre, au moins jusqu'à un certain point, les difficultés que nous venons de mentionner.
Se basant sur les produits exposés en 1843, M. Boutowski a trouvé que les prix de nos soieries avaient baissé, relativement aux années précédentes, de 10 à 15 pour 100. Depuis cette époque, les prix de quelques tissus ont encore baissé d'environ 10 pour 100, et l'on peut admettre, eri dernier résultat, que, depuis une vingtaine d'années.
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il y a eu , pour nos tissus de soie j une réduction de prix de 20 à 26 pour 100.
MM. Boutowski et Sherer signalent, dan$ leur compte rendu ^ les établissements dont les produits se sont plus particulièrement distingués aux dernières expositions; Nous en citerons ici les principaux;
Les fabriques de Kondrasheff , Sapojnîkoff , Krioukoff et des frères Tschemisheff ont envoyé à l'exposition de 1843 des satins façonnés pour n^eubles, qui ne le cédaient en rien aux étoffes françaises pour la perfection des tissus et pour la beauté des couleurs ; mais les prix en étaient de 30 pour lOO plus élevés (1).
Les produits de la manufacture de Kondrasheff ont également figuré avec avantage à l'exposition de 1849. On a remarqué, entre autres tissus» les velours, tant unis que façonnés, du prix de 3 roubles 60 kopecks à 5 roubles Tarehine (24 francs 28 centimes à 33 francs 73 centimes l'aune de France), et des étoffes damassées pour meubles , à 2 roubles 30 kopecks l'archine (15 francs 50 centimes l'aune de France). Kondrasheff est le principal promoteur de la fabrication des soieries à la manière de Lyon. Sa fabrique occupait, en 1849, plus de 1,300 ouvriers.
Les frèjpes Levine de Kolomna , gouvernement de Moscou, ont envoyé à l'exposition de 1843 des satins façonnés pour meubles, à 1 rouble 40 kopecks argent l'archine (9 francs 45 centimes l'aune de France), fabriqués avec de la soie du Caucase, mais très -inférieurs quant au tissu et à l'apprêt.
(1) Ou rencontre souvent chez nous des étoffes de soie qui ne se distinguent pas beaucoup^ en apparence, des tissus semblables de fabrication étrangère, mais qui sont, dans la plupart des cas, inférieures, sous le rapport de leur solidité, par suite de la qualité de la matière première et des défauts que nous avons déjà signalés dans la préparation de la soie et qui ne se montrent souvent que dans l'usage des étoffes.
2t mDUFTRIE.
La manufaotuce de M. Roehefort, à Moscou, dont nous avons déjà fait mention, page 18, se distinguo maintenait dans la fabrication dBS tissus légers, des dentelles, blondes de soie et autres articles de fantaisie, dont quelques-uns d'un prix assez modéré. On a remarqué, entre autrei^ articles, à l'exposition de Tannée 1849, du' taffetas léger pour doublure^ du prix de 93 à 35 kopecks Tarcbine (1 franc 70 centimes à 9 francs 40 centimes l'aune de France)*
Af . Rochefort s'est constamment appliqué à suivre et à utiliser les améliorations introduites dans la soierie étran* gère. Le crêpe de sa fabrication est de très*bonne qualité, ' mais d'un prix très-élevé : 1 rouble à 1 rouble 50 kopecks l'archine ; tandis qu'en France on ne paye pas le meilleur crêpe au delà de 30 kopecks l'archine (1). Il serait intéres^ sant de rechercher la cause d'une si grande différence de prix»
On a remarqué aussi^ à l'exposition de 1648, les étoffes pour gilets de la fabrique de Loktine, de très-bonne qualité et d'un prix assez modéré, de 1 rouble 80 kopecks à i roubles 80 kopecks (5 francs fiO centimes à 9 francs 80 centimes) le gilet, ce qui ne dépassait que de 10 pour 100 le prix des étoffes du même genre fabriquées à l'étran g^r. On y fabrique aussi des fichus et des cravates, et plusieurs autres articles, mais les rubans de décorations constituent maintenant le fond principal dé cette fabrique ; elle en fournit jusqu'à 100,000 archines par an, et elle compte 140 métiers, dont 100 à la Jacquard.
