‹ Études sur les glaciers; (volume 2)Chapitre 44 sur 225 · DES OSCILLATIONS DES GLAHERS · texte numérisé non relu

DES OSCILLATIONS DES GLAHERS

M. Venetz ne me paraissent pas également conduans à cet égard. Cependant si l'on se rappelle que les glaciers en général étaient moins étendus au moyen-âge qu'ils ne le sont maintenant, et qu'ils n'ont commencé à envahir les hauts passages des Alpes que'dans les 17® et 18® siècles, on sera forcé d'admettre que la formation de beaucoup de moraines très^loignées des glaciers actuels remonte à une époque très-reculée de l'histoire, si toutefois elle n'est pas antérieure à la création de l'espèce humaine ; car comme elles supposent une extension des glaciers plus considérable que celle qu'ils ont eue dans nos temps modernes, on en aurait gardé le souvenir, si elle avait eu lieu depuis le 17® siècle.

Dans ces derniers temps, les oscillations des glaciers ont été très-sensibles. M. Venetz nous apprend qu'en 1811 les glaciers s'étaient retirés très-haut dans les vallées, mais que les années froides de 1815, 1816 et 1817, ayant rechargé les montagnes d'une masse de neige énorme, les glaciers descendirent considérablement dans les régions inférieures ; il assure avoir vu le glacier de Distel , dans la vallée de Saas près du Monte-Moro , descendre plus de 50 pieds dans une année (*). Zumstein rapporte qu'il vit à-peu-près à la même époque le grand glacier de Lys s'avancer de 150 toises pendant six ans {**).

{*) FenetZf 1. c. p. 4.

(**) von IFelden, Der Monte Rosa, p. 117.

Dans ce moment la plupart des glaciers que j'ai observés avancent considérablement , en particulier ceux de l'Oberland bernois. Le glacier inférieur do l'Aar s*est allongé de plus d un quart d'heure depuis 1811; (a cette époque, il se terminait, suivant ce que m'a assuré Jacob Leuthold, près de la grotte aux cristaux du Zinkenstock.) Les glaciers de Grindelwald augmentent aussi sensiblement , ainsi que celui de Ro^ senlaui {*). Le grand glacier de Zermatt empiète sur sa rive gauche , tandis qu'il parait être stationnaire sur la rive droite.

En résumant tous ces faits, on ne peut s'empéchér de reconnaître une certaine périodicité en grand dans ces oscillations des glaciers; quelques auteurs ont même affirmé , sans doute sur la foi des habitans des Alpes, que cette périodicité était régulière, ou, en d'autres termes, que les variations de niveau avaient toujours lieu à des époques déterminées; mais cette opinion n'est appuyée d'aucun fait positif.

n est un autre phénomène très-curieux dont on ne saurait constester la réalité , c'est que certains glaciers décroissent, tandis que d'autres augmentent, té-

(*) En visitant de nouveau cette année (1840) tous ces glaciers, je fus très-étonné de voir que le glacier inférieur de l'Aar avait avancé de plus de 50 pieds depuis l'année dernière ; sa surface s'était en même temps élevée de 12 à l5 pieds près de rAbschwung; le glacier supérieur de Grindelwald s'est accru d'au moins 100 pieds sur sa rive droite ; le glacier de Gauli a également avancé ; il parait qu'il en est de même des glaciers du Valais.

le gbdcr svpérie» dfe r Aar êi§ q«e le ghôcr M. Veaelz a canjé de ce phéBOBéoe» q«ll atlribM à U dilEraM» riDGii. saison des g^adcn : c II catnatrd, dil-Q, que les gbhden qui deseoideat arec «ne gnade npidilè daas on dimat diand^ se dédiaigeat plus TÎle de leur surcrait de ^ict q«e eenx qui ne nMsdicnt que laite* tanent. 11 csl donc anssi natnrd que ces demms doirent encore ayancer, quand même 3 snnrîenl une qpoqoe de plosiems années diaodes qni font déjà recaler les autres, car leur masse ne diminue pas si promptement Comme tous les glaciers reposent sur des bases diflEhremmoit indinées, il est certain qu'ils doivent diflEeranment ayancn' et reculer (*). »

Le phénomène des oscillations des gladers n'est , en résumé, qu'un dOkt de compensation résultant , d'une part, de leur mardie progressive et, de l'autre, de la dé* composition qu'ils subissent i leur extr^nité; et conmie l'été est la saison du trayail des glaciers , tandis que rhiyer est l'époque du repos , lear agrandissement ou leur décroissance dépendra toujours de l'état de la température pendant cette saison. Aussi les mesures que l'on donne de leur augmentation dans un temps donné, ne sont-elles en aucune £açon la mesure de la marche réelle de leur masse.

(*) rcnetz, 1. c. p. 4-

DAHS LBS TEMPS HISTORIQUES^ 237

Les faits rapportés par M. Venetz sur les oscillations des glatiers, et ceux que j'ai recueillis à d'autres sources , ou observés moi-même sur le même sujet » sont certainement de la plus haute importance pour la physique générale. Car quels que soient les résultats auxquels les recherches des physiciens s'arrêtent sur la marche de la température du globe, depuis l'époque de sa formation jusqu'à nos jours, toujours est-il que les faits concernant les glaciers ^ dont il vient d'être question , devront y trouver une jdace , et que toute théorie qui n'en rendra pas compte pourra être envisagée, à juste titre, comme incomplète.

M. Venetz a condu de ses observations et de ses recherches historiques à des oscillations de la température, sans dire positivement s'il entendait parler d'oscillations dans l'état de la température du. globe en général, ou s'il envisageait ces oscillations comme locales. Nous avons déjà vu, en parlant de la formation des glaciers, combien il fallait être surises gardes pour ne pas attribuer à des changemens dans la température moyenne ce qui s'explique très-bien par des influences locales réitérées pendant une série d'années. Vouloir attribuer à des changemens généraux , dans la répartition de la chaleur à la surface du globe , les oscillations des glaciers qui rentrent dans le domaine de l'histoire, serait admettre une explication directe-* ment en contradiction avec ce résultat si bien établi

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