‹ Études sur les forces productives de la RussieChapitre 5 sur 33 · EXPORTATION · texte numérisé non relu

EXPORTATION

d'importation

4,2éO,O00 •

«,TW,400

En 4824-4826.

On voit, par ce tableau, que l'importation, sauf quelques mouvements passagerSg tantôt en hausse, tantôt en baisse» est re3tée, en dernier résultat, au même niveau, car la der-

nière période triennale, comparée à celle de 4824-1826, ne présente qu'une diminution insignifiante de 122,100 roubles, ou de 3 pour 100, tandis que l'exportation a constamment suivi un mouvement ascendant (à l'exception de la période de 1833-1835, qui présente, à l'égard de la période précédente, une légère diminution de 81,400 roubles, ou de 6 pour 100), et qu'en dernier résultat elle a presque^ quadruplé.

Ce n'est que dans notre commerce avec l'Asie, et nommément avec la Chine qufï nos cotonnades trouvent leur écoulement à l'étranger; tandis que l'importation de cet article se compose, en partie, des tissus de fabrication européenne, et, en partie, des tissus de fabrication asiatique. Auparavant, c'étaient les tissus de fabrication européenne dont la valeur excédait de beaucoup (presque du double) celle des tissus qui nous venaient de l'Asie, et nommément de la Perse et de la Turquie, et maintenant ce sont ces derniers qui excèdent, de plus du simple au double, la valeur des tissus de coton importés de rEurope(l). Voici la valeur moyenne de l'importation des uns et des autres, par périodes triennales :

DE L'EUROPE. DE l'ASIE.

En 4824-1826 1,991,600 1,087,400

(J) Depuis l'introduction du nouveau tarif, cette proportion s'est modifiée d'une manière sensible. En 1851 , l'Importation des cotonnades de l'Asie n'a excédé que d'un quart celle des tissus de coton de provenance européenne.

iNBDSTRm. 64

DE l'ECROPE. de i/aSIE.

En < 848-1 850. . . / . . . 4,033,500 2,823,400

On voit que, jusqu'à la période de 1833-1835, la valeur des cotonnades européennes a constamment excédé celle des tissus importés de l'Asie ; pendant cette période, il n'y avait plus qu'une différence insignifiante de moins de 5,000 roubles en faveur des cotonnades de l'Europe; mais, à partir de la période suivante , les cotonnades de l'Asie ont constamment excédé la valeur de celles de l'Europe, et dans une très-forte proportion. Cela s'explique, en partie, par ia différence des droits d'entrée , car le tarif pour le commerce avec l'Asie çst beaucoup plus modéré (5 pour 100 de la valeur), et, en partie, par l'acquisition des provinces conquises sur la Perse, dont les populations asiatiques ont conservé leur costume oriental et l'usage des tissus de coton de fabrication turque et persane. Aussi la'plus grande partie des tissus de coton, de provenance asiatique, importés en Russie se consomme-t-elle dans les provinces transcaucasiennes. Il faut encore y ajouter qu'une partie des marchandises anglaises importées en Perse se fraye un passage dans les provinces du Caucase sous le nom de marchandises persanes , et qu'en même temps Jes Persans , ayant besoin de l'or pour solder leur balance de commerce avec l'Angleterre, sont souvent obligés de vendre leurs cotonnades g. très-bas prix, ce qui en augmente l'importation.

(1) Ce sontles chiffres officiels de la douane, d'après la valeur déclarée par les marchands de TÀsie, valeur qui est presque toujours au-dessous delà valeur réelle pour éviter une partie des droits d'entrée qui sont perçus ad valorem. On ne se tromperait pas de beaucoup en ajoutant à ces chiffres 50 pour 100 pour avoir la valeur effective des cotonnades importées de l'Asie ; et Ton peut admettre , d'après ce calcul , que Vexcédant-de Fimportation des cotonnades en Russie sur l'exportation de cet article s'élevait encore, pendant les dernières années, à environ 3 millions de roubles sans porter en compte ce qui peut entrer par contrebande.

En combinant là Valeur de la fabrication indigène des cotonnades (56 millions de roubles argent) avec celle de Texportation de cet article (2,370,000 roubles) et de Timportation ( 8,857,000 rôubleii), il se trouve que Tlndustrie indigène fournit plus de 93 pour lôô du total des tissusi de coton consommés dans le pays , si Ton ne porte pâg en compte les tissus étraûger^ qui entrent par contrebande ; et elle n^exporte que 4 pour 100 de la valeur totale dé ses produits.

En Angleterre, les cotonnades étrangères n*etttrent que pour 7 pour 100 dans le total de la consommatloû, et Tindustrle cotonnière indigètte exporte presque les trois cinquièmes de la valeur de ses produits.

La France qui, vu son système prohibitif, ne consomme que des cotonnades de fabrication indigène (sauf une certaine quantité de tissus qui entrent par contrebande ) , ex^ porte un peu plus de 12 pour 100 de la valeur totale des produits de son industrie cotonnière.

L'Autriche n^exporte que 1 ^ pour 100 â peu près de la valeur des produits de son industrie cotonnière, et les cotonnades étrangères n'entrent que pour 7 pour 100 dans le total de la consommation; mais, depuis l'introduction du nouveau tarif, leur importation doit nécessairement augmenter.

Les États de ^Association, douanière allemande, dont le tarif est le plus modéré pour les cotonnades, exportent 13 pour 100 à peu près de la valeur des produits indigènes de cette industrie, et les tissus de coton de fabrication étrangère n'entrent pas même pour 1 pour 100 dans le total de la consommation.

Après avoir établi ce parallèle entre notre industrie cotonnière et celle des autres pays et constaté le degré d'importance auquel cette industrie est arrivée en Russie, nous croyons ne pas devoir passer sous silence le reproche qu'on

lui adresse au sujet des sacrifices qu'elle impose aux consommateurs de ses produits» On en a fait le calcul suivant : Il a été importé en tout» pendant la période de vingt-sept ans, de 1834-1850 :

4 4 14 95,694 pouda de ooton brut, qui donnent, en filé,

déduction faite de 45 pour 400 d,&46,âlO

Et de fil de coton 43,82^,676

««■âaÉaltaM*a*i

Ce qui donne pour total de la fabrication deà cotonnades dans rElûpire 22,139,048

lesquels, comptés au prix moyen de 40 roubles le poud, représentent une valeur de 009,660,600 roubles argent.

Il est de fait que , pendant les douze à quinze premières années, nos cotonnades se vendaient au moins 60 pour 100, et beaucoup d'articles 100 pour 100 et au delà plus cher que les étoffes semblables de fabrieation anglaise , et Ton peut admettre, en moyenne, sans exagération, pour toute la série de vingt-sept ans, une différence de prix de 60 pour 100 (1); ce qui présente, sur une somme de 909,560,600 roubles un sacrifiée de 484,780,300 roubles argent, ou près de 17 millions de roubles argent par an.

On ne pourrait pas soutenir que tout ce surplus du prix aurait été épargné à la bourse du consommateur, si les cotonnades étrangères avalent remplacé celles de fabrication indigène, car les tissus étrangers auraient nécessairement dû payer, ne fût-ce que dans l'intérêt du fisc, des droits

•^'*»'t^-Êti^mimÊi^m>mélmfiH^»—'—^>tmmmim^^m»m>mÊ0i^mmmt^»mmimmiai>Êmmimt^mmimaimmmmmm

(1) Beaucoup de no« (àbriâanti , et lunont dd eeax qui tritaillent le ooton, tombent presque toujours dans une singulière contradiction avec eux-mêmes lorsqu'on leur reproche la cherté de leurs produits. Ils soutiennent que les prix de leurs tissus m diffèrent que très-peu de cent de fabrication étran^re. Quelques-uns prétendent môme qu'ils sont presque à prix égal et lorsqu'il est question de la moindre môdificaUon au tarif, un droit protecteur de 5Ô à 00 pour 100 est loin de leur suillre , et lld craignent d'être écrasés par la eoncurrence de hndustrie étrangère.

d'entrée qui en auraient augmenté le prix; mais, en tout cas, le bénéfice résultant de la différence du prix de revient eût été partagé entre le fisc et le consommateur. Pendiant la première période du développement de cette industrie, le trésor de TÉtat trouvait un dédommagement dans l'imposition du coton filé importé de Tétranger, qui rapportait jusqu'à 3,600,000 roubles argent; mais, avec les progrès de la filature indigène, cette branche du revenu de la douane est successivement tombée jusqu'à la somme de 800,000 roubles, et l'imposition du coton brut et des matières tinctoriales employées dans cette industrie n'est qu'une très-faible compensation du droit qu'on pourrait percevoir sur les tissus étrangers sans les enehérir outre mesure.

Les partisans de l'industrie cotonnière disent, à leur tour, que le trésor trouve une compensation dans les autres branches de ses perceptions, par suite du développement que cette industrie a donné aux forces productives du pays, et que, sans le bien-être que cette activité industrielle a répandu parmi les classes les plus nombreuses de la population, la consommation des cotonnades n'aurait pas pu prendre un accroissement aussi rapide. Ce raisonnement n'est certainement pas sans valeur ; mais il n'est juste que jusqu'à un certain point; car l'influence que l'industrie cotonnière exerce sur le bien-être de certaines classes ouvrières n'est que locale et ne dépasse pas un certain rayon autour des principaux centres de fabrication , et les sacrifices auxquels elle contraint , sous le rapport du prix des tissus consommés, toutes les provinces plus ou moins éloignées, restent, pour celles-ci, sans aucune compensation.

En ce qui concerne les conséquences morales du grand développement de cette industrie, dont nous avons fait mention plus haut dans nos considérations générales (pages 28 et suivantes)^ il y a à faire observer que ^ pour la

Russie 9 ces conséquences sont atténuées y jusqu'à un certain point, par les conditions particulières dans lesquelles rindustrie manufacturière en général se trouve placée chez nous. Comme une grande partie de nos ouvriers sont en même temps agriculteurs, et qu'après avoir travaillé dans les fabriques pendant les mois d'hiver ils retournent dans leurs foyers pour les travaux des champs, ils sont aussi, en cette double qualité d'agriculteurs et de fabricants , moins exposés au prolétariat. En jugeant la question à ce point de vue, il faut faire une distinction qui est très-essentielle, entre les différentes branches de cette industrie. De toutes les parties de la fabrication , le tissage des cotonnades est ce qui convient le mieux à la situation de nos classes agricoles. En s'en occupant sans s'éloigner de leurs foyers , nos villageois utilisent d'une manière avantageuse le temps libre qui leur reste après avoir terminé leurs travaux agricoles, et ils trouvent des ressources subsidiaires pour améliorer leur bien-être. Le tissage des cotonnades a remplacé , en partie , celui . des toiles , ce qui offre une certaine compensation. Il en est bien autrement des filatures de coton et des fabriques où se font le blanchiment , l'impression et l'apprêt des tissus. Gelles4à détournent beaucoup plus nos villageois de leur vie de famille au détriment de leur moralité , et , quelquefois aussi , au préjudice de leur santé ; quoique, sous ce dernier rapport, il faille rendre justice à bon nombre de nos fabricants, surtout à ceux qui possèdent de grands établissements, car ils font beaucoup pour leurs ouvriers afin de les préserver, autant que possible, des suites préjudiciables de leur agglomération dans les fabriques: Il est également vrai qu'une partie des ouvriers employés dans nos filatures et dans d'autres établissements retournent dans leurs villages, comme nous l'avons déjà fait observer, pour la saison où les travaux des t^hamps sont le plus en activité ; ce qui diminue la m. »

portée des inconvénients que nous venons de mentionner ; mais , d'un autre côté , cette interruption forcée des travaux dans les fabriques est, nous avons eu déjà l'occasion d'en faire mention, très-désavantageuse à l'industrie, car elle fait chômer les capitaux qui y sont engagés. Aussi la plupart des propriétaires de ces établissements tâchent-ils de retenir leurs ouvriers pendant l'été en leur assurant certains avantages, et le nombre de ceux qui travaillent dans les manufactures, l'année durant, augmente visiblement; mais c'est un inconvénient qu'il est impossible d'éviter, car chaque fabricant tâche de produire le plus possible dans un temps donné , et les établissements qui ne travaillent que pendant une partie de l'année ont ordinairement le désavantage, dans la concurrence, sous le rapport du prix, avec ceux, qui travaillent sans interruption. ' '

Lorsqu'on protège une branche d'industrie par la prohibition ou par des droits très-éleyés , cette protectîott a ordinairement pour but principal de donner à la fabrication indigène le moyen de se développer, de se perfectionner et de prendre, avec le temps, assez de consistance pour être à même de soutenir la concurrence avec l'industrie étrangère. A ce point de vue, et en thèse générale, la protection douanière n'est réellement utile et rationnelle que lorsqu'elle s'applique à une branche d'indus* trie qui possède en elle-même assez de forces vitales pour être en état, dans un temps plus ou moins éloigné, de se mesurer avec l'industrie des autres pays, non-seulement sous le rapport de la qualité de ses produits, mais aussi sous celui du bon marché, et de les fournir, sinon au même prix, au moins avec une différence qui ne serait pas trop sensible pour les consommateurs et qui pourrait être balancée, dans la concurrence des mêmes produits étrangers, par des droits modérés, •

Voyons jusqu'à quel point notre Industrie colonnière atteint le but qui vient d'être signalé, et, après avoir constaté l'extension qu'elle a prise, examinons d'abord les progrès qu'elle a faits depuis trente ans à l'ombre du système prohibif > tant sous le rapport de la qualité que sous celui du bon marché, et ensuite les conditions dans lesquelles elle se trouvé placée et qui doivent influer sur son avenir. . .

Dans cet examen impartial nous nous guiderons sur les renseignements que nous trouvons dans les comptes rendus de M. Scherer, publiés après les expositions de 1848 et de 1849 , ainsi que ceux que nous avons eu nous-même l'occasion de recueillir sur ce sujet*

Il y a d'abord une observation générale à faire sur la marche qu'a suivie notre industrie cotonnière dans les premières phases de son développement ; c'est que le tissage et l'impression des cotonnades ont de beaucoup précédé la filature qui en est la première opération. Cette circonstance, bien qu'elle frappe au premier abord l'attention de l'observateur, iest cependant assez naturelle , caî* l'établissement d'une filature exige des mécaniques compliquées et une première mise de fonds assez considérable ; tandis que le tissage et l'impression 'peuvent être entrepris même sur une petite échelle, et par conséquent aussi avec moins de frais.

Le premier établissement de filature de coton à la mécanique ne date que de l'année 1823, et ce n'est qu'à partir de l'année 1835, où l'importation du coton brut ayait déjà dépassé 200,000 pouds, que cette branche d'industrie a acquis de l'importance , tandis que la fabrication des tissus s'élevait déjà, à cette époque, à près de 800,000 pouds. Nous avons déjà indiqué , page 41 , les principales causes de ce développement tardif de la filature, ainsi que celles qui en ont accéléré les progrès depuis 1842 •

Les difficultés contre lesquelles cette branche d'industrie avait à lutter pendant les vingt premières années ont également influé sur son organisation technique. Faute de machines anglaises, dont l'exportation était défendue, on a été obligé de se contenter de mécaniques d'une construction moins perfectionnée, qu'on faisait venir de la Belgique et de la France et qui n'étaient bonnes que pour le filage de la trame, ou de se servir des appareils encore plus médiocres confectionnés dans le pays. Aussi la plupart de nos filateurs se sont-ils, pendant longtemps, bornés au filage de la trame, et nos fabricants ne se servaient pour la chaîne, à peu d'exceptions près, que du fil anglais.

D'un autre côté, les bénéfices considérables que .faisaient les filatures bien organisées, sous la protection d'un droit très-élevé de 50 à 60 pour 100(1), qui frappait le coton filé à son importation, entraînèrent dans cette industrie beaucoup d'amateurs qui ne possédaient pas les connais-, sances techniques et mercantiles nécessaires pour l'exploiter d'une manière rationnelle et économique. D'autres s'y sont engagés avec des capitaux empruntés à de gros intérêts , ce qui augmentait leurs frais de production. Il résultait de tout cela que notre filature, prise dans son ensemble, se trouvait, pendant quelque temps, dans un état d'infériorité à l'égard de cette branche d'industrie dans d'autres pays. Il y avait beaucoup de filatures qui étaient, ou mal organi-

(I) Le prix du fil anglais des nos 20 à 40, qui sont le plus en usage dans lafabrioation des calicots, est; en moyenne, de U | roubles le poud. Le droit de 5 roubles qui reYenait déjà à 43 pour 100 , ayant été porté , en 1842 , à G 4 roubles, ce dernier taux répond à plus de 56 pour 100 de la valeur. M. Scherer évalue, en moyenne, à 10 roubles assignat ou 2 roubles 86 ieopeclts argent par poud, le gain de la filature russe sous le régime de ce dernier droit d'entrée, ce qui est déjà un bénéfice très-considérable; mais, d'après des données très-dignes de fol qoe nous avons pu nous procurer, les grands établissements bien organisés gagnaient davantage.

sées SOUS le rapport des procédés de fabrication, ou placées dans des conditions désavantageuses sous le rapport économique et qui ne faisaient que de minces bénéfices malgré l'élévation du droit d'entrée qui les protégeait. Mais, indépendamment de quelques anciens établissements qui reçurent, dès le principe, une bonne organisation, cette branche d'industrie a fait, en général, chez nous, dans les derniers temps, des progrès remarquables. Les mécaniques défectueuses ont, presque partout, été remplacées par des appareils perfectionnés, et notre filaliu-e se trouve maintenant, sous le rapport de son organisation technique^ dans des conditions qui laissent peu à désirer; elle est même, sous ce rapport, mieux partagée que la plupart des filatures du continent. Nos filateurs produisent, dans les numéros 30 à 48, du fil qui ne le cède en rien au fil anglais. Parmi les établissements les plus importants, ce sont les filatures du colonel Wolkoff , à Gorenki , près de Moscou , du baron Stieglitz et d'une société d'actionnaires, à Saint-Pétersbourg, qui occupent le premier rang; leurs produits , et surtout ceux des deux premières , peuvent rivaliser, pour l'égalité et la solidité du fil , avec les meilleures manufactures anglaises. La filature de M. Wolkoff est une des plus anciennes parmi celles qu'on peut appeler des établissements modèles. lYoici ce qu'en disait déjà M. Scherer dans son compte rendu de l'exposition de 1843 : « Cette fabrique se distingue , non-seulement par sa bonne organisation technique et la perfection de ses machines; mais aussi , et en particulier, par les soins prodigués aux ouvriers qui sont tous des paysans appartenant au propriétaire de cette fabrique et qui reçoivent leur salaire à l'égal des ouvriers libres, indépendamment de tous les autres avantages qu'ils doivent à la protection de leur maître. »

Nous avons visité, il y a peu de temps, cet établissement remarquable, et tout ce que nous y avons vu, sous le rap-

port de rèconomie et de la perfection des machines, ne laisse rien à désirer et pourrait satisfaire Fœil du critique le plus sévère. Les mécaniques les mieux conditionnées, une excellente distribution du travail , une recherche de propreté dans tous les détails, sans aucune dépense de luxe, un atelier de construction pour le remontage des mécaniques organisé de manière à ce que tous les appareils puissent fonctionner sans interruption, Fair de santé et de bienêtre qu'on voit aux ouvriers , déposent des soins qu'on donne constamment à cet objet et qui se montrent dans tous les arrangements de détail.