M. Lafont, qui a un petit établissement à Moscou, a envoyé à l'exposition de 1843 différents objets en tulle façonné d'assez bonne qualité ; tels que mantilles, échar-
AÉiiii • .,m*-,:*m
(1) Voir le compte rendu de rexposhion de 1843, par M. Boutovski, page 75»
pes, mouchoirs, gants, etc« C'était, à cette époque, ia seule fabrique pour ce genre d'articles démode.
On fabrique du velours , mais généralement en asset petite quantité, dans presque toutes nos manufactures de soieries* La première place, pour ce genre de fabrication, appartient à la manufacture des frères Solovieff, dans l'ar* rondissement de Bogorodsk, gouvernement de Moscou, dont les produits sont évalués à 350,000 roubles (1 million de francs). Les velours de cette fabrique se vendent au prix de 2 roubles 50 kopecks à 4 roubles 30 kopecks Tarchine (16 francs 85 centimes à 29 francs l'aune de France)^
M. Boutowski a fait observer, avec raiso^i, qu'on né s'occupe pas assez, en Russie, de la fabrication des velqurs légers pour robes de dames; ce qui forme un article important de l'industrie française. Ce n'est que depuis peu que cet article a attiré l'attention de nos fabricants. Entre autres, les frères Solovieff fabriquent, depuis bientôt quatre ans , des velo\U'S légers pour robes de dames.
Pour les tissus légers, ce sont les produits de là fabrique des frères Effimoff qui se distinguaient plus particulièrement à l'exposition de 1843. Le prix de plusieurs articles exposés par cette fabrique , tels que la batiste de soie k 60 kopecks l'archine (4 francs 60 centimes l'aune de France), les mouchoirs de gaze brochés à 18 roubles, et les mouchoirs de blonde de 11 à 22 roubles la pièce, g été trouvé assez modéré, vu la qualité. Cette fabrique^ dont les produits ont encore figuré d'une manière avantageuse à l'exposition de 1849, produisait des tissus de toute espèce jusqu'à concurrence de 300,000 roubles argent (1,200,000 francs) ; mais elle est tombée depuis en décadence , ce qui est d'autant plus à regretter que c'était un des anciens établissements qui ont rendu les plus grands services à notre industrie de soieries. Les frères Effimoff, dont l'aîné est mort, ont été les premiers à introduire en
linsét les métiers à la Jacquard et la fabrication des différents tissus qu'on ne produisait pas auparavant cl^ez nous. Leurs ouvriers ont répandu , dans toutes les bra^* ches de celte industrie, de nouveaux procédés et des amé^ liorations de toutes espèces» et les autres fabriques ont < profité de leurs ess^ais et de leur expérience.
Pour les brocarts » les draps d'or et les tissus brodés d'or et d'argent» ce sont les fabriques de Sapojnikoff, PolakofT et Kolokolnikoff, qui ont occupé la première place aux dernières expositions. On a surtout' remarqué les étoffes, brodées en or et en argent, de la fabrique de Sapo* jnikoff, du prix de 4 roubles à 4 doubles 50 kopecks l'archine (27 francs à 30 francs 35 centimes l'aune de France), qui ne le cédaient en rien aux étoffes lyonnaises de cette espèce. Cette fabrique fournit aussi les meilleures brocatelles de soie.
Les frères Levine ont exposé de belles brocatelles de soie pure et de soie mêlée de coton , du prix de 1 rouble 70 kopecks à 2 roubles argent l'archine (11 francs 45 estimes à 13 francs 50 centimes l'aune de France).
Le fabricant Sytoff, dont les produits ont figuré à l'exposition de 1849 , s'est distingué par le bon marché de ses brocarts , qui se vendaient à 3 et même à 2 roubles argent l'archine (13 francs 50 centimes à 20 francs 25 centimes l'aune de France).
