‹ Études sur les glaciers; (volume 2)Chapitre 35 sur 225 · BE LA SURFACE INFERIEURE · texte numérisé non relu

BE LA SURFACE INFERIEURE

et c est ce qui sauva sans doute le guide de Grindelwald.

Saussure attribue , avec raison , la formation de ces voûtes à l'action des eaux , qui , grossies par les chaleurs de Tété , « facilitent la désunion de la glace et <( rongent par les côtés les glaces qui gênent leur sor- « tie ; alors celles du milieu n'étant plus soutenues , « tombent dans l'eau qui les entraîne , et il s'en déc( tache ainsi successivement des morceaux, jusqu'à ce « que la partie supérieure ait pris la forme d'une voûte « dont les parties se soutiennent mutuellement. » (Voyages dans les Alpes, tom. II, p. 16, § 622). Cette explication est sans contredit la plus simple que l'on puisse donner de ce phénomène; car l'on ne saurait douter que l'eau n'en soit la cause première. Mais il est plusieurs autres agens qui réclament aussi leur part d'influence , sinon dans la formation , au moins dans l'agrandissement de ces voûtes. Ce sont, en particulier , les vents chauds et les sources. L'on conçoit en efiCet que les vents de la vallée , dont la température est souvent de beaucoup au-dessus de 0^ , en s'engoufirant dans ces canaux et couloirs intérieurs du glacier , fondent plus ou moins les parois de glace avec lesquelles ils entrent en contact. Ces vents sont très-fréquens et proviennent de la tendance qu'a l'air chaud de la vallée à se mettre en équilibre avec l'air froid qui règne dans les canaux du gla-

cier, et dont la température ne peut guère être de plus de 0^9 attendu qu'elle est continuellement refroidie par les parois du glacier. Cet. air est con* séquemment plus pesant que lair chaud u dehors , et il tend, par cette même raison, à gagner les endroits les plus bas , entre autres le bas de la voûte et les lieux environnans. En même temps l'air chaud pénètre dans les canaux par le haut de la voûte ; il en résulte un double courant, savoir : un d'air froid de dedans en dehors, et un d'air chaud de dehors en dedans. La même chose a lieu lorsque l'on ouvre , en été, la porte d'une glacière : il s'y forme aussitôt deux courans, un d'air chaud en haut, et un autre d'air froid en bas. Cependant ce phénomène ne se montre pas d'une manière également nette dans tous les glaciers, par la raison que les canaux , s'entrecroisant dans toutes les directions , communiquent de toutes parts avec l'air extérieur , par les crevasses : l'air froid des régions supérieures pénètre par ces crevasses dans l'intérieur du glacier ; son propre poids et le courant de l'eau qui circule dans ces canaux l'entraînent vers l'issue du glacier, où il s'échappe par la voûte terminale ou par les crevasses. Lorsque l'air ambiant est très-chaud , de manière à rendre le contraste de ces vents froids très-sensible , les habitans des Alpes disent que le glacier souffle. Ces vents froids sont d'autant plus intenses que la différence entre la température de l'air du glacier et de l'air ambiant est plus consi-

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dérable ; leur force augmente et diminue par conséquent ayec les saisons , et même d'un jour à lautre : ils sont très-faibles le matin avant le leyer du soleil , et ils atteignent leur plus grande intensité à midi. Au reste , il faudra des observations suivies pour déterminer rinfluence que la position , la hauteur, la grandeur des voûtes et d'autres circonstances locales exercent sur l'intensité de ce souffle des glaciers ; car il est évident qu'il règne à cet égard des différences notables entre les divers glaciers.

Une conséquence naturelle de l'action de ces ventscoulis y c'est que les voûtes et les couloirs dans lesquels ils circulent , au lieu d'être anguleux , comme ils devraient l'être , s'ils n'avaient subi aucune influence destructive depuis la chute des masses qui s'en sont détachées , sont , au contraire , arrondies , et ne présentent que rarement des angles bien saillans.

Les sources dont la température est toujours au-dessus de 0^ exercent une influence semblable, mais peutêtre moins sensible sur les parois de glace de ces canaux intérieurs; et comme elles coulent également en hiver, ce sont elles qui empêchent les voûtes de certains glaciers de se fermer complètement durant cette saison.

La voûte terminale qui est plus ou moins spacieuse dans les divers glaciers, est en quelque sorte le grand canal auquel tous les canaux qui sillonnent lextérieur du glacier viennent aboutir ; elles occupent généra-

lement le milieu du glacier, les eaux cherchant naturellement le niveau le plus bas, qui est ordinairement au milieu de la vallée. Cependant il peut se faire que la voûte ne soit pas centrale lorsque le fond de la vallée est très-inégal ou bien lorsque le glacier se développe plus d un côté que^ de Vautre. C'est dans ce moment le cas du glacier de Zermatt, qui avance considérablement sur la rive gauche, tandis qu'il est en retrait sur la rive droite. On voit dans ce même glacier, à droite de la voûte principale, une petite voûte secondaire , d'où s'échappe un petit filet d'eau qui , après un très-court trajet, va se perdre de nouveau sous le glacier (voy. PI. 6). Le glacier inférieur de l'Aar a deux voûtes très-imparfaites, l'une sur le flanc droit , l'autre sur le flanc gauche.

Les dimensions de ces voûtes terminales dépendent essentiellement de la pente du glacier. Les grands glaciers peu inclinés ont généralement les plus spacieuses, témoins les voûtes du glacier de Zermatt , de Zmutt , et surtout celle du glacier des Bois. Saussure trouva cette dernière haute de 100' et large de 50 à 80 pieds. Lorsque je la vis pour la dernière fois , en 1 838, ses dimensions étaient moins considérables ; mais elle n'en était pas moins très-spacieuse. C'est également dans les glaciers dont la pente est faible , que les voûtes sont les plus persistantes ; si quelquefois elles se trouvent complètement encombrées par des éboulemens ,

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