Le fil produit dans cette filature , qui égale le meilleur fil anglais, est, en grande partie, employé, dans l'établissement même, à la fabrication des velours de coton (veliyetines).

Au nombre des filatures fondées avant l'année 1842 , on peut encore citer, parmi les plus importantes et les mieux organisées, celles de Skouratow, à Moscou, et de Lepeschkine, à Wossnossensk. Dans cette dernière manufacture , les anciennes mécaniques françaises et belges ont été remplacées par des appareils anglais plus perfectionnés. Elle a été aussi la première à introduire chez nous les nouveaux appareils à filer, appelés self acting muks , qui fournissent presque 50 pour 100 plus de fil que les appareils ordinaires.

Parmi les anciennes filatures qui se sont distinguées à l'exposition de 1849, on doit encore compter celle de M. Finleysson, en Finlande, et de M. Gayer, dans la ville de Lodz dans le royaume de Pologne. Cette dernière filature est la plus considérable du royaume. Elle compte plus de 20,000 broches et produit au delà de 20,000 pouds de fil.

Parmi les établissements plus nouveaux , on doit citer, en premier lieu, la filature du négociant Mazourine, fondée en 1843, dans le gouvernement et l'arrondissement de Moscou, qui produisait déjà, en 1848, c'estrà-dire cinq ans après sa fondation, 40,000 pouds de fil, n*' 12 à 48, représentant

uae valeur de 568,000 roubles argent ( 2,272,000 francs), ce qui suppose environ 35 à 36,000 broches, et occupait plus de 900 ouvriers. Cette fabrique âe distingue aussi par la perfection de ses machines et par d'excellentes dispositions favorables à* la santé des ouvriers.

£n m^me temps, un autre grand établissement, connut sous le nom de filature de la Néya, a été fondé à Saint-;Pé-* tetsbourg. Cette filature surpasse encore en importance celle de Mazourine, car on y produit au delà de 50,000 pouds de^l, et elle occupe environ 1,000 ouvriers.

Au nombre des grands établissements munis de majChine» anglaises, on doit encore compter la filature de Gareline, à Ivanova, gouvernement de Wladimir, et celles de M. Maltzoff, dans le même gouvernement ; celles de Konçhine et Morozoff, dans le gouvernement de Moscou, celles de Zaneguine, à Borofsk, gouvernement de Kalouga et de Holzhauer et Fredrichs, à Okhta, près . de Saint-Pétersbourg et celle des frères Kloudoff, près de la ville d'Egorieff, dans le gouvernement de Rlazan. Cette dernière comptait déjà, en 1849, 36,000 broches et produisait près de 50,000 pouds, représentant une valeur de 900>000 roubles argent (1), Elle occupe plus de 1,000 ouvriers.

M. Scherer fait encore mention, dans son compte rendu de rexposition de 1849, de deux établissements de nouvelle fondation qui méritent d'être cités, bien que leurs produits n'aient pas figuré à l'exposition, savoir la filature de M. Pikhlau, à Riga, et de M. Gobert, à Saint-Péterd>ourg. Cette dernière ne fabrique que du fil pour la chaîne.

Nous avons dit plus haut qu'à cause de l'imperfeçlion de»* mécaniques la plupart des anciennes filatures ne filaient que

(1 ) Les frères Rloudoif ont ajouté, en 1 851 , à leur filature de coton une filature de Ua-de 3,000 bjrocbeB.

n INDUSTRIE.

de la trame ; mais cet état de choses a changé depuis qu'il a surgi de nouvelles filatures bien organisées» et que, dsîns quelques autres , on a remplacé, les appareils français et belges, d'anciehne construction, par des machines anglaises perfectionnées. Il y a bien encore des manufactures qui ne filent que de la trame, mais le filage de la chaîne se développe de plus en plus. On le voit par l'importation décroissante du fil anglais qui n'entre plus que pour moins d^un dixième dans le total de la fabrication. On fabrique aussi de plus en plus du fil mitoyen , appelé medio, qui est employé avec avantage à la chaîne pour certains tissus, et nommément pour les calicots.

Ce sont là des progrès notables : nous en avons encore un très-important à ccmstater ; c'est le perfectionnement de la fabrication du fil de coton teint en rouge d'Ândrinople. ^ous devons cette branche d'industrie difficile et compliquée aux frères Rabenek qui ont établi, il y a plus de vingtcinq ans, près de Moscou, une teinturerie destinée exclusivement à la teinture du fil de coton rouge. Le fil fourni par cette fabrique peut rivaliser avec celui des meilleures manufactures d'Elb^elde. La teinturerie de M. Louis Rabenek occupe environ 150 ouvriers, et son capital de revirement est d'environ 276,000 roubles argent (1,100,000 francs). L'exemple du succès obtenu, dans cette fabrication , par les frères Rabenek a été bientôt suivi par plusieurs fabricants des gouvernements de Moscou et de Wla* dimir, et cette branche d'industrie a pris, dans les derniers temps, une telle extension que l'importation du fil de coton rouge s'amoindrit d'année en année , et, au lieu de 30,000 pouds environ que nos fabricants achetaient à l'étranger, on n'en importe plus que 2 ou 3,000 pouds, malgré que l'emploi de cet article ait beaucoup augmenté.

Nos fabricants ne filent , comme nous l'avons déjà fait observer, que jusqu'au n* 42 , très-rarement au delà. A la

derûièré exposition, il n'y avait que le fabricant Mazourine qui avait exposé quelques échantillons de fil plus fin jusqu'au n"" 48. Gela tient à notre tarif douanier qui impose le coton filé au poids , sans distinction du degré de finesse. Le droit de 5 roubles argent par poud, qui représente 40 à 50 pour 100 de la valeur pour les n** moyens de 30 à 48, ne constitue qu'une protection très-modérée pour les numéros plus élevés; et cet état de choses est, comme nous avons eu déjà l'occasion de le faire observer, parfaitement conforme aux Vrais intérêts de notre industrie cotonnière. Il vaut bien mieux s'attacher à perfectionner, sous le rapport économique, la fabrication des fils de qualité moyenne, qui sont le plus en usage , afin de pouvoir en baisser le prix, qu'à rivaliser avec la filature anglaise pour les uupiéros plus élevés dont l'emploi est très-restreint ; car si les comparaisons faites entre le coton filé en Russie et le fil anglais ont prouvé que nos filatures peuvent fournir une marchandise qui ne le cède en rien aux produits des meilleures filatures anglaises, il n'en est malheureusement pas de même quant aux frais de fabrication.

Sous ce dernier rapport, personne , jusqu'à présent, n'a égalé les Anglais, qui ont, sur tous les autres pays, des avantages qu'ils conserveront probablement pour un temps indéterminé. Ces avantages consistent :

1*" Dans la perfection de leurs machines dont la construction est d'ailleurs facilitée par le bon marché du fer ;

2'' Dans l'abondance des capitaux , le taux très-bas des intérêts, les grandes facilités du crédit public et privé et l'extension prodigieuse de toutes leurs branches d'industrie qui en est la conséquence ;

3"* Dans leurs relations maritimes très-étendues qui ont concentré chez eux presque tout le commerce du coton ; d'où résulte une grande facilité pour leurs manufactures de se pourvoir de la matière première à fur et à me-

sure de leurs besoins presque journaliers. Mais, en mettant tout à fait de côté les prix du fil de coton anglais, nous sommes encore , soûs le rapport des frais de fabrication, bien en arrière des autres pays. En Autricffe, par exemple, la filature indigène prospère avec un droit protecteur de 10 florins par quintal ou dO 2 roubles par pôud ; dans les États de TAssocialion douanière , elle s'est développée et a acquis une] assez grande importance sous un tarif qui ne frappait le fil de coton étranger que d'un droit de 2 écus par quintal = 60 kopecks par poud (1) ; tandis que nos filateurs étaient très-alarmés , en 1850, lorsqu'il s'agissait de réduire le droit de 6 7 roubles à 5 roubles, droit qui représente encore deux fois et demie celui prélevé en Autriche, et plus de huit fois celui du tarif douaniieir du ZoU-werein.

L'expérience a prouvé , il est vrai , que les plaintes et les appréhensions de nos filateurs n'étaient pas fondées ; car, depuis la dernière réduction de notre tarif, l'importation a encore considérablement augmenté, ce qui prouve que la filature indigène a pris encore plus d'extension* Néanmoins, nous sommes bien persuadé que notre filature ne pourrait pas se soutenir comme celle de l'Autriche avec . un droit de 2 roubles par poud ^ et encore moins ayeo une protection minime dé 90 kopecks à laquelle se trouve réduite la filature de l'Association douanière allemande.

Notre industrie se trouve dans des conditions très-différentes de celle des autres pays, et en voici les raisons :

Indépendamment des avantages déjà signalés qui donnent à la filature an'glaise une grande supériorité sur la nôtre, comme sur celle de tous les autres pays, nos fila-

(f ] Go n'est que dans les derniers temps que ce droit a été porté à 3 écus =: 90 kopeclu par poud.

leurs ont encore un surplus de frais à supporter provenant des causes inhérentes à la situation particulière de notre industrie. Nous sommes plus éloignés des principaux centres du commerce transatlantique. La navigation, dans nos ports du nord, est de très-courte durée et nos foyers d'industrie sont très-éloignés des ports du midi. Il s'ensuit que nos filateurs n'ont qu'une très- courte période pendant laquelle ils peuvent s'approvisionner de la matière première ; ce 'qui nécessite des avances plus considérables pour le capital de revirement, et occasionne aussi quelquefois des pertes plus sensibles lorsqu'il survient une crise commerciale et une baisse rapide dans le prix des marchandises. C'est ce qui augmente pour nous le désavantage de travailler sur une matière première exotique qui vient de pays très-lointains, et par la voie du commerce intermédiaire.

La France, la Belgique, la Suisse et l'Allemagne ont des établissements pour la construction et la réparation des machines à filer. Si ces établissements sont encore en arrière de la perfection et de l'énorme extension des ateliers anglais, ils peuvent, au moins jusqu'à un certain point, satisfaire aux besoins courants de la filature indigène et la dispenser bien souvent de la nécessité de recourir à l'industrie étrangère. Chez nous ces établissements, en ce qui concerne les mécaniques pour la filature, sont encore dans l'enfance. Chaque filature est obligée d'avoir un atelier pour le remontage de ses mécaniques, ce qui augmente le capital de fondation et les frais d'entretien de la fabrique. En Allemagne, les grandes filatures se trouvent aussi dans le cas d'avoir des ateliers de ce genre ; mais cet inconvénient disparaît de plus en plus à mesure que la construction des machines s'améliore et gagne en extension, et déjà maintenant, dans beaucoup de contrées, les filatures n'ont besoin d'entretenir ces ateliers sub-

sidiaires que pour les petites réparations courantes.

Cet inconvénient, qui pèse sur les frais de fabrication, ne peut disparaître chez nous qu'avec le temps, lorsque l'industrie de la construction des machines sera plus développée et acquerra plus de consistance (1).

L'ouvrier ordinaire coûte , il est vrai, ttioins chez nous que dans la plupart des autres pays ; mais cet avantage est contre-balancé, au moins jusqu'à un certain point, par les fréquents chômages et par l'interruption forcée des travaux dans les filatures lorsqtie les ouvriers qui sont, pour la plupart, en même temps agriculteurs, retournent dans leurs foyers pour les travaux des champs, inconvénient auquel nos filateurs ne peuvent se soustraire qu'en accordant à leurs ouvriers certains avantages qui imposent aussi des sacrifices pécuniaires.

Les ressources du crédit sont, chez nous, beaucoup plus limitées que dans d'autres pays, et le taux des intérêts trèsélevé. L'escompte des effets de commerce est de 7 à 8 pour 100, et bien souvent il dépasse ce taux ; le revirement des capitaux est très4ejit, et les conditions de vente très-onéreuses. La plupart de nos filateurs sont obligés de livrer leur fil aux fabricants, à crédit, contre des lettres de change à trèslongue échéance, de douze à dix-huit mois , et cette circonstance seule, jointe à l'élévation de l'escompte, pèse peut-être beaucoup plus sur le prix du fil de coton que tous les autres inconvénients que nous venons d'énumérer.

Quoi qu'il en soit, et indépendamtnent de quelques anciens établissements mal organisés, ou placés dans des conditions

(1) 11 s'est étabU, depuis quelque temps, à Moscou^ plusieurs ateliers isolés ; tels que ceux de Wreglei et Kopper, de Ziese, de Winokouroff et de Harmouth et autres; mais ce sont encore des entreprises établies sur une petite échelle, qui ne correspondent pas au grand développement des autres branches d'industrie qui ont besoin d'appareils mécaniques.

économiques désavantageuse , qui forment la partie véreuse de cette branche d'industrie, notre filature a fait, dans les derniers temps, de grands progrès, et l'on peut admettre que, dans un avenir peu éloigné, elle ne laissera rien à désirer sous le rapport de l'organisation de ses machines, et que déjà maintenant nos établissements les plus importants peuvent soutenir la comparaison avec les meilleures Ifilatures du continent et même avec celles de l'Angleterre: mais, sous Je rapport des frais de fabrication, nous avons, dans les circonstances actuelles, peu de chances d'arriver au niveau des autres pays où l'industrie est, en général, très-développée, sans parler même de l'Angleterre.

En ce qui concerne le perfectionnement du tissage des cotonnade§,>il faut' distinguer deux catégories de tissus; savpir^: les tissus ordinaires, tels que calicots, toiles de coton, nankin et autres de ce genre, et les tissus plus fins, tels que mousselines, jaconas, mouchoirs fins de poche et autres, pluches, etc., qui exigent des appareils plus perfectionnés et des tisserands plus habiles. La fabrication des uns et des autres se trouve, chez nous, dans des conditions très-différentes. Le tissage des cotonnades de cette dernière catégorie forme l'objet de l'industrie manufacturière proprement dite, qui se trouve principalement concentrée dans les villes et dans des établissements organisés à cet effet, tandis que le tissage des cotonnades ordinaires constitue, chez nous, une industrie de village qui est répandue dans plusieurs gouvernements , et principalement dans ceux de Moscou, de Wladimir, de Kàlougaet de Kostroma. Comme nos villageois ne s'en occuplent ordinairement que pendant le temps que leur laissent libre les travaux des champs, ils peuvent se contenter d'une rétribution modérée, et c'est ce qui explique, chez nous , le bas prix payé pour le tissage de ces cotonnades ordinaires.

Pour une pièce de 54 archines sur 1 archine de largeur.

on paye rarement plus de 2 roubles assignat, ce qui fait, à peu près, 1 kopeck argent par archine carrée (67 centimes par aune de France sur f de largeur), A Moscou, on paye quelquefois, pour les tissus un peu plus fins, jusqu'à 2 kopecks argent par archine ; mais alors on exige aussi un tissage plus soigné. Â Souzdal et à Ivanova, ainsi que dans beaucoup de villages du gouvernement de Wladimir, on ne paye, pour le tissage, que 3 kopecks assignat ouf kopeck argent par archine carrée.

Pour donner à cette branche d'industrie des villages une marche un peu plus régulière, il y a des capitalistes qui en font un objet de spéculation. Ils achètent le fil et préparent eux-mêmes la chaîne et la remettent aux tisserands avec le fil nécessaire pour la trame, ou bien ils confient tout le fil à des maîtres tisserands qui s'occupent exclusivement de la préparation de la chaîne et forment une classe intermédiaire entre les capitalistes spéculateurs et les paysans qui s'occupent du tissage. Ces tissus sont ensuite livrés écrus aux fabriques de cotonnades «

Au nombre des spéculateurs qui concentrent entre leurs mains cette branche d'industrie, il y en a pour le compte desquels on tisse de 1QO,000 à 200,000 pièces; quelques-uns d'entre eux ont aussi des établissements de tissage dans les villes pour les tissus qui exigent plus de soin, indépendamment d'un grand nombre de tisserands qu'ils occupent dans les villages. Parmi les établissements de cette catégorie , une des premières places appartient à l'ancienne fabrique d'Ouroussoff dont nous avons déjà fait mention. Après celle-ci on peut encore citer celle du négociant Por* poff , à Schouïa, qui fabrique jusqu'à 35,000 pièces (1), et

(1) Le négociant PopofT a établi, depuis peu, à Sehouïa, un tissage à la mécanique pour les calicots ordinaires, aûn de se soustraire aux inconvénients de inégalité du tissage à la main et de releyer la réputation de sa marchandise.

celle de Basile Menschtchîkoff, à Jourièff, dans le gQuvernemônt de Wladimir, qui occupe pour lé tissage une grande partie de la population ^e cette ville et des villages voisins. Cette fabrique produit aussi dé la mousseline ordinaire a 12 7 kopecks argent Tarchine ( 84 centimes Faune de France).

Parmi les produits des fabriques moins considérables, on a aussi remarqué, à Texposition de 1849, les calicots dé Bbtchamikoff, fabricant de Riga et de Finleïson, pro^^^ priétaîre de la manufacture de Tamersfors , en Finlande, qui produit de très-jolies toiles de coton du prix de 11 à 18 kopecks argent Farchine, tissées à la mécanique.

Parmi les cotonnades ordinaires, ce sont les calicots destinés à l'impression qui occupent la place la plus importente* M. Scherer les classe en trois catégories : palicots ordinaires du prix de 18 à 24 kopecks assignat^ écrus, ou y en moyenne, 6 kopecks^ argent Farchine (40 f centimes Faune de France), Calicots de quaUténioyenne du prix de 26 à 28 kopecks assignat, ou, en moyenne, 7 f kopecks argent Farchine (50 ^ centimes Faune de France) ; calicots plus fins du prix de 29 à 32 kopecks assignat, ou 8 f kopecks argent Farchine (59 centimes Faune de France).

La longueur des pièces est de 32 à 54 archines (19 à 32 aunes de France), et la largeur |, |, | et ^ archine(f fl

I aune de France).

. De toutes les branches de Findustrîe cotonnière, cette partie de la fabrication est, à notre avis, la plus importante, et, comme nous Favôîis déjà fait observer, la plus avantageuse à notre pays. Elle s'exerce sur un article de consommation accessible aux classes les plus nombreuses et les moins aisées, et elle répand le bien-être parmi nos populations rurales, sans les détourner de leur vie de famille.