V La principale manufacture d'or filé est celle des frères Alexieïeff, qui produit pour plus de 500,000 roubles argent (2 millions de francs).
La fabrication des foulards a pris aussi , depuis quelque temps, une assez grande extension en Russie. On en fabriquait déjà, en 1843, plus de 100,000 pièces, et cette fabrication aura sans doute doublé depuis cette époque , mais elle laisse encore beaucoup à désirer sous le rapport des couleurs. Les frères Damé sont les premiers qui ont intro-
doit des améliorations seiïsibles dans la teintore de ces fissusi On emploie généralement à la fabrication des foulards de la soie du Caucase non cuite. On paye, pour le tissage, 12 à 15 kopecks pai*' pièce.
La fabrique de Zaloguine, quoique n'existant que depuis peu d'années, produit déjà pour environ 300,000 roubles argent (1,200,000 francs) de soieries. Ce sont les étoffes unies, dans la fabrication desquelles on emploie, par moitié, la soie italienne et la soie du Caucase, qui forment le fond principal de cet établissement. Les prix de ces tissus, qui ont figuré à l'exposition de 1819, sont assez modérés. On y a vu du satin double à 90 kopecks l'archine (6 francs 5 centimes l'aune de France), des étoffes mokées façonnées, à 1 rouble 20 kopecks (8 francs 7 centimes l'aune de France), et de la marceline à 45 kopecks l'archine (3 francs l'aune de France). • Les fabriques de Tomitschew et de Goujon , dans le gouvernement de Moscou, appartiennent aussi au nombre de celles qui se distinguent avantageusement dans la fabrication des tissus unis (les produits de la première de ces fabriques sont évalués à 300,000 roubles), mais la première place pour ce genre d'étoffes a été décernée par les connaisseurs, à l'exposition de 1843, à la fabrique d'Olovia* nischnikoff, dans le gouvernement de laroslaw.
Indépendamment des grands établissements de soieries qui se trouvent concentrés dans le gouvernement de Moscou, il y a, aux environs de la ville de Moscou, beaucoup de petits fabricants qui ne font que des étoffes ordinaires en soie du Caucase, et surtout des petits fichus à l'usage des paysannes. Le fabricant Kononoff â entrepris dette branche d'industrie sur une plus grande échelle. Les produits de sa fabrication sont évalués à 100,000 roubles argent (400,000 francs).
On doit citer, égal^ent , parmi les soieries russes qui
M INDUSTRII.
appartiennent plus particulièrement à notre industrie, une étoffe pour robes de chambre , connue sous le nom de termalafM en soie du Caucase pure ou mêlée de coton.
Les manufactures de Saint-Pétersbourg s'ocmpent de prtférence de la fabrication des tissus unis de soie italienne. Elles tiennent, sous ce rapport, une place importante et elles ont fait, dans les derniers temps, des progrès assez marquants. Cependant cette branche de fabrication, envisagée dans son ensemble, est encore, comme nous l'avons déjà fait observer, la plus arriérée dans notre industrie des soieries.
La plus importante fabrique de tissus de soie , à Saint-r Pétersbourg, est celle fondée par la société de rinduslrie séricicole, qui occupe plus de 800 ouvriers. On y imprime aussi des foulards tissés à Moscou. On peut encore citer, parmi les meilleures fabriques de la capitale, celles de Nissen, Dornheim et Weinert, dont chacune produit pour environ 60,000 roubles argent. M. Scherer a portée en 1849, à 350 le nombre total des établissements pour la fabrication des soieries dans tout l'Empire, sans compter ceux du royaume de Pologne^
Toutes ces données statistiques prouvent que notre industrie de la soie est en progrès, que la fabrication de plusieurs espèces de tissus se trouve déjà dans un état trèssatisfaisant, et que le développement ultérieur de cette branche d'industrie dépendra principalement des améliorations que l'on parviendra à introduire par la suite dans ie filage et dans la préparation des soies indigènes, ainsi que dans le tissage des étoffes unies qui jouent le rôle principal dans la consommation des soieries.
Nos filatures^ de soie sont encore si arriérées que les fabricants qui emploient les soies étrangères les font venir de préférence déjà filées , et il s'est opéré , dans l'importation de cet article, un revirement qui signale plutôt un pas en
afrière qu'un progrès. Auparavant , les sôies de France et â'Itàlie étaieât importées ^ en majeure partie » éerries , et l'importation des soies filées était l^ès-minime. Maintenant é^est le Gontraire^ les soies grèges disparaissent de plus en pluSj dans notre commerce avec TEurope, et elles sont remplacées par les soies filées (1)*
Le tableau suivant Jndique la progression qu'a suivie^ depuis 1834, l'importation des soies filées et le décroissement simultané de l'importation des soies grèges :
Moyennes triennalee dû Vimportation deû soieê dan$ le eommercê
aveu V Europe :
Soies grèges.
Soies filées.
Soies gruges.
Soies filto
ponds.
pouds.
pouda.
pouds.
En 4824-4826.
Eu 4839-4844.
Ainsi, la soie filée, qui n'entrait , pendant la première période triennale, que pour environ 7 pour 100 dans l'importation de cet article, en forpie maintenant plus des neuf dixièmes, et, en 1851, elle n'entrait que pour 3 pour 100 daûs la quantité totale des soies importées de l'Europe. L'importation de la soie grège a diminué dans la proportion de lÔO â 21 (en dernier lieu de 100 à 7), tandis que celle de la soie filée a augmenté dans la proportion de 10 à 412 ; ce qui prouve que nos filateurs sont restés bien en arrière dans cette branche d'industrie qui est encore susceptible d*un grand développement. Cependant, au milieu des
(1) Les droits établis dans les pays de production sur l'exportation des soies grèges sont trop mininlM pont avoir |»q, à «us I6ulft> amener eètte différence.
i8 LNDUSTRIE.
circonstances actuelles, nous considérons ce changement, dans notre commerce avec l'Europe, plutôt comme avantageux que comme préjudiciable à notre industrie des soieries prise dans son ensemble; car il vaut beaucoup mieux faire venir les soies étrangères déjà filées et faire le sacrifice du gain sur le filage que de compromettre la fabrication des tissus par une préparation défectueuse de la matière première. Ce qui est urgent et important, pour le moment, c'est d'améliorer la préparation des soies indigènes, ainsi que des soies qui arrivent écraes de la Perse et de la Turquie et qui , prises ensemble avec la soie du Caucase, entrent, pour les deux tiers environ, dans la fabrication de nos soieries.
Industrie cotonnière.
Personne n'ignore quel prodigieux développement cette industrie a pris, depuis une cinquantaine d'années, tant en Angleterre que sur le continent européen.Pour en constater le progrès , il suffira de dire ici qu'à la fin du xviii* siècle la moyenne de l'importation du coton, en Angleterre, ne s'élevait , exportation déduite (pendant les années 1797 à 1799), qu'à 32,186,000 livres anglaises (1); tandis que, pendant les années 1847 - 1849, l'excédant de l'importation a été, d'après les relevés de la douane, de 565,110,000 livres , ce qui fait une progression de 1 à 17.
Le coton a produit dans le commerce, dans l'industrie, et, en général, dans la situation économique, financière et sociale des peuples civilisés, une révolution dont les conséquences sont incalculables et très-difficiles à apprécier à leur juste valeur.
(1) Mac Culloch. VicUona^y of commerce, article Coton»
A côté de ces avantages, Findustrie cotonnière s*exerçanl sur un produit exotique a amené aussi des inconvénients, et nous n'oserions pas affirmer que les premiers l'emportent sur ces derniers. N'ayant pas la prétention de vider cette question, qui est peut-être insoluble, nous nous bornerons à signaler sommairement les uns et les autres.