II est donc d'autant plus à regretter qu'elle présente encore maintes défectuosités.

Le collage de la chaîne se fait souvent d'une manière très-inégale, ce qui donne aussi de Tînégalité aux tissus ; souvent il y a aussi de la négligence dans le tissage même.

Ce qui assure la supériorité aux calicots anglais , c'est précisément cette égalité et cette consistance du tissu qui manquent aux nôtres ; mais il est vrai que ces avantages sont dus principalement au tissage à la mécanique qui commence aussi à s'introduire en Russie. On compte déjà environ 2,000 métiers mécaniques (Powerlooms), en activité, dont 300 dans la manufacture de Finleïson, en Finlande, 400 chez Wrigt, à Saint-Pétersbourg, 600 dans rétablissement d'Okbta, près de Saint-Pétersbourg , 250 chez le négociant Popoff, à Schouïa, et 150 chez M. Wolkoff, près de Moscou, et leur nombre augmente, depuis quelque temps; d'année en année. On a eu longtemps des doutes , nonseulement en Russie, mais aussi en Allemagne, sur l'avantage des métiers mécaniques pour les tissus de coton ordinaires, dans les pays où le tissage à la main est à très-bon marché; mais il paraît que, dans cette question comme dans beaucoup d'autres du même genre, la mécanique doit finalement l'emporter sur la main-d'œuvre. Il est certain qu'avec l'extension du tissage mécanique, nos tissus de coton gagneront beaucoup en consistance et pourront rivaliser, sous le rapport de la qualité, avec les cotonnades anglaises; mais , sous le rapport du prix , nous voyons se reproduire ici la même difficulté que pour la filature , car tant qu'on sera obligé de faire venir de l'Angleterre tous les appareils mécaniques, cette circonstance pèsera toujours sur les frais de fabrication.

D'un autre côté, on ne peut pas se dissimuler que si le tissage des calicots, par la mécanique, se généralisait en Russie, cela ferait perdre à cette branche d'industrie un de ses principaux avantages, celui d'occuper utilement nos classes agricoles pendant la saison libre des travaux des

champs, sans les détourner de leur vie de famille et de leuns habitudes rustiques.

Indépendamment de la défectuosité du tissage, il y a encore une autre circonstance qui fait quelque tort au débit de nos cotonnades, en Asie; c'est Tinégalité et la non-conformité de la mesure aux habitudes des Orientaux surtout en Perse. Les Anglais n'y envoyent que des pièces qui ont exactement 36 archines de longueur, mesure qui convient le mieux à Fusage qu'on y fait de ces tissus, tandis quB nos calicots ont ordinairement 40 et souvent jusqu'à 45 archines.

Le tissage du nankin occupe aussi un assez grand nombre de bras. On importait autrefois au delà de 2 millions d'archines de nankin de la Chine. Depuis 1825, cette importation a été remplacée par les tissus analogues de fabrication indigène. Nous exportions même par Khiakhta, pendant les années 1830 à 1840, environ 50,000 pièces de Nankin que les Chinois nous achetaient pour les revendre aux Tartares et aux Kirghiz ; mais cette branche de commerce avec la Chine a cessé depuis 1840, c'est-à-dire depuis l'époque où les Tartares et les Kirghiz , ayant noué des relations commerciales avec nos marchands de la Sibérie occidentale , se pourvoient directement , chez nous , de cet article.

Dans l'intérieur, la consommation du nankin a beaucoup diminué, car, avec les progrès du bien-être, les petits bourgeois ont remplacé cet article , dans leurs vêtements , par des tissus de laine. Cependant on en fabrique encore au delà de 200,000 pièces, dont une partie sous le nom de kitaïka , tout à fait à l'instar du nankin de la Chine, pour le commerce avec l'Asie , et une partie pour la consommation intérieure sous le nom de nanka. On emploie à la fabrication de cette dernière espèce du fil ordinaire , n"* 2Ô à 22 pour la chaîne, et 24 à 26 pour la trame, et, pour m. 6

n INDUSTRIE.

le nankin proprement dit » on se sert du fil n"* 30 pour la chaîne et n** 32 pour la trame.

Les meilleures qualités de nankin sont tissées , pour la plupart» dans des établissements organisés à cet effets car ce tissu croisé exige plus de soins et des métiers d'une meilleure construction. Les prix des nankins varient entre 11 et 16 kopecks argent Farchine (74 centimes à 1 franc 8 cen^ times l'aune de France). Ce sont principalement les fabricants Morozoff et Schirokoff qui s'occupent de la fabrication de cet article. On fabrique aussi» en Russie» une espèce particulière de futaine , à l'instar du nankin, appelée feaumatsch. Ce sont les fabriques de MoltchanoiT qui fournissent les meilleurs tissus de cette espèce. Les koumatsch ordinaires» teints en rouge d'Andrinople » dont les paysans se servent aussi pour l'ornement de leurs blouses» se fabriquent principalement à Kazan et à Astrakan. Une pièce de cette étoffe de 8 archines sur rr de largeur, se vend envi* ron 1 rouble argent. La fabrication des koumatsch de toute espèce s'élève à plus de 100»000 pièces.

Il y a un nombre considérable d'établissements organisés sur une grande échelle pour la fabrication des calicots ordinaires» dt» en même temps» des cotonnades desti^ nées aux classes plus aisées. Parmi ces établissements qui tiennent» en quelque sorte» le milieu entre les branches inférieures et les parties plus relevées de cette industrie» et où l'on fabrique aussi des tissus pour pantalons appelés bombazina et différentes étoffes de coton mêlées de laine» nous devons citer comme les plus importants ceux de Morozoff, Triapkine, des frères Prokhoroff, Solodovnikoff, Schtchapoff» Ouroussoff et Konstantinoff» a Moscou» Ko^ cheleff » dans l'arrondissement de Bogorodsk, gouvernement de Moscou» Ignatoff Konehine et Tretiakoff» à Serpouchow et les frères Gareline, à Ivanova » gouvernement de Wladimir. Ouroussoff occupe à lui seul 8^000 métiers or-

INDÙSTHÎE. 83

dinaires et 800 métiers à la Jacquard. La fabrique de Konchiûe occupe 2,000 métiers a tisser.

Le tissage des cotonnades d'un genre plus relevé se concentre principalement à Moscou. Les fabriques les plus importantes pour ces tissus sont celles d'Ouroussoff, des frères Khloudoff de Konchine et de Kotelnikoff. Ces fabricants ont leurs dessinateurs qui s'occupent principalement à copier les plus nouveaux dessins étrangers, et leurs produits se distinguent par la bonne qualité et la bonne apparence des tissus. La fabrique d'Ouroussoff est la plus considérable ; elle produit pour environ 400,000 roubles ( 1,600,000 francs), et occupe plus de 3,000 ouvriers. Ses principaux gicles de fabrication sont des mouchoirs de dame, dont les prix varient, selon la grandeur, entre 2 et 7 ~ roubles assignat, 57 kopecksàS roubles 16 kopecks argent (2 francs 28 centimes à 9 francs 12 centinoes) la pièce ; des cravates et des mouchoirs de poche, les unes à 4 roubles et les autres à 1 rouble 88 kopecks la douzaine ; du crêpe broché de I archine de largeur du prix de 31 f kopecks à 36 kopecks argent Tarchine (2 francs 12 centimes à 2 francs 43 centimes Faune de France), selon le dessin, et des étoffes bariolées pour robes de chambre appelées termalama de I archine de largeur à 1 rouble argent Tarchine (6 | francs Faune de France).

L'établissement de Pierre Popoff, fondé en 1838, était le plus important, à Moscou, pour la fabrication des mousselines tant unies que brochées, des piqués et d'autres articles de ce genre. Ses produits se sont distingués entre tous les autres à Fexposition de 1849, sous le rapport de la perfection des tissus et de la beauté des dessins, et se rapprochaient beaucoup des similaires étrangers. Le fabricant Popoff s'attachait constamment à perfectionner son industrie. Il avait des correspondants fixés en pays étrangers", et il profitait avec succès de toutes les améliorations en

Suisse et en Angleterre dans la fabrication des piqués et des mousselines ; mais » depuis sa mort, cet établissement a beaucoup perdu de son importance.

Voici les articles de la fabrique de Popoff et de celle de Roudert, à Saint-Pétersbourg, qui ont figuré à l'exposition de 1849 :

1" De la mousseline blanche à 30 kopecks argent Tarchine (2 francs Faune de France ) ;

2** De la mousseline avec des mouches de couleur à 35 kopecks argent l'archine (2 fr, 35 cent. Faune de France);

3" De la mousseline large pour rideaux à 46 kopecks argent Farchine (3 francs 10 centimes Faune de France) ;

4"* Du piqué uni à 30 kopecks argent (2 francs Faune d^ France);

5" Du piqué façonné de 70 kopecks Farchine (4 francs 67 centimes Faune de France) ;

6" Des couvertures de piqué de petite dimension du prix de 1 rouble 50 kopecks à 1 rouble 90 kopecks argent ( 6 francs à 7 francs 60 centimes) la pièce ;

T Des couvertures plus grandes, à 6 roubles 50 kopecks argent (26 francs) la^ièce ;

8** De la percale fine (demi-batiste de coton) à 28 kopecks argent Farchine (1 franc 89 centimes Faune de France) ;

9* Des petites toiles de coton de 23 kopecks argent J'archine (1 franc 57 centimes Faune de France). ^

La fabrique de Roudert produit surtout de très-bonnes étoffes de coton mêlé de laine pour rideaux et pour gilets, les premières de deux archines de largeur (1, 19 aune de France) à 1 rouble 25 kopecks argent Farchine (8 francs 43 centimes Faune de France), et les secondes à 1 rouble 50 kopecks (6 francs) le gilet. L'établissement de M. Roudert, quoique organisé sur une échelle très- modeste , car il ne produit que pour une valeur de 15,000 à 20,000 roubles argent, mérite une mention honorable, vu Fapplica-

LNDUSTRIE. 85

lion constante du propriétaire à former ses ouvriers et à améliorer sa fabrication.

Parmi les fabriques d'autres gouvernements, M. Scherer cite encore celle de la veuve Baranoff et de M. Zouboff, et celle de Gladkoff, dont les produits ont figuré avec avantage aux dernières expositions.

Le défunt fabricant Baranoff a été le bienfaiteur de la ville d'Alexandroff (gouvernement de Wladimir) où sont situés les établissements qu'il a fondés et que sa veuve continue à maintenir en activité. Il a été le premier à introduire la garance de l'Asie dans la teinture en rouge d'Andrinople. Il avait ses propres plantations de garance à Khiw^a et un vaste terrain, près de Derbent, pour la culture de cette plante tinctoriale. La fabrique de la veuve Baranoff fournit 17,000 pouds de coton teint en rouge d'Andrinople.

Les jaconas blancs de fabrication indigène se rencontrent rarement ; on ne les livre au commerce que imprimés ou bariolés dans le tissage. Parmi les tissus de cette espèce, M. Scherer a distingué, à l'exposition de 1843, ceux des fabriques de Kakouschkine et de Matvieeff.

La fabrication des velours de coton {velvetines) a acquis, depuis quelque temps, une certaine importance, tant pour la consommation intérieure que pour notre commerce avec l'Asie. Au nombre des fabriques de velvetines les plus importantes, munies d'appareils mécaniques, M. Scherer cite celles de Lepeschkine, de Pikhlau à Riga, du colonel Walkoff et de Khlebnikoff. La fabrique de Lepeschkine est la plus considérable ; elle en produit environ 800,000 archines. Les velvetines de cette fabrique, et celles de MM. Pikhlau et Wolkoff sont reconnues comme les meilleures. Les fabricants Pikhlau et Khlebnikoff ont été les premiers à ouvrir à cet article un débouché en Chine. On en exporte, pour cette contrée, jusqu'à 1,800,000 à 2 millions d'àrchines, et, pendant la guerre des Anglais avec la

Chine 9 cette exportation s'élevait à 3 millions d'arehines.

Nous devons encore faire mention de la manufacture de tulle fondée à Pétersbourg par une société d'actionnaires. Celte fabrique, dont les produits ont été Fomemènt de Tindustrie cotonnière aux dernières expositions , est le premier établissement de ce genre en Russie. Elle possède maintenant environ vingt métiers à tulle d'une construction perfectionnée et peut satisfaire à toutes les commandes. C'est dans cet établissement qu'on a introduit pour la première fois en Russie les machines à broder de Haymann à Mulhouse.

Nous ne sommes pas, pour notre compte, très-enthousiaste de ces industries de luxe d'une fabrication très-compliquée que nous considérons plutôt comme un objet d'ornement que comme un objet d'utilité réelle auquel on doive attacher une grande importance au point de vue de nos intérêts industriels ; car nous aurons toujours de la peine à égaler, dans ce genre de fabrication , l'industrie anglaise et celle de la France. L'importance du but n'est pas, à notre avis, en proportion des sacrifices qu'il exige, et nous avons d'autres progrès beaucoup plus essentiels à faire dans le développement de l'industrie nationale. L'expérience vient à l'appui de cette opinion ; en 1850 , il y avait déjà, dans cet établissement, plusieurs métiers mis hors d'activité, faute de débit, et, par la même raison, on y a abandonné, depuis plusieurs années, la fabrication des mousselines brodées à la mécanique, de sorte que les machines, qu'on a fait venir à grands frais de Mulhouse, restent sans emploi. Quoi qu'il en soit, connaissant les difficultés de cette industrie, la complication de ses appareils, la précision et les soins qu'elle exige, nous devons rendre hommage à la persévérance de ceux qui en ont doté notre pays.

Le produit annuel des diverses branches de fabrication

dans cette manufacture s'élevait, vers les derniers temps, à environ 70,000 roubles argent, dont 30,000 roubles pour • les tulles*

M. Scherer comptait déjà, en 1843, dans tout l'Empire, plus de 140 établissements pour le tissage des cotonnades^ et leur nombre actuel doit être beaucoup plus considérable, indépendamment d'une quantité innombrable de métiers à tisser isolés, répandus dans plusieurs gouvernements et qui occupent, pour la plupart, les populations rurales.

Le tissage des cotonnades de moyenne qualité se faisant, pour la plus grande partie, sous l'œil des fabricants et avec des appareils plus ou moins perfectionnés, se trouve dans des conditions plus satisfaisantes que celui des tissus ordinaires, et nos meilleures fabriques fournissent des tissus qui ne sont pas inférieurs en qualité aux similaires étrangers. Il n'en est pas de même des tissus plus fins et plus légers tels que mousselines , jaconas et percales très-fines qui exigent des tisserands beaucoup plus habiles et expérimentés.

Dans cette partie , nous somnres encore beaucoup plus arriérés que dans les autres branches de l'industrie du èoton. M. Scherer dit, avec raison, que la fabrication des bonnes mousselines exige un long exercice et beaucoup de persévérance de la part du tisserand , qualités qu'on rencontre rarement chez nos ouvriers. Cependant il y a aussi, sous ce rapport, quelques progrès depuis une dizaine d'années.

Quant à la fabrication des cotonnades imprimées, nous avons déjà dit que l'impression des cotonnades a pris naissance chez nous immédiatement au retour de la paix, en 1815, mais ce n'est que depuis environ trente ans qu'elle a commencé à acquérir une véritable importance, et, depuis ce temps, elle s'est développée de plus en plus en s'amélioranl par le concours de plusieurs étrangers experts dans cette branche d'industrie et nommément des

Suisses qui sont venus s'établir en Russie. Cette branché d'industrie en a devancé beaucoup d'autres, et elle a fait dans les derniers temps de tels progrès que, pour quelques articles , elle peut maintenant se mesurer avec l'industrie similaire du continent européen.

Les progrès les plus rapides de cette branche d'industrie datent de 1828, époque de Texpiration du privilège accordé au sieur Weber peur l'impression cylindrique des cotonnades. C'est à cette époque que le manufacturier TitofF, à Moscou, un de nos industriels les plus renommés, fit venir de Mulhouse des machines à imprimer, à moletter et à guillocher, et engagea pour sa fabrique le sieur Schwartz, actuellement un des premiers manufacturiers de l'Alsace. L'exemple de Titoff stimula les autres, et c'est de cette manière que cette branche d'industrie s'est développée rapidement à Moscou, dans l'époque décennale de 1828 à 1838. A Ivanova et à Schouïa, gouvernement de Wladimir, l'impression à cylindre ne s'est introduite que depuis 1835.

L'impression des calicots et des percales pour meubles se concentre principalement dans le gouvernement de Moscou, à Saint-Pétersbourg et dans le district de Schouïa, gouvernement de Wladimir où elle a pris naissance.

Les fabriques de Saint-Pétersbourg ont principalement pour objet de satisfaire aux besoins des classes plus aisées, tandis que les fabriques de Schouïa travaillent presque exclusivement pour les basses classes de la population ; aussi les tissus de Saint-Pétersbourg se vendent-ils rarement au-dessous de 40 kopecks argent l'archine, tandis que le prix de ceux de Schouïa varie entre 11 et 18 kopecks. Il n'y a que les tissus imprimés sur fond rouge d'Andrinople qui se vendent, à Schouïa, à 28 kopecks argent, l'archine.

Le gouvernement de Moscou , qui possède de grandes ressources pour tous les genres d'industrie, réunit, en même

temps, la fabrication des tissus ordinaires et celle des articles destinés aux classes riches.

D'après TÂtlas statistique de M. Samoïloff, il y avait, en 1843, dans ce gouvernement, 382 établissements pour le tissage et l'impression des cotonnades dont le produit annuel s'élevait à 12,417,000 roubles argent, ou près d'un tiers de la valeur de toute l'industrie colonnière de l'Empire à cette époque,

La ville de Moscou, avec son arrondissement, en comptait 176 qui produisaient pour 8,202,000 roubles argent. Parmi ces 382 établissements du gouvernement de-Moscou, il y en avait 26 dont le produit annuel de fabrication s'élevait à plus de 100,000 roubles, et, dans ce nombre, il y en avait 4 avec un produit de 200,000 à 300,000 roubles (800,000 à 1,200,000 francs), 6 avec un produit de 300,000 à 400,000 francs (1,200,000 à 1,600,000), 1 établissement, celui de Sleinbach (actuellement Zindl), produisant annuellement pour 420,000 roubles (1,680,000 francs), et la fabrique fondée par une société d'actionnaires, à Zarewa, dans l'arrondissement de Dimitrofsk, qui produisait, à cette époque, pour une valeur de 780,000 roubles argent (3,120,000 francs). C'est une des plus grandes fabriques de cotonnades de tout l'Empire, et, en même temps, une des meilleures sous le rapport des couleurs et de la correction des dessins imprimés.