Les principaux inconvénients de cette industrie peuvent se résumer dans les considératioDs suivantes :
1** En travaillant une matière exotique, elle est tributaire des pays transatlantiques et dépend, en Europe, des rapports commerciaux de cette partie du monde avec l'Amérique, l'Asie et l'Afrique, et cette dépendance, moins sensible pour l'Angleterre pourrait, dans des circonstances données, avoir de graves conséquences pour les États du continent, surtout pour ceux qui n'ont pas une marine suffisante pour protéger efficacement leur commerce en temps de guerre. Qu'on se figure la ruine des fabricants du continent et la misère qui en résulterait dans les classes ouvrières si, par suite d'une guerre maritime, les filatures, les métiers à tisser et tous les établissements industriel^ qui travaillent le coton s'arrêtaient tout à coup faute de matière première. Si ce cas n'est pas 'probable, il est au moins dans l'ordre des choses possibles.
2"* Les tissus de coton ont remplacé , en grande partie , lés tissus de lin et même, quoique dans une moindre proportion, les tissus de laine et les tissus de soie ; l'industrie linière en a même été presque entièrement ruinée dans plusieurs contrées, et, comme toutes ces trois industries se rattachent au sol, l'agriculture n'a pas pu gagner à ce changement (1).
(1) Nous avons souvent entendu objecter par les partisans de Tindustrle cotonnière que te bas prix des tissus de coton et les autres avantages qu'ils présentent leur ont assuré une consommation si grande qu'aucune autre matière textile
L'Angleterre seule a profité» jusqu'à présent» de tous les avantage^ de l'industrie cotonniëre sans en éprouver les principaux inconvénients. Non*seulement ses cotonnades ont envahi un grand nombre des principaux marchés du continent européen , mais elle a même ruiné l'industrie cotonniëre des Indes dont les tissus ont été remplacés par les cotonnades anglaises; et. lorsque son industrie linière fut également menacée par l'usage de plus en plus ré^ pandu des tissus de coton» elle a su la relever et lui donner une nouvelle impulsion on s'appropriant les avantages de
n*aufaitpu en provocittfflr «a mtoe degré, et on a cm devoir en dédoire qp^ ne pourrait pas prétendre que les cotonnades ont remplacé les toiles de lin et lea autres tissus.
Cette objection est, en elle^^mêmê, parfaitement Juste, et l'on terra parla suite que nous sonunes loin de méconnaître les avantages de l'industrie cotonniàre sous le rapport du bon marché de ses produits; mais nous ne saurions être d'accord sur les conséquences qu'on veut en tirer pour nier Tinfluence que les cotonnades ont exercée sur les autres industries et nommément sur celle du lin.
Nous savons très-bien que c'est précisément le bon marché des cotonnades et les autres avantages qu'elles présentent qui en ont étendu Tusage dans toutes les classes de la population, et bien certainement on aurait tort de croire que la grande consommation des cotonnades aurait pu tourner en entier au profit des autres tissus, si cette industrie ne s'était pas consolidée en Europe. Qui pourrait prétendre que la grande quantité de percales blanches et de calicots imprimés qui se consomme maintenant dans tous les pays aurait pu être remplacée par lea* quantités correspondantes d'autres tissus ? Nous nous bornons à soutenir que les cotonnades ont remplacé, en partie, les tissus de lin, et, jusqu'à un certain point, ceux de laine et même de soie (dans certains cas), et que l'industrie du coton a fait un grand tort à l'industrie linière; cette opinion nous la croyons inattaquable, car elle est fondée sur des faits notoires. Qui peut ignorer que, dans les basses classes de la population, et même, parmi les classes moyennes, le linge de corps et plusieurs autres articles d'usage ordinaire qui étaient auparavant en toile de lin ont été, en grande partie , remplacés par les cotonnades et que cet usage des tissus de coton a vivement affecté, dans tous les pays du continent européen, les intérêts de Tindustrie linière. Vouloir soutenir le contraire , ce serait vouloir aller contre l'évidence des faits. On verra , dans la suite de cet exposé, jusqu'à quel point cet inconvénient peut être balancé par les autres avantages résultant des progrès de Findustrie cotonniëre. Nous ne voulons ici nous poser ni en défen^ seur ni en détracteur de cette industrie. Nous nous bornons à en retracer, avec la plus grande impartialité, les avantages et les inconvénients, en laissant au lec* teur tonte l'indépendance de son jugement.
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Finvention continentale de la filature mécanique pour le lin (1).
8"" L'industrie cotonnière a contribué, au moins dans une certaine mesure, à détourner des travaux des champs et des améliorations agricoles les bras et les capitaux ^ en faisant affluer les populations des campa^gnes dans les foyers des contrées manufacturières. Elle a augmenté dans une très-forte proportion cette masse d'ouvriers agglom6* rés dans les villes , qui y perdent leur santé (S)» souvent aussi leur moralité et engendrent la misère et le proléta* riat.
On nous objectera » sans doute » que ces inconvénients sont propres & beaucoup d'autres industries. Nous sommes loin de vouloir le contester, mais il n'en est pas moins vrai que l'industrie cotonnière les a considérablement aggra* véis. De touâ les établissements industriels, ce sont, sans contredit, les filatures de coton où on trouve le plus grand nombre d'individus hommes , femmes et enfants des deux sex^s enfermés dans des enceintes souvent mal aérées où ils ne respirent, pendant douze ou quatorze heures de la journée, qu'un air corrompu.
Pendant nos voyages en pays étrangers > nous avons rarement visité une filature de coton sans être impres-^ sionné d'une manière pénible par la vue de ces jeunes
(1) Il reste à savoir gi rAn^eterre elle-même n'éprouvera pas , avec le temps , des embarras beaucoup plus graves que ceux qu'elle a déjà plus d'une fois éprouvés delà surexcitation de son industrie cotonnière, lorsqu'elle perdra une parUe considérable de ses débouchés, ce qui doit arriver tôt ou tard, par une suite naturelle des progrés de cette industrie aux États-Unis d'Amérique et sur le continent européen.
(2) En France, il a été constaté, par des enquêtes et des données statistiques oflidelles, que» dans les contrées où se trouvent concentrés les établissements industriels, le nombre des individus exempts de service militaire, pour cause dlnfintiité , a copsi^értiblçment au^enté,
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figures, maigres et étiolées, qui annoncent une santé déjà délabrée à la fleur de Tâge.
Voici, d'un autre côté, les avantages de cette indus-trie:
l*" Le bas prix des tissus de coton les rend accessibles aux classes les plus nombreuses et les moins aisées , et leur fournit le moyen de se vêtir à bon marché , mais cet avantage n'est que relatif, au moins en tant que les tissus de coton ont remplacé ceux de lin, car une chemise de toile d^une égale finesse dure deux et trois fois autant qu'une chemise de coton.
L'avantage, sous le rapport des prix, est plus positif en ce qui concerne certains tissus de lin , de laine et de soie mêlés de coton, qui réunissent souvent le bon marché à la solidité.
2"* L'industrie du coton a donné un emploi profitable à une grande masse de capitaux, et, en occupant un grand nombre de bras , elle fournit des moyens de subsistance aux classes les plus pauvres de la population; ce qui est très-avantageux surtout pour des pays qui, comme l'Angleterre, possèdent un surcroît de population et une surabondance de capitaux oisifs. Pour les pays faiblement peuplés, et possédant peu de fonds disponibles , cet avantage est moins important, car il faut en défalquer les bras et les capitaux que le coton enlève aux autres branches d'industrie. .
3* Cependant, on ne saurait disconvenir que l'usage de plus en plus répandu des cotonnades, excité par le bon marché de ces tissus , a porté dans le commerce et l'industrie manufacturière de l'Europe un élément d'activité qui se reproduit sous mille formes diverses ; il a donné lieu à une foule d'inventions utiles dans la mécanique et dans les procédés de fabrication qui ont aussi profité aux autres branches d'industrie. Sans les filatures de coton.