Après le gouvernement de Moscou, c'est celui de Wladimir qui occupe la première place pour la fabrication des cotonnades imprimées. D'après la quantité de fil de coton employée dans ce gouvernement et dans le district de Kineschma, gouvernement de Kostroma, la valeur des produits de cette branche d'industrie dans les deux gouvernements (Wladimir et Kostroma) égalait celle du gouvernement de Moscou, environ 12 ^ millions de roubles, de sorte que ces trois gouvernements ensemble produisaient, en

1843, les cinq huitièmes environ de toute la valeur de Tindustrie cotonnière de l'Empire.

La plupart des fabriques de Saint-Pétersbourg et des plus considérables' établissements de Moscou et de Wladimir ont tellement amélioré leurs procédés, depuis quelque temps, qu'elles peuvent, jusqu'à un certain point, rivaliser avec les meilleures manufactures de France, d'Allemagne et de Bohême, Il n'y a presque pas de nouvelle invention dans la mécanique ou dans les procédés de la fabrication qui ne soit déjà introduite dans nos meilleurs établissements. Les anciennes méthodes de blanchiment, de lavage et de séchage ont été améliorées, et on se sert déjà, assez généralement, des rouages anglais (wash-^heels). Les hydroèxtracteurs (CentrifugalrTrocken-Maschinen) se trouvent déjà, depuis longtemps , en usage dans la plupart de nos meilleures fabriques de calicots et de percales pour meubles. Le nouveau mode de blanchissage continu, quoique encore moins répandu, est cependant déjà, depuis plus de dix ans, en usage dans plusieurs grandes manufactures. M. Steinbach (maintenant Zindl), à Moscou, qui possède un des plus grands établissements de cotonnades imprimées, a été le premier à l'introduire en Russie. Moyennant cet appareil, qui est aussi important pour les fabriques de cotonnades imprimées que pour celles des tissus blancs, on peut blanchir jusqu'à 500 pièces par jour. L'application de cette nouvelle invention, en Russie, servira, sans doute, à améliorer la fabrication de nos percales blanches auxquelles on reprochait , jusqu'à présent, le manque d'unité dans la blancheur. M. Steinbach a, en oujre, introduit dans sa manufacture les nouveaux appareils de tondage qui remplacent, pour les tissus de colon , l'opération du flambage ayant pour objet de leur ôter lé duvet.

La teinture des tissus de coton s'est, en général , améliorée d'une manière sensible à la suite des progrès de nos

INDCSimE. 94

fabriques de produits chimiques; mais> sous ce rapport» on doit toujours citer, en première ligne, le perfectionnement de la teinture en rouge d'Andrinople ^ue nous devons aux frères Rabenek, car cette teinture est une des plus compliquées et des plus difficiles. Parmi les manufactures qjui fabriquent le plus de tissus teints en rouge d'Andrinople ou imprimés sur fond rouge , la première place appartient à rétablissement déjà cité de la veuve Baranoff et de M. Zouboff, à Alexandroff, dont la production annuelle est évaluée à 500,000 roubles (2 millions de francs), et à ceux des frères François et Louis Rabenek. On doit encore y ajouter la fabrique de Plicker, près de Moscou-

Les principales teintureries sont très-bien organisées; le chauffage des appareils par la vapeur est presque partout en usage. On a également introduit, dans quelques fabriques, la teinture par procédés mécaniques. L'établissement de Zarewa peut, sous ce rapport, servir de modèle. II est seulement à regretter que la plupart de nos fabricants né cherchent pas à acquérir les connaissances nécessaires en chimie, ce qui les oblige à entretenir à grands frais des coloristes étrangers.

L'opération de l'impression proprement dite se perfectionne aussi visiblement.L'impression mécanique se répand de plus en plus dans nos meilleurs établissements, ce qui facilite et améliore beaucoup la fabrication des tissus avec un dessin de fond sur lequel on imprime d'autres dessins. On peut citer, sous ce rapport, en première ligne , l'ancienne manufacture de Bilttepage et celle de Lutsch, à Saint-Pétersbourg, celle de Steinbach (maintenant Zindl), à Moscou, celle de M. Osterriede, près de Moscou, et celle de Zarewa, dans l'arrondissement de Dmitroffsk, gouvernement de Moscou.

La combinaison de l'impression à la mécanique avec l'impression à la main, qui est très-avantageuse dans cette

fabrication, a déjà atteint, chez nous, lin assez haut degré de perfection. L'emploi de bons mordants et de matières fabriquées dans le pays, dont on se sert pour les réserves (1), a beaucoup contribué à améliorer l'application des couleurs.

La cherté du bois, qui coûte déjà plus de 5 roubles argent la sagène, dans le rayon de 40 verstes (près de 10 lieues de France) autour de Moscou, a, depuis quelque temps, attiré l'attention de nos industriels sur la nécessité d'économiser le combustible en utilisant, moyennant des tuyaux conducteurs, la chaleur qui s'exhale des foyers des machines à vapeur.

M. Scherer cite la manufacture de Zarewa où un grand séchoir de 23 sagènes de longueur est chauffé de cette manière, et un arrangement analogue qui se trouve à la manufacture des frères Prokhoroff. Depuis cette époque, d'autres fabricants ont eu recours au même expédient pour introduire une économie dans les frais de chauffage de leurs établissements, et cela se pratique maintenant dans toutes les fabriques qui ont des machines à vapeur à haute pression.

A ce sujet, M. Scherer dit, avec raison, qu'il serait à désirer que l'emploi de la houille et de la tourbe se généralisât davantage dans nos fabriques de cotonnades imprimées qui font une grande consommation de combustible. C'est un besoin généralement senti ; aussi l'emploi de ces combustibles a-t-il déjà commencé à s'introduire dans nos établissements industriels ; mais on ne pourra s'attendre à des résultats plus importants que lorsque de nouvelles voies de communication seront ouvertes pour faciliter le transport économique du charbon de terre et de l'àn-

(1) La fabrique du prince WollconslLy, dans le gouvernement de Tambow, produit ces articles en grande quantité.

thracile du Don et du gouvernement d'Ékâthérinosiaw.

Autant les progrès que nous avons signalés sont réels et importants, en ce qui concerne Timpression des cotonnades destinées aux classes plus aisées , autant il est vrai que la fabrication des calicots ordinaires laisse encore beaucoup à désirer. Indépendamment de l'inégalité et de l'imperfection du tissage dont nous avons déjà fait mention, on remarque aussi des défectuosités dans l'impression ; l'empreinte est rarement correcte et pure, les couleurs rarement bonnes et souvent confondues. Il n'y a que quelques grands établissements munis des moyens suffisants pour perfectionner leur fabrication , comme ceux des frères Gareline, Trétiakoff , Kotelnikoff , Baranoff et Bolotoff, dont les produits fassent exception. Les autres petits fabricants, travaillant avec des moyens très-limités , et souvent aussi sans posséder les connaissances techniques nécessaires, ont ordinairement bien plus en vue le bon marché que la bonne qualité de la marchandise. Cependant on trouve aussi, parmi les cotonnades de cette dernière catégorie, des tissus qui ont une certaine apparence et étonnent, en même temps, par leur boji marché (1).

M. Scherer fait observer, avec raison, qu'il est à regretter que nos fabricants reçoivent souvent des commandes pour ces sortes de mauvaises marchandises. « Il n'est pas non

(1) A Texposition de 1843 , on avait remarqué une pièce de calicot imprimé, tissé à la mécanique , de la fabrique de M. Spiridonoff à 24 kopecks assignat , ou 6 f kopecks argent, l'archine. En comparaison des calicots anglais , c'est encore un prix assez élevé pour des tissus tout à fait ordinaires de la largeur d'une archine (0,593 aune de France), mais chez nous il paraissait être extraordinairement modéré. M. Scherer {voir son article sur Tindustrie cotonnière dans le compte-rendu de Texposition de 1843, pages 46 et 47) donne le compte détaillé des frais de fabrication de ces tissus , qui prouve qu'on peut les fournir à ce prix en réalisant encore un petit bénéfice. Voici ce compte:

On peut acheter chez les tisserands de village du calicot ordhiaire dëyà blanchi à 20 kopecks assignat l'archine. A Ivanova, il y a des fabricants qui ne prennent

plus excusable^ dit-iU de la part de iios marchands, de favoriser ainsi le débit de ces mauvais produits de l'industrie indigène, car il n'y a pas de doute que l'expédition des marchandises de rebut, à la place de marchandises bien conditionnées , a principalement contribué à fermer à nos cotonnades imprimées plusieurs marchés étrangers , nommément en Asie, peu après que ce débouché leur eut été ouvert. »

Voici les prix actuels des principaux articles de cotonnades imprimées :

Mousselines et autres tissus transparents, de 38 à 35 kopecks argent l'archine (1 franc 88 centimes à 2 francs 36 centimes l'aune de France) et au delà (1). Les tissus avec des dessins nouveaux sont ordinairement plus chers, et la fabrication de cet article n'est pas très-considérable, le débit étant trèsrlimité. Cette branche de fabrication appar^ tient de préférence aux manufactures de cotonnades de Saint-Pétersbourg , et nommément à l'ancienne fabrique Plidt, qui a, depuis, passé en d'autres mains.

Calicots ordinaires , de 7 à 12 kopecks argent l'archine (47 à 80 centimes l'aunp de France).

que 1 rouble 10 kopecks assignat pour faire passer par le cylindre dimpresskin une pièce de calicot de cette espèce, de 64 archines.

rouble* kopccka.

Ci \ io

Le laTage dans les petites fabriques ne coûte que. ... « 5

L'empesage revient à « 25

Et le calandrage également à « 25

Total des frais pour la pièce. ....... \ i 65

ou 3 kopecks et une petite fraction à ajouter par archîne au prit du calicot blanc j de sorte qu'il reste encore 1 kopeck assignat moins une petite fraction ft gagner par archine.

(1) En Angleterre, tout le rideau pour une fenêtre coûte en mousseline ordinaire 3 schellings ou à peu près 1 rouble argent, en mousseline de qualité moyenne de 6 à 8 sehellings ou 1 rouble 67 kopecks à 2 roubles 67 kopecks («otr le compterendu de M. Samollofif sur l'exposition universelle de Londres, 'paqt 38},

Calicots de moyenne qualité , 15 à 23 kopecks argent l'archine (1 franc à 1 franc 55 centimes Faune de France).

Calicots de qualité supérieure , de 25 à 45 kopecks argent rarcbine (1 franc 68 à 3 francs Faune de France) et au delà.

Mouchoirs de coton, fond rouge d'Andrinople, imprimés à la manière de Bohême de { archine^ 1 rouble 30 kopecks argent (5 francs 20 centimes), de 7 archine, 1 rouble 75 kopecks (7 francs).

Demi -velours de coton, 45 à 65 kopecks argent l'archine (3 francs à 4 francs 38 centimes Faune de France).

Étoffes de coton chiné , 35 « kopecks argent Farchine (2 francs 36 centimes Faune de France).

£n comparant les prix actuels des cotonnades imprimées avec ceux qui figuraient à l'exposition de 1843^ on trouve une baisse d'environ 15, pour 100.

Quant aux progrès de l'industrie cotonnière en général^ sous le rapport de ses procédés, après les avoir constatés tels qu'ils s'étaient manifestés à Fexposition de 1843» M. Scherer a signalé de la manière suivante les défectuosités des différentes branches de cette industrie :

l"" En ce qui concerne la filature ^ nous avons déjà dit que nous manquons entièrement d'établissements pour la construction des machines» et nous avons exposé la situation peu avantageuse des filatures qui ne travaillent pas avec des mécaniques anglaises et ne sont pas, en général , pourvues d'appareils perfectionnés. Ici nous devons encore faire observer que les filateurs russes n'accordent pas assez d'attention au mélange des différentes qualités de coton, circonstance à laquelle les filateurs an* glais attachent une grande importance (1).^

(0 G6 reproehe ne s'applique plus à rorganisatioD actuelle de notre filature. L'assortiment et le mélange du coton se fait maintenant atec beaucoup plus de

« 2** J?n ce qui concerne le tissage, défectuosités de l'encollage de la chaîne, surtout dans les établissements qui n'ont pas d'appareils mécaniques pour cette opération ; manque d'appareils mécaniques pour le tissage de certaines étoffes ; enfin inégalité de la mesure et inexactitude de la largeur marquée sur les pièces (1).

« 3"* Quant à ^impression des cotonnades , qui augmente beaucoup le prix du tissu, les défectuosités qu'on remarque dans cette branche de la fabrication se manifestent surtout dans les établissements qui travaillent pour les basses classes de la population. Faute de connaissances nécessaires , bien plus que faute de capitaux , les propriétaires de ces établissements n'apportent pas assez de soins et^ d'attention à les pourvoir des meilleurs matériaux de fabrication et des plus nouveaux appareils mécaniques, à avoir de bons dessinateurs et coloristes , en un mot à organiser leurs fabriques sur un bon pied et à assurer à leurs marchandises ube bonne réputation dans le commerce, conditions aujourd'hui indispensables, même pour la fabrication des articles d'un bas prix et d'une qualité inférieure ; surtout lorsque ces articles sont destinés au commerce extérieur. Il ne suffit pas d'ouvrir à ces fabricants les moyens de remplir ces conditions (2), il faut aussi les convaincre qu'elles sont réellement indispensables.

« Cette dernière tâche ne sera possible qu'avec les progrès

soin et d'une manière plus rationnelle, dans toutes les grandes filatures. Quant aux mécaniques de filage, les anciens appareils défectueux ont été presque partout remplacés par des machines perfectionnées et toutes les nouvelles filatures ont été montées avec des machines anglaises.

(1) Ce dernier inconvénient a, en grande partie, disparu dej^uis que M. Scherer a publié ses observations.

(2) « Le gouvernement a déjà posé la base de ce progrès, d'un côté en facilitant les rapports avec les établissements de machines de Tétranger, et de l'autre en fotidant un institut technologique et en multipliant les écoles de dessin. >»

de la culture dans cette classe de nos industriels qui comprendront alors eux-mêmes que, dans l'état actuel de Tindustrie manufacturière , en général , on ne peut plus s'attendre à de grands bénéfices prompts à réaliser fil que , pour nous aussi, le temps est venu où il faut se contenter d'un bénéfice modéré, mais stable. Or, la stabilité des bénéfices dépend, non-seulement du bas prix et de la bonne qualité de la marchandise, mais aussi d'une bonne foi inaltérable dans les transactions commerciales. »

Nous partageons entièrement l'opinion énoncée avec connaissance Ae cause dans ce court résumé, et nous nous bornons à y ajouter une seule observation générale.

Il est incontestable , et nous l'avons plus d'une fois répété, que le système prohibitif a donné une grande inipulsion à notre industrie manufacturière, mais ce système a aussi ses inconvénients. Au nombre de ces derniers, en mettant ici de côté les sacrifices imposés aux consommateurs, nous plaçons en première ligne l'influence, pour ainsi dire morale, que ce système a exercée sur les classes industrielles. Mis à l'abri de la concurrence de l'industrie étrangère, soit par la défense absolue de l'importation, soit par des droits si élevés qu'ils devenaient presque prohibitifs pour le phis grand nombre d'articles , nos fabricants sont restés maîtres absolus des marchés intérieurs et pouvaient régler les prix à leur gré. Libres du soiîci de chercher des débouchés, à cause du bon marché et de la bonne qualité des marchandises, car, avec les besoins croissants de la consommation, les acheteurs ne pouvaient pas leur manquer, ils avaient les yeux constamment fixés sur le tarif douanier, qui est devenu le principal régulateur de leurs calculs et de leur spéculation. Dans cette situation commode, il ne fallait que des capitaux, un peu d'intelligence et très-peu de peine pour réaliser, en peu de temps, d'assez gros bénéfices, et c'est ce qui a gâté nos fabricants. La conm, 7

currence indigène a, jusqu'à un certain point, modifié cet état de choses ; mais l'habitude des gros bénéfices est restée» et voilà pourquoi* il est si difficile aujourd'hui de faire comprendre à nos industriels que le temps est venu où il faut se contenter d'un profit modéré , mais constant, acquis par une persévérante activité. Il y a d'ailleurs à faire observer qu'avec un marché aussi étendu que celui de tout l'empire de Ruâsie, la concurrence indigène est un stimulant assez faible dans un pays où le taux des intérêts est si élevé et où il est si facile de retirer 8 ou 10 pour 100 de son capital ; et lorsque, pour certains articles, celte concurrence vient se manifester, ce n'est qu'en baissant le prix de la marchandise, au détriment de âa qualité, que nos fabricants cherchent à la soutenir. A notre avis , le temps est arrivé où un peu plus de concurrence du côté de l'industrie étrangère est devenu nécessaire , ne fut-ce que pour stimuler l'intelligence et l'activité de nos industriels , et pour leur donner plus de confiance dans leurs propres forces; confiance qu'iU ne pourraient pas acquérir, s'ils ne marahaient qu'avec l'appui du système prohibitif.

Pour compléter cet exposé sur Yé\M actuel de notre industrie c^tonnière, nous ajoutons encore ici, d'après M« Scherer, quelques indications relatives aux fabriques de cotonnades teintes et imprimées, dont les produits ont été plus partieuliérement distingués à l'exposition de 1S49.

Sous le rapport de la teinture en rouge d'Ândrinople, ce sont les produits de la fabrique de Louis Rabeneck qui ont occupé, comme toujours, la première place, aonmiément :

Une étoffe croisée, appelée koumatsch, à 30 kopecks l'archine (2 francs 2 centimes l'aune de France) ;

Des étoffes rayées, pour robes, fond ponceau, de 28 à 34 kopecks argent l'archine (1 franc 88 centimes à 2 francs 30 centimes l'aune de France) ;

Des mouchoirs d'une archine de largeur à 4 roubles argent (16 francs) la douzaine ;

Des mouchoirs de i archine , à 6 roubles 60 kopecks argent (26 francs) la douzaine ;

Du velours de colon, couleur ponceau^ à 1 1 rouble argent l'archine (10 francs 12 centimes l'aune de France).

Ces priic sont encore beaucoup plus élevés que ceuit des similaires étrangers ; mais ils présentent déjà une baisse sensible relativement aux prix des produits de la même fabrique , de quelques années auparavant.

Les prix des tissus analogues, mais d'une qualité Inférieure, de la fabrique de la veuve Baranoff et de M. Zouboff^ présentaient une différence de SO pour 100 en moins relativement à ceux de M. Rabenek.

Parmi les produits d'Ivanova, les meilleures cotonnades teintes en ponceau ou imprimées sur fond rouge venaient des fabriques des frères Gareline et de Babourine.

Parmi les fabriques de cotonnades imprimées de Saint- Pétersbourg, qui ne travaillent que pour les classes plus aisées^ ce sont les calicots et les percales pour meubles de M. Lutsch et de la fabrique de Schinemann et Szwartzwald, autrefois Bittepage, qui occupaient la place principale.