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on n^aurait vraisemblablement pas connu, jusqu'à présent, les mécaniques pour le filage du lin et de la laine. Il en est résulté une masse de valeurs créées par le travail et l'intelligence, et partant, un accroissement de la fortune publique.
4* Le coton réunit auissi l'avantage de se prêter, plus que tout autre filament , à l'emploi des appareils mécaniques et d'offrir un vaste champ à la création des valeurs par la voie de l'industrie. Il est notoire que, dans les tissus de moyenne qualité, l'industrie cotonnière sextuple la valeur de la matière première, ce qui ne se rencontre au même degré, ni dans l'industrie des laines, ni dans celles du linet de la soie.
Telles sont, il nous semble, en résumé, les .considérations qu'on peut faire valoir, tant en faveur de l'industrie du coton que contre l'exagération de ses avantages, qui doivent être mis en balance avec ses inconvénients, et nous croyons avoir exposé les unsp et les autres avec impartialité.
Quant à l'appréciation de l'utilité de cette industrie en Russie, nous devons, avant tout, nous référer à ce que nous avons dit dans nos considérations générales , pages 193 et suivantes du deuxième volume, sur les circonstances |qui peuvent favoriser, chez nous , l'industrie manufacturière , et sur celles qui ont amené la nécessité de donner à cette industrie une forte impulsion. Or, dans le développement de l'industrie manufacturière, envisagée dans son ensemble, celle du coton devait nécessairement prendre une place important
Nous avons déjà énoncé notre prédilection pour les industries qui s'exercent sur les matières premières du cru du pays. Nous éprouvons toujours plus de satisfaction en voyant une fileuse qui file dans sa chaumière du lin ou de la laine , qu'à la vue de ces milliers de nos villageois m. 3*
qui sont enfermés dans les filattirei^ de coton (1). Il serait sans doute plus avantageux pour notre agriculture que leg tissUs de coton fussent remplacés par les tissus de lin ; mais, enfin, on ne peut pas intervertir la marche naturelle de l'industrie, et, depuis que l'usage des cotonnades s'est tellement généralisé dans tous les pays qu'elles sont devenues presque un article de première nécessité pour toutes les classes d'habitants, il faut nécessairettient, ou se les procurer de l'étranger et être tributaire de l'industrie des autres, ou les fabriquer dans le pays. Nous ne sommes pas du nombre des adhérents à l'ancien système mercantile qui, n'attachant de la valeur qu'à l'or et à l'argent comme aux seuls éléments de richesse, considèrent comme un désavantage d'acheter aux autres ce qu'on ne produit pas soi-même, et qui prétendent y voir une certaine dépendance, pour celui qui achète, du bon vouloir de celui qui vend. Avec ce système, il n'y aurait paé de commercé
(1) Ici nous prévoyons Tobjection qui pourra nous être faite , qile les filatures mécaniques pour le lin , la lidne et la soie concentrent tout aussi bien que celles du coton un nombre considérable d'ouvriers dans les principaux foyers d'industrie.
Cela est iiicotitestable, mais il n'en est pas moiiis vrai que , datis tons les pays du continent européen^ et même en Angleterre, le nombre des bras occupés dans les matures de lin, de laine et de soie prises ensemble, est, comparativement, très-minime à côté de la masse d'ouvriers qui est agglomérée (dans les filatures de coton. Ainsi , par exemple , en Angleterre les filatures de coton comptent 21 millions de broches, tandis que toutes les filatures de lin , de laine et de soie , prises ensemble, ne comptent que 4,712,000 broches.
La filature tnécanlque est , sans contredit , une des inventions les plus impor*tantes dont s'est enrichie, depuis plus d'un demi- siècle, l'industrie manufacturière, et dont les conséquences, au point de vue purement industriel, sont incalculables i mais> comme tontes les iiiventiôns importantes de <;e à^eHre, à côté de ses avantages elle a aussi ses inconvénients, et l'on ne pourrait pas mettre à profit les progrès gigantesque^ que l'industrie a faits dans les derniers temps , sans subir, en même temps, les conséquences plus ou moins défavorables qui s'y rattachent; mais que ces conséquences se manifestent surtout en ce qui concerne les filatures de coton à cause de la grande extension de cette branche d'industrie, c'est ce qui nous paraît incontestable.