La fabrique de Basile Schougart, moins considérable que les précédentes, s'est distinguée par la diversité de ses produits. On y imprime de la mousseline, des calicots, des jaconas, des mouchoirs de mousseline et des tulles pour robes qui se distinguent par de jolis dessins. Cette fabrique a aussi pris, en dernier lieu, un plus grand développement et imprime déjà Jusqu'à 30,000 pièces.

La fabrique de M. Folkert, bien que ses produits soient inférieurs en qualité à ceux des établissements précédemment nommés, mérite également une mention honorable. Elle imprime environ 5,000 pièces de mousseline et de 7,

jaconas, et elle s'est agrandie, en dernier lieu» par un établissement séparé pour rimpression des foulards.

Des fabriques du gouvernement de Moscou , celle de Zarewa est, quant aux cotonnades imprimées, la seule qui ait participé à.rexposition de 1849. Elle produisait, avant la crise eommercis^e de 1846, plus de 90,000 pièces (1). Cette fabrique a acquis, depuis longtemps, une réputation bien méritée par la netteté et la précision de l'impression. Outre les tissus imprimés , elle a exposé de la percale blanche d'une qualité excellente, à 14 et 15 kopecks Farchine (95 centimes à 1 franc 1 centime l'aune de France).

M. Scherer fait encore une mention honorable des pro-^ duits du fabricant Hûbner à Moscou, qui imprime des tissus mêlés de coton et de laine , tant pour robes que pour rideaux et portières.

La fabrication des percales imprimées, pour meubles, a pris, depuis quelques années, un grand développement, et s'est en même temps beaucoup améliorée. MM. Lutsch et Schigart, à Saint-Pétersbourg, ont exposé des tissus pour meubles qui ont attiré, à juste titre, l'attention de tous les connaisseurs.

Les cotonnades imprimées, envoyées à l'exposition par le fabricant Gayer, du royaume de Pologne, ont tenu le milieu entre les meilleures espèces de la fabrication de Moscou et les tissus inférieurs du gouvernement de Wladimir, et, sans être plus chers , ils surpassaient ces derniers, quant à la qualité et au bon goût des dessins.

Parmi les calicots ordinaires et de moyenne qualité, on a également remarqué quelques progrès dans cette bi:^nche de fabrication, surtout sous le rapport des couleurs. Quel-

(f ) Pendant les dernières années , cet établissement a encore élargi le cercle de son activité. On y imprime maintenant plus de 100,000 pièces.

ques-uns des principaux fabricants ont adopté Tusage d'appliquer à leurs tissus un timbre indiquant qu'ils sontîmpriraés avec des couleurs qui ne déteignent pas, ce qui prouve une tendance très- louable à Sonner à notre commerce de cotonnades une base plus solide.

Les établissements de MM. Gareline, que nous avons déjà cités, occupent, par leur importance, la première place dans cette branche de l'industrie cotonnière. M. Nikone Gareline réunit dans sa manufacture, en même temps, la filalure, le tissage et l'impression des calicots. La valeur de sa fabrication annuelle s'élève à l'énorme somme de plus de 1,100,000 roubles argent (4,400,000 francs) , et il occupe 4,170 ouvriers. Son cousin, Jacques Gareline, imprime également dans sa fabrique, à Ivanova (gouvernement de Wladimir), plus de 70,000 pièces tissées dans son établissement, et représentant une valeur de 550,000 roubles (2,200,000 francs) et occupe plus de 4,500 ouvriers, dont environ 3,800 sont employés au tissage. Parmi ses calicots, qui ont figuré à la dernière exposition, il y en avait d'une qualité supérieure aux tissus ordinaires de cette catégorie, bien que leurs prix ne sortissent pas de la limite ordinaire de 10 à 18 kopecks l'archine (de 67 centimes à 1 franc 20 centimes l'aune de France). Ses tissus, imprimés sur fond rouge d'Andrinople , ont été reconnus pour les meilleurs de tous ceux qui ont été exposés par les fabricants de Wladimir. M. J. Gareline imprime aussi des mousselines de laine , et il a été le premier à introduire cette branche d'industrie à Ivanova.

Après les établissements de MM. Gareline, les fabriques les plus considérables du gouvernement de Wladimir, dont les produits ont figuré à la dernière exposition, sont celles appartenant à M. Korniloff et à la veuve du colonel Despott-Zenovitsch, qui produit environ 40,000 pièces et occupe 1,250 ouvriers; celle de M. Karetnikoff, un des plus

anciens établissements, dont nous avons déjà fait mentiod» et qui occupe environ 3,300 ouvriers; la fabrique de Schtschekollne, qui produit environ 40,000 pièces représentant une valeur de 340,000 roubles argent (960,000 francs), et celle de M. Babourine, qui fournit environ a&^OOO pièces , représentant la valeur de 200,000 roubles (800,000 francs).

Dans le gouvernement de Moscou, l'impression des calicots ordinaires est concentrée principalement dans la ville de Serpoukhow. Les deux principales manufactures de cette ville sont celles du négociant Konchine et dés successeurs du conseiller Tretiakoff. La fabrique de Konchine réunit en même temps, comme celle de Gareline, la filature, le tissage et l'impression, et occupe 2,500 ouvriers. Toute l'impression se fait encore à la main et occupe 300 tables. Dans la fabrique des successeurs de Tretiakoff, impression à la main est combinée avec l'impression mécanique au cylindre* Cet établissement, qui est un des mieux organisés, produit environ 63,000 pièces pour une valeur de 485,000 roubles (1,940,000 francs).

De toutes les données et de toutes les considérations qui précèdent , nous croyons pouvoir déduire les conclusions suivantes :

1* Que l'industrie du coton a déjà atteint chez nôtis un haut degré d'importance, car, sous le rapport de là valeur totale des produits de cette fabrication, elle occupe la première place, après l'industrie linière; et qu'elle renferme déjà en elle-même les éléments d'un plus grand développement.

2" Que nous possédons, dans les différentes branches de cette industrie, beaucoup d'établi§sements de premier ordre, qui peuvent être rangés, sous le rapport de leur importance, à côté des principales manufacturés du continent européen, et même de celles de rAûglèterrè, et (Jue

INDUSTRIE. lOÎ

plusieurs de ces établissements ne laissent presque rien à désirer, sous le rapport de leur organisation technique et mécanique,

8^ Que, néanmoins , prise dans son ensemble, cette industrie^ est encore chez nous bien en arrive des progrès qu'elle a faits dans d'autres pays, et surtout en Angleterre, et que ces défectuosités, que nous avons déjà signalées en détail, se manifestent principalement aux deux points extrêmes de cette industrie , savoir : dans la fabrication des calicots ordinaires et dans celle des tissus très-fins ; mais ces imperfections disparaissent peru à peu, et, dans certaines parties , les progrès ont été très-sensibles depuis quelque temps.

4*» Que si nos fabricants se tiennent dans la bonne voie, c'est-à-dire si au lieu de s'évertuer à développer chez nous la fabrication des articles de luxe et des tissus très-fins, qui exigent des procédés très-perfectionnés, des appareils mécaniques très-compliqués, et des ouvriers d'une grande habileté, ils s'attachent principalement à améliorer celles des différentes branches de cette industrie, qui sont le plus appropriées aux conditions dans lesquelles se trouve notre industrie manufacturière, envisagée dans l'ensemble, de ses ressources matérielles et intellectuelles ; nous pouvons, dans cette branche de Tactivité nationale, arriver en peu de temps au niveau des progrès de Tindustrie cotonnière du continent européen, pour tous les articles destinés à satisfaire aux besoins des basses classes et des classes moyennes de la population.

En ce qui concerne les fixais de fabrication, les progrès sont beaucoup plus difficiles à atteindre, chez nous, dans certaines branches de cette industrie.

Pendant la première période du développement de l'industrie cotonnière en Russie, sous la protection du système prohibitif, nos cotonnades, comme nous l'avons déjà

fait observer, étaient d'une cherté exorbitante. Depuis environ quinze ans, il y a eu, dans les prix de plusieurs articles, une baisse sensible, mais bien inférieure à celle des autres pays, qui provient de la réduction dans les prix de la matière première, et des grands perfectionnements dans les procédés de fabrication. Ici, nous devons faire observer qu'on se trompe souvent, en comparant les prix de nos articles manufacturés, qui figurent aux expositions industrielles , avec les prix étrangers , vu que les premiers ne sont pas toujours exactement marqués, et il en est bien autrement, lorsqu'on compare les prix courants réels, tels qu'ils existent dans le commerce en gros et en détail. Il est arrivé bien des fois qu'ayant été frappé du bas prix de quelques articles exposés, et ayant voulu les acheter, on obtenait pour réponse qu'ils étaient déjà vendus, et lorsqu'on trouvait plus tard ces mêmes objets dans les magasins de Pétersbourg, ils étaient de 40 ou 50 pour 100 plus chers. En général, sauf les draps et les toiles tout à fait ordinaires, sauf quelques articles de soieries fabriquées avec de la soie du Caucase, quelques produits de l'industrie russe proprement dite, et quelques marchandises de rebut ou d'une fabrication très-défectueuse, nous avons rarement rencontré, dans le commerce, des articles manufacturés, pour quelque branche d'industrie que ce soit, d'un prix quelque peu approchant de ceux des similaires étrangers. Nous sommes loin de vouloir contester les progrès qui ont été faits, sous ce rapport, dans notre industrie cotonnière, et nx)us ne désespérons pas que des progrès encore plus sensibles ne soient obtenus avec le temps; mais nous n'en sommes pas moins persuadé que nous aurons beaucoup de difficulté à atteindre, même dans un avenir plus éloigné, le bon marché des produits de l'industrie cotonnière du continent européen, sans parler même de celle de l'Angleterre, et en voici les raisons :

Nous croyons avoir prouvé que nos filatures ne pourront jamais fournir le fil de coton au même prix que les filatures anglaises et même que celles de l'Allemagne, el que nos meilleurs établissements même ne peuvent pas encore se passer d'un droit protecteur de S à 4 roubles par poud, tandis qu'une foule de petites filatures placées dans des conditions désavantageuses, et qu'on ne peut cependant pas sacrifier d'emblée, ont besoin d'une protection encore plus forte. Le droit actuel de 5 roubles par poud représente, pour les numéros moyens de 20 à 40, dont la consommation est la plus étendue, environ 45 à 50 pour 100 de la valeur, et quand même on les réduirait à 3 roubles, ce qui ne pourra certainement pas avoir lieu de sitôt, ce serait encore 25 à 30 pour 100 de la valeur de la matière à demi façonnée et une augmentation de 7 i kopecks par livre sur les frais de la fabrication des cotonnades.

Pour les tissus de l'usage le plus ordinaire et le plus étendu, qui coûtent écrus 6 à 8 kopecks l'archine et dont il entre environ 10 archines carrées dans une livre , un droit de 7 V kopecks par livre équivaut à 9, et jusqu'à 13 pour 100 de la valeur.

Les circonstances qui rendent chez nous indispensable une si forte protection pour les filatures et que nous avons exposées plus haut, telles que la nécessité de se servir de machines fabriquées à l'étranger, l'étal limité des ressources de notre crédit, l'élévation de l'escompte et les conditions onéreuses dje la vente, se reproduisent aussi plus ou moins dans les autres branches de l'industrie cotonnière.

Il faut encore y ajouter la cherté de quelques agents de la fabrication, tels que les produits chimiques et les matières tinctoriales, les gros salaires des contre-maîtres, des dessinateurs, des coloristes et même des ouvriers ordinaires, pour toutes les branches de fabrication qui exigent

une certaine instruction professionnelle, ainsi que le manque de connaissances techniques chez la plupart de nos fabricants ; de sorte que , dans cette industrie très-compliquée, il faut, presque à chaque degré de fabrication, augmenter de 5 à 10 pour 100, plus ou moins, les frais de production, en les comparant à ce que les mêmes opérations coûtent dans d'autres pays*

Quelques-unes de ces causes qui influent sur Taugmeatation des frais de production peuvent disparaître plus ou moins avec le temps, lorsque l'instruction professionnelle et les connaissances techniques seront plus répandues parmi nos classes industrielles ; mais il y en a aussi qui subsisteront encore longtemps, car elles sont inhérentes aux circonstances particulières dans lesquelles notre pays se trouve placé.

Par conséquent, nous fabriquerons toujours plus chèrement que les autres, sauf quelques articles d'une fabrication inférieure, pour lesquels le bas prix de la maind'œuvre ordinaire peut balancer, jusqu'à un certain point, le surplus des autres frais de production, et pour conserver notre industrie cotonnière qui s'est déjà élevée à un si haut degré d'importance, il faudra encore imposer des sacrifices considérables aux consommateurs de nos cotonnades, car en fait de protection douanière, il se passera encore beaucoup de temps avant qu'on ne puisse descendre , pour un grand nombre d'articles, au-dessous d'un droit d'entrée de 25 à 30 pour 100 pour les similaires étrangers.

En terminant cet examen des quatre principales branches de l'industrie manufacturière , nous ajoutons ci-après un état récapitulatif de la valeur de leurs produits.

Tableau rémpHulatif des quatre principales branches de Vindustriê

manufacturière.

VALEUR

VALEUR BliutE 8jmU« à h ric&flslo Mtifnilè,

du MaclioB fiilB 48 ia

prodails de la fabricalioQ. laleor des matières premièrei.

roubles argent. ' roablea argent.

Industrie du lin el du chanTfe. 412,000,000 75,500,000

— de la laine .... 46,000,000 29,500,000

— de la soie .... 15,000,000 ^7,500,000

— du coton 56,000,000 35,600,000

Total 229,000,000 148,100,000

Oa voit, par ce tableaui que la valeur brute de$ produits du lia et du chanvre égale à peu près celle des produits des trois autres industries prises ensemble^ et que la valeur ajoutée par cette industrie à la richest^e nationale» déduction faite de la matière première, excède celle de toutes les autres ensemble.

Quant au nombre d'individus des deux sexes employés, soit constamment, soit pendant une partie de l'année, dans ces quatre braiicbesd'indifôtrie,nous croyons, d'après les données qui précèdent ^ pouvoir l'établir approximativement ainsi qu'il suit t

indlvUlut.

Dans l'industrie du lin et du chanvre, y compris les travaux préparatoires, tels que le rouissage , le teillage et le peignage du lin et du chanvre, ainsi que la confection des rou«ts^ des fuseaux, des peignes et des métierft à tisser, environ. 4,500,000

Dans l'industrie de la laine 300,000

— de la soie, près de 40,000,

— du coton 260,000

Total 5,100,000

Nous devons cependant faire observer que nous avons pris ici les quatre principales branches d'industrie dans leur plus grande acception, c'est-à-dire en portant en compte les bras occupés à la préparation des matières

brutes et à la fabrication des toiles de ménage et des tissus grossiers de laine à Tusage des paysans, que ces derniers fabriquent eux-mêmes et ddnt la confection ne constitue pas une industrie manufacturière proprement dite.

Depuis la publication du deuxième volume de cet ouvrage, dans lequel nous avons donné un aperçu de Tétat actuel de notre industrie linière» nous avons eu l'occasion de remarq)ier un progrès très-important pour l'avenir de cette industrie, que nous né croyons pas devoir passer sous silence : c'est que la filature du lin à la mécanique commence à prendre racine chez nous et que les nouvelles filatures qu'on vient d'établir marchent très-bien et donneront, selon toute apparence, des résultats plus satisfaisants que tous les essais précédents. Nous avons vu tout récemment celle de M. MertvagoJ, près de Moscou, qui est parfaitement organisée el donne de très-bon fil, môme pour les tissus d'une certaine finesse. Le propriétaire de cette fabrique, homme aussi éclairé qu'actif et entreprenant , a établi en même temps un tissage à la mécanique^ et un blanchiment, d'après la méthode irlandaise, qui ne laisse rien à désirer. Ses toiles fines de 40 à 50 kopecks l'archine (2 francs 87 centimes à 3 francs 59 centimes l'aune de France) et son linge de table damassé peuvent soutenir la comparaison, tant pour le tissu que pour la blancheur et l'apprêt, avec les similaires étrangers.

L'importance des quatre principales branches de notre industrie manufacturière, dont nous venons de tracer le tableau, justifiera, nous aimons à le croire, aux yeux de ceux qui s'intéressent à ces matières, l'extension que nous avons donnée à leur examen et les détails dans lesquels

«ous avons cru devoir entrer, pouren constater lespro grès et pour signaler les améliorations qui restent encore à désirer. .

Fabrication des produits chimiques et des matières

colorantes.

. L'industrie manufacturière s'étant développée en Russie d'une manière subite, à la suite du système prohibitif adopté en 18^, ses progrès ont de beaucoup devancé ceux de la fabrication des produits chimiques, qui est le principal auxiliaire de toutes les branches d'industrie, mais qui exige, en même temps, des connaissances variées en chimie, tant théoriques que pratiques, et une application continuelle à suivre les progrès de cette science, une de celles qui a subi, depuis un demi-siècle, les plus grandes transformations et qui présente le plus vaste champ aux nouvelles découvertes dont elle continue à s'enrichir phis qu'aucune autre branche du savoir humain. Il était certes plus facile d'introduire des filatures de coton et de multiplier les métiers à tisser, que d'avoir de bons laboriatoires de chimie en nombre suffisant pour satisfaire aux besoins rapidement croissants des diverses branches d'industrie ; plus aisé de former des filateùrs, des tisserands et des ouvriers imprimeurs sur tissus que des chimistes distingués. C'est ce qui explique les progrès tardifs de la fabrication des produits chimiques en Russie, malgré les grands encouragements accordés a cette branche d'industrie par le tarif de 1822, qui firappait de droits très-élevés, de 100 pour 100 et au delà, les principaux produits chimiques, tels que l'acide sulfurique et l'acide nitrique quiosontles agents de fabrication les plus importants. Il en est résulté, dans le commencement, une grande cherté des produits chimiques et des matières colorantes qui influait d'une manière très-

sensible sur le prix de nos articles manufacturés, et eiv même temps la nécessité de se servir souvent , dans la fabrication, de produits impurs ou mal préparés. Il s^eat formé beaucoup de petites fabriques dirigées par des empiriques sortis des basses classes de la population et qui ne possédaient que quelques connaissances techniques superficielles recueillies au hasard dans les laboratoire^ où ils avaient travaillé pendant quelque temps. Ces petits fabricants, qu'on appelle en rugf»e KotistcLmikK se permet-* talent aussi souvent d'altérer la pureté des produits ohîmiques, en y mêlant des substances qui en détérioraient h^ principales qualités.

Cet état de choses s'est considérablement amélioré dans les derniers temps. -Grâce aux soins éclairés de nos chimistes les plus distingués et aux mesures prises par le Gouvernement pour propager dans le pays l'étude scienlifique de la chimie, et pour introduire chez nous les plus nouveaux procédés de fabrication, cett« branche dlndustrie, outre le ^développement qu'elle a pris, s'est beaucoup perfectionnée depuis 10 à 15 ans, et les prix des produits chimiques ont subi une baisse as3e8 sensible.

Nous allons signaler ces progrès, pour les principaux produits chimiques, tels qu'ils ont été constatés aux dernières expositions de l'industrie russe (1).

Adde sulfurique. C'est notoirement l'article le plus impQ^ tant, comme base de la fabrication de plusieurs autres produits chimiques. Un technologue distingué a dit avee raison qu'on peut juger du degré de développement de l'industrie de chaque pays parla consommation qu'il' fait de l'acide sulfurique.

(i) Voir rartlcle de M. Heimann sur les produits chimiques, dans le compterendu de Texposition de 1843, et celui de M, Ilimow, dans le compte-rendu de l'exposition de 1849,

^ La cherté de cet article, dont le prix dépend de celui du soufre, ainsi que des procédés de la fabrication, influa pendant longtenaps suj la valeur vénale de tous le» autres produits chimiques en iRLussie. Il y a environ vingt ans, lorsque les procédés de fabrication étaient encore trèsarriérés et le soufre beaucoup plus cher qu'il ne l'est maintenant, l'acide sulfurique se vendait au prix énorme de 5 ou 6 i roubles le poud» Actuellement on le livre au commerce à 1 rouble 20 kopeoks le poud. C'est une réduction trèssensible. Cependant le prix de 1 rouble âO kopecks est encore comparativement très-élevé. En France, cet article se vend 17 centimes le kilogramme, ce qui fait à peu près 70 kopecks par poud.

La méthode de la combustion continue dans des chamr bres de plomb a beaucoup contribué à faire baisser le prix de l'acide sulfurique. L'inti^oduction de cette méthode en Russie a rencontré, dans le commencement, quelques difficultés. Aprè« quelques essais infructueux , dont Tiasuccès provenait d'une organisation défectueuse des appa^ reils et des procédés de combustion, M. Kiber, un de nos technologues les plus distingués, a établi, à cet effets près de Moscou, une fabrique modèle, organisée à l'instar de cell^ de France , et depuis cette époque , nois fabricants «'étant familiarisés avec les avantages de cette noruvelle méthode, on l'a adoptée peu à peu dans tous les principaux établissements qui fabriqiient des produits chimiques.

Par suite de ce progrès important, la ùhne^Xion de l'acide sulfurique se trouve, chez nous, dans des conditions assez satisfaisantes, et la différence que nous venons de signaler, quant aux frais de production, ne tient, en grande partie, qu'au prix du soufre, qui est encore plus cher ehei^ nous qu'en France et dans d'autres pays. Nés ports de ia Baltique n'ayant pas un commerce direct +rès-actif avec

les ports de la Méditerranée, le soufre de la Sicile n'y arrive ordinairement que comme toutes les autres marchandises qui forment la cargaison principale des navires; tandis que dans d'autres pays, il arrive en guise de lest, ce qui rend le transport peu coûteux. Nos fabricants de produits chimiques pourront se prévaloir, avec le temps, des mêmes avantages en faisant venir le soufré par les ports de la mer Noire, lorsque les communications avec ces ports seront facilitées et améliorées.

M. Heimann {voir son article sur les produits chimiques dans le compte-rendu de l'exposition de 1843) conseille à nos fabricants, sous le rapport de l'économie des frais de fabrication, de remplacer le soufre natif par celui qu'on peut tirer des pyrites de fer, qu'on trouve eq abondance dans les gouvernements de Moscou, Wladimir, Kostroma, Twer, Smolensk, laroslaw et autres. M. Schlippe, un de nos principaux fabricants de produits chimiques, en a fait l'essai' avec plein succès, et il a sollicité un privilège pour entreprendre cette branche d'industrie sur une grande échelle ; mais il s'est élevé, au sujet du droit d'exploitation des pyrites , quelques difficultés qui n'ont pas encore été aplanies.

M. Heimann trouve également qu'il faudrait améliorer, chez nous, la fabrication du salpêtre pour en faire baisser le prix, car la cherté de cet article influe beaucoup sur les frais de fabrication de l'acide sulfurique. A ce sujet, il y a à faire observer que le salpêtre ordinaire a été assez géné^ ralement remplacé, et avec avantage, dans presque tous les pays, par la soude ou ce qu'on appelle le salpêtre du Chili. C'est ce qui a fait baisser partout le prix de l'acide sulfurique et de beaucoup d'autres produits chimiques , et c'est aussi ce qui a engagé le gouvernement à réduire considérablement le droit d'entrée sur cet article. Aussi M. Heimann reconnaît-il également l'utilité de ce succédané du

salpêtre ordinaire, et il en recommande l'emploi à nos fabricants de produits chimiques. Il y ajoute encore d'autres conseils pour obtenir une plus grande économie dans les frais de fabrication, et signale les défectuosités des appareils de platine fabriqués à Saint-Pétersbourg etdestinés à remplacer les retortes en verre , sur lesquelles on essuie ordinairement une perte de 25 pour 100 par le bris, ce qui augmente beaucoup les frais d« la fabrication.

Acide sulfurique fumant f autrement nommé acide glacial de Nordhausen. Cet acide, qu'on obtient facilement du vitriol de fer, est très-important pour la teinture en bleu, et peut, avec avantage, remplacer dans bien des cas l'acide sulfurique ordinaire, tout en coûtant beaucoup moins; mais la fabrication n'en est pas assez répandue dans nos établissements de produits chimiques. A l'expositiou de 1843, il n'y avait qu'un seul échantillon de cçt article, mais d'une très-bonne qualité, envoyé par le fabricant Prokounine du gouvernement de Tambow. M. Heimann fait observer que ce fabricant -obtient de la même quantité de vitriol beaucoup moins d'acide fumant qu'on n'en retire dans les fabriques des pays étrangers, et il lui conseille de remplacer les grandes retortes de verre par des petites re lortes de terre glaise.

Acide nitrique (eau forte). La fabrication de cet acide a été assez perfectionnée dans ces derniers temps; mais le prix en est encore très-élevé. M. Heimann indique à nos fabricants les moyens de produire cet article à meilleur marché, en y employant le salpêtre du Chili, et en remplaçant les retortes en verre par des cylindres en fer de fonte, ce dont il résulterait une économie dans le combustible et sur le bris des retortes. La baisse du prix de cet article est d'autant plus désirable que son emploi augmente de plus en plus dans la fabrication de l'acide sulfurique d'après les nouvelles méthodes.

4U Il!>a)USTRIE:.

Acide muriatique. Le prix très-élevé de cet article , qui en diminue considérablement l'emploi en Russie, provient de la cherté de l'acide sulfurique, et de notre ignorance des moyens d'utiliser, chez nous , la soude qui reste pour déchet; comme en France l'acide muriatique s'obtient sous forme de produit de rebut, et se vend à vil prix, 14. Heimann croit, avec raison, qu'il serait préférable de le tirer de ce pays que de le fabriquer chez nous.

Acide tartrique. Les échantillons de cet article, envoyés à la dernière exposition, étaient d'assez bonne qualité, mais le prix en est encore très-§levé. La baisse çlu prix d^ l'acide tartrique serait très-avantageuse pour les fabriques d'impression des Jissus, qui en font une grande consommation , mais elle ne peut être obtenue que par la rédùctiqp du prix de l'acide sulfurique, et par l'extension donnée à |a fabrication des vins du midi de la Ri|ssie, où il faudrait aussi, de l'avis de M. Heimann, fonder des établissements à l'instar de ceux de Montpellier, pour la purification du lartre de vin , ce qui diminuerait de 16 à 18 pour 100 los frais de transport et d'emballage. Il faut encore faire qbseryer que, faute de ces établissements, une partie de ce produit accessoire de la préparation des vin^, dans nos provinces méridionales, se perd sans emploi. .

Acide pyi'oUgneux (1). La fabrication de cet article, si important dans la chimie , est encore très-peu répandue, et n'a fait aucun progrès faute de connaissances nécessaires chez beaucoup de nos fabricants de produits chimiques.

Potasse. La fabrication de cet article est encore très-défectueuse chez nous, tant sous le rapport de réçonomie du

{\) C'est l'acide qu'on tire des copeaux de bois et qui peut remplacer avec avantage le vinaigre ordinaire, m>n-seulement pour les préparations chimiques, mais même comme article alimentaire.

Qombuslible, que sous celui de la qualité du produit, qui contient ordinairement plus de 5 pour 100 de sable et autres parties indissolubles et environ 14 pour 100 d'eau ; ce qui augmente, à la charge du fabricant da produits chimiques, les frais de transport.

M. Heimann donne quelques avis sur les améliorations à introduire dans la fabrication de la potasse , à laquelle on pourrait employer avec avantage les cendres des feuilles de pommes de terre brûlées, ce (jui économiserafl le bois.

Soude. M. Heimann fait observer, avec raison, que nos fabricants ne sont pas encore assez familiarisés avec remploi de cet article, qui peut remplacer, avec avantage, la potasse dans presque tous les usages de l'industrie, et nommément pour la fabrication du savon, le blanchiment des tissus, la teinture et l'impression des cotonnades et pour la fabrication de la verrerie. Il n'y a pas de doute que Fusage plus répandu de cet article, à la place de la potasse, produirait une grande économie de combustible, qui devient de plus en plus désirable dans beaucoup de contrées. On s'occupe encore beaucoup trop peu, chez nous, de la fabrication de la soude artificielle, d'après la méthode de Leblanc, bien que le sel de Glauber ne coûte pas cher et se trouve abondamment dans plusieurs contrées. On l'obtient aussi comme article de rebut dans la fabrication de l'acide muriatique. Nous avons beaucoup de lacs qui fournissent des plantes de la nature des algues propres à la fabrication de la soude. Les bords de la mer Caspienile et les steppes à base saline en fournissent également. On fabriquait autrefois de la soude à Astrakhan, et ce n'est sans doute que la difficulté des communications qui empêche, pour le moment, de tirer un grand parti de ces ressources naturelles pour remplacer la potasse par la soude.

Chlorure de chaux. Cet article est encore très-cher chez

nous, et sa fabrication ordinairement défectueuse. Le chlorure de chaux fabriqué chez nous n'est pas assez saturé de chlore, et nos fabricants ne sont pas encore assez familiarisés avec l'usage des chloromètrçs, ce qui fait qu'ils peuvent aisément se tromper sur la qualité de ce produit. C'est ce qui est aussi cause qu'on fait venir encore une assez forte quantité de chlorure de chaux de l'étranger.

Alun. La fabrication de cet article n'est pas encore assez perfectionnée. Nos aluns contiennent assez souvent des parties ferrugineuses très-préjudiciables à la teinturerie, car elles nuisent à la vivacité des couleurs. Ce produit chimique , qui joue uiî rôle si important dans la teinture et l'impression des tissus, est aussi trop cher chez nous , ce qui provient de ce que l'usage de tirer l'alun des produits des mines,, comme par exemple des schistes argileux ou des aluminites bitumineux , qui forment très-souvent la couche inférieure des mines de charbon de terre brun, et qui se trouvent chez nous assez abondamment dans les gouvernements de Toula, Kalouga, Smolensk et Wiatka ainsi qtfà l'Oural.

Tant que l'alun sera fabriqué chez nous comme produit chimique artificiel, son prix dépendra beaucoup de celui de l'acide sulfurique ; mais on pourrait aussi, de l'avis de M. Heimann, introduire quelque économie dans la fabrication de cet article en y employant du sel de Glauber au lieu de la potasse factice qu'on obtient comme déchet dans la fabrication de l'eau-forte et qui ne se trouve pas asset abondamment dans le commerce. .

Sel ammoniac. La fabrication de ce produit qui s'obtient de divers déchets d'animaux est presque nulle chez nous. Nos fabricants ne savent pas le produire à un prix assez modéré pour être à même de soutenir la concurrencé de l'étranger^ malgré un droit d'ejitrée assez élevé, de 1 rouble 20 kopecks par poud, qui revient à environ 15 pour

100 (1) pour le sel ammoniac non raffiné, et l'importation de cet article est encore assez considérable. Elle s'élevait, en 1850, à 5,311 pouds.

Depuis que M. Heimann a publié son aperçu sur l'état de notre fabrication de produits chimiques , c'est-à-dire depuis l'exposition de 18i3, cette branche d'industrie s'est améliorée dans quelques-unes de ses parties et elle a pris une plus grande extension. De nouvelles fabriques ont été établies et plusieurs des anciens établissements ont été agrandis. On compte maintenant dans tout l'Empire plus de 100 fabriques de produits chimiques dont on évaluait la fabrication, en 1849, à 1,778,000 roubles, et, vu les progrès que cette industrie a faits encore pendant les dernières années, on peut en porter maintenant la valeur totale, en y ajoutant la fabrication des produits chimiques dans. le royaume de Pologne, à environ 2'millioiis de roubles argent (8 millions de francs), dont à peu près la moitié est absorbée par les matières premières qu'on y emploie. Cette branche d'industrie doit occuper, d'après un calcul approximatif, 1,200 à 1,300 individus (2).

Voici les principaux produits de cette industrie, d'après les données statistiques recueillies en 1849, sans compter les fabriques du royaume de Pologne :

Acide sulfurique .......... 250,000 pouds.

Acide nitrique 25,000 »

Acide niuriatique . '. ... . . . . . 45,000 )>

Sulfate de fer . .......... 430,000 »

Sulfate de cuivre . . . . . . . . . . 10,000 » .

Alun . 400,000 »

Chlorure de chaux. ... . ^. . . . . 7,000 »

(0 Ce droit a été réduit, dans le nouveau tarif, à 1 rouble par poud.

(2) En 1B43, 11 existait déjà, dans la ville de Moscou et son arrondissenienti J8 fabriques de produits chimiques dont la fabrication s'élevait, à cetle époque, à 329,000 roubles, et occupait 208 ouvriers.

INbDSÎRIE.

Ute d'étain B,000 poudfl.

ietartrique 2,000 >

de Saturne (acétate de plomb) 43,000 »

ic de céruse ■ , . 6*,000 »

raitdes matières tiDClAriales 3,800 a

i perfectionné la préparation de diverses substances ates, en.utilisant aussi tes plantes tinctoriales du crû 'S. Les frères Lepeschkine ont envoyé S l'exposition 19 des échantillons de couleurs rouges préparées e la garance de Derbent, de Kouba et de Bakou qui lèdent en rien à la garance qu'on tire de l'étranger, ricanl Schlippe a exposé des aluns très-purs débarpresque entièrement des parties ferrugineuses. Ce ite distingué a été le premier à introduire en Russie struction des chambres de plomb pour la fabrication ue de l'acide sulfurique, et il a amélioré la fabrication t-de-gris.

produits chimiques du fabricant Kiber, et nommél'acide sulfurique, Tacide tartrique et (es mordanls es matières colorantes ont attiré l'attention des con~ urs, par leur bonne qualité. Les améliorations intropar lui dans la fabrication des divers produits chis, tant sous le rapport de leur qualité que sous celui ;onomie dans les frais de production , ont rendu de es services à l'industrie du gouvernement de Moscou 1 est un des principaux fournisseurs. On a également ^ué, à cette exposition, différentes matières colopréparées par plusieurs élèves de l'Institut technoe de Saint-Pétersbourg. Parmi les produits des fabride cette capitale, on a remarqué entre ïiutres, à l'exm de 1849 , l'acide sulfurique d'une grande pureté blorure de chaux de 27 à 30 degrés de la fabrique e Nevskaïa.

fabricant Klenz, dont l'établissement se trouve en

Esthonie, près de Narva, a exposé de très-bonnes matières colorantes, et nommément du vert^de-gris , du bleu de Brème et du vert de Schweinfurth.

Quant à la préparation des couleurs pour Taquarellè , la première place appartient à la fabrique de MM. Krieg et Târtim. Le fabricant Woloskoff a été le premier à introduire en Russie la fabrication du carmin et des laques. La fabrique de Tchoupiatoff produit aussi ces matières colorantes en très-bonne qualité.

La fabrique de M. Meysonnler, à Saint-Pétersbourg, est connue par la bonne préparation des extraits condensés de matières tinctoriales. On a remarqué, à la dernière exposition, ses extraits d'orsellle et de cochenille.

La fabrique de gommes du prince Wladiftiir Wolkhonsky, dans le gouvernement de TamboW, jouit d'une réputation justement méritée.

Les fabriques de produits chimiques les plus Importantes, soit par retendue de leur fabrication, soit par là Qualité de lourd produits» sont les suivantes :

VALEUR

de la fabrication»

roublcl.

Des frères Lepeschkine, à Moscou, environ 420,000

Des mêmes, dans le gouvernement do Wladimir, près de. 70,000 DeSchlippe, » , » de Moscou, près de. . 400,000 DeKiber, » » » plus de . 400^00^ De Gladiline, » » » environ . 60,000 î)e Jerebine, » » » près de . 70,000 De Besse, actuellement Schtcheglow, danà le gouvernement de Wladiniir « inconnue.

La fabrique dite de la Neva (Nevskaïa), près de Saint-Pétersbourg 90,000

De Rastaraiew, à Saint-Pétersbourg 30,000

De Meysonnier, à Saint-Pétersbourg 35,000

La fabrique de gommes du princeWladimir Wolkhousky, dans le gouvernement de Tambow, près de ... . 30,000

Ces dix établissements, pris ensemble, produisent pour une valeur d'environ 700^000 roubles, Du environ Un

tiers du produit de toute cette branche d'industrie. Parmi les autres établissement!» marquants^pourleëquels la valeur de la fabrication ne nous est pas connue, nous devons encore ajouter aux fabriques déjà citées plus haut celles de Ferdinand Zebach, de Weizler ; des frères Jedanowet de Dewisson, à Saint-Pétersbourg; de Gotermann, à Réval; de Boutourline et de Koteluikow, à Moscou; de Watson et de Goussen, dans le gouvernement de Moscou, et de Solbrikh, dans le gouvernement de Tambow.

Préparation des cuirs.

•. mmmense étendue de nos pâturages, surtout dans les contrées des steppes, et les nombreux établissements pour la distillation de Feau-de-vie, favorisent chez nous, plus que dans tout autre pays , l'élève des animaux domestiques. La statistique du bétail et de la race chevaline, que nous avons donnée dans notre premier volume (pag'es 230 er suivantes), prouve l'importance que doit avoir chez nous la préparation des peaux et la fabrication des cuirs de toute espèce. C'est, en quelque sorte, une industrie toute nationale , et c'en est une du petit nombre de celles qui ont pénétré jusqu'en Sibérie ; car il y a des fabriques de cuir assez considérables dans le gouvernement de Tobolsk, dont les produits ont figuré à l'exposition de 1849.

Le nombre de têtes de gros bétail, qu'on élève en Russie égale celui de l'Autriche , de la Prusse et de la France prises ensemble et le nombre de chevaux dépasse de beaucoup le double de celui de ces trois pays ensemble.