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international possible. Nous croyons, âu contraire, que celui qui vend est tout autant et peut-être même plus dépendant de celui qui achète que ce dernier ne peut l'être du bon vouloir du vendeur ; hormis le cas où il s'agit d-un article de première nécessité et dont on ne peut pas se passer, çt, mêine dans ce cas^^là, il n'y aurait de véritable dépendance pour la nation qui achète, que dans la supposition qu'elle ne pourrait s'en approvisionner que dans un seul pays, qui pourrait, par conséquent, lui faire la loi sous le rapport du prix ; car, autrement , la concurrence de l'offre amènerait les prix à leur niveau naturel.
En ce qui concerne l'article des cotonnades, la situation économique d'un pays , qui pourrait en acquérir en quantité suffisante et à des prix modérés, en échange des produits de son sol et des industries qui lui sont plus naturelles, serait, à nos yeux, plus enviable que celle d'un pays où l'industrie exotique du coton aurait acquis un grand développement, car il profiterait des produits et des progrès de cette industrie chez les autres sans en éprouver les inconvénients ; mais ces sortes de rapports commerciaux ne se laissent pas établir au gré de ce qu'on pourrait désirer. Chaque pays est obligé de subir les revirements que le temps amène dans l'industrie , le commerce et les rapports internationaux.
Nous avons exposé dans le premier volume, pagesl96 et suivantes, quelle était, sous ce rapport, la situation de la Russie au retour de la paix, après les guerres de la révolution française. Le peu de chances, que nous offrait d'un grand développement notre commerce d'exportation, et la consommation croissante des articles manufacturés, parmi lesquels les cotonnades occupaient déjà, à cette époque, une place importante,, se trouvant, déplus en plus, en disproportion avec nos moyens d'échange, firent généralement sentir le besoin de donner une forte impulsion à 3«
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l'industrie nationale. Le système prohibitif a été reconnu tîomme le moyen le plus efficace pour arriver promptement à ce but.
Examiner maintenant la question, très-difficile d'ailleurs à résoudre, de savoir si, avec un système de protection modérée, on n'aurait pas pu développer notre industrie, quoique avec moins de célérité, mais d'une manière plus naturelle, plus solide peut-être, et en tout cas avec moins de sacrifices, serait se livrer à un travail sans but, et s'exposer à des discussions oiseuses, que nous prenons à tâche d'éviter. Nous nous bornerons donc, en ce qui concerne l'industrie cotonnière, à constater les résultats obtenus.
Dans le grand nombre d'articles qui ont été frappés, en 1822 , de prohibition ou de droits presque prohibitifs , les cotonnades jouent un des principaux rôles. Tous les tissus de coton imprimés ont été prohibés à l'importation , et les tissus blancs et teints frappés de droits d'entrée qui représentaient, selon les espèces, de 60 jusqu'à 100 pour 100 de la valeur et même beaucoup au delà. Si l'on prend en considération la quantité de cotonnades de toutes espèces qui se consomment dans tous les pays, et l'accroissement rapide de cette consommation, on conçoit aisément quel immense encouragement et quel vaste champ la prohibition seule des tissus de coton imprimés a dû ouvrir à notre industrie cotonnière. Aussi , toutes les spéculations se jetèrent-elles de préférence sur cette branche d'industrie, au détriment de beaucoup d'autres, car les cotonnades, dont l'usage se généralisait de plus en plus , offraient le débit le plus sûr et le plus avantageux/
Les progrès rapides de cette industrie en furent une conséquence très-naturelle.
On pourra juger de ces progrès par le tableau suivant, qui donne l'importation du coton, tant brut que filé, par périodes triennales, à partir de l'année IS
Importation,