Aucun de ces pays ne produit assez de peaux brutes pour les besoins de sa consommation ; ils se trouvent tous dans la nécessité d'en importer des quantités considérables de l'étranger et nommément des cpntrées transatlan-^

INDUSTRIE. m

tiques (1), tandis que nous en exportons plus de 130,000 pouds (2,126,000 kilogr.), et nous poumons au besoin en approvisionner toute l'Europe occidentale. Et pourtant la préparation des cuirs est restée chez nous en arrière de toutes les autres industries, même de celles qui sont de nouvelle origine , et qui mettent en œuvre des matières brutes exotiques. Ainsi, par exemple, l'industrie du coton s'est approprié presque toutes les améliorations et toutes les nouvelles inventions, dont l'utilité a été reconnue dans d'autres pays, tandis que notre fabrication de cuirs, sauf quelques exceptions, se trouve encore à peu près dans le même état, dans lequel elle était il y a plus de 100 ans. Elle se pratique d'une manière toute routinière. La plupart de nos fabricants de cuirs suivent d'anciens procédés de tannage , abandonnés depuis longtemps dans tous les bons établissements de l'étranger.

Les causes de l'état arriéré de celle branche importante de notre industrie nationale sont très-bien exposées par M. Kiber, dans le compte rendu de l'exposition de 1843, et comme elles n'ont pas beaucoup changé depuis, nous ne pouvons mieux faire que de les reproduire ici en substance, en les accompagnant de quelques observations.

Pour organiser la préparation des cuirs sur des bases rationnelles , il faut des avances considérables , dont la rentrée est beaucoup plus reculée que dans la plupart des autres industries. Le tannage seul des peaux de bœuf, •d'une moyenne épaisseur, exige ordinairement au delà d'une année, et dure encore plus longtemps pour des peaux

(1) L'Angleterre en importe plus de 2 millions de pouds ; la France plus d'un million de pouds , pour une valeur de près de 7 millions de roubles (en 1850 , l'importation s'élevait à 27,200,000 francs, et, pendantjes cinq années 1846-1850, la moyenne était de 24,400,000 francs], et les Ëtats de TAssociation douanière allemande plus de 600,000 pouds.

très-fortes; et, comme dans cette fabrication la matière première fait là moitié, et au delà, de la valeur de Ja marchandise livrée au commerce, il se trouve que la majeure partie du capital de revirement reste longtemps enchaînée et improductive.

D'un autre côté , les différentes opérations de cette industrie sont accompagnées dé beaucoup d'inconvénients et peu attrayantes pour les gros capitalistes, ce qui fait qu'elle se trouve, en grande partie, entre les mains des petits fabricants,- dépourvus de connaissances et de capitaux nécessaires, et lors même que des gens plus riches établissent des fabriques de cuirs, les^ détails répugnants de cette industrie les en éloignent, et lis en abandonnent ordinairement la direction à de simples artisans, qui ignorant les progrès de la science, ne connaissant que les vieilles routines de leur métier, et n'ayant d'ailleurs aucun stimulant pour perfectionner leur fabrication, y apportent souvent une grande négligence.

Vu toutes ces circonstances, il n'est pas étonnant qu'une fabrication , dont les détails sont si peu attrayants, soit restée négligée dans une époque où le système prohibitif a attiré la plus grande partie des capitaux disponibles dans d'autres industries , qui offraient des bénéfices bien plus faciles et plus prompts à réaliser.

Les défectuosités de la préparation des peaux commencent chez nous dès le moment où l'on en dépouille les animaux abattus. Ce dépouillement se fait d'une manière très-négligée, et^ sur dix peaux livrées au commerce, il y cil a à peine une qui n'ait des entailles et des trous, qui en diminuent la valeur. Elles sont, en outre, mal nettoyées, souvent remplies de taches de sang et de parties charnues qui n'en ont pas été détachées ; d'où il résulte une pourriture, qui en attaque la partie filandreuse.

Des plaintes fréquentes se sont élevées à ce sujet de la

INDUSTRIE. m

part de nos fabricants ; mais tous les avis donnés aux bouchers sont restés à peu près sans feffet. On A même essayé de donner aux couteaux employés au dépouillement une forme pj^rticulière plus appropriée à cet usage. Ce moyen a été aussi recommandé aux bouchers en pays étrangers, où de pareilles négligences dans le dépouillement du bétail abattu se reproduisent également. En Allemagne, plusieurs sociétés industrielles se sont occupées de cet objet, et tout récemment encore, le Gewerb-Verein de Vienne a recommandé à la corporation des bouchers d'avoir soin d'enfler suffisamment d'air les bestiaux abattus avant de procéder au dépouillemenl , comme le meilleur moyen de faciliter cette opération et d'éviter les entaillés.

Les défauts qu'on remarque dans les peaux brutes se rencontrent le plus fréquemment dans celles qui proviennent du bétail abattu en grande quantité en automne, pour la fonte du suif et pour les salaisgns, ce qui se pratique de la mi-septembre à la mi-novembre. M. Nebolsine dit que les trois quarts du bétail livré à la boucherie , dans tout l'Empire, l'année durant, est abattu pendant cette courte période de deux mois (Commerce extérieur de la Russie, tome II, page 268). On loue alors, pour le dépouillement des animaux abattus, un grand nombre d'individus payés par pièce , qui font cette opération à la hâte , pour gagner le plus possible, sans prendre aucun soiti de ne pas endommager les peaux.

M. Kiber croit, avec raison, que le meilleur moyen d'éviter les inconvénienls qui viennent d'être signalés serait d'établir partout, dans les grands centres de consommation et de l'élève du bétail , des abattoirs organisés à l'instar de ceux de Paris, où le dépouillement serait mieux soigné et surveillé et où l'on aurait aussi, sous la main, plus de moyens et de convenances locales pour organiser cette opération d'une manière rationnelle; et M. Nebolsine

a énoncé la même opinion dans son livre sur le commerce extérieur de la Russie {tom. II, pages 269 et 270).

On peut admettre, avec certitude, qiie les entailles, les trous et les autres défauts des peaux brutes qu'on livre chez nous au commerce, diminuent leur valeur au moins de 20 pour 100, et comme nous en exportons encore pour plus d'un million, c'est une perte de- plus de 200,000 roubles, qu'on peut porter au décuple pour les peaux brutes, livrées à la consommation intérieure.

Le commerce de peaux brutes se trouve entre les mains de quelques marchands en gros, qui, en les achetant en grandes quantités, ne peuvent pa§ les examiner en détail, et cherchent à se dédommager par le bas prix qu'ils offrent aux vendeurs, des pertes qu'ils peuvent essuyer sur le déchet. Des marchands de bonne foi assurent que, sur mille peaux qu'ils achètent, il y en a à peine 100 pièces qui peuvent servir à la fabrication de bomies marchandises, et le reste est o^evendu à vil prix comme rebut , de sorte que le commerce des.peaux brutes devient une espèce de Joterie ; ce qui est préjudiciable à toute cette branche d'industrie.

Pour ôter le poil , nos fabricants de cuir soumettent les peaux à la macération, dans une solution de chaux, ce qui est souvent très-préjudiciable. Les'lpeaux fortes et épaisses restent des mois entiers dans cette solution, et s'imprègnent^ de substances alcalines, dont il est r très-difficile de les débarrasser entièrement, par le lavage dans l'eau de riyière. Dans Iç^ parties qui ont conservé ces substances, ces dernières se combinent avec l'acide du tanin, et forment des sels hygrométriques, qui détruisent l'effet astringent du tannage. Par ce procédé, les peaux Se dégradent et perdent encore une partie de leur valeur.

La fomentation à chaud des peaux bruteâ se fait d'une manière plus rationnelle , mais dîins cette opération, il est

encore assez difficile de maintenir constamment le degré de température nécessaire pour ne pas nuire à la consistance de la peau. Il s'opère couvent, dans ce procédé, une fermentation qui affaiblit la solidité de la partie filandreuse du cuir. M. Kiber croit, avec raison, qu'on peut éviter tous ces inconvénients, en appliquant à cette opération la vapeur d'eau pure , et pour les peaux plus épaisses, un bain d'eau chaude avec une très-légère solution de chaux , l'utilité de. Qette méthode ayant été constatée dans beaucoup de fabriques de cuirs en France.

Depuis que M. Kiber a publié ces observations, le fabricant Bachrouchine, à Moscou, a réorganisé sa fabrique de maroquins, d'après les conseils de ^e technologue, et cette fabrique se distingue maintenant par une préparation des peaux à la vapeur qui neiaisse rien à désirer. Là macération des peaux , avant que le poil en soit ôlé , s'effectue dans des cuves chauffées à la vapeur, de sorte que les peaux ne restent qye 26f jours, tout au plus, dans une légère-solution de chaux, et ne conservent aucune substance alcaline, de même que la laine qui les couvre. Cette laine est même très-recherchée pour l'exportation en Belgique (le maroquin se fait avec les peaux de brebis de race fine).

Le tannage est une des opérations les plus importantes dans la fabrication des cuirs. L'ancienne méthode de coucher les cuirs dans des fosses, où oii tes laisse intactes pendant plusieurs mois, quelquefois même jusqu'à deux ans, selon l'épaisseur de la peau, présente le grand inconvénient de la longueur de cette préparation. Pour l'abréger, on a eu recours à plusieurs expédients. M. Séguin avait inventé la méthode de tremper les peaux dans des bains à l'acide sulfurique, pour les mieux disposer à absorber le tanin. Cette méthode fut d'abord pratiquée en France, mais l'expérience a prouvé qu'elle est préjudiciable à la solidité du cuir.Beaucoup de nos principaux fabricants adoptèrent cette invention

sans discernement, et continuent à s'en Servir, bien qu'elle ait été presque généralement abandonnée^ dans d'autres pays. Quelques-uns peuvent y avoir gagné par l'économie du temps, mais ce gain n'a été obtenu qu'aux dépens de la qualité et de la bonne réputation de leur marchandise.

La meilleure des nouvelles méthodes de tannage etdout les bons résultats ont été constatés par l'expérience, eoiisiste à remplacer le tannage ordinaire , dans les fosses de corroyeurs, par la préparation d'une lessive de tanin, faite avec de l'écorce moulue daps laquelle les cuirs sont trera-^ pés et travaillés moyennant un appareil mécanique , qui facilite et accélère cette opération.

Par cette méthode on tanne en trois mois les peaux les plus épaisses, pour lesquelles on avait besoin auparavaat de 18 mois jusqu'à 2 années; les peaux de vache en moins de 2 mois elles peaux de veau en quelques jours.

M. Podsossoff a été le premier, en Russie , à introduire cette juéthode dans sa fabrique de cuirs h Arzamas, dans le gouvernement de Nijni-Nogworod. Cette fabrique est très-bien organisée et munie d'une machine à vapeur qui broie en même temps l'écorce de chêne et le bois de san-r. dal pour la teinture des cuirs, et fait monter l'ew à la hau-^ leur de 4 sagènes, pour la distribuer dans toutes les parties de l'établissement.

L'exemple donné par M. Podsossoff a été suivi par plusieurs fabricants, entre autres par M. Kozloff à Mourome, dans le gouvernement de Wladimir. Il est très-désirable que ce système de tannage perfectionné puisse se généraliser davantage et remplacer entièrement toutes les anciennes méthodes et surtout l'emploi de l'acide sulfurique. Il en résulterait aussi une économie sur le tanin, ce qui est très-important en Russie, car à défaut d'écorce de chêne, on est souvent obligé de se servir d'écorce de saule, de pin et de sapin et même de pommes de pin* *

ï^a défectuosité dp notre fabrication '(î|e cuirs se manifeste principalement dans la préparation des cuirs forts pour semelles, qvii siont loin d'avoir la consistance, Téga lité et la bonne apparence des cuirs anglais ; ils sont livrés au commerce dans un état très-ppu satisfaisant. On les vend souvent dès qu'ils sont sortis des fosses dp tannage, sans les netloypr suffisamment, et même sans en avoir pnlevé pntièrement le poil. On y trouve quelquefois de petits caillots 4p sang ^\ presque toujours beaucoup d'ei^u. Ils ne sont pas çiiffisamiP^nt imprégnés de tanin, ce qu'on peutvoir facilement sur Ip tranchant du onir. Souvent aussi pes pspèces de cuirs portent l'empreinte de l'influence per^ nicieuse de l'emploi de l'acide snlfuvique pour leur préparation au tannage. Il n'y a que quelques-uns des princlr paux établissements où l'on puisse avoir du bon cuir pour semelles.

Tous ces défauts viennent prinpipalamenl de ce que nos fabricants, en suivant les anciennes méthodes de tannage, cherchent à en abrégpr la durée aux dépens de la qualité du cuir,

La fabrication d'une espèce particulière de cuir, connu sous le nom de youfte ou cuir de Russie, dont on se sert principalement pour la ohaussurp et la reliure, est le côté brillant de cette branche de notre industrie, et noua le devons à Tabondance du bois de bouleau dont on tire le goudron. On en fabrique environ 250,000 pouds (plus de 4 millions de kilogrammes) , représentant une valeur de 3,400,000 roubles argent (13,600,000 francs).

Cetle fabrication est principalement concentrée à Arzamas, dans le gouvernement de Nijni-Nowgorod ; à Mourome, dans le gouvernement de Wladimir ; à Toijok et Ostaschkoff, dans le gouvernement de Twer ; à Koungour, dans le gouvernement de Perm; à laroslaw et Ouglitsoh, dans le gouvernement de laroslaw ; à Veliki-Louki ^ dans

le gouvernement de Pskow, et à Bolkhow, gouvernement d'Orel.

On en fabrique trois espèces : des youftes rouges, blancs et noirs. La fabrication des youftes rouges est la plus importante. On en produit environ 150,000 pouds (2,450,000 kilogrammes).

Les youftes rouges sont enduits de goudron après le tannage. Le goudron contient, outre les parties huileuses, une portion considérable de créosote, qui a la propriété de préserver de la corruption tous les corps azotés. Après avoir été enduit de goudron, le cuir est trempé dans une solution d'alun, qui est aussi un excellent préser\'atif ; ensuite on le teint en ro\^ge dans une solution de bois de sandal, d'une température très-élevée.

Cette dernière opération a principalement pour objet de resserrer les pores de la peau, afin de la rendre moins accessible aux influences atmosphériques.

Pour les youftes noirs on se. sert j au lieu de goudron, d'huile de poisson pour donner à la peau plus de souplesse, et, pour les youfl;es blancs, d'un mélange de goudron et d'huile de poisson.

Dans la fabrication des youftes, on a particulièrement soin d'en éloigner toutes les parties alcalines qui sont restées dans les pores, à la suite des opérations qui précèdent le tannage. On retire ces substances en foulant aux pieds les peaux dans des cuves remplies d'eau, ou moyennant un appareil mû parla vapeur, comme cela se pratique dans la fabrique de Podsossoff, à Arzamas.

Les youftes noirs sont teints avec un extrait de bois de campêche mêlé de couperose, ce qui est aussi préjudiciable^ à la solidité du cuir.

Pour régulariser le commerce des youftes et soutenir la bonne réputation de cet article sur les marchés étrangers, on a établi à Pétersbourg un triage obligatoire qui les-

partage en quatre catégories, selon leur qualité et le nombre d'entailles et de trous qu'on y trouve. La quatrième catégorie est considérée comme rebut et n'est point admise pour l'exportation.

Le youfte rouge est préférable à tous les autres cuirs, car il ne se gâte pas, même dans les endroits les plus humides, et ne laisse pas pénétrer l'eau, ce qui le rend très-propre à la chaussure. M. Kiber a observé qu'on n'en fait pas assez de cas en Russie pour cet usage et qu'on emploie de préférence pour la chaussure le youfte blanc et le youfte noir. C'est principalement le youfte rouge qui figure dans l'exportation de nos cuirs pour les pays étrangers, mais ce commerce a beaucoup diminué depuis qu'on a commencé à fabriquer cette espèce de cuir à la manière russe, en Allemagne et en France, et depuis que, en Italie, l'usage de ces cuirs pour tenture et pour meubles a été abandonné. Autrefois nous exportions, pour cette contrée, au delà de 45,000 pouds, et maintenant nous y envoyons à peine 14,000 pouds.

L'exportation du port de Saint-Pétersbourg seul s'élevait anciennement à près de 140,000 pouds de youftes, tandis que, pendant la période quinquennale de 1846-1850, la moyenne de l'exportation totale n'était plus que de 76,000 pouds (1,243,000 kilogrammes). En 1851, elle s'est élevée à plus de 105,000 pouds.

C'est l'exportation croissante pour l'Asie qui nous dédommage en partie de la décadence de ce commerce avec l'Europe. Dans le total de l'exportation, de 105,000 pouds (en 1851), le débouché pour l'Asie figure pour plus de 63,000 pouds.

Bien que nos youftes soient encore de meilleure qualité que ceux fabriqués en Allemagne et en France, la préparation en est encore susceptible de quelques perfectionnements. Le gouvernement avait, entré autres encourageiir. 9

menls, fixé un prix pour Famélioration de la teinture des youftes rouges , et ce prix n'a pu être adjugé à aucun des concurrents. L'enchérissement de celte espèce de cuir, augmenté par les frais considérables de transport de Mourome et d'Arzamas jusqu'aux ports de mer et jusqu'à la douane de Radziwiloff , peut aussi avoir contribué à la diminution de leur débit à l'étranger. Dans l'intérieur, le prix des youftes a augmenté, depuis vingt-cinq ans, de plus de 34 pour 100.

Voici la moyenne des prix par périodes quinquennales que nous trouvons dans l'ouvrage de M. Nebolsine surle commerce extérieur de la Russie {tome II, page 282) :

Le poud.

De 4827-1831 9 roubles 77 kopecks.

Ce dernier prix s'est à peu près maintenu jusqu'à présent.

Les prix de nos youftes sont quelquefois en hausse par suite des épizooties qui enchérissent les peaux brutes; mais indépendamment de ces causes d'enchérissement qui sont passagères, il nous semble qu'on pourrait obtenir un abaissement de prix en perfectionnant les procédés de la fabrication ; ce qui produirait une économie sur les frais de production, tout en améliorant la qualité des ouirs. (C'est aussi l'opinion de M. Kiber, énoncée dans le compterendu de l'exposition de 1843.) Cet abaissement du prix de nos youftes est d'autant plus désirable que ce serait le moyen de balancer les droits dont les tarifs étrangers frappent nos cuirs à leur importation.

Ces droits sont :

En Autriche : 7 florins 30 kreutzers par quintal = 1 rouble 57 kopecks par poud, ce qui revient à 10 et même à

INDUSTRIE. .m

13 pour 100 de la valeur de cet article en Russie^ selon les qualités.

Dans les États de l'Association douanière allemande : 6 écus par quintal == 1 rouble 80 kopecks par poud ou 11 à 15 pour 100.

En France ; 5 francs (1 rouble 25 kopecks) par pièce ou 40 à 50 pour 100, selon la grandeur et la qualité de la peau.

En Angleterre : 4 pences par livre anglaise = 3 roubles 78 kopecks par poud ou 24 à 82 pour 100 de la valeur, selon les qualités.

Ce commerce ne se soutient encore, tant bien que mal, que pour les youftes rouges, par la raison que la préparation de cette espèce de cuir est entravée, pour les fabricants étrangers, par la difficulté de se procurer du goudron de bouleau. L'exportation des youftes blancs et noirs est trèsinsignifiante.

La préparation des peaux de veau est assez perfectionnée ; ces cuirs sont très-souples et très-fins , mais ordinairement peu solides, ce qui provient de ce que l'on abat chez nous les veaux en très-bas âge, d'un ou de deux mois, quelquefois même de deux ou trois semaines.

La fabrication des peaux de maroquin est aussi assez avancée. Elle est principalement concentrée à Saint-Pétersbourg, à Moscou, à Kazan et à Torjok. C'est à Kazan que se préparent principalement les peaux de chèvre et de bouc destinées à la Chine. Cet article est d'un prix assez modéré, de 50 kopecks à 2 roubles argent la pièce , selon la couleur et la grandeur de la peau.

Par contre, la préparation des peaux chamoisées pour la ganterie, de même que la fabrication des gants, sont encore très-arriérées. La plupart des peaux pour la ganterie arrivent de l'étranger, et Fimportation des gants est aussi très-considérable, malgré un droit très-élevé de l'ancien

tarif : 7 roubles 50 kopecks par livre = 71 francs 60 cent, par kilogramme (1).

La fabrication des cuirs vernis est une industrie de fraîche date en Russie. Elle était presque nulle il y a quinze à vingt ans. Maintenant elle a déjà acquis une certaine importance. Les meilleurs cuirs vernis et les seuls qui puissent être comparés avec les cuirs étrangers sont ceux de la fabrique d'Immermann, à Saint-Pétersbourg.

La meilleure préparation des peaux d'élan et autres peaux chamoisées se fait à la fabrique Impériale , près de Mo'scou, qui fournit à l'armée différents articles d'équipement en cuir.

La préparation des peaux de mouton , à poils , pour vêtements, forme une branche d'industrie très-importante, vu le nombre considérable d'individus qui s'en ser\^ent. On en vend à la seule foire de Nijni pour 500,000 roubles assignat ou près de 600,000 francs.

Les meilleures peaux de mouton pour le service de l'armée se préparent dans la fabrique de cuirs appartenant à l'État.

On comptait en Russie, en 1848, d'après les données officielles, recueillies par le département des Manufactures, 1,873 établissements pour la préparation dés peaux et la fabrication des cuirs, dont plusieurs produisent pour plus de 150,000 roubles argent de marchandises de toute espèce. Cette industrie est principalement concentrée dans les gouvernements de Saint- Pétefsbourg, Moscou, Twer, Wladimir, Orenbourg, Saratow, Tschernigow, Nijni-Nowgorod, laroslaw, Pskow et Orel. Dans ce dernier gouvernement, la ville de Bolkhow possède à elle seule 75 fabriques de cuirs et fait des fournitures à l'armée pour plus de

(1) Ce droit a été réduit , dans le nouveau tarif, à partir du l" janvier 1861, à 3 roubles par livre.

600,000 roubles argent (2,400,000 francs). La fabrication des cuirs de toute espèce dans cette ville s'élève à environ 1,500,000 roubles argent (6 millions de francs) et occupe plus de ^000 ouvriers.

. Dans le royaume de Pologne, on comptait, en 1849, également d'après les données officielles, 1,051 tanneries et mégisseries. En Finlande, on n'en connaît que cinq qui ont acquis quelque importance.

On peut porter à 3,000 le nombre total des fabriques de cuirs et de peaux dans toutes les parties de la Russie.

Les établissements les plus importants, soit par l'étendue de leur fabrication , soit par la qualité de leurs produits , sont:

Pour les youftes rouges :

L'ancienne fabrique des frères Savine, à Ostaschkow, établie en 1730. Cet établissement (ce qui est assez rare chez nous) fait directement et pour son compte le commerce des youftes avec l'Autriche et l'Italie. Ses produits soutiennent leur ancienne réputation et le timbre de cette fabrique est préféré à tous les autres. Les propriétaires de cet établissement sont connus par leur bonne foi dans les transactions. On y prépare jusqu'à 60,000 peaux , représentant une valeur d'environ 200,000 roubles argent (800,000 francs) ;

" Les fabriques Podsossoff et de Popoff, à Arzamas (la production de cette dernière s'élève à 40,000 roubles argent) et celle des frères Mezdriakoff, à Mourome, qui existe depuis cent cinquante ans et qui produit pour plus de 90,000 roubles argent.

Pour les youftes blancs :

La fabrique des frères Vyguiloff, dont la production s'élève à environ 65,000 roubles, et des frères Pereslaffzoff, à Ouglitsch.

Pour les youftes noirs :

La fabrique de Safonoff, à Veiiki-Louki (1).

Pour les féaux de différentes espèces :

La fabrique déjà citée , appartenant au gouveraemeilt , qui prépare différents articles d'équipement pour Farmée , en peau d'élan et autres, tels que gants, porte-épée, haVtesacs, etc., pour une valeur de plus de 270,000 i'oubles argent (1,080,000 francs) ; la fabrique de Bachrouchine, à Moscou, dont nous avons déjà fait mention et qui produit annuellement pour plus de 250,000 roubles (1 million de francs), et celle de Skworzoff, dans la même ville, qui produit pour plus de 100,000 roubles.

Les fabriques de Zvierkoff, de Koussoff, de MûUer et de Gunter, à Saint-Pétersbourg. Cette dernière prépare le mieux les peaux fortes pour semelles. Mais ses prix, tels qu'ils étaient notés à l'exposition de 1843, étaient trouvés trop élevés. Une peau de bœuf revenait à 17 roubles argent (68 francs), et une paire de semelles 75 à 90 kopecks (3 francs à 3 francs 60 cent.). On y prépare aussi du trèsbon cuir noir pour les harnais, des peaux de porc, à la manière anglaise , pour la sellerie , des peaux de cheval pour les bottes des soldats, et plusieurs autres espèces. C'est un des établissements les mieux organisés sous le rapport des procédés de la fabrication et qui a beaucoup contribué, en formant de bons ouvriers, aux progrès de cette industrie dans les derniers temps. On lui doit, entre autres choses, l'introduction en Russie de la bonne préparation des peaux de veau, à poil, pour les besoins de l'armée. La fabrique de Zwierkoff prépare environ 15,000 peaux de

(1) Parmi les fabriques des youfteg, dont le produit de la fabrication ne nous est pas connu, nous devons encore citer celles de Skabline et des frères Sduworoff, à Ariamas, des frères Maliaguines, à OstascMo^ j de Wlchaloif et de Sîmine, à ■Oaglitsch, de Satchnoff et Charapoff, à Toropetz, de I^aioroff et Tofetireff, k Saransk , de Rabotnoff et Ikonikoff , à laroslaw, de Malicheff , à Kostroma , de ZacharefT, à Soudislaw, et de lalowitsine et Gribanoff, à Kalougâ.

INDUSTRIE. i35

gros bétail et jusqu'à 60,000 peaux de veau, ensemble pour une valeur de plus de 200,000 roubles argent (800,000 francs). La fabrique des frères Koussotf , fondée en 1815, prépare environ 24,000 peaux, pour une valeur de 180,000 roubles argent.

La fabrique des frères Savine, à Ostaschkow, déjà citée plus haut.

Les fabriques de Piétoukhoff et de Klaguine à Bolkhow, dont chacune produit plus de 100,000 roubles.

La fabrique du conseiller privé Jadowski , dans le gouvernement d'Orenbourg , et la fabrique du prince Nicolas Dolgorouki, dans Je gouvernement de Smolensk, qui produit, outre d'autres articles, de bonnes semelles à la manière anglaise, d'un prix très-modéré, de 40 kopecks argent la paire, et de très-bons cuirs de veau pour chaussures. Ses peaux, pour les semelles des chaussures légères, et ses cuirs pour la sellerie, ont plus particulièrement attiré lattention des connaisseurs, à l'exposition de 1849, et ont été reconnus comme les meilleurs produits de cette fabrique. En fondant, il y a 10 ans, cet établissement dans sa terre de Dimi* trieffsk, située dans une contrée peu fertile, le propriétaire a eu principalement en vue d'améliorer , par la voie de l'industrie, le sort d'une population appauvrie par de fréquentea disettes, et ce but a été atteint. Los paysans d Dimitrieffsk trouvent maintenant leurs moyens de subsistance, non-seulement dans le salaire qu'ils reçoivent pour les différents travaux de la fabrique, mais aussi, en s'ocoupant du transport du tan , des peaux brutes et des peaux préparées; ces dernières se vendent principalement à Moscou. On prépare, dans cette fabrique, des peaux de bœuf, de vache et de veau, jusqu'à 12,000 pièces et au delà, pour une valeur de 40,000 ou 50,000 roubles argent.

Pour la préparation des maroquins. Les fabriques de

Brioukhoff et de Witterling, à Pétei-sbourg ; celle déjà citée de Bachrouchine à Moscou, fondée en 1833; celles de Koteloff, Pawloff, Leontieff, des frères Kroupenikoff, à Kazan, dont les maroquins jouissent d'une réputation justement méritée; et celle de Kolessoff à Kiakhta.

Pour les cuirs vernis. Les fabriques d'Immermann à Saint- Pétersbourg, et de Kojewnikoff, à Moscou.

Les fabriques que nous venons de désigner nominativement, prises ensemble, produisent pour près de 3 millioiis de roubles (12 millions de francs) de cuirs et de peaux de toute espèce.

Comme il est très-difficile d'avoir, sur l'ensemble de cette industrie , des données statistiques exactes et complètes, nous ne pouvons en évaluer le produit total que d'une manière plus ou moins approximative, en prenant, par analogie, pour base de celte évaluation, les calculs qui ont été faits sur le même sujet, en France et en Angleterre.

Dans notre premier volunae {pages 230 et suivantes) nous avons porté, d'après un calcul très-modéré, fondé sur des données officielles, à 25 millions de têtes, le gros bétail élevé dans toute la Russie d'Europe, avec la Finlande et le royaume de Pologne, et à 3,330,000 le nombre de bœufs et de vaches livrés à la boucherie, ce qui présente la proportion de 13 ^ pour 100, qu'on trouvera sans doute trèsmodérée.

En France, d'après la statistique agricole, il y avait, en 1840, 7,869,689 têtes de bêtes à cornes , qui ont fourni à la boucherie , pendant cette année, 492,905 bœufs et 718,956 vaches, ensemble 1,211,861 têtes, ce qui donne la proportion de plus de 15 pour 100.

Les statisticiens français évaluent la mortalité sur le gros bétail, pour les bœufs, à 2 pour 100, et pour les vçiches, h 3 pour 100.

Vu les fréquentes épizooties, qui font en Russie,de grands ravages, et les pertes causées par les rigueurs du climat, surtout dans les contrées des steppes, où le bétail est mal abrité, on peut porter cette mortalité, en moyenne, pour les bœufs et les vaches pris ensemble, à 4 pour 100, ce qui donnerait, sur 25 millions de têtes, 1 million; mais comme, sur le bétail qui crève par suite des épizooties ou par d'autres causes, on en enterre un bon nombre sans ôter les peaux, surtout dans les contrées des steppes éloignées des principaux centres du commerce et de l'industrie, nous n'admettons en bloc que 2 pour 100 pour les peaux des animaux crevés, livrés au commerce. Cela donne 500,000 pièces qu'il faut ajouter aux 3,330,000 têtes livrées à la boucherie, ce qui forme un total de 3,830,000 cuirs, et comme en Russie on abat, proportion gardée du nombre total, plus de bœufs que de vaches, nous admettons la proportion de 1 pour les bœufs et de 7 pour les vaches, ce qui nous donne en peaux de gros bétail les proportions suivantes : 2,298,000 peaux de bœuf et 1,532,000 peaux de vache.

En France, les 7,869,689 têtes de gros bétail ont fourni à la boucherie 2,487,362 veaux, ce qui donne la proportion de 3,1, 6 pour 100, d'après laquelle lès 25 millions de têtes devraient donner 7,900,000 veaux, mais comme en Russie on élève, proportion gardée du nombre total, plus de bœufs et moins de vaches qu'en France , nous n'avons adopté dans nos calculs précédents (pagfe 237 du I" volume) que 4 millions de veaux livrés à la boucherie.

Pour la mortalité des chevaux, on compte en France 10 pour 100. En Russie, elle doit être beaucoup plus considérable, vu les causes déjà signalées. On peut la porter au moins à 12 pour 100; mais comme, d'après ce qui a déjà été dit relativement au bétail, une partie des peaux des animaux crevés est perdue pour le commerce et l'in-

dustrie , nous ne porterons en compte que 6 pour 100 du nombre total, ce qui donne, sur 18 millions de têtes, 1,080,000 cuirs. D*après ce calcul on obtient, pour les peaux livrées au commerce , les chiffres suivants :

Peaux de bœuf «... 9,298,000 pièces.

» de vache . . . . • 1,532,000 »

» de veau . 4,000,000 »

» de cheval 1 ,0S0,000 »

Total 8,910,000 »

Le poids des cuirs bruts frais est évalué, en moyenne, par les statisticiens français (1), ainsi qu'il suit :

Peau de bœuf, 35 ^ kilogrammes . . . =:^ 85 livres de Russie.

» de vache, 25 » . , . . =63 » »

» de veau, 5 » .... sep 12 > »

» de cheval, 22 f » .... s= 54 » » '

et comme , d*après les évaluations statistiques françaises , le rendement des cuirs frais en cuirs tannés est de 50 pour 100 de leur poids, à Fexception des peaux de cheval qui ne donnent que 40 pour 100, les moyennes cidessus donnent, pour les peaux tannées

De bœuf 42 ^ livres de Russie.

De vache 32 ^ » »

De veau 6 » »

De cheval 27 » »

Ces évaluations nous semblent un peu exagérées, en ce qui concerne le gros bétail et les chevaux. En Allemagne, on compte ordinairement, en moyenne, 4 peaux de gros bétail (bœufs et vaches pris ensemble) pour un quintal, ce qui donne , en poids de Russie , 27 ^ livres par pièce. En Russie , les cuirs livrés au commerce , à Moscou , qui est

(!) Voir V Encyclopédie du comfnêrçàhtf publiée à Parlé en 1839, article Cuirs.

un des principaux marchés, pèsent, selon la provenance du bétail :

Les peaux de bœuf de 30 à 50 livres (4).

» de vache 10 à 35 »

» de veau IJàS »

» de cheval 44 4 43 »

En prenant en considération 4es espèces qui [prédominent dans le commerce , nous croyons pouvoir admettre , pour moyenne, les poids suivants :

Peau de bœuf 30 livres.

» de vache, 45 »

» de veau 3 » (2)

» de cheval 42 »

D'après ces données nous obtenons, pour l'évaluation du poids total des cuirs préparés en Russie , les résultats suivants :

livret.

2,298,000 peaux de bœuf à 30 livres 68,940,000

4,532,000 » de vache à 45 livres, 22,980,000 liv. Dont il faut déduire rexportation des peaux brutes qui s'élève i 'environ 2,500,000 (3)

Reste à porter en compte 20,180,000

4,000,000 peaux de yeau à 9 livres ...... 42,000,000

4, OJp,000 cuirs de cheval à 42 livres 42,960,000

Total. . .^ , . ,444,380,000

(!) Parmi les peaux de bœuf qui arrivent de l'Ukraine et d'antres provinces méridionales de la Russie, et qu'on désigne dans le commerce sous le nom de bœufs tscherkasstens, il y en a qui pèsent jusqu'à 80 livres.

(2) Les veaux sont, chez pous, livrés à la boucherie en très-bas âge , comme nous l'avons déjà fait observer.

(3) L'exportation se compose principalement de peaux de vache. Dans l'espace de douze ans, 1835-1846, on a exporté, en tout, par le port de Saint-Pétersbourg, qui est le point le plus important pour ce commerce, 010,300 poiuds de peaux de gros bétail, dont 887,700 pouds de peaux de vache, et seulement 52,600 pouds ou 2 i pour 100 de peaux de bcfeuf. ( Voit l'ouvrage de M. Ncbolsine sur le commerce extérieur de la Russie, tome II, pa^é 267.)

Le prix moyen des cuirs préparés est de 10 roubles argent le poud pour les peaux de bœuf et de vache ; mais les peaux de vache préparées en youftes se vendent, en moyenne, 13 roubles le poud; pour les peaux de veau, la moyenne des prix est 12 roubles le poud , et pour les peaux de cheval, 9 roubles.

Voici, d'après ces moyennes de prix, le calcul de la . valeur totale des cuirs préparés en Russie :

roubles argent.

4,723,500 pouds de peaux de bœuf à iO roubles . . 47,235,000 542,000 pouds de peaux de vache dont environ 250,000

pouds préparés en youftes à 4 3 roubles le poud. 262,000 pouds pour d'autres usages à 4 roubles. 300,000 » depeauxde veau à 42 roubles . .

324,000 » » de cheval à 9 roubles .

Total

= 448,484,000 fr.

En déduisant de ce total, d'après un calcul approximatif, 60 pour 100 pour les peaux brutes et pour les matériaux employés à leur préparation, il reste une somme de 11,840,000 roubles ou 47,360,000 francs qui représente le salaire des ouvriers, les intérêts des capitaux employés et le bénéfice des fabricants.

En France, on évaluait, en 1836, la fabrication des cuirs ainsi qu'il suit (1) : * .

Valeur des cuirs bruts 53,373,687 francs.

Tannage 29,494,079 »

Corroyage 46,572,953 »

Total 99,437,749 francs.

et en admettant, d'après un calcul approximatif, que la transformation des cuirs préparés en objets de toute espèce

(1) Encyclopédie du commerçant, article Cuirs , et Schnitzler, Statistique de la France, tome UI, page 285.

ajoute 150 pour 100 à leur valeur, on portait le total des produits de cette branche d'industrie, en somme ronde, à 290 millions de francs.

En Angleterre , Mac Culloch admet en principe , dans ses évaluations ^ que la transformation des cuirs en objets de toute espèce élève leur valeur au triple, et d'autres statisticiens l'ont portée jusqu'au quadruple, ce qui s'explique par les hauts salaires des ouvriers anglais.

Nous admettons les évaluations de la statistique française , sur lesquelles nous basons le calcul suivant , quant à la valeur présumée des produits de toutes les industries qui travaillent le cuir :

roubles argent.

Valeur des cuirs préparés 29,600^000

A déduire la valeur moyenne des cuirs préparés

livrés au commerce d'exportation, montant à . . 4 ,200,000

Page 1